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Lire, écrire, compter : la maîtrise des compétences-clé en Martinique

L’impact des conditions de vie

La scolarité des individus montre que l’illettrisme peut être en germe dès les premières années. Pour autant, d’autres éléments liés à l’environnement durant l’enfance interviennent. Aux difficultés scolaires dès le premier degré peuvent s’ajouter des caractéristiques de l’environnement socio-familial lors de la scolarité.

L’incidence propre de ces facteurs de risque, souvent corrélés entre eux, est approchée par l’analyse « toutes choses égales par ailleurs ».

Être âgé de 16 à 24 ans augmente la probabilité d’être en situation d’illettrisme de 9,6 points par rapport à la situation de référence choisie.

Avoir eu de graves problèmes de santé au cours de sa scolarité au point de perturber celle-ci accroît de plus de 15 points le risque d’être en grande difficulté face à l’écrit à l’âge adulte. Les interruptions plus ou moins longues de scolarité freinent le processus d’apprentissage.

Parler en français et en créole dans la petite enfance, en privilégiant le français, n’augmente pas considérablement la probabilité d’être en situation d’illettrisme. L’usage du créole en lui-même ne constitue donc pas un handicap. En revanche, privilégier le créole au français avec un enfant en bas âge augmente le risque de plus de 11 points.

La taille de la fratrie diminue le risque d’illettrisme : n’avoir qu’un frère ou une soeur augmente le risque de 22 points.

Lorsque l’enfant habite un logement de plus de trois personnes par pièce, la probabilité d’être en difficulté augmente. Elle s’accroît également de près de 10 points pour les personnes logées en HLM comparativement à celles qui vivent en maison individuelle.

Appartenir à une famille aisée diminue peu le risque d’être en situation d’illettrisme. En revanche, avoir connu une situation matérielle difficile durant l’enfance augmente de plus de 8 points la probabilité d’avoir à l’âge adulte de graves difficultés face à l’écrit. Le ressenti des individus sur leur enfance confirme ce risque : 23% des personnes en situation d’illettrisme estiment avoir eu une enfance malheureuse, contre 8% sur l’ensemble de la population. De fortes difficultés matérielles durant l’enfance peuvent avoir des conséquences négatives sur l’acquisition des savoirs de base.

Les résultats de l’analyse «
toutes choses égales par ailleurs »
Unité : %
Modalités Écart de
probabilité
Modalités Écart de
probabilité
Référence  :  25,4 % Référence  :  25,4 %
 Source : Insee - Enquête IVQ Martinique 2006-2007
Tranche d'âge   Diplôme le plus élevé du père 
De 16 à 24 ans 9,6%   Baccalauréat et plus -11,6%
De 25 à 29 ans -7,3%   Brevet des collèges, BEP, CAP -18,9%
De 30 à 39 ans -1,9% Certificat d'études primaires -16,4%
De 50 à 59 ans -6,3% Sans diplôme (référence)  
De 60 à 65 ans 8,7% Diplôme le plus élevé de la mère 
De 40 à 49 ans (référence)   Baccalauréat et plus -23,8%
Sexe  Brevet des collèges, BEP, CAP -20,4%
Homme 2,0% Certificat d'études primaires -10,5%
Femme (référence)   Sans diplôme (référence)  
Langue maternelle  Situation professionnelle du père 
Créole et Français 11,3% Autre 6,2%
Créole seul 17,2% Travaillait (référence)  
Français et Créole 1,9% Situation professionnelle de la mère 
Autres -2,9% Au foyer -5,7%
Français seul (référence)   Autre -4,3%
Autorité parentale pendant l'enfance  Travaillait (référence)  
Père/mère en alternance -3,3% Habitude de lecture du père 
Un des deux parents -2,9% De temps en temps 7,3%
Autres situations 1,1% Régulièrement 11,9%
Les deux parents (référence)   Tous les jours -15,2%
Nombre de frères et sœurs  Jamais (référence)  
1 22,2% Habitude de lecture de la mère 
2 5,5% De temps en temps -23,8%
3 et plus (référence)   Régulièrement -20,4%
Lieu de résidence pendant l'enfance  Tous les jours -10,5%
Fort de France 6,9% Jamais (référence)  
Autre lieu -8,7% Habitude de lecture de l'enquété 
En commune (référence)   De temps en temps -11,2%
Type d'habitat pendant l'enfance Régulièrement -20,9%
HLM 9,3% Tous les jours -16,3%
Maison en bois 5,7% Jamais (référence)  
Autre type d'habitat 8,0% Violences au sein du domicile
Maison en dur (référence)   Oui 5,5%
Nombre de personnes par pièce Non (référence)  
3 et plus 1,9% Situation matérielle de la famille
Entre 2 et 3 -4,0% Pauvre 8,3%
Moins de 1 -8,6% Aisée -1,5%
Entre 1 et 2 (référence)   Y arrivait tout juste (référence)  
Lieu de naissance du père A eu de gros problèmes de santé
France métropolitaine 15,8% Oui 16,8%
Autres pays 3,0% Non (référence)  
Antilles françaises (référence)  
Lieu de naissance e la mère 
France métropolitaine -16,1%
Autres pays 0,2%
Antilles françaises (référence)  
Note de lecture : l’analyse « toutes choses égales par ailleurs » permet de quantifier l’impact du changement d’une modalité par rapport à une situation de référence choisie.
La référence choisie est une femme quadragénaire, à qui on parlait uniquement le français dans son enfance, élevée par ses deux parents, etc.
Une personne présentant l’ensemble de ces caractéristiques a une probabilité égale à 25,4% d’être en situation d’illettrisme au moment de l’enquête.
Si son âge actuel est compris entre 50 et 59 ans (les autres caractéristiques restant inchangées), la probabilité d’être en situation préoccupante face à l’écrit diminue de 6,3 points.
Ces probabilités ne sont pas additives.

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Les violences dans l’entourage peuvent également perturber l’enfant dans son apprentissage de l’écrit : le risque d’être en grande difficulté face à l’écrit augmente de plus de 5,5 points.

Une plus grande influence du statut de la mère

Avoir des parents diplômés diminue fortement le risque de difficultés graves face à l’écrit. Cette diminution est d’ailleurs plus marquée lorsque la mère est diplômée.

Graphique 17 : Le taux d’illettrisme selon le niveau d’études des parents

Lorsque le père ne travaillait pas, à autres caractéristiques égales, la probabilité d’être en situation préoccupante face à l’écrit est plus élevée de 6,2 points par rapport à la situation de référence. En revanche, lorsque c’est la mère qui ne travaillait pas, la probabilité diminue de 5,7 points si elle était femme au foyer et de 4,3 points si elle était dans une autre situation (chômage par exemple).

Evaluée sur l’ensemble de la population, l’influence des habitudes de lecture des parents sur leurs enfants s’avère être assez faible, notamment celle du père. Ainsi, 6% des pères et 8% des mères lisaient tous les jours, mais seulement la moitié d’entre eux auraient transmis cette habitude à leurs enfants.

Les habitudes de lecture se transmettent peu

Lorsque la lecture constitue un loisir depuis l’enfance, la probabilité d’être en situation d’illettrisme à l’âge adulte diminue fortement ; même si la pratique est épisodique, la baisse est de plus de 10 points. De même, avoir une mère qui lisait ne serait-ce qu’un peu, diminue le risque de grandes difficultés. En revanche, les habitudes de lecture du père ne favorisent la maîtrise de l’écrit de son enfant que s’il lit tous les jours.

Habitudes de lecture (hors travail scolaire)
des enquêtés et de leurs parents
Unité : %
  L'enquêté entre 8 et 12 ans
Tous les jours Régu-
lièrement
De temps
en temps
Jamais Total
Champ : individus âgés de 16 à  65 ans, scolarisés en français
Source : Insee - Enquête IVQ Martinique 2006-2007
Le père Tous les jours 3 1 2 0 6
Régulièrement 1 5 3 1 10
De temps en temps 3 6 11 3 23
Jamais 4 12 29 16 61
Total 11 24 45 20 100
La mère Tous les jours 3 2 3 0 8
Régulièrement 2 7 6 2 17
De temps en temps 4 10 21 5 40
Jamais 2 5 15 13 35
Total 11 24 45 20 100
Note de lecture :

11% des Martiniquais affirment qu'ils lisaient tous les jours entre 8 et 12 ans. Parmi ces 11%, 3% avaient une mère qui lisait également tous les jours. 



Il ressort au final que les difficultés face à l’écrit apparaissent généralement très tôt dans la scolarité, que leurs origines sont multiples et souvent d’ordre social. De même, l’incidence de l’illettrisme sur la vie professionnelle et sociale des individus est variable : certains se replient sur eux-mêmes ou leurs proches, alors que d’autres réussissent à s’insérer professionnellement et à développer une vie sociale.

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