Auteurs : Cyrille Godonou, Patrick Le Roux (Insee)
Catherine Gwet, Béatrice Delay
(Défi métiers)
En Ile-de-France, 26 300 personnes exercent une profession verte et 739 700 une profession potentiellement verdissante. Les ouvriers sont deux à trois fois plus représentés que dans l’ensemble des emplois franciliens. Ces professions sont essentiellement masculines et offrent une relative stabilité de l’emploi. Enfin, les élèves/étudiants engagés dans une formation initiale liée à l’environnement préparent en majorité des diplômes du supérieur ; tandis que parmi les places de formation continue financées par les pouvoirs publics dans ce domaine, la plupart d’entre elles sont accessibles à des personnes n’ayant aucun diplôme.
Les professions vertes sont des
professions dont la finalité est de
mesurer, prévenir, maîtriser, corriger
au moins en partie les impacts négatifs
et les dommages sur l’environnement.
Elles sont notamment le reflet des problématiques
prises en compte par le « Grenelle
de l’environnement » (
Stratégie et enjeux franciliens). Neuf professions et catégories
sociales sont identifiées comme
vertes (
Sources et définitions)
En 2009, 26 300 personnes occupent une
profession verte en Ile-de-France
(
Tableau 1). Les
professions vertes regroupent des professions
de la production et distribution
d’énergie et d’eau (46 %), des professions
de l’assainissement et du traitement des
déchets (39 %), des professions plus
transversales comme les techniciens du
traitement des pollutions (14 %), et des
professions liées à la protection de la nature
(1 %). Elles s’exercent dans 59 % des
cas dans l’économie verte.
Tableau 1 - 46 % des professions vertes relèvent de la production et distribution d’énergie et d’eau
Les professions vertes apparaissent légèrement sous-représentées en Ile-de-France par rapport au niveau national ; alors que, toutes professions confondues, 21 % des emplois sont localisés en Ile-de-France, pour les professions vertes seulement 19 % des emplois sont franciliens. Deux facteurs en particulier peuvent expliquer cette sous-représentation : un territoire densément peuplé avec relativement peu d’espaces naturels protégés d’une part, et une concentration des sièges sociaux au détriment d’établissements de production d’autre part.
Les professions vertes sont composées à
43 % d’ouvriers, qualifiés ou non, alors que
cette catégorie sociale ne représente que
14 % des emplois franciliens
(
Graphique).Les ouvriers
sont particulièrement nombreux
dans les professions liées à l’assainissement
et la gestion des déchets (égoutier,
agent de station d’épuration ou éboueur,
par exemple) et, dans une moindre mesure,
dans les professions de la production
et distribution de l’énergie et de l’eau
(agent de réseau d’eau potable ou agent
technique de maintenance en chauffage,
par exemple).
Graphique - Les professions vertes sont exercées à 43 % par des ouvriers
Lecture : 43 % des professionnels verts sont des ouvriers en 2009, contre 14 % d'ouvriers pour l'ensemble des professions.
Source : Insee, recensement de la population 2009, exploitation complémentaire au lieu de travail
Les professions intermédiaires sont, par ailleurs, fortement représentées dans les professions de la production et distribution d’énergie et d’eau (technicien de production d’eau potable, par exemple). Enfin, les cadres et ingénieurs constituent près d’un quart des professions vertes.
Les personnes exerçant une profession verte sont 53 % à détenir un diplôme strictement inférieur au baccalauréat. Cette part s'élève à 85 % dans les professions de l'assainissement et du traitement des déchets et retombe à 37 % dans les professions de la production et de la distribution de l'énergie et de l'eau.
Les professions vertes sont exercées à 84 % par des hommes, alors que, toutes professions confondues, ces derniers ne représentent que 52 % des actifs en Ile-de-France. La présence masculine est particulièrement élevée dans les professions de l’assainissement et du traitement des déchets (95 % des actifs). Dans une moindre mesure, on retrouve le même phénomène dans les professions de la production et de la distribution de l’énergie et de l’eau : les hommes y constituent 80 % des effectifs.
La féminisation des professions vertes a tendance à augmenter avec la catégorie sociale. La part des femmes est plus importante pour les postes d’encadrement et de haute technicité. Elle atteint 38 % chez les ingénieurs et cadres techniques de l’environnement.
Les jeunes de moins de 30 ans regroupent 22 % des effectifs des professions vertes, soit une part similaire à celle que l’on observe toutes professions confondues. Cependant, pour les professions de l’assainissement et du traitement des déchets, la part des jeunes s'élève à seulement 18 % des effectifs. Cette faible proportion est peut-être révélatrice d’un déficit d’attractivité de ces métiers auprès des jeunes lié à la pénibilité des conditions de travail (travail en milieu humide, travail extérieur en horaires décalés, etc.).
Inversement, dans les métiers plus transversaux (techniciens de l’environnement et du traitement des pollutions et ingénieurs et cadres techniques de l’environnement), la part des jeunes atteint 30 %.
La totalité des professions vertes est occupée, en France comme en Ile-de-France, par des salariés. Il n’y a pas de travailleur indépendant recensé dans ces professions.
La part des CDI (92 %) est supérieure à celle observée dans la moyenne des emplois franciliens (80 %).
Les professions vertes correspondent majoritairement à des emplois à temps plein, pour les hommes comme pour les femmes ; le temps partiel ne concerne que 5 % des personnes, contre 14 % toutes professions confondues.
Une profession verte sur cinq est occupée par un salarié travaillant dans une structure publique. C’est notamment le cas pour les professions de l’assainissement et du traitement des déchets, dont la mission relève des compétences des collectivités territoriales.
Les professions potentiellement verdissantes n’ont pas pour finalité directe l’environnement mais intègrent de nouvelles « briques de compétences » pour prendre en compte l’environnement dans le geste métier. En 2009, 739 700 personnes exercent une profession potentiellement verdissante en Ile-de-France, soit 20 % des professions verdissantes françaises et 13 % de l’emploi francilien. Les professions potentiellement verdissantes s'exercent dans 31 % des cas dans l’économie verte.
Une personne sur trois occupant une profession verdissante est un ouvrier. C’est deux fois plus que dans l'ensemble des professions franciliennes. Parmi ces ouvriers, se trouvent notamment des conducteurs routiers et grands routiers et des ouvriers non qualifiés du gros ou second oeuvre du bâtiment.
Par ailleurs, un tiers des effectifs des professions verdissantes sont des cadres. C’est plus que pour l'ensemble des professions franciliennes (28 %). Ce sont, par exemple, des architectes ou des ingénieurs et cadres d’étude. De plus, les cadres des professions verdissantes sont plus souvent diplômés de l’enseignement supérieur que la moyenne des cadres franciliens (86 % contre 81 %).
Suite aux Grenelle I et II, le développement de transports plus respectueux de l’environnement (réduction des émissions de gaz à effet de serre), et de bâtiments économes en énergie (meilleure isolation pour limiter la consommation d’énergies fossiles ou nucléaires) et mobilisant des énergies renouvelables, est devenu un enjeu fort.
Avec plus de 220 000 emplois potentiellement
verdissants en Ile-de-France, le bâtiment
regroupe 31 % des actifs qui
occupent une profession verdissante
(
Tableau 2). Les transports arrivent en seconde position
avec 19 % des effectifs. Parmi ces
professionnels liés au bâtiment et aux
transports, un sur deux est un ouvrier.
Cependant, les cadres et professions intellectuelles
supérieures représentent tout
de même un emploi sur cinq dans le bâtiment.
Tableau 2 - 22 % des professionnels verdissants n’ont aucun diplôme ou sont peu diplômés
En Ile-de-France, les professions verdissantes
sont exercées un peu moins souvent
par des diplômés de l’enseignement(
Tableau 3). C’est particulièrement
vrai pour les professions intermédiaires
telles que : animateur socioculturel
et de loisirs, conducteur de travaux non
cadre, responsable d’entrepôt, de magasinage
ou chef de chantier non cadre. Ainsi,
alors que 51 % des professions intermédiaires
franciliennes sont occupées par des
personnes diplômées de l’enseignement
supérieur, c’est le cas de seulement 35 %
des professions intermédiaires verdissantes.
Tableau 3 - 22 % des professions verdissantes sont occupées par des femmes
D’autres professions verdissantes sont exercées majoritairement par des actifs ayant un diplôme inférieur au baccalauréat : les couvreurs, les électriciens ou encore les jardiniers-paysagistes, par exemple.
La structure par âge des actifs exerçant une profession verdissante est relativement proche de celle de l’ensemble des actifs franciliens. Cependant, les parts respectives des jeunes et des seniors sont très variables selon les professions. Les métalliers, serruriers, réparateurs en mécanique non qualifiés sont 49 % à avoir moins de 30 ans. A l’inverse, les conducteurs de taxis et ambulanciers sont 40 % à avoir 50 ans ou plus. De même, la moitié des architectes libéraux est âgée de 50 ans ou plus. Cette part élevée de seniors chez les architectes correspond sans doute en partie à une logique de carrière, amenant les membres de cette profession à évoluer du salariat vers le statut libéral ensuite.
Parmi les actifs exerçant une profession verdissante, 22 % sont des femmes, contre 48 % pour l’ensemble des emplois franciliens. Cette proportion est particulièrement faible dans les professions liées au bâtiment, c’est pourquoi la Fédération Française du Bâtiment est engagée dans des plans d’action en faveur de la mixité (plan Bâtir au féminin).
Cependant, les femmes sont plus nombreuses chez les cadres et professions intellectuelles supérieures. Les professions logistiques telles que les ingénieurs, techniciens et cadres de la logistique, du planning et de l’ordonnancement sont également plus féminisées, ainsi que les professions de responsables commerciaux et administratifs des transports de marchandises non cadres qui emploient 43 % de femmes. En revanche, ces dernières sont peu présentes dans les professions ouvrières ou dans l’artisanat.
10 % des personnes qui occupent une profession verdissante sont non-salariées, contre 8 % dans l’ensemble de l’économie francilienne.
Parmi les salariés exerçant une profession verdissante, 86 % ont un emploi sans limite de durée (CDI...), soit un pourcentage proche de la moyenne des emplois franciliens.
Enfin, le temps partiel est moins fréquent dans les professions verdissantes que dans l’ensemble des professions (8 % contre 14 %), pour les hommes comme pour les femmes.