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En région Centre la pauvreté est moindre qu'en France et en Europe, mais en progression depuis 2008

Anne-Marie Chantrel, Martine Blouin

Sommaire

Résumé

En 2010, la part des populations vivant sous le seuil de pauvreté atteint 12,4 % en région Centre contre 14,1 % en France et 16,9 % dans l’Union européenne. La France, et d’autant plus la région Centre, se trouve dans une situation plus favorable que la plupart des grands pays européens. Cependant, le taux de pauvreté tend à augmenter depuis 2008 et le niveau de vie médian ralentit son évolution dans la région, même s’il est un peu supérieur à la moyenne de province et à la plupart des pays européens. Dans le Centre, comme au niveau national, la pauvreté affecte davantage les jeunes, les familles monoparentales, les personnes seules et les départements ruraux.

Publication

Un européen sur six en situation de pauvreté monétaire

En 2010, au sein des 27 pays de l’Union européenne, 16,9 % de la population vit au-dessous du seuil de pauvreté, après prise en compte des transferts sociaux.

En France, le taux de pauvreté atteint 14,1 %. Il est de 12,4 % en région Centre, cinquième plus faible taux des régions françaises. La France se situe en 10e position du plus faible taux des pays de l’Union européenne des 27. Elle connaît une meilleure situation que tous ses grands voisins proches : la Belgique compte 15,3 % de pauvres, l’Allemagne 15,8 %, le Royaume-Uni et l’Irlande autour de 16 %, l’Italie 19,6 % et l’Espagne 21 %.

Les taux les plus élevés se situent en Bulgarie et en Roumanie, pays où le revenu médian est trois à quatre fois plus faible qu’en France. La pauvreté étant relative au niveau de vie médian de chaque pays, un Roumain est considéré comme pauvre lorsqu’il vit avec moins de 176 euros mensuel contre 964 euros pour un Français. Les revenus médians dépassent légèrement les niveaux bulgare et roumain en Hongrie, Pologne et dans le sud de l’Europe (Grèce, Italie, Espagne, Portugal) mais la pauvreté y est presque aussi élevée. Les pays du nord de l’Europe et certains du centre (Autriche, République tchèque et Slovaquie) ont des taux comparables à la France ou plus faibles.

carte 1 : Taux de pauvreté dans les pays européens et les régions françaises

Hausse du taux de pauvreté à partir de 2008

Alors que la pauvreté avait tendance à légèrement diminuer en Europe jusqu’en 2008, elle augmente entre 2008 et 2010 de 0,5 à 1 point en raison de la crise économique. Dans le Centre, 315 000 habitants vivent sous le seuil de pauvreté. De 2008 à 2010, leur nombre a progressé de 14 % et le taux de pauvreté d’un peu plus d’un point, hausse légèrement supérieure à ce qui est observé au niveau national.

graphique 2 : Évolution du taux de pauvreté

La pauvreté touche de façon plus ou moins forte les différents types de ménages. Les plus exposés sont les familles monoparentales, près d’un tiers d’entre elles, puis les couples avec trois enfants ou plus (une famille sur cinq), et les personnes vivant seules (taux de pauvreté de 16,5 %). Les couples sans enfants, notamment les personnes âgées, et les couples avec moins de trois enfants sont plus préservés (taux inférieurs à 10 %).

Jusqu’au milieu des années 2000, à l’exception des familles monoparentales, la pauvreté des ménages avec enfants était en recul, principalement au sein des familles nombreuses. Mais au milieu des années 2000, et encore plus depuis 2008, l’écart s’est accentué. Le taux de pauvreté a augmenté pour les familles monoparentales, les familles nombreuses et les personnes seules, alors qu'il s’est stabilisé pour les autres catégories de ménages. Les jeunes sont particulièrement concernés : les enfants (37 % de la population pauvre a moins de 20 ans), mais aussi les jeunes adultes de 20 à 30 ans.

Au niveau territorial, la pauvreté est plus importante sur les territoires ruraux et dans les communes urbaines, notamment dans les quartiers de la politique de la ville, et plus faible dans les premières couronnes des villes. Les départements ruraux du Cher et de l’Indre enregistrent les taux de pauvreté les plus élevés (respectivement 14,2 % et 14,7 %). Au sein des communes urbaines, il atteint 15 %, légèrement plus que la moyenne de province (14,3 %).

La pauvreté a le plus progressé dans les départements industriels du nord régional, qui étaient jusqu’alors plus protégés. L’Indre-et-Loire apparaît moins touchée par ce début de crise (2008-2010).

graphique 1 : Évolution du taux de pauvreté national selon le type de ménage

Fléchissement du niveau de vie médian

En région Centre, le revenu médian s’élève à 1 605 euros par mois en 2010, situant le Centre au 4e rang des régions métropolitaines aux revenus les plus élevés, derrière l’Île-de-France, l’Alsace et Rhône-Alpes.

Ce revenu progresse de 0,9 % sur un an en euros courants. Cependant, en tenant compte de l’inflation, le niveau de vie régional marque un léger recul. Il diminue de 0,6 % en région Centre contre 0,5 % en métropole, le Loiret et le Cher enregistrant la plus forte baisse : - 0,9 %.

Le niveau de vie médian diffère en fonction du lieu d’habitation des ménages. Il est plus élevé dans le Loiret (1 652 euros) et l’Eure-et-Loir (1 644 euros) et plus faible dans l’Indre (1 492 euros). Il varie également selon le type d’espace de résidence. L’espace périurbain détient le revenu médian le plus élevé avec 1 695 euros, le plus faible se situant dans l’espace rural, hors influence des pôles. Au sein des pôles urbains, où le revenu médian est inférieur au périurbain (1 599 euros), l’écart entre les plus riches et les plus pauvres s’accentue.

Pauvreté par département
euro, %
Revenu fiscal
mensuel
médian
Niveau de vie
médian sous le seuil
de pauvreté
Taux de pauvreté
Sources : Insee ; DGFiP, Revenus disponibles localisés 2010 -Enquêtes revenus fiscaux et sociaux ; Cnaf ; Cnav ; CCMSA
2010 2009 2008
Cher 1 541 781 14,2 13,4 13,0
Eure-et-Loir 1 644 789 11,3 10,7 9,9
Indre 1 492 790 14,7 14,1 13,5
Indre-et-Loire 1 617 795 11,9 11,5 11,1
Loir-et-Cher 1 590 789 12,1 11,7 11,0
Loiret 1 652 782 12,0 11,2 10,6
Centre 1 605 788 12,4 11,4 11,2
Province 1 572 781 14,3 13,8 13,2
Métropole 1 606 778 14,1 13,5 13,0

L’Europe mesure aussi d’autres formes d’exclusions sociales :

  • les personnes qui vivent dans des ménages à très faible intensité de travail (moins de 20 % du temps qu’elles auraient pu y consacrer durant la dernière année écoulée). Cette part est estimée à 10 % de la population européenne, avec en tête le Royaume-Uni et la Belgique, autour de 13 % (9,8 % en France) ;
  • celles qui souffrent de privation matérielle grave comme l’impossibilité de payer leurs factures, de chauffer leur maison ou de s’offrir un repas accompagné de viande un jour sur deux. Cette part est estimée à 8 % de la population européenne, la Roumanie et la Bulgarie étant les plus touchées avec respectivement 45 % et 31 % (5,8 % en France).

Pour comprendre ces résultats

Définitions

Revenu disponible d'un ménage : ensemble des ressources des différentes personnes composant le ménage : revenus d'activité (salaires nets, bénéfices, …), de remplacement (allocations chômage, retraites, …), du patrimoine et des prestations reçues (prestations familiales, aides au logement, minima sociaux) ; déduits les impôts directs payés par le ménage (impôts sur le revenu, taxe d'habitation) et les prélèvements sociaux (contribution sociale généralisée CSG, contribution au remboursement de la dette sociale CRDS).

Unité de consommation (UC) : système attribuant une pondération à chaque membre du ménage permettant ainsi de comparer des ménages de tailles et de compositions différentes et de prendre en compte des économies d'échelle que procure la vie en commun. Le nombre de personnes par ménage est ramené à un nombre d'unités de consommation. Le décompte effectué est le suivant : 1 unité de consommation pour le premier adulte du ménage, 0,5 UC pour les autres personnes de 14 ans ou plus, 0,3 UC pour les enfants de moins de 14 ans.

Niveau de vie d'un individu : rapport du revenu disponible du ménage auquel appartient l'individu au nombre d'unité de consommation (UC). Par convention, tous les individus d'un même ménage ont le même niveau de vie.

Déciles de revenus (en euro) : si l'on ordonne une distribution de revenus ou de niveau de vie, les déciles sont des valeurs qui partagent cette distribution en dix parties égales. Ainsi, le premier décile (noté généralement D1) est le revenu au-dessous duquel se situent 10 % des revenus. Le neuvième décile (D9) est le revenu au-dessous duquel se situent 90 % des revenus.

Seuil de pauvreté : dans l'approche en termes relatifs, le seuil de pauvreté est déterminé par rapport à la distribution des niveaux de vie de l'ensemble de la population. Eurostat et les pays européens utilisent en général un seuil à 60 % de la médiane des niveaux de vie. La France privilégie également ce seuil mais publie des taux de pauvreté selon d'autres seuils (40 %, 50 % ou 70 %), conformément aux recommandations du rapport du Conseil national de l'information statistique (Cnis) sur la mesure des inégalités.


Seuils de pauvreté mensuels en 2010
euro
Sources : Insee ; DGFiP, Revenus disponibles localisés 2010
Personnes seules 964
Familles monoparentales, un enfant de moins de 14 ans 1 253
Familles monoparentales, un enfant de 14 ans ou plus 1 446
Couples sans enfants 1 446
Couples un enfant de moins de 14 ans 1 735
Couples un enfant de 14 ans ou plus 1 928
Couples deux enfants de moins de 14 ans 2 024
Couples deux enfants dont un de moins de 14 ans 2 217
Couples deux enfants de plus de 14 ans 2 410

Source

Le dispositif "Revenus disponibles localisés" permet de disposer de données sur les revenus disponibles, les niveaux de vie et la pauvreté monétaire au niveau départemental. Il est constitué à partir d'informations contenues dans les enquêtes de l'Insee auprès des ménages sur les ressources et les conditions de vie, l'emploi, et dans les fichiers administratifs anonymisés concernant les déclarations fiscales de revenus et les données sur les prestations sociales perçues.

mai 2013 - n° 68