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Les sans-domicile dans l'agglomération parisienne : une population en très forte croissance

Auteurs : Emmanuelle Pierre-Marie et Sandra Roger (Apur)
               Marie-Lorraine Chausse et Jessica Labrador (Insee Ile-de-France)

Résumé

Début 2012, 28 800 adultes francophones sans domicile ont été dénombrés dans l’agglomération parisienne, ce qui représente une hausse de 84 % par rapport à 2001. Cette population, en majorité jeune, masculine et étrangère, est restée en moyenne pendant 9 mois sans domicile en 2011 dont 1,7 mois sans abri. Toutefois, depuis 2001, elle vieillit et se féminise. La moitié des sans-domicile utilise un service d’hébergement collectif, 40 % occupent des chambres d’hôtel ou des logements gérés par des associations, les autres sont sans abri. Depuis 2001, sous l’effet d’une demande d’hébergement d’urgence en forte croissance, le nombre de chambres d’hôtel a beaucoup augmenté, les autres segments de l’offre restant relativement stables.

Sommaire

Publication

Introduction

Dans l’agglomération parisienne, 34 500 adultes francophones, c’est-à-dire pouvant s’exprimer en français, fréquentent les services d’hébergement ou de distribution de repas, d’après l’enquête réalisée en 2012 par l’Insee et l’Ined (Sources et définitions). Parmi eux, 28 800 sont sans domicile, c’est-à-dire qu’ils ont passé la nuit précédant l’enquête soit dans un lieu non prévu pour l’habitation, soit dans un service d’hébergement. Ils sont accompagnés de 6 250 enfants. Ce nombre de sans-domicile est en augmentation de 84 % depuis 2001 alors qu’en province il n’a progressé que de 11 %. L’agglomération parisienne concentre 43 % des sans-domicile francophones de toutes les agglomérations de métropole d’au moins 20 000 habitants et même 60 % des sans-domicile étrangers alors que son poids dans la population est de 27 %.

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Une population plutôt jeune, masculine et majoritairement étrangère

Les sans-domicile sont plutôt jeunes : seul un quart est âgé de 50 ans ou plus contre 40 % des adultes d’Ile-de-France occupant un logement ordinaire (Tableau). Ce sont majoritairement des hommes (59 %). Comme dans les autres agglomérations françaises de plus de 200 000 habitants, deux tiers d’entre eux vivent seuls. En revanche, dans l’agglomération parisienne, les sans-domicile vivent moins souvent en couple sans enfant que dans les autres agglomérations (4 % contre 11 %), mais sont plus souvent accompagnés d’enfants, qu’ils soient seuls ou en couple (29 % contre 23 %). Autre spécificité de l’agglomération parisienne, les étrangers francophones y sont nettement plus fréquents parmi les sans-domicile que dans les autres agglomérations : 56 % contre 29 %. Cette proportion n’était que de 42 % en 2001. Cela traduit le fait que Paris attire un tiers des arrivées de l’étranger en France métropolitaine, notamment des demandeurs d’asile qui se tournent vers l’aide d’urgence, car ils ne trouvent pas de place dans les centres d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA).

 

Tableau - Dans l'agglomération parisienne, les sans-domicile sont plus souvent des hommes, jeunes et étrangers

 

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Un sans-domicile sur deux est dans cette situation depuis au moins un an

Dans l’agglomération parisienne, la moitié des sans-domicile sont sans domicile depuis au moins un an, à peine plus qu’en province. Parmi eux, deux tiers sont des étrangers francophones, soit deux fois plus que pour le reste du territoire, et un tiers est accompagné d’enfants. Parmi les personnes sans domicile depuis moins d’un an, 18 % sont sans abri et 32 % hébergés en hôtel ou en logement, contre respectivement 10 % et 46 % de ceux qui le sont depuis plus d’un an.

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Les sans-domicile sont restés neuf mois dans cette situation en 2011

Globalement, les sans-domicile déclarent avoir été, en moyenne, au cours de l’année 2011, neuf mois sans domicile (contre huit mois dans les autres agglomérations). Pendant deux mois, ils ont été hébergés par un tiers ou occupé un squat et durant un mois, ils ont occupé un logement dont ils étaient locataire ou propriétaire.

Durant la période de neuf mois sans domicile, les sans-domicile ont passé en moyenne 3,6 mois en hébergement collectif, 2,1 mois en hôtel, 1,6 mois en logement et 1,7 mois sans abri, c’est-à-dire qu’ils ont dormi dans la rue ou dans un abri de fortune (Graphique 1). Un sans-domicile sur dix a vécu sans abri au moins 9 mois de l’année.

 

Graphique 1 - Les sans-domicile de l'agglomération parisienne sont restés en moyenne 9 mois dans cette situation

Graphique 1 - Les sans-domicile de l'agglomération parisienne sont restés en moyenne 9 mois dans cette situation

Source : Insee, enquête auprès des personnes fréquentant les services d'hébergement ou de distribution de repas, 2012

 

Parmi l’ensemble des personnes sans domicile la veille de l’enquête, la durée d’occupation d’un logement personnel en 2011, en tant que locataire ou propriétaire, a été courte (1 mois) ; 86 % des sans-domicile n’ont pas occupé de logement personnel au cours de l’année 2011. Toutefois, pour ceux qui sont sans abri, cette occupation a été plus longue, généralement parce que la perte de ce logement personnel est plus récente que pour les autres sans-domicile.

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L’hébergement en structure collective reste prépondérant mais diminue au profit des hôtels

Dans l’agglomération parisienne, près de la moitié des sans-domicile (47 %) sont accueillis dans des structures collectives, beaucoup plus souvent dans des structures où ils peuvent rester la journée (34 %) que dans celles avec départ obligatoire le matin (13 %) (Graphique 2a). Des chambres d’hôtel ou des logements gérés par des associations caritatives ou des organismes publics accueillent 39 % d’entre eux. Enfin, 14 % des personnes sans domicile ont dormi dans la rue ou dans des abris de fortune la nuit précédant l’enquête. C’est deux points de plus qu’en 2001, et huit points de plus que dans les autres agglomérations de plus de 200 000 habitants. Pour des raisons d’accessibilité, elles dorment plus fréquemment dans des espaces publics fermés (métro, gare, etc.) ou ouverts (pont, rue, etc.) que dans des espaces privés (cave, parking fermé, hall d’immeuble, cabane, etc.).

Même si l’accueil en structure collective reste prédominant, la part des personnes accueillies dans ces dernières a baissé de quatre points depuis 2001 alors que l’hébergement en chambres d’hôtel a fortement augmenté, passant de 9 % en 2001 à 22 % en 2012 (Graphique 2b). Cette situation est typiquement parisienne car la part des chambres d’hôtel dans l’ensemble des hébergements reste très faible dans les autres agglomérations de plus de 200 000 habitants (3 %). Inversement, en province, les personnes sans domicile sont plus souvent hébergées dans des logements mis à leur disposition par des associations caritatives ou des organismes publics (46 % contre 17 % dans l’agglomération parisienne).

 

Graphique 2 - Dans l'agglomération parisienne, la part des chambres d'hôtels dépasse désormais celle des logements gérés par une association

Graphique 2 - Dans l'agglomération parisienne, la part des chambres d'hôtels dépasse désormais celle des logements gérés par une association Graphique 2 - Dans l'agglomération parisienne, la part des chambres d'hôtels dépasse désormais celle des logements gérés par une association

Source : Source : Insee, enquête auprès des personnes fréquentant les services d'hébergement ou de distribution de repas, 2012

 

Cette situation s’explique d’une part, par la crise du logement qui affecte Paris et son agglomération. Dans l'agglomération parisienne, les conditions d'accès aux logements du parc privé se sont durcies ces dernières décennies sous l'effet de l'érosion du parc social de fait (locations privées bon marché) et de l'augmentation des loyers d'habitation privés. D’autre part, la demande d’hébergement étant structurellement supérieure à l’offre, le financement de nuitées à l’hôtel sert de variable d’ajustement. Enfin, les chambres d’hôtel sont plus particulièrement destinées aux familles. Ces dernières bénéficient de l’Aide sociale à l’enfance (ASE) et sont de plus en plus nombreuses à faire une demande d’hébergement auprès du 115. Ainsi, 68 % des hébergements en chambre d’hôtel concernent des familles, la quasi- totalité de nationalité étrangère

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La part de femmes sans domicile augmente entre 2001 et 2012

La part des femmes sans domicile est plus importante dans l’agglomération parisienne, où leur nombre a plus que doublé depuis 2001, que dans les autres agglomérations de plus de 200 000 habitants (41 % contre 36 %). La population féminine est davantage représentée dans les hébergements en chambres d’hôtel (67 %) et en logements (58 %) et beaucoup moins parmi les personnes qui vivent dans la rue (2 %). En 2001, dans l’agglomération parisienne comme dans les autres agglomérations, les femmes étaient beaucoup plus souvent sans abri ou hébergées dans des centres où on ne peut rester que la nuit. Cependant, le profil des femmes sans domicile a peu évolué entre 2001 et 2012, même si elles sont un peu plus souvent en couple (22 % contre 17 % en 2001) et accompagnées d’enfants (56 % contre 51 %).

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Une population qui vieillit, notamment dans les structures d’hébergement collectif

En 2001, la part des jeunes adultes de moins de 30 ans s’élevait à 34 % alors qu’en 2012, ils représentent 23 % des personnes sans domicile, pourcentage inférieur à celui constaté dans les autres agglomérations de plus 200 000 habitants. La population des sans-domicile vieillit, notamment dans les structures d’hébergement collectif. Les jeunes sont davantage rebutés par ces structures d’accueil et ce, d’autant qu’ils ne sont pas prioritaires dans les obtentions de place d’hébergement d’urgence.

Quant aux seniors âgés de 50 ans ou plus, ils sont nettement surreprésentés dans l’agglomération parisienne parmi les personnes sans abri et dans les différentes structures d’hébergement collectif, que ce soit avec ou sans départ le matin. Les familles, pour leur part, sont surreprésentées parmi les occupants de chambres d’hôtel (68 % contre 41 % dans les autres agglomérations de plus de 200 000 habitants).

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