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Une forte hétérogénéité des revenus en Ile-de-France

Auteur : Jessica Labrador (Insee Ile-de-France)

Résumé

Un ménage francilien sur deux déclare des revenus fiscaux par unité de consommation (UC) supérieurs à 1 816 € par mois, revenu médian le plus élevé de l’ensemble des régions de France métropolitaine. En revanche, le 1er décile de revenus, 547 € par mois par UC, est parmi les plus faibles. A Paris, le revenu des ménages les plus aisés est le plus élevé de France métropolitaine ; mais le revenu des ménages les plus modestes y est le plus faible de la région après celui de la Seine-Saint-Denis. La redistribution des revenus, par les prestations sociales et l’impôt, permet de réduire nettement les inégalités, notamment à Paris et en Seine-Saint-Denis.

Sommaire

Publication

Introduction

En 2010, 4,8 millions de ménages franciliens déclarent des revenus aux services fiscaux. Du fait de revenus plus élevés, sept ménages franciliens sur dix sont imposables contre moins de six sur dix en province. La moitié de la population francilienne vit dans un ménage déclarant des revenus fiscaux par unité de consommation (UC) (Les revenus fiscaux des ménages) supérieurs à 1 816 € par mois. Ce revenu médian francilien est le plus élevé de l’ensemble des régions de France métropolitaine. Il est supérieur de 19,3 %, soit un écart de 294 €, à celui de l’ensemble des autres régions. En revanche, le 1er décile de revenus des ménages, c’est-à-dire le revenu en dessous duquel se situent les 10 % des ménages percevant les revenus les plus faibles, est inférieur de 4 % à celui des ménages de province. Egal à 547 € par mois, il place l’Ile-de-France au 16e rang du classement des régions métropolitaines par montant décroissant du 1er décile (Tableau 1).

 

Tableau 1 - 10 % des ménages franciliens gagnent moins de 547 € mensuels, niveau parmi les plus bas des régions de France métropolitaine

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Des profils contrastés de revenus des ménages selon les départements franciliens

Trois groupes de départements franciliens sont identifiables, selon l’hétérogénéité de la distribution des revenus de leurs habitants.

 

Le premier groupe, composé de Paris, des Yvelines et des Hauts-de-Seine, se caractérise par des revenus médians et un 9e décile de revenus très élevés par rapport à la moyenne de la région

 

Les revenus médians par UC dans les Hauts-de-Seine (2 117 € par mois), les Yvelines (2 088 €) et à Paris (2 087 €) sont les trois plus élevés des départements de la France métropolitaine (Tableau 2).

 

Tableau 2 - Des revenus élevés à Paris, dans les Hauts-de-Seine et les Yvelines

 

Au niveau infradépartemental, ce constat est cependant plus nuancé, car les arrondissements du nord de Paris et les communes du nord des Hauts-de-Seine abritent des ménages ayant de faibles revenus médians
(Carte).

 

Carte - Revenus médians peu élevés au nord et à l’est de l’Ile-de-France

Carte - Revenus médians peu élevés au nord et à l’est de l’Ile-de-France

Source : Insee-DGFIP, revenus fiscaux localisés des ménages 2010

 

Avec 5 607 € par mois par UC, les revenus fiscaux des ménages parisiens les plus aisés sont les plus élevés des départements de France métropolitaine. Ce 9e décile de revenus est supérieur de 38 % à celui des ménages aisés de la région (Graphique 1). Les revenus fiscaux par UC des ménages aisés des Hauts-de-Seine (4 941  €) et des Yvelines (4 310  €) figurent également parmi les plus élevés de France métropolitaine, juste après Paris. Ils dépassent respectivement de 22 % et de 6 % le 9e décile de la région Ile-de-France. Les revenus du patrimoine et les revenus non salariaux représentent 11,0 % et 7,4 % des revenus déclarés par les ménages parisiens contre 6,7 % et 4,8 % pour l’ensemble des ménages de la région. Dans les Hauts-de-Seine, les hauts revenus des ménages correspondent surtout à des revenus du patrimoine (7,4 %).

 

Graphique 1 - Des revenus plus faibles en Seine-Saint-Denis et dans le Val-d'Oise

Graphique 1 - Des revenus plus faibles en Seine-Saint-Denis et dans le Val-d'Oise

Source : Insee-DGFIP, revenus fiscaux localisés des ménages 2010

 

En revanche, le niveau de revenus des ménages les plus modestes est très différent dans ces trois départements. Le 1er décile de revenus à Paris (489 €) est le plus faible de la région après celui de la Seine-Saint- Denis, alors que celui des Yvelines (789 €) est le plus élevé des départements franciliens. Celui des Hauts-de-Seine (656 €) est également l’un des plus élevés de la région.

Du fait d’écarts importants entre les hauts et les bas revenus, Paris est le département d’Ile-de-France où les inégalités de revenus sont les plus importantes. A contrario, les Yvelines sont parmi les départements les moins inégalitaires de la région.

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La Seine-Saint-Denis, le Val-d’Oise et le Val-de-Marne constituent un deuxième groupe homogène caractérisé par des déciles de revenus plus faibles que la moyenne régionale

 

En 2010, le revenu médian par UC des Séquano-Dionysiens (1 257 €) est le plus bas de tous les départements de France métropolitaine. Dans tous les autres départements franciliens, le revenu médian est parmi les dix plus élevés du territoire national. En Seine-Saint-Denis, dans les communes du sud du Val-de-Marne et du sud du Val-d’Oise, les revenus médians sont inférieurs au revenu médian régional.

Le 1er décile de revenus par UC (328 €) de la Seine-Saint-Denis est le plus faible de l’ensemble des départements de France métropolitaine. Il est inférieur de 40 % à celui de la région. De même, le revenu des ménages aisés de Seine-Saint-Denis (2 779 €) est le plus bas de métropole. Malgré de faibles revenus, les inégalités de revenus entre ménages aisés et ménages modestes y sont plus importantes qu’en Ile-de- France. Les ménages aisés de Seine-Saint-Denis déclarent des revenus 8,5 fois plus élevés que les ménages modestes alors que pour l’ensemble de l’Ile-de-France, cet écart est de 7,4. Dans le Val-de-Marne et le Val-d’Oise, les inégalités de revenus entre ménages aisés et modestes sont plus faibles. Le 1er décile de revenus du Val-de-Marne (543 €) est 6,9 fois moins élevé que le 9e décile (3 719 €). Dans le Val-d’Oise, les ménages du 9e décile (3 280 €) déclarent des revenus 6,1 fois plus élevés que les ménages du 1er décile (538 €).

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Le troisième groupe est composé de l’Essonne et de la Seine-et-Marne où les inégalités de revenus entre ménages modestes et aisés sont les moins importantes de la région

 

Les revenus médians des habitants de ces deux départements de grande couronne sont proches de la médiane de la région. Ils sont cependant peu élevés dans les communes de l’est de la Seine-et-Marne et dans celles du sud de l’Essonne. Dans ces départements, les ménages les plus modestes ont des revenus supérieurs à ceux des ménages modestes de l’ensemble de la région tandis que les ménages aisés ont des revenus inférieurs à ceux de l’ensemble des ménages aisés d’Ile-de-France. Le 1er décile des ménages de Seine-et-Marne est le deuxième plus élevé d’Ile-de-France. La Seine-et-Marne est également le département le moins inégalitaire de la région : les ménages aisés déclarent des revenus 4,8 fois plus importants que les ménages modestes.

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Des disparités de revenus accentuées pour les familles nombreuses et les locataires du parc privé

Les disparités de revenus par UC sont d’autant plus importantes que les familles sont nombreuses. Ainsi, le 1er décile de revenus des ménages modestes de cinq personnes ou plus est deux fois plus faible que celui des ménages modestes de quatre personnes (352 € contre 691 €). Les revenus des familles nombreuses aisées sont 9,1 fois plus élevés que ceux des familles nombreuses modestes alors que cet écart est de 5,9 pour les familles de quatre personnes. Cet écart s’explique par le fait que les familles nombreuses modestes ont des revenus plus faibles que les autres ménages.

Ces disparités sont également plus marquées pour les locataires du parc privé que pour ceux du parc social. Les ménages aisés du secteur locatif hors social ont des revenus fiscaux par UC 9,3 fois plus importants que les plus modestes (6,9 dans le secteur locatif social). L’insuffisance des logements dans le parc social contraint les ménages à faibles revenus à se tourner vers le secteur privé pour trouver un logement. La prise en compte des revenus dans l’attribution des logements sociaux contribue également à réduire les écarts entre les locataires.

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Les plus fortes inégalités de revenus nettement atténuées par la redistribution

La redistribution des revenus permet de réduire les inégalités, en particulier dans les départements où les écarts de revenus sont les plus importants. Après paiement des impôts et versement des prestations sociales, le revenu disponible par unité de consommation des ménages franciliens du 9e décile est 4,3 fois plus élevé que celui des ménages du 1er décile. A Paris, ce rapport interdécile après redistribution est de 6 (contre 11,5 avant redistribution) et il atteint 3,7 en Seine-Saint-Denis (contre 8,5 avant redistribution)(Graphique 2).

 

Graphique 2 - Les effets de la redistribution sont les plus sensibles à Paris et en Seine-Saint-Denis

Graphique 2 - Les effets de la redistribution sont les plus sensibles à Paris et en Seine-Saint-Denis

Source : Insee-DGFIP, revenus fiscaux localisés (RFL) des ménages
2010, revenus disponibles localisés (RDL) 2010

 

Après prise en compte de la redistribution, le revenu disponible par UC permet de connaître le niveau de vie des ménages. Il correspond aux revenus déclarés (salaires, retraite, revenus du patrimoine, indemnités de chômage…) et aux prestations sociales reçues nets des prélèvements obligatoires.

En Ile-de-France, la moitié des ménages dispose d’un niveau de vie mensuel supérieur à 1 806 €, soit 234 € de plus qu’en province. De même, le revenu disponible par UC des 10 % de ménages les plus modestes d’Ile-de-France est légèrement supérieur à celui de la province : 876 € contre 867 €
(Tableau 3).

 

Tableau 3 - Le niveau de vie mensuel médian des Franciliens est de 1 806 €

 

Le revenu disponible des ménages modestes franciliens est composé à 42 % de prestations sociales (3,7 % pour l’ensemble des ménages), constituées essentiellement de minima sociaux et de prestations familiales. Cette part est la plus élevée en Seine-Saint-Denis (46 %).

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Malgré la redistribution, des disparités départementales de niveaux de vie demeurent en Ile-de-France

Les ménages les plus modestes de Seine-Saint-Denis et du Val-d’Oise ont les niveaux de vie les plus faibles de la région. A l’opposé, les niveaux de vie des ménages les plus aisés de Paris, des Hauts-de-Seine et des Yvelines restent les plus élevés de la région.

Dans quatre départements, le niveau de vie médian est plus faible que celui de la région : la Seine-Saint-Denis (1 384 €), le Val-d’Oise (1 690 €), le Val-de-Marne (1 739 €) et la Seine-et-Marne (1 768 €).

Dans ces départements, exceptée la Seine-et-Marne,mais également à Paris, le niveau de vie des 10 % de ménages les plus modestes est aussi inférieur à celui de la région. Paris se situe ainsi dans les 20 % des départements dont le 1er décile de niveau de vie est le plus bas. La Seine-Saint-Denis est le département métropolitain où à la fois le niveau de vie médian et celui des ménages les plus modestes sont les plus faibles de tous les départements métropolitains.

Les niveaux de vie médians à Paris, dans les Hauts-de-Seine, les Yvelines et l’Essonne sont plus élevés que ceux de la région francilienne. Ce sont les quatre niveaux de vie médians les plus élevés de tous les départements de France métropolitaine. Le niveau de vie des ménages modestes des Yvelines est le plus élevé de France métropolitaine. Trois autres départements franciliens (la Seine-et-Marne, l’Essonne et les Hauts-de-Seine) font partie des dix départements de France métropolitaine où le 1er décile de niveau de vie des habitants est le plus élevé.

En Ile-de-France, 13,3 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté en 2010, soit 964 € mensuels, contre 14,1 % en France métropolitaine. Le niveau de vie médian des personnes pauvres est plus faible en Ile-de-France qu’en province (763 € contre 781 €). La Seine-Saint-Denis est le département d’Ile-de-France où le taux de pauvreté est le plus élevé de la région (24,1 %). Paris est le département où le niveau de vie médian des personnes pauvres est le plus faible de la région (731 €).

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