Auteurs : Nathalie Augustine, Insee Ile-de-France et Pauline Virot, Apur
Les déménagements à l’intérieur du centre de l’agglomération parisienne s’intensifient
par rapport aux années 1990, au détriment des départs vers la grande couronne ou
la province. La construction neuve et un parc important de logements locatifs privés
favorisent l’arrivée de nouveaux ménages.
Paris, les Hauts-de-Seine et quelques communes de l’est parisien sont très attractifs pour
les ménages de cadres. Le nord des Hauts-de-Seine et de la Seine-Saint-Denis accueille
davantage les ménages employés ou ouvriers. Les migrations contribuent également
à freiner le vieillissement.
Le centre de l’agglomération parisienne,
à savoir Paris et la petite
couronne, compte 2,94 millions
de ménages en 2007. Parmi eux, 1,15
million occupaient un logement différent
5 ans auparavant, soit 39 % des
ménages. En France, ces ménages mobiles
ne représentent que 34 % des ménages (
Sources et définitions). Globalement, les échanges migratoires
des départements demeurent nettement
déficitaires, exceptés dans les
Hauts-de-Seine où les flux sont équilibrés.
Entre 2002 et 2007, 94 000 ménages
se sont installés dans le centre de
l’agglomération parisienne en provenance
de la grande couronne tandis que
124 000 faisaient le chemin inverse.
194 000 ménages originaires de
province se sont installés à Paris ou en
petite couronne alors que 231 000 ménages
ont quitté le centre de l’agglomération
pour rejoindre la province. De
plus, 10 000 ménages sont arrivés des
DOM et 86 000, soit 22 % des ménages
entrants, sont arrivés de l’étranger
(
Tableau 1).
Tableau 1 - Les échanges migratoires de ménages entre le centre de l'agglomération parisienne et le reste de la France sont déficitaires entre 2002 et 2007
Comparés avec la période 1990-1999,
les déménagements à l’intérieur du
centre de l’agglomération représentent
une part croissante des échanges au détriment
des flux avec la grande couronne :
68 % des ménages qui ont changé de logement
entre 2002 et 2007 sont restés
dans le centre de l’agglomération (+ 2
points). La mobilité intra-départementale
est également en hausse : 49 % des ménages
mobiles sont restés dans le même
département, contre 46 % entre 1990 et
1999. Ces évolutions traduisent en
partie une recherche de centralité dans les
choix résidentiels des ménages. La part
des ménages qui ont quitté Paris et les
Hauts-de-Seine pour la grande couronne
ou la province s’est réduite. Les
ménages qui ont quitté la Seine-Saint-Denis et le Val-de-Marne ont été
relativement moins nombreux à partir en
province, au profit des autres départements
franciliens
(
Tableau 2).
Tableau 2 - Plus qu'entre 1990 et 1999, les ménages qui ont quitté Paris et les Hauts-de-Seine se sont installés dans un autre département du centre de l'agglomération plutôt qu'en grande couronne
Les créations d’emplois et les constructions de logements neufs intervenues dans la dernière période expliqueraient en partie ces mouvements. Ainsi, l’accroissement de la mobilité dans le centre de l’agglomération coïncide avec la création de 39 000 emplois par an contre 17 000 par an dans les zones d’emploi de la grande couronne. Par ailleurs, si 92 % de la mobilité dans le centre de l’agglomération s’effectue dans le parc existant, 12 % des emménagés récents en petite couronne occupent un logement construit après 1999, contre seulement 3 % à Paris. Les emménagements sont nombreux dans les communes où les rythmes de construction sont élevés entre 1999 et 2007. C’est le cas à Courbevoie, Châtillon, Montrouge ou Le Plessis-Robinson dans les Hauts-de-Seine ; à Saint-Denis, Saint-Ouen, Le Bourget ou Noisy-Le-Grand en Seine-Saint-Denis ; à Vincennes, Alfortville ou Ivry-sur-Seine dans le Val-de-Marne.
Les ménages qui ont emménagé dans le centre de l’agglomération se sont installés dans un département de petite couronne plutôt que Paris (58 %), soit davantage que lors de la période précédente 1990-1999 (+ 2 points). En raison des tensions sur le marché immobilier, ces ménages ont sans doute rencontré plus de difficultés que par le passé à se loger dans la capitale. En outre, les créations d’emplois et les constructions de logements intervenues à la périphérie de Paris ont favorisé les arrivées de ménages dans ces territoires.
La mobilité des ménages apparaît plus
élevée à Paris et dans les communes
proches que dans les communes plus excentrées (
Carte 1), (Figures annexes). Les communes
et arrondissements qui offrent de
plus fortes proportions de petits logements
locatifs privés accueillent une part
plus importante de ménages mobiles.
Inversement, la mobilité est plus modérée
dans les communes et arrondissements
où domine la propriété ou lorsque la
part de logements sociaux est élevée
(Gennevilliers, Bobigny, La Courneuve,
Vitry-sur-Seine...).
Carte 1 - La construction neuve et un parc important de logements locatifs privés favorisent l'arrivée de nouveaux ménages, en particulier dans les secteurs les mieux desservis
Source : Insee, recensement de la population 2007
Le parc locatif privé joue un rôle essentiel d’accueil et d’étape dans les parcours résidentiels. En 2007, ce parc représente 34 % des résidences principales du centre de l’agglomération alors qu’il accueille 56 % des emménagés récents.
Le poids du parc locatif privé tend cependant à s’éroder dans la capitale comme en petite couronne, prolongeant une tendance amorcée dans les années soixante-dix. De 1996 à 2006, la part des locataires du parc privé passe de 39 % à 35 % à Paris et de 22 % à 20 % en petite couronne. De plus, la hausse des prix des loyers entre 1996 et 2006 n’est pas toujours allée de pair avec une progression équivalente des revenus. Ainsi, dans la capitale, le taux d’effort des locataires du secteur locatif libre est passé de 22,9 % à 23,3 % entre 1996 et 2006 pour des logements en moyenne plus petits (- 8 m2). Dans ce contexte, le taux annuel de mobilité dans le parc locatif privé a diminué entre 1996 et 2006, passant de 26 % à 18 % à Paris et en petite couronne.
Les jeunes adultes quittant le domicile parental rejoignent en majorité le secteur locatif privé. Mais la part de locataires d’un logement vide a diminué dans les emménagements (de 50 % en 1996 à 45 % en 2006) au profit de la location meublée et de l’hébergement par un tiers (famille, ami), en lien avec les difficultés d’accès à un logement indépendant, la hausse de l’offre en location meublée et la part importante d’étudiants.
Les locataires du parc privé qui ont déménagé entre 2002 et 2006 ont le plus souvent rejoint une autre location privée (50 %) mais un quart a accédé à la propriété, soit plus qu’en 1996 (+ 8 points) et un sixième a obtenu un logement social (- 8 points), souvent des familles avec enfants.
La part de ménages propriétaires s’est en effet renforcée dans le centre de l’agglomération, passant de 36 % à 40 % entre 1996 et 2006, malgré une hausse des prix au cours de la période. Les ménages propriétaires sont des ménages peu mobiles, avec moins de 30 % de ménages emménagés récents. En cas de déménagement, en 2006 comme en 1996, un tiers des anciens propriétaires non-accédants a conservé son statut en déménageant, un quart est devenu accédant et un quart locataire du secteur privé (ménages arrivants de province, rupture d’union).
Dans le parc social, la mobilité est en baisse par rapport à 1996. Le taux de mobilité dans les logements sociaux est passé de 11 % en 1996 à 8 % en 2006 en Ile-de-France et de 12 % à 4 % à Paris. Les locataires qui ont déménagé entre 2002 et 2006 ont généralement gardé le même statut : trois sur cinq ont emménagé dans un autre logement social tandis qu’un sur cinq est devenu accédant, une proportion qui a peu évolué par rapport à 1996.
Au centre de l’agglomération parisienne
en 2006, 13 % des ménages migrants
déclarent avoir été « contraints » au déménagement
(locataire congédié, situation
provisoire, logement démoli ou
transformé). Pour la majorité des ménages
migrants, la motivation première des
déménagements reste, comme en 1996,
la volonté de trouver un logement plus
grand (
Graphique). Parmi les ménages qui ont
changé de logement entre 2002 et 2006
et disposant d’au moins deux pièces,
62 % ont effectivement gagné une pièce
ou plus en déménageant.
Graphique - 22 % des ménages ayant déménagé l'ont fait pour disposer d'un logement plus grand
Source : Insee, Enquête nationale logement 2006
L’âge influe fortement sur les motifs du déménagement : pour les ménages de moins de 30 ans, il résulte d’abord d’un désir d’autonomie puis de rapprochement par rapport au lieu d’études ou de travail. Les 30-39 ans mettent davantage en avant le désir d’accéder à la propriété (17 %) et celui de fonder un foyer (13 %). Pour 17 % des 40-64 ans, le divorce et la séparation sont évoqués comme raison principale. Enfin, les 60 ans ou plus invoquent plus souvent comme première cause du déménagement le rapprochement de la famille, la recherche d’un logement de meilleure qualité et des raisons de santé.
Parmi les ménages qui se sont installés dans le centre de l’agglomération entre 2002 et 2007, les plus nombreux sont les personnes seules, qui représentent la moitié des ménages entrants, davantage qu’entre 1990 et 1999 (+ 3 points). Viennent ensuite les couples sans enfant qui constituent 21 % des ménages entrants (+ 1 point). Les colocations se développent et accueillent 8 % des ménages entrants (+ 3 points). En revanche, les ménages en couple avec enfants sont de moins en moins nombreux (14 % des ménages entrants, soit un recul de 5 points). Le ralentissement des arrivées de familles est à relier à la hausse des prix immobiliers et à la moindre construction de logements familiaux.
Inversement, parmi les ménages qui ont quitté le centre d’agglomération, les couples avec enfants sont les plus nombreux (35 %). La plupart quittent le centre de l’agglomération pour trouver un logement plus grand ou meilleur marché. Cependant les couples avec enfants représentent une part moins importante des ménages sortants qu’entre 1990 et 1999 (- 4 points) alors que la part des personnes seules s’accroît (31 % contre 28 %), comme celle des colocataires. Enfin, un quart des ménages sortants sont des couples sans enfant, comme lors de la période précédente.
Parmi les ménages entrants, comme parmi les ménages résidents, les cadres restent de loin la catégorie d’actifs la plus nombreuse. Ces derniers sont aussi, d’une manière générale, les plus mobiles. Leur part, parmi les entrants, dépasse celle des ménages résidents du centre de l’agglomération (41 % contre 33 %). La part des cadres progresse plus fortement parmi les entrants que parmi l’ensemble des ménages résidents (+ 7 points contre + 5). Ceci est en partie la conséquence de l’évolution de la structure de l’offre d’emploi et des marchés immobiliers de plus en plus sélectifs. En contrepartie, d’autres catégories socioprofessionnelles voient leur présence s’affaiblir parmi les ménages entrants : les artisans, commerçants et chefs d’entreprise, les employés et les ouvriers. La part des professions intermédiaires parmi les ménages entrants reste stable par rapport à 1999.
Parmi les ménages sortants, les cadres sont là encore très présents : un actif sur trois est cadre et cette part est en très nette progression (+ 5 points). Dans ses échanges avec la grande couronne et la province, le centre de l’agglomération a gagné 3 ménages cadres par an pour 1 000 présents, avec des disparités marquées : d’un gain de 10 pour 1 000 dans les Hauts-de-Seine à une perte de 7 pour 1 000 en Seine-Saint-Denis.
La catégorie dont le solde migratoire net
est le plus négatif est celle des ouvriers
(- 16 pour 1 000 présents). Ils représentent
19 % des ménages sortants, soit
deux fois plus qu’en entrée. Ce solde est
très négatif à Paris (- 43 pour 1 000 présents),
moins en Seine-Saint-Denis (- 6
pour 1 000 présents).
A Paris et dans les Hauts-de-Seine, le rapport
entre les ménages entrants et les ménages
sortants est plus favorable pour les
ménages cadres que pour l’ensemble des
ménages actifs (
Carte 2). C’est aussi le cas dans
les communes bien desservies par les lignes
de métro et RER à l’Est (de Pantin à
Rosny-sous-Bois, de Montreuil à Bry-sur-Marne) et au Sud (de Vincennes à
Sucy-en-Brie, d’Alfortville à Villeneuve-le-Roi...). En revanche, au Nord, la tendance
est au maintien ou au renforcement des
ménages aux revenus modestes, ouvriers
(Bobigny, Clichy-sous-Bois…) ou employés
(Aubervilliers, Gennevilliers…),
comme dans certaines communes au Sud
(Montrouge, Bagneux, Maisons-Alfort,
Créteil...).
Carte 2 - Paris, la plupart des communes des Hauts-de-Seine et une partie des communes à l'Est longeant les lignes de transports sont attractives pour les ménages cadres
Source : Insee, recensement de la population 2007
Les migrations résidentielles contribuent
à façonner la structure des ménages du
centre de l’agglomération. Il apparaît
d’abord que les migrations accentuent
les disparités sociales. Sous l’effet des
arrivées et des départs, la part des ménages
cadres parmi les actifs se renforce
à Paris, dans les Hauts-de-Seine et dans
le Val-de-Marne, mais pas en Seine-Saint-Denis (- 0,1 point) (
Tableau 3).
Tableau 3 - Sous l'effet des migrations, la présence des cadres se renforce à Paris, dans les Hauts-de-Seine et dans le Val-de-Marne
Les migrations ont aussi pour effet de réduire le vieillissement de la population dans le centre de l’agglomération. En effet, le centre de l’agglomération parisienne est un territoire attractif, surtout pour les jeunes ménages. Ainsi, la part des ménages de moins de 30 ans parmi les ménages entrants est largement supérieure à celle des ménages résidents (53 % contre 15 %). Si les ménages retraités ne l’avaient pas quitté, le territoire accueillerait 25 % de ménages retraités contre 23,5 % en réalité. A l’inverse, sans compter les ménages étudiants entrants, Paris aurait seulement 2 % de ménages étudiants au lieu de 7 %.
Les migrations influent également sur la structure familiale des ménages. Sans les personnes vivant seules entrées depuis 2002, le centre de l’agglomération compterait 37 % de ménages d’une personne au lieu de 41 %. Si les couples avec enfants qui ont quitté le centre de l’agglomération étaient restés, ils représenteraient 28 % des ménages contre 25 % en réalité.



