Auteurs : David Brion.
Les petites villes de Bourgogne concentrent 19 % de la population de la région et 24 % des emplois. Pourtant, entre 1999 et 2008, elles perdent des habitants et gagnent peu d’emplois. Leur localisation dans l’espace fonctionnel régional détermine leur dynamisme et leur attractivité.
Situées dans la zone d’influence des grandes villes, elles profitent de la périurbanisation. Leur population augmente fortement et les besoins en logements, en transports, en équipements vont croissant.
Éloignées de ces grands pôles, elles perdent des habitants ce qui peut menacer la pérennité d’équipements et de services mis à disposition de la population. Elles n’en restent pas moins des pôles économiques importants au tissu productif parfois diversifié, parfois très spécialisé.
62 petites villes inégalement réparties sur le territoire bourguignon
Des liens de proximité entre petites villes de Bourgogne
Décroissance démographique : le nombre des décès l’emporte sur celui des naissances
Saint-Julien et Imphy, deux petites villes en couronne des grands pôles aux évolutions opposées
La Bourgogne compte 62 petites unités urbaines de moins de 20 000 habitants. Ces petites villes sont principalement implantées sur les lieux de peuplement des façades est, nord et sud de la région.
Inégalement réparties sur le territoire, elles sont aussi de taille différente. Parmi elles, 37 abritent moins de 5 000 habitants : Château-Chinon et Buxy sont les plus petites et rassemblent environ 2 200 habitants, Migennes et Autun, les plus peuplées, ont respectivement 12 500 et 14 900 habitants.

Source : Insee, Recensement de la population.
Sont appelées ici petites villes, les unités urbaines de moins de 20 000 habitants
Les petites villes jouent un rôle important d’échelon intermédiaire au sein des territoires qu’elles animent. En Bourgogne, celui-ci se reflète dans leur poids tant démographique qu’économique. Leur rôle de centralité est confirmé par leur statut de pôles d’équipement. Comparativement à la moyenne des petites villes françaises, elles concentrent une part plus importante de population (19 % contre 17 %), d’emplois (24 % contre 17 %) et d’équipements (24 % contre 16 %). Leur rayonnement s’étend au-delà de leurs limites géographiques puisque 54 % des emplois sont occupés par des actifs résidant à l’extérieur. Pourtant, comparé à la moyenne des petites villes françaises sur la période 1999-2008, les dynamiques à l’oeuvre sont moins favorables aux petites villes bourguignonnes.
D’une part, elles perdent des habitants (− 0,1 % en moyenne chaque année) alors qu’elles en gagnent très significativement au niveau national (+ 0,8 %). En Bourgogne, cela s’explique par leur manque d’attractivité : l’arrivée de nouveaux habitants ne fait que compenser les départs, les décès l’emportent sur les naissances. Au niveau national, les mouvements migratoires expliquent l’augmentation du nombre d’habitants. D’autre part, l’emploi progresse peu (+ 5 %) : c’est beaucoup moins qu’au plan régional (+ 7 %) et qu’en moyenne sur l’ensemble des petites villes françaises (+ 13 %).

Source : Insee, Recensements de la population 1962 à 2008.
Parmi les petites villes bourguignonnes, certaines tirent leur épingle du jeu : elles gagnent des habitants et de l’emploi. Elles sont surtout implantées en périphérie des grands pôles d’emploi. Cette localisation apparaît alors comme le facteur déterminant et essentiel de leur vitalité dans un contexte de migration inversée des populations vers les espaces périurbains.
Dans l’orbite de Dijon, la population de Saint-Julien progresse en moyenne de 2,1 %, celle de Genlis et d’Arc-sur-Tille de 0,6 % par an.
De la même façon, Villeneuve-le-Guyard (+ 1,8 %) dans l’aire d’influence de la Seine-et-Marne, Ouroux-sur-Saône (+ 1,6 %) dans celle de Chalon-sur-Saône et Saint-Martin-Belle-Roche (+ 1,7 %) dans celle de Mâcon captent aussi ménages et habitants.
Tout le fonctionnement du système territorial repose ici sur les caractéristiques de la mobilité résidentielle dominée par le modèle de l’habitat pavillonnaire. L’expansion des petites villes découle de l’attractivité des grandes unités urbaines qui concentrent l’emploi, et du besoin d’espace de la part des familles qui quittent les centres pour s’installer à proximité avec leurs enfants. Les déplacements domicile-travail s’intensifient : les actifs conservent leur activité dans les villes-centres. La population est jeune, les ménages aisés. À Genlis, Saint-Julien, Auxonne et Arc-sur-Tille, un tiers de la population a moins de 25 ans, contre 27,7 % en moyenne dans les petites villes bourguignonnes.
La construction neuve se trouve stimulée et le parc de logements en moyenne plus récent est occupé par des propriétaires : 64 % des habitants des petites villes sous l’influence des grands pôles sont propriétaires de leur résidence principale contre 57 % en moyenne dans les petites villes bourguignonnes.
| Petites villes situées : | Nombre de petites villes | Population en 2008 | Taux de variation de la population 1999-2008 |
|---|---|---|---|
| Temps d'accès routier moyen des petites villes à un grand pôle (en heure creuse). | |||
| Sources : Insee, RP 1999 et 2008, zonage en aires urbaines 2010 ; Odomatrix-INRA, UMR 1041 CESAER. | |||
| Grands pôles | 601 204 | − 0,2 | |
| à 10-19 minutes | 10 | 48 242 | + 0,5 |
| à 20-29 minutes | 25 | 106 150 | + 0,2 |
| à 30-39 minutes | 14 | 88 835 | − 0,4 |
| à 40-49 minutes | 8 | 54 524 | − 0,6 |
| à 50 minutes et plus | 5 | 20 048 | − 1,0 |
| Ensemble | 62 | 317 799 | − 0,1 |
Entre 1999 et 2008, l’emploi a progressé de 13 % dans ces petites villes en couronne des grands pôles d’emploi. L’économie présentielle se développe. L’accueil de nouveaux habitants induit des besoins importants en équipements et services. Toutes les composantes à l’implantation de nouvelles entreprises sont aussi réunies : niveau de diplôme, qualification de la main d’oeuvre, coût et disponibilité du foncier, accessibilité.
L’emploi se développe ainsi fortement entre 1999 et 2008 à Varennes-le-Grand (+ 64 %), Saint-Julien (+ 40 %), Appoigny (+ 30 %), Saint-Martin-Belle-Roche (+ 17 %). Ces petites villes rencontrent toutes les problématiques liées à l’étalement urbain et doivent arbitrer entre attractivité résidentielle et préservation des sols, développer des services comparables à ceux des villes pour répondre aux besoins de ces nouveaux arrivants, majoritairement urbains.
Plus on s’éloigne des grands pôles, moins la dynamique opère. A plus de 30 minutes par la route d’un grand pôle, les soldes naturels et migratoires qui contribuent à l’évolution de la population d’un territoire sont négatifs dans la plupart des petites villes : les décès l’emportent sur les naissances du fait du vieillissement de la population, les départs sur les arrivées de nouveaux habitants.
Elles rayonnent sur les communes situées alentour par la panoplie d’équipements qu’elles proposent à la population. Toutes assurent un accès aux commerces et services les plus courants. Les équipements dits de la gamme intermédiaire, d’un usage relativement fréquent (collège, supermarché, crèches…) sont présents dans les petits et moyens pôles. Seul, Saint-Julien-du-Sault n’offre qu’une gamme plus restreinte du fait de sa proximité avec Joigny. Huit sont pôles supérieurs et offrent des équipements plus rares (hypermarchés, lycées, urgences...) : Decize, Paray-le-Monial, Autun, Cosne-Cours-sur-Loire, Joigny, Avallon, Montbard et Chatillon-sur-Seine. De nouveaux services devront toutefois répondre aux besoins d’une population vieillissante : 31 % des habitants des petites villes hors influence des pôles ont plus de 60 ans.
Le déclin démographique peut aussi influer sur le degré d’équipement de ces petites villes voire menacer certains d’entre eux. L’attractivité comme la cohésion territoriale passent par un accès facilité des habitants aux équipements. Une organisation en réseaux à l’image des déplacements domicile-travail et de leur appartenance à un même bassin d’équipement supérieur leur permettrait d’atteindre une taille critique. Ainsi, les déplacements domicile-travail mettent en évidence les liens qui unissent Montbard, Venarey-les-Laumes et Semur-en-Auxois ou encore Sancerre, Cosne-Cours-sur-Loire et La-Charité-sur-Loire. Cette mise en réseau serait de nature à renforcer leur fonction de centralité par le biais de l’économie résidentielle dopée au travers de leviers, tels que la culture et le tourisme.
Dans les petites villes éloignées de l’influence des pôles d’emploi comme Château-Chinon, Saulieu, Epinac, Marcigny ou Brienon-sur-Armançon, le revenu des ménages est modeste : le revenu fiscal médian1 par unité de consommation s’établit à 16 000 euros annuels contre 17 000 euros pour l’ensemble des villes bourguignonnes. L’activité touristique constitue une source de revenus qui peut venir pallier le potentiel de consommation des habitants et une source d’emplois permanents et saisonniers. La richesse patrimoniale encore valorisée de sites tels que Cluny, La Charité-sur-Loire serait de nature à stimuler l’ensemble du tissu économique local.
1. Revenu fiscal médian par unité de consommation. La médiane du revenu fiscal par unité de consommation (UC) partage les personnes en deux groupes : la moitié appartient à un ménage dont le revenu déclaré par UC est inférieur à la médiane, et l’autre moitié un revenu par UC supérieur. La notion d’unité de consommation relativise le niveau de revenu en tenant compte de la composition du ménage.

Sources : Insee, RP 1999 et 2008.

Les 26 petits et moyens pôles concentrent 65 % des emplois des petites villes. Ces emplois sont plus nombreux que les actifs résidents et attirent des actifs domiciliés dans les communes avoisinantes. Ce sont des pôles économiques importants au sein desquels l’emploi a progressé de 2 % entre 1999 et 2008. Mais la dynamique de l’emploi dépend pour chacun d’eux de la structure de leur tissu productif. Leur spécialisation peut être un frein comme le moteur de leur développement économique.
L’industrie agroalimentaire peut compter sur le caractère quasi incompressible des dépenses alimentaires pour résister à la crise qui secoue l’industrie. À Varennes-le-Grand comme à Louhans, l’agroalimentaire prédomine ; l’emploi progresse et attire des actifs qui viennent s’implanter. À l’opposé, la crise du secteur de la métallurgie, solidement implantée à Imphy, pourtant périurbaine, comme à Gueugnon, entraîne dans son sillage des réductions d’effectifs et le départ de la population. L’image industrielle que reflète ces petites villes n’est pas au service de leur attractivité.
À Seurre, le secteur de la fabrication de composants électriques resserre ses effectifs salariés. Cette petite ville, périurbaine de Dijon, perd des emplois et des habitants malgré la proximité d’axes de communication structurants, comme le technoport de Pagny desservi par l’autoroute A36, la ligne de chemin de fer Dijon-Bourg-en-Bresse-Italie et le canal à grand gabarit de la Saône. Montbard comme Avallon restent enclavées, malgré la proximité d’axes autoroutiers. Mais de façon générale, la proximité de voies de communication favorise l’attractivité comme à Tournus, Louhans et Saint-Julien-du-Sault, proche de la région parisienne par les autoroutes A5 et A6. Cluny, traversée par la RCEA et proche de l’A6 et de l’A40 profite aussi de l’implantation de l’Ecole Nationale Supérieure des Arts et Métiers. Entre 1999 et 2008, le nombre d’habitants a progressé de 5 % et l’emploi de 11 %.
