Auteur : Yann Caenen, Service des Etudes et de la Diffusion
En Ile-de-France, 551 000 femmes de 16 à 65 ans sont en difficulté importante face à l’écrit en langue française, soit 14 % des Franciliennes. Elles sont pourtant plus diplômées, en moyenne, que les hommes. Les Franciliennes en difficulté sont principalement issues de l’immigration et n’ont pas été scolarisées en France. Dans leur quotidien, ces femmes en difficulté se heurtent à des problèmes pour lire une facture, faire leurs courses ou rédiger une lettre.
Avoir des difficultés pour lire ou
écrire peut occasionner des
gênes dans la vie courante,
que ce soit pour répondre à une offre
d’emploi ou lire la liste des ingrédients
d’un plat cuisiné, lire un plan de métro ou
se servir d’un distributeur automatique de
billets. En Ile-de-France, 14 % des femmes
de 16 à 65 ans rencontrent des difficultés
importantes face à l’écrit en langue française.
Les hommes sont, quant à eux, 13 %
à avoir des difficultés importantes dans les
trois domaines fondamentaux de l’écrit :
la lecture, l’écriture de mots et la compréhension
d’un texte simple en langue
française (
Tableau 1).
En province, les femmes rencontrent
moins de difficultés : 9 % contre
12 % des hommes.
Tableau 1 - Les femmes en Ile-de-France sont autant en difficulté importante face à l'écrit que les hommes, alors que c'est moins souvent le cas pour les femmes en province
Ces difficultés paraissent d’autant plus surprenantes que les Franciliennes sont en moyenne plus diplômées que les Franciliens, et qu’en Ile-de-France, les habitants sont en moyenne plus diplômés que ceux de province. En effet, dans la région capitale, 55 % des personnes âgées de 16 à 65 ans (qui ne sont plus scolarisées) ont au moins le baccalauréat, contre 42 % en province. Et 57 % des Franciliennes ont obtenu au moins le baccalauréat contre 46 % des femmes des autres régions.
Les difficultés importantes face à l’écrit en
langue française ont plusieurs causes qui
ne s’excluent pas les unes des autres. Toutes
choses égales par ailleurs, c’est-à-dire à
caractéristiques comparables (diplôme,
langue parlée étant enfant), le fait d’avoir
commencé sa scolarité à l’étranger demeure
le facteur le plus déterminant. En
effet, une Francilienne ayant commencé
sa scolarité à l’étranger a sept fois plus de
risque d’être en difficultés face à l’écrit
qu’une Francilienne ayant les mêmes caractéristiques
en termes de langue parlée
à la maison, diplôme et qui aurait commencé
sa scolarité en France (
Graphique 1). Un autre
facteur déterminant donne une probabilité
presque aussi importante d’être en situation
préoccupante face à l’écrit : le
niveau scolaire. Une Francilienne ayant arrêté
ses études avant le baccalauréat a 6,5
fois plus de risque d’être gênée face à l’écrit
qu'une Francilienne ayant les mêmes caractéristiques
en termes de langue parlée à la
maison et de lieu de scolarité mais qui détiendrait
au moins le baccalauréat. Enfin, le
dernier facteur réside dans le fait d’avoir parlé,
enfant, d’autres langues que le français, à la maison. En effet, le risque d’avoir des difficultés
face à l’écrit en langue française
est trois fois plus grand pour une femme
ayant passé son enfance dans une famille
où le français n’était pas la seule langue
parlée.
Graphique 1 - Sept fois plus de risque d'avoir de grandes difficultés face à l'écrit en langue française lorsqu'une Francilienne a commencé ses études à l'étranger
Champ : personnes de 16 à 65 ans vivant en ménages ordinaires.
Lecture : une Francilienne ayant commencé sa scolarité à l’étranger a sept fois plus de risque d’être en difficulté face à l’écrit qu’une Francilienne ayant les même caractéristiques en termes de langue parlée à la maison, diplôme et qui aurait commencé sa scolarité en France.
Source : Insee, enquête Information et Vie Quotidienne 2011
Les gênes s’accentuent avec l’âge, que ce soit pour les hommes ou les femmes, car les plus jeunes ont bénéficié de l’allongement de la scolarité ; de plus, les compétences acquises ont pu peu à peu s’estomper. Ainsi, les femmes en difficulté sont plus âgées que les autres : une sur deux a au moins 46 ans contre 42 ans pour l’ensemble des Franciliennes.
Les femmes immigrées sont plus nombreuses dans la région capitale qu’en province. En effet, la région francilienne accueille 40 % des immigrés venus de l’étranger en France métropolitaine. 23 % des femmes franciliennes de 16 à 65 ans sont immigrées et 24 % des hommes franciliens, soit deux à trois fois plus que dans les autres régions. Ces femmes immigrées sont, pour 43 % d’entre elles, en difficulté importante face à l’écrit, soit autant que les hommes immigrés. Les Franciliennes non immigrées sont, quant à elles, 5 % seulement à être en difficulté. Même constat en province où les femmes nées en France sont 6 % à avoir des gênes importantes face à l'écrit contre 33 % de leurs homologues immigrées.
Les difficultés à l’écrit ont un impact majeur
dans les gestes de la vie quotidienne.
Ainsi, parmi les femmes en difficulté importante face à l’écrit, 40 % déclarent rencontrer
des gênes pour rédiger une lettre,
18 % pour faire leurs courses, 17 % pour
lire une facture et enfin 7 % pour utiliser
un distributeur automatique de billets (
Graphique 2).
Graphique 2 - Trois Franciliennes sur dix en grande difficulté face à l'écrit ne rédigent jamais de lettres
Champ : personnes de 16 à 65 ans vivant en ménages ordinaires.
Source : Insee, enquête Information et Vie Quotidienne 2011
Trois Franciliennes en difficulté sur dix déclarent également ne jamais faire les courses seules, ni rédiger seules un courrier. Et elles sont près de quatre sur dix à ne jamais lire une carte. Les raisons peuvent être multiples : pas de nécessité à le faire, renoncement à se déplacer seules. Enfin, une Francilienne en difficulté importante face à l’écrit sur dix ne lit jamais les factures ou n’utilise jamais de distributeurs automatiques de billets.