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En Ile-de-France, 310 000 ménages éprouvent des difficultés à honorer leurs factures de chauffage

Jacques Bellidenty, Nathalie Couleaud (Insee Ile-de-France)

et Marc Boitel, Judith Cazas (ARENE Ile-de-France)

Résumé

En prenant en compte le chauffage et l’eau chaude de leur logement ainsi que leurs dépenses de carburant, près de 436 000 ménages franciliens sont estimés en situation de vulnérabilité énergétique. Les deux tiers d’entre eux éprouvent des difficultés à régler leurs seules factures de chauffage. Le profil des ménages vulnérables pour le chauffage de leur logement est très différent entre les zones urbaines et rurales. Dans l’unité urbaine de Paris, les jeunes, les chômeurs ou les étudiants sont les plus vulnérables, surtout s’ils louent de petits logements du parc privé. A contrario, dans le reste du territoire, les personnes âgées, les personnes vivant seules, dans de grands logements chauffés au fioul et datant d’avant 1975 sont les plus fragiles.

Sommaire

Encadrés

Publication

La vulnérabilité énergétique (Sources et définitions) touche 310 000 ménages franciliens, soit environ 445 000 personnes pour le chauffage et l’eau chaude de leur logement en 2008, dernière année où l’ensemble des données à mobiliser est disponible : leur taux d’effort énergétique, rapport entre leurs dépenses énergétiques1 et leurs revenus, est supérieur à 8 % (figure 1). C’est la seconde région en nombre de ménages vulnérables après Rhône-Alpes. En proportion, 6,3 % des ménages franciliens sont concernés contre 14,6 % au niveau national, ce qui s’explique par un habitat plus collectif et des logements plus petits, voire suroccupés.

En prenant aussi en compte les dépenses de carburant nécessaires aux déplacements contraints, 435 600 ménages sont en situation de vulnérabilité énergétique, soit 8,9 % des ménages franciliens, contre 22,2 % au niveau national. En effet, les Franciliens utilisent moins leur voiture et bénéficient d’une proximité plus grande des services. Deux ménages vulnérables sur trois, pour se chauffer ou pour se déplacer, sont concernés du fait de leurs seules dépenses de chauffage en Ile-de-France, contre un sur deux en France

1 Les dépenses énergétiques ne tiennent pas compte du tarif de première nécessité pour l’électricité, ni du tarif spécial solidarité pour le gaz naturel. Leur effet est toutefois modeste, évalué à 0,2 point au niveau national sur le taux de ménages vulnérables.

Figure 1 - Hors de l'agglomération parisienne, la part des ménages contraints à trop dépenser pour se chauffer ou se déplacer est trois fois plus élevée que dans l'agglomération
Indicateurs départementaux de vulnérabilité énergétique
Nombre de ménages vulnérables avec l'approche logement Part de ménages en vulnérabilité énergétique pour le chauffage de leur logement (en %) Nombre de ménages vulnérables avec l'approche logement ou déplacement Part de ménages en vulnérabilité énergétique pour le chauffage de leur logement ou leurs déplacements contraints (en %)
Sources : Insee, recensement de la population (RP), enquête revenus fiscaux et sociaux (ERFS) et revenus disponibles localisés (RDL) de 2008 ; SOeS, ENTD ; Anah
Paris 77 000 6,7 82 100 7,1
Hauts-de-Seine 28 900 4,2 33 500 4,9
Seine-Saint-Denis 34 500 6,0 41 700 7,2
Val-de-Marne 29 900 5,5 36 400 6,6
Seine-et-Marne 44 700 9,0 91 800 18,5
Yvelines 35 600 6,5 55 700 10,2
Essonne 31 000 6,7 51 900 11,2
Val-d'Oise 28 700 6,6 42 500 9,8
Unité urbaine de Paris 253 700 5,8 319 800 7,3
Hors unité urbaine de Paris 56 600 11,5 115 800 23,4
Ile-de-France 310 300 6,3 435 600 8,9
France métropolitaine 3 879 000 14,6 5 903 700 22,2

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L’agglomération parisienne regroupe 82 % des ménages franciliens contraints à trop dépenser pour se chauffer, mais la part des ménages vulnérables est plus élevée dans le reste de la région

En Ile-de-France, comme dans la plupart des autres régions métropolitaines, la part des revenus consacrés au chauffage est plus élevée dans les zones rurales que dans les zones urbaines. Ainsi, dans l’agglomération parisienne regroupant 89 % des ménages franciliens mais seulement 82 % de ceux en situation de vulnérabilité énergétique, soit 254 000 ménages, la part des ménages vulnérables est très inférieure à celle des ménages vivant hors agglomération : respectivement 5,8 % contre 11,5 % (figure 2). Les dépenses énergétiques y sont plus faibles. Elles s’élèvent en moyenne à 1 040 € par an par ménage contre 1 510 € hors de l’unité urbaine, sur la base de consommations conventionnelles du logement. Cela peut s’expliquer par la forte densité urbaine, une part très élevée de logements collectifs plutôt qu’individuels et de taille moindre qu’en dehors de l’agglomération (22 % des logements ont une surface inférieure à 40 m2 contre seulement 8 % hors agglomération urbaine).

Figure 2 - Le cœur de la région, moins touché par la vulnérabilité énergétique que le reste de la région, concentre néanmoins 82 % des ménages vulnérables de l'Ile-de-France

Figure 2 - Le cœur de la région, moins touché par la vulnérabilité énergétique que le reste de la région, concentre néanmoins 82 % des ménages vulnérables de l'Ile-de-France

Lecture : la maille d'analyse élémentaire est la commune. Cependant, la part de ménages vulnérables représentée ici n'est pas la valeur ponctuelle attachée à une commune mais une "moyenne" calculée dans un rayon de lissage de 10 km. La carte estompe ainsi les disparités locales pour montrer les grandes tendances de la répartition spatiale des ménages vulnérables pour le chauffage de leur logement.

Sources : Insee, recensement de la population (RP), enquête revenus fiscaux et sociaux (ERFS) et revenus disponibles localisés (RDL) de 2008 ; SOeS ; Anah

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Dans l’agglomération parisienne, un tiers des ménages en situation de vulnérabilité pour se chauffer sont des personnes vivant seules dans le parc locatif privé avec moins de 14 300 € par an

Dans l’ensemble des communes de l’agglomération parisienne, plus d’un ménage sur deux, vulnérable pour le chauffage de son logement, dispose de revenus annuels particulièrement modestes, ne dépassant pas 14 300 € par ménage après paiement des impôts directs et perception des prestations sociales, correspondant au 1er décile de revenus des ménages franciliens.

Parmi les ménages locataires du parc privé, 112 000 sont en situation de vulnérabilité énergétique (soit 44 % des ménages vulnérables de la zone) (figure 3). Les ménages vulnérables occupent, près de trois fois plus souvent, un logement chauffé au fioul que l’ensemble des ménages (26,5 % contre 9,2 %). Ils vivent deux fois plus souvent seuls (pour 78 % des ménages vulnérables de l’agglomération) et dans des appartements de moins de 25 m2 que l’ensemble des ménages de l’agglomération parisienne. Pour plus d’un tiers, la personne de référence du ménage est au chômage ou étudiant (l’aide financière des parents n’est pas prise en compte), ce qui est le cas de moins de 6 % des ménages de l’agglomération parisienne. Enfin, cette population est également jeune, 37 % des vulnérables énergétiques ont moins de 30 ans (contre 13 % seulement des ménages).

Au total, plus d’un tiers des ménages de l’agglomération parisienne en vulnérabilité énergétique sont locataires du parc privé, vivent seuls, et ont des revenus inférieurs au premier décile de l’agglomération parisienne, alors que ce type de ménages représente seulement 5 % des ménages de l’unité urbaine parisienne.

Figure 3 - 78 % des ménages vulnérables de l’agglomération parisienne sont composés d’une personne seule
Proportion de ménages de l’agglomération parisienne
Agglomération de Paris
Ensemble des ménages (en %) Ménages vulnérables pour se chauffer (en %)
Sources : Insee, recensement de la population (RP), enquête revenus fiscaux et sociaux (ERFS) et revenus disponibles localisés (RDL) de 2008 ; SOeS ; Anah
Locataires du parc privé 28,4 44,2
Chauffés au fioul 9,2 26,5
Chauffés à l'électricité 29,9 32,4
Personnes seules 36,9 78,0
Appartement < 25 m2 6,5 13,5

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Hors de l’agglomération parisienne, la vulnérabilité liée au chauffage du logement concerne particulièrement les propriétaires franciliens vivant seuls avec moins de 18 400 € par an

En dehors de l’agglomération parisienne, l’habitat francilien est beaucoup moins dense (10 % des ménages répartis sur les 2/3 du territoire francilien) et majoritairement individuel. Contrairement aux communes urbaines, les 56 600 ménages en vulnérabilité énergétique de cette zone peuvent avoir des revenus plus élevés mais avec une facture énergétique bien plus importante. Ainsi, les ménages vulnérables hors agglomération parisienne sont répartis de façon plus équilibrée entre le premier (29 %) et le deuxième (21 %) décile de revenus des ménages franciliens. Un ménage vulnérable sur deux habite un logement chauffé au fioul (figure 4) alors que seulement un ménage sur sept utilise cette énergie sur cette partie du territoire. A contrario, un quart des ménages vulnérables sont chauffés à l’électricité. Dans la moitié des cas, les logements sont occupés par des personnes âgées de plus de 60 ans. 90 % des ménages vulnérables vivent dans des logements bâtis avant 1975, année de mise en œuvre de la première réglementation thermique. En revanche, les ménages habitant des logements construits après 1975 (47 % du parc) sont très peu touchés par la vulnérabilité énergétique. Les ménages vulnérables résident davantage dans de grands logements : 83 % ont une habitation de 70 m2 ou plus.

Au total, 28 % des ménages en vulnérabilité énergétique en dehors de l’agglomération parisienne sont propriétaires occupants, vivant seuls, avec des revenus annuels inférieurs à 18 400 €, deuxième décile de revenus francilien, alors que ce type de ménages ne représente que 7 % hors de l’agglomération parisienne.

Cinq territoires homogènes ont été identifiés en Ile-de-France à partir des caractéristiques des logements et des ménages y résidant, particulièrement touchés par la vulnérabilité énergétique liée au chauffage de leur logement (figure 5). La description suivante des cinq territoires n’a pas pour but de décrire exhaustivement tous les ménages vulnérables, mais de mettre en avant les sous-populations les plus touchées par le problème de vulnérabilité énergétique dans chacun des territoires (cf. fiches profils des classes - données complémentaires).

Figure 4 - La moitié des ménages vulnérables résidant hors de l'agglomération parisienne habite dans une logement chauffé au fioul
Proportion de ménages hors de l’agglomération parisienne
Hors agglomération de Paris
Ensemble des ménages (en %) Ménages vulnérables pour se chauffer (en %)
Sources : Insee, recensement de la population (RP), enquête revenus fiscaux et sociaux (ERFS) et revenus disponibles localisés (RDL) de 2008 ; SOeS ; Anah
Propriétaires 70,2 71,8
Chauffés au fioul 14,5 48,4
Chauffés à l'électricité 36,2 24,8
Personnes seules 24,3 57,4
Logement > 70 m2 72,5 83,1

Figure 5 - Vulnérabilité énergétique en Ile-de-France : cinq territoires inégalement touchés

Figure 5 - Vulnérabilité énergétique en Ile-de-France : cinq territoires inégalement touchés

Lecture : analyse construite sur les communes et les profils de ménages vulnérables par commune.

Figure 5B -
Nombre total de ménages % Nombre de ménages en situation de vulnérabilité énergétique pour le chauffage de leur logement % Part des ménages en situation de vulnérabilité énergétique pour le chauffage de leur logement (en %)
Sources : Insee, recensement de la population (RP), enquête revenus fiscaux et sociaux (ERFS) et revenus disponibles localisés (RDL) de 2008 ; SOeS ; Anah
Territoire 1 692 300 14 49 800 16 7,2
Territoire 2 2 273 100 46 123 700 40 5,4
Territoire 3 1 652 800 34 97 400 31 5,9
Territoire 4 147 800 3 17 200 6 11,6
Territoire 5 131 400 3 22 200 7 16,9
Total Ile-de-France 4 897 400 100 310 300 100 6,3

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1er territoire : avant tout des étudiants et des chômeurs louant un logement meublé ou un logement vide et chauffé à l’électricité

Ce territoire est constitué de communes situées majoritairement au cœur de l’agglomération parisienne, caractérisées par un habitat dense constitué essentiellement de logements collectifs. Le profil des ménages vulnérables se rapproche de celui de l’unité urbaine parisienne.

Les populations les plus touchées par la vulnérabilité énergétique sont les étudiants ou les chômeurs, vivant dans une location meublée, chauffée à l’électricité ou au chauffage urbain ou locataires d’un logement vide du parc privé chauffé également à l’électricité. Ces trois sous-populations réunies ne représentent que 2 % des ménages du territoire mais elles sont pour les deux tiers en situation de vulnérabilité énergétique pour se chauffer, soit 9 700 ménages.

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2e territoire : en plus des sous-populations du 1er territoire, des étudiants et des chômeurs louant un logement vide du parc privé et chauffé au gaz de ville

Ce territoire est constitué de communes situées dans l’agglomération parisienne ou à son pourtour. Les ménages les plus touchés correspondent aux trois sous- populations du premier territoire auxquelles se rajoute celle des étudiants ou chômeurs, vivant dans une location vide du parc privé et chauffée au gaz de ville. Cette sous- population compte 50 % de ménages vulnérables. Ces quatre sous-populations représentent 2,5 % de la population de ménages du territoire dont 57 % sont en vulnérabilité énergétique pour se chauffer, soit 33 200 ménages au total.

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3e territoire : avant tout des retraités aux revenus modestes, chauffés au fioul et des étudiants aux revenus modestes chauffés à l’électricité

Les communes de ce territoire se répartissent entre l’urbain et le rural (majoritaire hors de l’agglomération parisienne). Les populations les plus touchées sont, d’une part les retraités chauffés au fioul dont les revenus sont inférieurs au troisième décile, soit 22 500 €, d’autre part, les étudiants ou chômeurs, chauffés à l’électricité et aux revenus faibles (1er décile). Ces deux sous-populations représentent moins de 2 % des ménages du territoire mais ils sont touchés à plus de 50 % par la vulnérabilité énergétique pour se chauffer, soit 19 900 ménages au total.

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4e territoire : des retraités et des employés propriétaires d’un logement chauffé au fioul ainsi que des retraités locataires du parc privé

Les communes de ce groupe, situées essentiellement hors de l’agglomération parisienne, présentent une densité de population plus faible que le cœur de la région, et un habitat individuel beaucoup plus fréquent (plus de 80 % des ménages habitent dans une maison contre moins de 23 % dans l’unité urbaine). Ainsi, le profil de ce groupe est celui, plus général, observé dans les zones rurales. Plus d’un quart des vulnérables énergétiques sont des propriétaires retraités chauffés au fioul. Les retraités locataires du parc privé et les employés propriétaires de leur logement, chauffés au fioul, sont également touchés. Ces trois sous-populations réunies (moins de 7 % des ménages du territoire) sont, pour moitié, en vulnérabilité énergétique pour se chauffer, soit 5 100 ménages au total.

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5e territoire : en plus des sous-populations du 4e territoire, des ouvriers propriétaires d’un logement chauffé au fioul

Les communes de ce territoire sont situées aux limites est et ouest de la région. Dans ce territoire, les populations les plus touchées ont le même profil que dans le 4e territoire. S’y rajoutent les ouvriers propriétaires de leur logement chauffé au fioul. Ainsi, dans ces quatre sous-populations représentant 11 % des ménages, plus de la moitié d’entre elles sont en vulnérabilité énergétique pour se chauffer, soit 7 700 ménages au total.

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En considérant également les dépenses énergétiques des ménages pour se déplacer, la vulnérabilité énergétique double hors de l’agglomération parisienne

En Ile-de-France, autant d’actifs en emploi utilisent la voiture que les transports en commun (43 %). Cependant, 70 % des actifs en emploi habitant hors de l’agglomération parisienne utilisent leur voiture pour aller travailler contre 38 % dans l’unité urbaine. En dehors de l’unité urbaine de Paris, en intégrant les dépenses de carburant nécessaires aux déplacements contraints, les ménages en position de vulnérabilité pour l’une et/ou l’autre de leurs consommations énergétiques sont deux fois plus nombreux que les ménages vulnérables au seul titre du logement. Les dépenses liées aux déplacements contraints augmentent sensiblement la part des ménages vulnérables de la tranche d’âge 30 à 45 ans : de 20 % des vulnérables au titre du logement, leur part passe à 33 % des vulnérables en prenant aussi en compte les dépenses de carburant. De même, en intégrant les déplacements, les couples ayant au moins un enfant représentent 32 % des vulnérables (contre 14 % des vulnérables au seul titre du chauffage). Parmi les ménages dont le chef de famille est ouvrier, 24 % sont vulnérables tant pour le logement que pour les transports (contre 13 % pour le seul logement). Cette part est de 21 % pour les professions intermédiaires (contre 12 % pour le seul logement).

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Encadrés

Aide à la rénovation : un impact fort dans le parc social et des résultats contrastés dans le parc privé

En Ile-de-France, le gain énergétique obtenu à l’issue des travaux de rénovation déjà réalisés est estimé à 41 % pour le parc privé dans le cadre d’Habiter Mieux selon le bilan annuel 2013 du Programme Habiter Mieux en Ile-de-France et à 54 % pour le parc social dans le cadre de l’éco-prêt logement social d’après la Direction régionale et interdépartementale de l’hébergement et du logement (Drihl). Ainsi, si ces gains étaient appliqués à tous les logements où vivent des ménages en vulnérabilité énergétique, le nombre de ménages vulnérables au titre du logement serait divisé par trois, à prix des énergies constant. L’impact le plus fort serait dans le parc social, avec une baisse de plus de 96 % du nombre de ménages touchés. Les résultats sont plus nuancés dans le parc privé : la baisse serait plus importante chez les propriétaires occupants (- 73 %), et serait plus limitée chez les locataires du parc privé (- 59 %). Ainsi, 109 000 ménages resteraient concernés par la vulnérabilité énergétique, et ce, sans prendre en compte les hausses éventuelles des prix de l’énergie.

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Influence d’une hausse des prix des énergies : 21 600 nouveaux ménages basculeraient dans la vulnérabilité énergétique pour leur logement en cinq ans

Les évolutions anticipées des prix de l’énergie s’appuient pour l’électricité sur les avis de la Commission de régulation de l’énergie, publiés dans son rapport thématique 2011-2012 paru en février 2013 (Le fonctionnement des marchés de détail français de l’électricité et du gaz naturel - Rapport 2011-2012). Pour le gaz, elles intègrent la prise en compte de la Taxe intérieure de consommation sur le gaz naturel, et pour le fioul elles se réfèrent à une évolution tendancielle. Sous ces hypothèses, des hausses annuelles de 2,2 % du gaz, de 3,9 % de l’électricité et de 4,6 % pour le fioul sont retenues. Ainsi, en répercutant ces hausses de prix des énergies et une évolution tendancielle des revenus à un horizon de cinq ans, 21 600 nouveaux ménages franciliens basculeraient en vulnérabilité énergétique pour leur logement, ce qui porterait la part des ménages en situation de vulnérabilité énergétique à 6,8 %. Le choc serait plus fort pour les couples avec ou sans enfant(s) avec une hausse avoisinant les 18 %. Les catégories socioprofessionnelles les plus affectées seraient les professions intermédiaires et les ouvriers (respectivement + 14 % et + 11 %). En nombre de ménages, les ménages du deuxième décile de revenus (entre 14 300 € et 18 400 € par an) enregistreraient la hausse la plus importante (7 200 ménages supplémentaires). Propriétaires occupants et locataires d’un logement vide du parc privé feraient également partie des plus touchés.

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Après paiement de leur chauffage, 416 000 ménages franciliens ont moins de 900 euros par mois pour vivre

Si le taux d’effort énergétique est l’indicateur le plus couramment utilisé pour déterminer de manière quantitative le nombre de ménages en vulnérabilité énergétique, une approche complémentaire consiste à identifier les ménages qui, après paiement de leur facture de chauffage, passent sous un seuil de revenu évalué à 900 € par mois et par unité de consommation (60 % de la médiane des revenus après paiement des dépenses énergétiques). Ce sont alors 416 400 ménages qui sont identifiés, soit 8,5 % des ménages franciliens. Parmi eux, 147 400 ont un TEE (taux d’effort énergétique) supérieur à 8 %. Ainsi, en retenant les ménages touchés par l’une ou l’autre des deux approches, on estime à 580 000 le nombre de ménages franciliens en difficulté énergétique pour se chauffer, soit 12 % des ménages de la région.

L’écart en proportion entre les zones urbaine et rurale de l’Ile-de-France est plus faible que dans l’approche du TEE seul, avec un taux de ménages touchés respectivement de 11,6 % et 14,3 %.

Dans l’unité urbaine parisienne, le nombre de ménages touchés passe de 254 000 ménages (avec l’approche TEE) à 510 000 ménages. Le profil des ménages reste proche de celui résultant du TEE pour la majorité des caractéristiques. Il se distingue principalement dans le parc social qui regroupe alors près d’un tiers des ménages touchés (contre moins de 10 % avec l’approche TEE). La part des ménages touchés est également plus forte dans les logements de moins de 25 m² (20 % des ménages contre 13 % avec l’approche TEE), chez les employés et les ouvriers (respectivement 25 % et 16 % des ménages contre 12 % et 7 % dans l’approche TEE) et chez les femmes en foyer monoparental (15,3 % des ménages contre 5,5 % dans l’approche TEE).

En dehors de l’unité urbaine parisienne, le nombre de ménages touchés passe de 57 000 à 71 000, avec les mêmes profils que dans l’unité urbaine parisienne.

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Les dispositifs de lutte contre la vulnérabilité énergétique en Ile-de-France

Les Conseils généraux, chefs de file de l’action sociale, sont acteurs en premier chef de la lutte contre la vulnérabilité énergétique. Ils gèrent notamment les fonds de solidarité pour l’énergie afin d’aider au traitement des impayés de factures. Ils sont aussi les partenaires privilégiés de l’Agence nationale pour l’amélioration de l’habitat (Anah), pour la mobilisation des aides à la rénovation du programme Habiter Mieux au travers des contrats locaux d’engagement (CLE). En Ile-de-France, un contrat régional d’engagement a été signé entre le Conseil régional et l’Anah. Les communes et les établissements publics de coopération intercommunale ont une place toute aussi importante, par l’exercice des compétences sanitaires et sociales de proximité, au travers des centres communaux d’action sociale et des contrats locaux de santé. Ils peuvent aussi agir via leurs Agendas 21 et leurs Plans climat énergie territoriaux. Enfin, leurs compétences habitat déclinées au travers des Plans locaux de l’habitat, des Opérations programmées d’amélioration de l’habitat, des Programmes d’intérêt généraux sont également des vecteurs permettant de limiter la vulnérabilité énergétique. La Région apporte également un soutien aux collectivités et aux associations en s’engageant dans des dispositifs d’accompagnement socio-techniques des ménages tels que les SLIME (Services locaux d’intervention pour la maîtrise de l’énergie). Elle a aussi ouvert la possibilité d’abonder financièrement des fonds sociaux d’aides aux travaux de maîtrise de l’énergie portés par les Conseils généraux.

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Méthodologie

L'étude s’appuie sur le recensement qui fournit les principales caractéristiques de la population et des logements. Différents modèles permettent ensuite d’estimer pour chaque logement toutes les composantes du taux d'effort énergétique.

Les revenus disponibles sont déterminés par une modélisation économétrique innovante combinant régressions quantile et logistique permettant une meilleure estimation des queues de distribution que les méthodes classiques.

Les dépenses énergétiques liées au logement mettent en œuvre le modèle "Anah" fournissant une distribution des Diagnostics de Performance Énergétique (DPE) par segmentation du parc (ancienneté de construction, habitat collectif/individuel…). Nous avons enrichi ce modèle d'une correction climatique communale ainsi que d'une prise en compte d'une éventuelle sous-occupation des logements. Les tarifs sociaux de l’énergie ne sont pas pris en compte mais leur effet est modeste, évalué à 0,2 % au niveau national sur le taux de ménages vulnérables pour le chauffage.

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Typologie des vulnérables énergétiques

La typologie des vulnérables énergétiques est contruite selon une méthode de classification ascendante hiérarchique (CAH). Elle agrège deux à deux, selon un processus itératif, les communes les plus proches en termes de vulnérabilité à l’aide de trente variables retenues dans l’analyse : la part des ménages vulnérables dans les deux premiers déciles de revenu (en %), la part des ménages vulnérables dans les différents combustibles utilisés pour se chauffer, dans les différentes périodes de construction de logement, dans les différentes tailles de logement, dans les différents statuts d’occupation, et dans les différentes tranches d’âges de la personne de référence du ménage.

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Insee Analyses Ile-de-France N° 10 - janvier 2015

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Liens

Insee Analyses Ile-de-France : Présentation de la collection et liste des numéros parus