Insee Centre ; Direction régionale des Entreprises, de la Concurrence et de la Consommation, du Travail et de l'Emploi ; Cellule économqie régionale du Bâtiment et des Travaux publics ; Direction régionale de l'Alimentation, de l'Agriculture et de la Forêt ; Rectorat ; Direction régionale des Finances publiques du Centre et du département du Loiret ; Comité régional du Tourisme.
Dans un contexte national de crise économique, l'économie régionale a souffert en 2009, même si l'activité se redresse progressivement en cours d'année. Après l'industrie, déjà très affectée en 2008, tous les secteurs ont ralenti leur activité en 2009. Les conséquences sociales sont importantes avec une hausse du taux de chômage et du nombre de bénéficiaires de minima sociaux. Le retour d'une croissance modeste en cours d'année devrait se poursuivre sur le premier semestre de 2010, malgré une demande intérieure fragilisée. La dégradation sur le plan social devrait s'atténuer.
L'année 2009 est marquée en région Centre, comme partout dans le monde, par les effets de la crise économique. Démarrée en 2008 par une crise financière, elle a atteint son paroxysme début 2009 après une deuxième baisse consécutive du PIB trimestriel national d'un point et demi et de fortes pertes d'emplois. Cette détérioration est la conséquence d'une chute de l'investissement des entreprises et des ménages, du déstockage important du fait de carnets de commande dégarnis et d'une dégradation du commerce extérieur. Seule la consommation des ménages, grâce notamment à l'atonie des prix, et les dépenses publiques restent assez bien orientées.
La croissance repart progressivement à partir du second trimestre, soutenue par les plans de relance de l'économie et la hausse de la demande des pays émergents. Elle reste cependant faible avec un PIB national inférieur de 3 % à son niveau d'avant crise.
La région Centre a été fortement touchée en 2008, avec des pertes d'emplois importantes dans l'industrie et l'intérim, tandis que les autres secteurs résistaient mieux. En 2009, la construction, le commerce et une partie des services perdent aussi des emplois. Au total, l'emploi se replie de 2,4 % dans la région sur l'année contre une baisse de 1,9 % pour l'ensemble de la France. Quelques signes encourageants apparaissent au second semestre de 2009, sans que l'on puisse parler de nette reprise. Le redémarrage de l'activité, notamment dans l'industrie, débouche sur une hausse des emplois intérimaires de 16 % en 2009 et une confiance retrouvée des chefs d'entreprise sur leurs perspectives.
En 2009, l'activité a diminué dans le bâtiment et les travaux publics de façon plus prononcée que l'année précédente. La baisse est de 5 % dans le bâtiment, avec pour conséquence une perte de 3 % d'emplois. Les mises en chantier de logements diminuent légèrement après une chute l'année précédente. Le recul est particulièrement marqué pour les logements individuels, tandis que les logements collectifs sont soutenus par la mise en place du dispositif fiscal " Scellier ". Les travaux d'amélioration fléchissent pour la première fois depuis dix ans, et ce, malgré la montée en régime du dispositif d'éco-prêt. Dans les travaux publics, la réduction d'activité est de l'ordre de 10 %, mais s'explique en grande partie par la fin des travaux de l'autoroute A19. Le plan de relance national a permis d'enrayer en partie la baisse de la commande publique.
Le ralentissement de l'activité en 2009 est particulièrement marqué dans l'industrie, de l'ordre de 10 % au niveau national et d'une ampleur sans doute comparable dans la région au vu de l'impact de la crise sur l'emploi. Le secteur a perdu en région Centre près de 10 000 emplois en 2009, soit 5,7 % de ses effectifs. La baisse est particulièrement forte pour certains produits intermédiaires comme le caoutchouc, le plastique, la chimie, la métallurgie mais aussi pour certains biens d'équipement et de consommation comme les matériels de transport ou les produits électriques et électroniques. Les industries agricoles et alimentaires perdent peu d'emplois et l'énergie résiste à la crise.
La chute d'activité dans l'industrie est forte au quatrième trimestre de 2008 et au premier trimestre de 2009. Les trimestres suivants, l'activité se redresse légèrement tout en restant bien inférieure à la période d'avant crise. Le moral des chefs d'entreprise s'améliore et le retour à la hausse de l'emploi intérimaire annonce une légère reprise. Celle-ci se mesure à travers l'acquis de croissance de la production industrielle qui s'élèverait à + 3 % en 2010 au plan national.
Dans l'agriculture, les difficultés sont principalement liées à la chute des prix à la production, particulièrement sensible pour les producteurs de lait ou de céréales. Une récolte de bon niveau a permis d'assurer des rendements satisfaisants, mais cette production de qualité est confrontée à une commercialisation difficile dans un contexte de crise économique mondialisée. Les revenus des exploitants agricoles se sont fortement dégradés, retrouvant le niveau des années quatre-vingt.
Dans les services, l'activité hors intérim a plutôt bien résisté en 2008, mieux qu'au plan national, puis elle se dégrade légèrement en 2009. Les activités immobilières, déjà en repli en 2008, sont les plus touchées en 2009, mais aussi les transports et les activités de l'information et de la communication. D'autres secteurs résistent mieux : les activités financières et d'assurance, les activités scientifiques, techniques, administratives et les services aux ménages. Le tourisme a connu une année mitigée, avec une perte de 1,3 % des emplois dans l'hébergement et la restauration, une baisse de fréquentation de 4 % dans les hôtels et un regain de 4 % dans les campings et les gîtes ruraux. Le secteur a pâti de la baisse de la clientèle étrangère, tandis que la clientèle française a soutenu l'activité. Enfin, le secteur du commerce a perdu plus de 2 % de ses emplois.
La consommation des ménages est restée assez soutenue avec une hausse de 0,7 % au plan national. En 2009, le revenu disponible des ménages a ralenti ; toutefois, le pouvoir d'achat a accéléré sous l'effet de la désinflation. Les prestations sociales ont fortement augmenté (prime de solidarité active, de rentrée scolaire, RSA, prestations de sécurité sociale en hausse…) et ont joué un rôle d'amortisseur social. Ces résultats positifs globaux cachent cependant des disparités entre ménages avec notamment une hausse du nombre de ménages non imposés et en situation précaire sur le marché du travail. Dans un contexte fragilisé de l'économie, les ménages ont fortement réduit leurs dépenses d'investissement, avec une baisse des mises en chantier de logements individuels.
La baisse de la demande mondiale a pour conséquence une baisse des exportations et des importations dans la région. Le solde positif du commerce extérieur se réduit fortement. Les produits pharmaceutiques, les parfums et cosmétiques ont mieux résisté au ralentissement des exportations. La baisse des exportations est particulièrement sensible avec certains nouveaux marchés (Chine, Russie…) et avec l'Union européenne, mais elle est moins forte avec les autres pays d'Asie.
La mesure de la création d'entreprise est fortement perturbée en 2009 par la mise en place du régime de l'auto-entrepreneur. Les créations progressent de 87 %, mais baissent de 27 % hors auto-entreprises, sans que l'on puisse savoir combien d'auto-entrepreneurs auraient créé leur entreprise sans ce dispositif. La baisse dans les secteurs peu propices au développement d'auto-entrepreneurs est le signe d'une fragilité de la création cette année. Le régime d'auto-entreprise a permis des créations dans beaucoup de secteurs d'activité, et plus particulièrement dans certains secteurs des services comme l'information et la communication, les services aux ménages, le conseil aux entreprises, le commerce sur les marchés ou la réparation.
Face au fort ralentissement d'activité, les licenciements et les fermetures d'entreprise ont été nombreux. Le chômage a progressé de 1,9 point, se situant à 8,8 % en fin d'année, ce qui correspond à 95 000 demandeurs d'emploi. Cette hausse est un peu supérieure à celle constatée au niveau national, mais le taux de chômage de la région reste bien inférieur à celui de l'ensemble de la France (9,5 %). Le plus préoccupant reste le nombre de chômeurs de longue durée qui a fortement progressé, le taux de chômage des jeunes de plus en plus élevé et le chômage des seniors qui augmente le plus au second semestre.
Les mesures d'aide à l'emploi, soit pour le retour à l'emploi, soit pour le reclassement suite aux licenciements économiques, ont été importantes. Elles ont bénéficié à plus de 55 000 personnes hors formation des demandeurs d'emplois, soit le plus haut niveau depuis 2000.
Le nombre de bénéficiaires de minima sociaux a logiquement augmenté. Il a progressé, fin mars 2009 par rapport à mars 2008, de 3,5 % pour le RMI et de 3,2 % pour l'allocation de parent isolé. C'est le niveau atteint le plus élevé de la décennie, après 2006. La montée en charge du RSA s'est faite progressivement à partir de juin 2009 et concerne 57 000 allocataires en fin d'année, avec une évolution supérieure sur la période à celle observée au plan national. Ce dispositif, mis en place notamment pour lutter contre la pauvreté des travailleurs, bénéficie pour 37 % des allocataires à des personnes en emploi.
La croissance serait modérée au premier semestre 2010. Le PIB n'a augmenté que de 0,1 % au premier trimestre et progresserait un peu plus au second, de l'ordre de 0,5 %. L'activité des entreprises devrait poursuivre son redressement et l'investissement devrait croître du fait de meilleures conditions financières et de la hausse de la demande mondiale. À l'inverse, la consommation des ménages ralentirait fortement, compte tenu de la dégradation du marché du travail et de la diminution des aides publiques, notamment l'abandon de la prime à la casse pour l'automobile. Le chômage devrait arrêter d'augmenter grâce au retour d'activité dans les entreprises. Il s'établit à 8,8 % de la population active au premier trimestre 2010 dans la région, comme au trimestre précédent.
Estimée à 2 544 000 au 1er janvier 2009, la population régionale continue de croître à un rythme cependant plus faible qu'au niveau national. La solde naturel tend à diminuer avec une baisse des naissances, qui restent cependant à un niveau élevé, et une hausse des décès.
L'image de la famille traditionnelle continue de changer avec une hausse des divorces, une baisse des mariages, une hausse des Pacs et des naissances hors mariage.
Les parcours des élèves dans l'enseignement secondaire connaissent une nouvelle amélioration en 2009, avec une hausse des taux de passage, une baisse des redoublements et un accroissement de l'orientation vers la seconde générale et technologique. Le nombre d'élèves quittant l'enseignement secondaire sans qualification reste légèrement en dessous de la moyenne nationale. Le taux de poursuite dans l'enseignement supérieur continue à baisser, malgré une meilleure réussite aux examens et un meilleur accès au baccalauréat. Début 2009, l'insertion des jeunes dans la vie active à l'issue d'un second cycle professionnel et technologique, sous statut scolaire ou par apprentissage, régresse fortement en raison de la conjoncture économique.
Olivier Aguer, Insee Centre

juin 2010 - édition 2010