Auteur : Laure Omont (Insee Ile-de-France)
La nouvelle définition des entreprises, qui s’appuie sur des critères économiques, permet de mieux appréhender l’appareil productif. Par ailleurs, ces entreprises sont désormais classées en quatre catégories, de la micro-entreprise à la grande entreprise. L’appareil productif francilien apparaît plus concentré, donnant une part plus importante aux grandes entreprises. Ainsi, près d’un salarié sur quatre dépend d’une grande entreprise en Ile-de-France. Alors que Paris et la Seine-et-Marne regroupent davantage de micro-entreprises et de PME, l’ouest parisien s’organise autour de grandes structures.
Auparavant, l’entreprise était
assimilée à l’unité légale en référence
à son statut juridique,
entreprise individuelle ou société. Depuis
le décret de 2008, l’entreprise est définie à
partir de critères économiques (
Définitions). Son contour a évolué et peut à présent
englober plusieurs unités légales,
lorsque ces dernières ont des liens financiers,
au sein d’un groupe par exemple. De
plus, le décret définit quatre catégories
d’entreprises : les micro-entreprises, les
petites et moyennes entreprises (PME),
les entreprises de taille intermédiaire (ETI)
et les grandes entreprises. Ces nouvelles
catégories s’appuient sur des critères de
taille associés à des critères économiques.
En 2010, 658 000 entreprises du secteur
marchand hors agriculture sont implantées
en Ile-de-France, employant 3 391 000
salariés en équivalent temps plein hors
intérimaires, soit 26 % de l’effectif national.
Avec l’actualisation de cette définition, le
tissu productif francilien, comme celui de
province, apparaît plus concentré et le
poids des grandes entreprises en termes
d’effectifs salariés est renforcé (39 %
contre 31 % en France) (
Graphique 1). Selon l’ancienne
définition, les grandes unités légales (de
plus de 5 000 salariés) de la région ne regroupaient
que 20 % de l’emploi salarié
francilien.
Graphique 1 - Les grandes entreprises regroupent 39 % de l'emploi salarié francilien contre 20 % avec l'ancienne définition
Champ : entreprises marchandes hors agriculture et intérimaires.
Sources : Insee, Esane, Lifi et Clap 2010
La proportion de salariés dépendant des PME et des ETI a quant à elle diminué. En effet, selon l’ancienne définition, ces PME et ETI constituaient des unités légales indépendantes. Avec la nouvelle définition, certaines d’entre elles sont incluses dans des structures économiques plus grandes.
Plus de 9 entreprises sur 10 sont des micro-entreprises, mais elles ne concentrent que 15 % des effectifs salariés. La part de salariés dans ces micro-entreprises, souvent mono-établissement, est restée relativement stable entre ancienne et nouvelle définitions.
En 2010, la quasi-totalité des grandes entreprises
françaises sont représentées sur
le territoire francilien. En effet, sur les 229
grandes entreprises nationales, 228 ont au
moins un de leurs établissements implanté
en Ile-de-France (
La localisation des entreprises). Ces implantations franciliennes
emploient 1 332 000 salariés, soit un tiers
de l’effectif salarié des grandes entreprises
françaises (
Tableau). Cette surreprésentation des
grandes entreprises s’explique par la
concentration, dans la région capitale,
des centres de décision et de recherche de
groupes à vocations nationale ou internationale.
D’autre part, la localisation
francilienne des deux plates-formes aéroportuaires
de niveau international, le caractère
radial centré vers Paris du réseau
ferroviaire national et l’importance pour la
région des transports urbains et interurbains
expliquent l’inscription dans les cinq
plus grandes entreprises nationales implantées
en Ile-de-France de trois groupes intervenant
dans les secteurs des transports.
Tableau - Les grandes entreprises implantées en Ile-de-France regroupent un tiers des effectifs des grandes entreprises françaises
Les activités financières et d’assurance sont également très présentes dans la région, souvent au sein de sociétés de taille importante. Ainsi, dans ce secteur, les trois quarts des salariés dépendent de grandes entreprises.
L’industrie francilienne reste également
structurée autour de grandes unités
puisque près d’un salarié sur deux est
employé par une grande entreprise dans
ce secteur
(
Graphique 2).
Graphique 2 - En Ile-de-France, trois quarts des salariés des activités financières et d'assurance dépendent de grandes entreprises
Champ : entreprises marchandes hors agriculture et intérimaires.
Sources : Insee, Esane, Lifi et Clap 2010
Parmi les grandes entreprises présentes sur le territoire francilien, 31 % sont sous contrôle étranger. Cependant, ces grandes entreprises étrangères ont peu d’établissements implantés en Ile-de-France puisque seulement 12 % des établissements franciliens appartiennent à des grandes entreprises sous contrôle étranger. La part de salariés franciliens dépendant de cette catégorie est de 13 %. En s’implantant ainsi en Ile-de-France, ces grandes entreprises étrangères recherchent et bénéficient notamment d’une ouverture sur l’Europe.
A l’inverse, si la part des entreprises étrangères de taille intermédiaire est comparable à celle des grandes entreprises (34 % contre 31 %), le nombre d’établissements franciliens appartenant à ces mêmes entreprises est plus important. En effet, un tiers des établissements relève d’entreprises de taille intermédiaire sous contrôle étranger. Ce contrôle étranger concerne même près de 4 salariés sur 10.
La présence de grandes entreprises est
particulièrement prononcée dans l’ouest
parisien (y compris le Val-d’Oise) et la
petite couronne. Dans les Hauts-de-
Seine et les Yvelines, elles emploient environ
46 % de l’effectif salarié(
Graphique 3). Le quartier
d’affaires de La Défense, centre de
décision économique majeur de la région,
accueille en effet de nombreux sièges
sociaux et de nombreux établissements
financiers rattachés à des grandes banques.
C’est aussi dans ce quartier que
sont implantées de grandes entreprises
informatiques. Quant au département
des Yvelines, il reste l’un des bastions de
l’industrie automobile avec la présence
des deux constructeurs automobiles
historiques. C’est également dans les
Hauts-de-Seine que la place des ETI est
prépondérante. Les entreprises de cette
catégorie regroupent 30 % des salariés
du département (contre 23 % dans la
région), principalement dans la publicité,
les études de marché ou l’édition. En
contrepartie, c’est le département dans
lequel la part des micro-entreprises et
des PME est la plus faible dans l’ensemble
de la région.
Graphique 3 - Les grandes entreprises emploient 46 % de l'effectif salarié dans les Hauts-de-Seine et les Yvelines
Champ : entreprises marchandes hors agriculture et intérimaires.
Sources : Insee, Esane, Lifi et Clap 2010
A Paris, les quatre catégories d’entreprises se répartissent différemment. Le tissu productif de la capitale est en effet beaucoup plus « atomisé » : c’est le département francilien où la part de micro-entreprises est la plus forte. Ces petites structures cumulent 20 % de l’effectif salarié parisien (contre 15 % au niveau régional). Elles sont très présentes dans le commerce de détail et la restauration, les micro-entreprises étant davantage tournées vers l’économie présentielle. C’est également à Paris que la part des PME est la plus forte. Elles emploient 27 % des salariés parisiens (contre 23 % en Ile-de-France). Les PME parisiennes sont surtout tournées vers la programmation, le conseil et les autres activités informatiques, ainsi que vers le commerce de gros. D’une manière générale, les PME répondent en partie à une demande locale. Le profil de la Seine-et-Marne est assez semblable à celui de Paris. En effet, 18 % des effectifs salariés de ce département travaillent dans des micro-entreprises et 26 % dans des PME. Ces deux types d’entreprises sont principalement présentes dans le secteur de la construction.