Auteurs : Yann Caenen (Insee Ile-de-France)
Corinne Praznoczy (ORS Ile-de-France)
En semaine, les Franciliens privilégient la marche ou le vélo, pour un tiers de leurs déplacements. Les plus jeunes, les plus âgés et les femmes se déplacent le plus souvent à pied. Le vélo est surtout utilisé par les hommes et les jeunes de moins de 25 ans. Marcher ou pédaler génère des bénéfices individuels sur la santé, estimés en nombre d’affections de longue durée évitées et de vies épargnées. Des bénéfices collectifs sont aussi obtenus sur l’environnement. Baisser d’un point la part des voitures dans les déplacements intra muros des Parisiens pour aller travailler ou étudier, au profit des modes actifs, réduirait de près de 10 % les rejets de CO2.
La marche et le vélo sont des modes
de déplacements actifs, économiques
et respectueux de
l’environnement. Pour leurs déplacements
en semaine, les Franciliens ont
davantage recours à ces modes de déplacements
que les provinciaux. Ainsi, la
part des déplacements pédestres représente
près d’un déplacement sur trois en
Ile-de-France, alors qu’elle est d’environ
un sur cinq pour les autres régions métropolitaines
en 2008 (
Graphique 1). Ces proportions
étaient équivalentes en 1994 pour les
deux territoires.
Graphique 1 - Un déplacement en semaine sur trois s'effectue à pied en Ile-de-France contre un sur cinq en province
Sources : Insee-SOeS, Inrets, enquête nationale transports et déplacements 2008
La pratique du vélo reste quant à elle modeste : 2,2 % des déplacements franciliens en 2008 (contre 2,8 % en province). En 1994, la pratique du vélo était deux fois plus importante en province que dans la région Ile-de-France. Cependant, en une quinzaine d’années, alors que la part de la pratique cycliste a légèrement diminué dans les autres régions, elle a relativement bien augmenté en Ile-de-France.
Les Franciliennes effectuent un déplacement sur trois à pied contre un sur quatre pour les Franciliens. En effet, les femmes effectuent plus souvent que leurs homologues masculins des déplacements en semaine pour faire des achats, pour effectuer des démarches ou accompagner leur entourage (enfants, parents, ..). Or, ces déplacements sont majoritaires parmi les déplacements à pied. A l’inverse, toujours en semaine, les hommes réalisent plus souvent que les femmes des déplacements à but professionnel, déplacements qui se font très peu à pied. En province, la marche est moins utilisée (un déplacement sur quatre pour les femmes et un sur six pour les hommes). Ces proportions sont restées stables entre 1994 et 2008. La forte densité de population et la concentration des services offerts en Ile-de-France favorisent ce mode de déplacement.
En 2008, le premier mode de déplacement pour les Franciliens âgés de plus de 65 ans est la marche avec près d’un déplacement sur deux (48 %). C’est également le cas, mais dans une moindre mesure (41 %), pour les moins de 25 ans. En province, la marche n’est que le deuxième mode privilégié, après la voiture, avec 31 % de déplacements pédestres pour les plus âgés et 27 % pour les plus jeunes. En 1994, la situation était déjà semblable.
Que ce soit en 1994 ou 2008, en Ile-de-France ou en province, les déplacements à vélo sont majoritairement masculins. En 2008, la part des déplacements à vélo des hommes franciliens est légèrement plus importante que celle de leurs homologues féminines (3 % contre 1,4 %) et ce mode de déplacement s’est développé en Ile-de-France, pour les hommes comme pour les femmes depuis 1994. C’est d’ailleurs la seule progression constatée car les hommes ou les femmes de province se déplacent légèrement moins en vélo en 2008 qu'en 1994.
Ce sont principalement les plus jeunes qui sont amenés à effectuer les trajets à vélo. En 2008, ce mode de déplacement est utilisé dans 3 % des cas par les 6-25 ans en Ile-de-France, contre 2 % pour les 25-65 ans. Pour les habitants des autres régions, la proportion est de 5 % pour les plus jeunes et 2 % pour les autres générations.
En 2008, le temps moyen de déplacement
à vélo est de 20 minutes en Ile-de-France contre
17 minutes en province (
Graphique 2). En 1994, le temps
moyen était équivalent en province et en
Ile-de-France, environ 15 minutes.
Graphique 2 - Le temps moyen d'un déplacement à vélo pour les Franciliens a augmenté de 33 % entre 1994 et 2008
Source : Insee-SOeS, Inrets, enquête nationale transports et déplacements 1994 et 2008
Les Franciliens marchent en moyenne 38 minutes, en cumulant l’ensemble de leurs déplacements quotidiens. Pour mémoire, en France, la recommandation diffusée depuis 2002 par le Ministère chargé de la santé, dans le cadre du Programme national nutrition santé (PNNS), est de pratiquer l’équivalent d’au moins 30 minutes de marche rapide par jour pour les adultes et 60 minutes pour les enfants.
En 2008, la marche est le moyen le plus fréquent pour se rendre sur son lieu d’études en Ile-de-France. Les Franciliens y ont recours pour quatre déplacements sur dix au titre de ce motif, plus souvent que les élèves ou étudiants des autres régions (trois déplacements sur dix), notamment pour des raisons de proximité des lieux d’étude. Cependant, la marche est utilisée un peu moins souvent qu’en 1994, où elle concernait un déplacement sur deux pour aller étudier.
La marche est également le premier moyen pour se rendre à des activités de loisir au cours de la semaine en Ile-de-France en 2008, plus souvent qu’en 1994 (quatre fois sur dix, contre à peine trois sur dix). A l’époque, la voiture était utilisée une fois sur deux pour ce motif de déplacement. Dans les autres régions, la marche est moins pratiquée pour regagner des lieux d’activités de loisir, avec un recours six fois sur dix à la voiture.
Quant au vélo, c’est pour se rendre à des activités de loisir qu’il est le plus souvent utilisé, un peu moins en Ile-de-France que dans les autres régions (à peine 3 % contre près de 5 % en 2008, comme en 1994).
La catégorie sociale qui privilégie le plus la marche en 2008 est celle des employés, que ce soit les hommes ou les femmes. En Ile-de-France, ils réalisent un déplacement sur trois à pied. Dans les autres régions, cette proportion est deux fois plus faible pour les employés. En 2008, les déplacements pédestres des actifs en emploi occupent une part largement plus importante en Ile-de-France, avec un écart de 11 points par rapport aux autres régions, toutes catégories sociales confondues. Il atteint même 16 points pour les employés.
La pratique du vélo est la plus fréquente chez les ouvriers franciliens (3,4 % de leurs déplacements). Pour l’ensemble des actifs en emploi, les proportions sont sensiblement les mêmes en Ile-de-France que dans le reste du territoire métropolitain.
Les déplacements en modes actifs
(marche, vélo, rollers,…) pour de petits et
moyens trajets peuvent être une bonne
alternative à certains déplacements motorisés.
Ils permettent de réduire les impacts
environnementaux provoqués par
la mobilité (pollution atmosphérique,
nuisances sonores, émissions de gaz à effet
de serre) mais ont également des effets
sur la santé. Ainsi, selon une
expertise collective de l’Inserm, la pratique
modérée d’une activité physique entraînerait une réduction du risque de
mortalité de l’ordre de 30 %, ainsi que de
larges bénéfices pour la prévention et la
prise en charge des principales maladies
chroniques (certains cancers, maladies
cardio-vasculaires, diabète, obésité, ostéoporose,
etc.) et pour l’amélioration
de la santé psychologique (
Tableau). Inversement,
la sédentarité, d’autant plus si elle
est couplée à une mauvaise alimentation,
est considérée comme un facteur
de risque majeur des maladies chroniques.
Tableau - La pratique modérée d'une activité physique, réduirait de 30 % les risques de maladie coronarienne
En 2008, la voiture particulière est utilisée
par les Franciliens pour 48 % de leurs déplacements
pour aller étudier ou travailler
et pour 37 % par les Franciliennes. Une
baisse d’un point de cette part avec un report
vers un mode de déplacement actif
permettrait d’éviter 32 décès annuels,
dont deux tiers de décès masculins. En effet,
les hommes utilisent davantage ce
mode de déplacement et, de plus, le
risque de mortalité est plus élevé chez les
actifs masculins. Ce bénéfice en termes de
vies épargnées serait mécaniquement
doublé avec une baisse de 2 points et triplé
avec une baisse de trois points (
Graphique 3). La réduction
des risques de maladie se traduit
en bénéfice sur la morbidité (
Méthodologie - Définitions et champ de l'étude). Ce
sont 54 admissions annuelles en affection de longue
durée qui seraient évitées, dont 60 %
concernant les hommes. C’est pour le diabète
de type 2 que le bénéfice est le plus
important, suivi par les maladies coronariennes,
le cancer du sein, les maladies
vasculaires cérébrales puis le cancer colorectal.
Et même si la pratique des modes
actifs comporte par ailleurs un certain
nombre de risques (accidents en particulier),
une étude récente de l’ORS Ile-de-France a montré que les bénéfices sanitaires
étaient très nets, de l’ordre de 20 fois plus
élevés que les risques.
Graphique 3 - Baisser de 48 % à 46 % la part des déplacements en voiture des hommes pour aller étudier ou travailler au profit de la marche ou du vélo pourrait épargner 43 vies masculines par an en Ile-de-France
Sources : OMS, Inserm, PNNS, Danish ecological Council - Exploitation ORS Ile-de-France, Irmes
Les trois scénarios de baisse sont largement envisageables. En effet, 10 % des déplacements pour aller étudier ou travailler font moins de 2 km, 32 % moins de 5 km, alors que les usages actuels montrent une distance moyenne de 900 mètres pour la marche et de 3,6 km pour le vélo.
En 2007, les modes de transport utilisés par les Franciliens pour aller travailler ou étudier ont rejeté en moyenne 0,46 tonne d’équivalent CO2 par an et par personne. Les déplacements domicile-travail et domicile-études ne représentent que 4 % des émissions globales. Cependant, ils sont un enjeu majeur en matière de développement durable. En effet, contraints et stables dans l’espace et le temps, ils constituent un des leviers d’action des politiques publiques pour des modes de déplacements plus respectueux de l’environnement.
En France métropolitaine, 0,62 tonne d’équivalent CO2 sont émises par les travailleurs et étudiants, par an et par personne. Le taux de l’Ile-de-France (0,46 tonne d’équivalent CO2 par an et par personne) est le plus bas des régions françaises. Ceci s’explique par les modes de transport utilisés, la voiture étant le mode le plus polluant et proportionnellement moins utilisé en Ile-de-France.
Plus d’un Parisien sur dix qui travaille ou étudie à Paris, utilise la voiture pour aller travailler ou étudier. Les habitants de communes limitrophes qui travaillent ou étudient à Paris et qui utilisent la voiture pour s’y rendre sont, quant à eux, près de un sur cinq.
Une politique volontariste, incitant ces utilisateurs
d’automobiles à privilégier des
modes de déplacements actifs, pourrait limiter
l’émission de CO2 de manière importante.
En effet, baisser d’un point la part
modale des voitures dans les déplacements
des Parisiens dans Paris, au profit de
la marche ou du vélo, permettrait de réduire
de près de 10 % les rejets de CO2 par
les automobilistes dans l’atmosphère (
Graphique 4). Cette baisse serait de 2,3 % pour l’ensemble
de la région francilienne.
Graphique 4 - Une baisse de deux points des automobilistes vers des modes actifs réduirait les émissions de CO2 de 20 % à Paris
Source : recensement de la population de 2007 et investissement mutualisé sur les émissions de CO2 (Insee-SOeS)
Pour aller travailler ou étudier à Paris, une
partie des habitants des 29 communes limitrophes
de la capitale, pourraient ne
plus utiliser la voiture au profit du vélo,
pour parcourir des distances de 6 à 18 km.
Certaines communes limitrophes de Paris,
seraient plus sensibles à une
réduction de deux points de l’utilisation de
la voiture pour leurs habitants. Un groupe
de cinq communes en particulier (Les Lilas,
Puteaux, Malakoff, Le Kremlin-Bicêtre,
Vincennes), réussirait à réduire de 13 à
16 % le rejet de gaz carbonique dû aux
voitures (
Carte).
Le développement de vélos
en libre-service, partiellement mis en
oeuvre depuis la date de l’enquête
(
Source), dans ces communes serait une
alternative aux modes polluants parmi
d’autres mesures (limitations d’accès
pour les véhicules polluants, recours au
covoiturage, utilisation de véhicules
électriques, etc.).
Carte - Les habitants de cinq communes limitrophes de Paris pourraient réduire fortement leurs émissions de CO2 liées à l'utilisation des voitures pour aller travailler ou étudier à Paris
Source : recensement de la population de 2007 et investissement mutualisé sur les émissions de CO2 (Insee-SOeS)
Le recours aux modes actifs est également bénéfique pour les usagers des transports en commun. L’usage des transports en commun en Ile-de-France a augmenté de près de 20 % ces dix dernières années. Cette croissance forte conduit, en particulier en coeur d’agglomération, à des situations de saturation entraînant une dégradation des conditions de déplacements quotidiens. Une augmentation de la pratique des modes actifs et plus particulièrement du vélo en Ile-de-France pourrait avoir des conséquences positives sur certaines dessertes. Certaines collectivités locales envisagent également une utilisation combinée optimisée des transports en commun et du vélo. Elles étudient la création de stations pour vélos dans des gares de banlieue, pour déposer voire faire entretenir son vélo. Des systèmes de location de vélos à l’année pourraient aussi être mis en place.
Cette publication sera également téléchargeable depuis le site internet de l'ORS Ile-de-France www.ors-idf.org