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Dans l’agglomération parisienne, un sans-domicile sur trois a un emploi

Auteurs : Marie-Lorraine Chausse et Jessica Labrador (Insee Ile-de-France)

Résumé

Dans l’agglomération parisienne, 31 % des sans-domicile ont un emploi, 36 % sont au chômage et le tiers restant est inactif. En province, seulement un sans-domicile sur cinq travaille. Ils occupent des emplois peu qualifiés et ont des conditions de travail précaires. La moitié des sans-domicile de l’agglomération parisienne travaille à temps partiel et deux cinquièmes d'entre eux souhaitent travailler plus. Les femmes et les étrangers sont davantage concernés par ces situations. Trois sans-domicile au chômage sur cinq le sont depuis plus de deux ans et un quart n’a aucun revenu. Leurs démarches pour trouver un emploi ne leur permettent pas de décrocher un entretien d’embauche.

Sommaire

Publication

Introduction

En 2012, dans l’agglomération parisienne, 28 800 personnes francophones sont sans domicile, c’est-à-dire qu’elles ont passé la nuit précédant l’enquête dans un lieu non prévu à l’habitation ou dans un centre d’hébergement (Sources et définitions). Parmi ces sans-domicile, 31 % ont un emploi. Ce taux a baissé de quatre points par rapport à 2001. De plus, 36 % des sans-domicile sont au chômage et 33 % inactifs. Dans les autres agglomérations de plus de 200 000 habitants, quatre sans-domicile sur cinq sont chômeurs ou inactifs et seulement un sur cinq en emploi
(Tableau 1).

 

Tableau 1 - Un tiers des sans-domicile de l'agglomération parisienne ont un emploi

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Les femmes sans domicile ont plus souvent un emploi que les hommes

Dans l’agglomération parisienne, les femmes sans domicile sont plus souvent en emploi que les hommes (33 % contre 29 % ) et les étrangers francophones plus que les Français (32 % contre 29 %). Ce taux d’emploi des étrangers y est deux fois plus important que dans les agglomérations de plus de 200 000 habitants de province.

Une autre spécificité de l’agglomération parisienne concerne le taux d’emploi des jeunes : 37 % des jeunes de moins de 30 ans ont un travail contre 31 % pour les sans-domicile de 30 à 49 ans. En revanche, dans les agglomérations de plus de 200 000 habitants en province, le taux d’emploi des jeunes est inférieur à celui des sans-domicile de 30 à 49 ans. Cette différence s’explique principalement par la proportion de sans-domicile bacheliers ou diplômés de l’enseignement supérieur, plus élevée parmi les jeunes dans l’agglomération parisienne (36 % contre 24 %).

Par ailleurs, le taux d’activité des sans-domicile entre 30 et 49 ans de l’agglomération parisienne (69 %) est nettement inférieur à celui de la population générale (92 %), mais légèrement plus élevé que celui des sans-domicile de province (66 %). Il atteint 77 % pour les jeunes de moins de 30 ans contre 70 % dans la population générale, qui comprend une plus forte proportion d’étudiants.

Les sans-domicile en emploi sont aussi ceux qui ont les conditions de logement les plus favorables : un sans-domicile sur deux en logement géré par une association travaille contre un sur cinq pour les sans-domicile dormant dans la rue.

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Des emplois peu qualifiés essentiellement dans le secteur privé hors association

Dans l’agglomération parisienne comme en province, 95 % des sans-domicile en emploi sont salariés (Tableau 2), dont les deux tiers travaillent pour une entreprise ou des particuliers. Ils sont seulement 13 % à travailler pour une association et 2 % pour le centre d’hébergement dans lequel ils dorment afin de payer leur logement ou repas contre respectivement 21 % et 7 % en province. Par contre, 11 % sont salariés de la fonction publique contre seulement 4 % en province.

 

Tableau 2 - Plus de neuf sans-domicile en emploi sur dix sont salariés

 

Les sans-domicile en emploi comme l’ensemble des sans-domicile sont très peu diplômés : deux tiers n’ont pas de diplôme ou ont un diplôme inférieur au bac et par conséquent occupent essentiellement des emplois peu qualifiés. Dans l’agglomération parisienne, quatre sans-domicile sur dix sont ouvriers et trois sur dix employés. C’est nettement plus qu’en population générale (13 % et 26 %). En province, les proportions de sans-domicile ouvriers et employés sont inversées.

Dans l’agglomération parisienne, les hommes sans domicile, qu’ils soient français ou étrangers, occupent principalement des postes d’ouvriers non qualifiés (36 %) ou d’ouvriers du bâtiment (26 %) alors qu’en province ils sont plus souvent employés de l’hôtellerie ou de la restauration (40 %) et plus rarement ouvriers non qualifiés (16 %). Comme en province, les femmes sans domicile exercent pour près de la moitié d’entre elles des métiers de services aux entreprises ou aux particuliers (agent d’entretien, garde d’enfants, aide à domicile).

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Un sans-domicile sur deux travaille à temps partiel

Dans l’agglomération parisienne, l’ancienneté des sans-domicile dans l’emploi est faible : trois sur cinq ont un emploi depuis moins d’un an, à peine plus qu’en province.

Les sans-domicile de l’agglomération parisienne sont plus souvent en emploi que ceux des autres agglomérations de province de plus de 200 000 habitants mais leurs conditions d’emploi sont plus précaires. Parmi ceux qui sont en emploi, 28 % n’ont pas de contrat de travail, contre 15 % en province (Graphique 1). Les étrangers sont les plus concernés : 35 % dans l’agglomération parisienne et 17 % en province n’ont pas de contrat de travail contre respectivement 17 % et 15 % des Français. Les sans-domicile en emploi sont tout de même 38 % à avoir un contrat à durée indéterminée (41 % en province). Les emplois occupés sont pour moitié à temps partiel (48 %).Malgré cette forte proportion de sans-domicile à temps partiel, seulement 9 % des sans-domicile cumulent plusieurs emplois.

 

Graphique 1 - 28 % des sans-domicile de l'agglomération parisienne travaillent sans contrat

Graphique 1 - 28 % des sans-domicile de l'agglomération parisienne travaillent sans contrat

Source : Insee, enquête auprès des personnes fréquentant les services d'hébergement ou de distribution de repas, 2012

 

Comme en population générale, les femmes sans domicile sont davantage concernées par le travail à temps partiel que les hommes. Dans l’agglomération parisienne comme dans les autres agglomérations, plus de trois femmes sans domicile actives occupées sur cinq sont à temps partiel contre deux hommes sur cinq. C’est beaucoup plus qu’en population générale : 21 % pour les femmes et 8 % pour les hommes.

De même, trois étrangers sans domicile sur cinq sont à temps partiel contre trois Français sur dix. Les jeunes sans domicile de moins de 30 ans sont moins touchés par le travail à temps partiel que les sans-domicile de 30 à 49 ans (42 % contre 57 %). En province, c’est l’inverse : 49 % des sans-domicile de moins de 30 ans travaillent à temps partiel contre 41 % pour ceux âgés de 30 à 49 ans.

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Un sans-domicile sur cinq en situation de sous-emploi

Dans l’agglomération parisienne, 18 % des sans-domicile sont en situation de sous-emploi, c’est-à-dire qu’ils travaillent à temps partiel et souhaitent travailler plus (15 % en province). Comme pour le travail à temps partiel, les femmes et les étrangers sont les plus concernés, et les jeunesmoins que leurs aînés de 30 à 49 ans (Graphique 2).

 

Graphique 2 - Le sous-emploi concerne surtout les femmes et les étrangers

Graphique 2 - Le sous-emploi concerne surtout les femmes
 et les étrangers

Source : Insee, enquête auprès des personnes fréquentant les services d'hébergement ou de distribution de repas, 2012

 

Leur situation vis-à-vis de l’emploi ne permet pas aux sans-domicile d’avoir des revenus élevés : trois sans-domicile sur cinq occupant un emploi ont perçu le mois précédant l’enquête moins de 900 € de revenus liés au travail contre un sur deux en province. En additionnant l’ensemble de leurs revenus (revenus du travail et prestations sociales) et ceux de leurs éventuels conjoint et enfant(s), 87 % des sans-domicile de l’agglomération parisienne ont perçu moins de 1 500 €, soit en moyenne 600 € par unité de consommation. En province, où les revenus sont en moyenne plus faibles, cette proportion est plus élevée (93 %).

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Dans l’agglomération parisienne, une personne sans domicile au chômage sur quatre n’a aucun revenu

Dans l’agglomération parisienne, 36 % des sans-domicile sont au chômage. Les hommes sont plus concernés que les femmes (38 % contre 34 %). Les Français sont plus souvent dans cette situation que les étrangers (42 % contre 32 %), de même que les jeunes par rapport aux sans-domicile plus âgés (40 % pour les moins de 30 ans contre 38 % pour les 30-49 ans). Deux sans-domicile sur trois au chômage n’ont pas de diplôme ou ont un diplôme inférieur au baccalauréat. Ceux qui sont diplômés de l’enseignement supérieur sont surreprésentés parmi les chômeurs.

En province, les hommes et les jeunes sont également les plus concernés, mais les étrangers plus que les Français. Les chômeurs y sont un peu plus nombreux (41 %), mais leur chômage est de plus courte durée : un chômeur sur deux l’est depuis plus de deux ans contre trois sur cinq dans l’agglomération parisienne. Le chômage de longue durée concerne davantage les hommes, les Français et les personnes de 30 à 49 ans
(Graphique 3).

 

Graphique 3 - Les hommes restent plus longtemps au chômage que les femmes

Graphique 3 - Les hommes restent plus longtemps au chômage que les femmes

Source : Insee, enquête auprès des personnes fréquentant les services d'hébergement ou de distribution de repas, 2012

 

Avant d’être au chômage, trois sans-domicile sur quatre avaient un emploi. Pour quatre sans-domicile sur cinq, leur dernier emploi a duré plus de six mois. Pour ceux dont le dernier emploi a duré moins de six mois, ils ont majoritairement perdu cet emploi suite à la fin d’un contrat à durée déterminée ou d’une mission d’intérim.

Depuis qu’ils sont au chômage, 36 % des sans-domicile ont occupé des emplois occasionnels (contre 30 % en province). Un tiers des sans-domicile de l’agglomération parisienne au chômage et la moitié des provinciaux ont pour principale source de revenus le revenu de solidarité active (RSA). Les allocations chômage (16 %) constituent la deuxième source de revenus quelle que soit l’agglomération. Leurs revenus sont donc très faibles : pour la moitié d’entre eux (55 % en province), leur revenu par unité de consommation est inférieur à 500 € par mois.Un chômeur sans domicile sur quatre dans l’agglomération parisienne et seulement un sur neuf en province n’a aucun revenu.

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Les démarches pour la recherche d’un emploi aboutissent peu

Dans l’agglomération parisienne comme en province, trois sans-domicile sur quatre recherchent un emploi. Ils effectuent leurs démarches essentiellement auprès de Pôle emploi, de l’Association pour l’emploi des cadres (Apec) ou des missions locales (63 %) ou avec l’aide de relations professionnelles ou personnelles (58 %). Cependant, les démarches effectuées ne permettent pas de décrocher un entretien d’embauche : plus de deux sans-domicile sur trois n’ont reçu aucune convocation à un entretien suite à leurs démarches.

Le coût du transport (35 %) et les frais de correspondance et de communication (30 %) sont les deux principaux freins cités par les sans-domicile dans leur recherche d’emploi.

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Moins de sans-domicile inactifs dans l’agglomération parisienne qu’en province

Un sans-domicile sur trois de l’agglomération parisienne est inactif. 30 % d’entre eux ne sont pas autorisés à travailler (notamment les demandeurs d’asile, sauf dans des cas limités), 24 % se déclarent comme chômeurs mais ne recherchent pas d’emploi, 14 % sont invalides ou handicapés, 11 % sont retraités. Les étrangers sont plus souvent inactifs que les Français (36 % contre 29 %). L’inactivité est plus fréquente chez les femmes étrangères (39 %) que chez les Françaises (23 %). En province, la moitié des étrangers sans domicile sont inactifs contre un tiers des Français. L’inactivité des sans-domicile croît avec l’âge : de 23 % parmi les jeunes de moins de 30 ans, la part des inactifs passe à 31 % parmi ceux âgés de 30 à 49 ans et 49 % parmi les 50 ans ou plus. La moitié des jeunes de moins de 30 ans inactifs ne sont pas autorisés à travailler, 21 % sont au chômage et 11 % étudiants.

Ces sans-domicile n’ont pas toujours été inactifs. Au cours de leur vie, deux sur trois ont exercé une activité professionnelle de plus de 6 mois, un dixième a eu uniquement des activités professionnelles de moins de 6 mois et un quart n’a jamais travaillé. Parmi ces derniers, deux sur cinq ont moins de 30 ans. Parmi ceux qui ont déjà occupé un emploi, 69 % ont travaillé presque toujours régulièrement au cours de leur vie et 40 % sont restés dans leur dernière entreprise plus de 5 ans.Un inactif sur quatre a perdu son dernier emploi de plus de 6 mois suite à une rupture de contrat de travail pour maladie ou invalidité et un sur six suite à un licenciement. Quand ils travaillaient, ils occupaient essentiellement des postes d’employés (30 %) et d’ouvriers (29 %).

Parmi les principales sources de revenus des inactifs, le RSA est en première position (28 %), suivi du minimum vieillesse (13 %), des revenus du travail du conjoint (12 %) et de l’allocation adulte handicapé (8 %). Dans l’agglomération parisienne, deux sans-domicile inactifs sur sept (un sur sept en province) n’ont aucun revenu et la moitié amoins de 490 euros par mois de revenus par unité de consommation, en tenant compte de l’ensemble des revenus du sans-domicile et de son éventuelle famille.

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