Auteurs : Anthony Claudel, Simon Guevara, Insee Ile-de-France
Marie Prévot, Région Ile-de-France
Anne-Lise Aucouturier, Sylvie Chaty, Direccte Ile-de-France
Moteur de la compétitivité, l’innovation des petites et moyennes entreprises industrielles (PMI) fait l’objet d’une mobilisation particulière de l’Etat et de la Région en Ile-de-France. Entre 2008 et 2010, une PMI sur deux a innové au sens large. Elles sont 35 % à avoir innové technologiquement, motivées principalement par l’objectif d’élargir le marché et la gamme de produits. Lorsqu’elles n’innovent pas technologiquement, l’absence de demande est le premier motif avancé par les entreprises. Les entreprises qui innovent technologiquement rencontrent également des obstacles : le manque de moyens financiers et de personnel qualifié sont les principaux freins cités.
Si l’Ile-de-France est fortement dotée en entreprises du secteur des services, elle est aussi l’une des rares métropoles mondiales à disposer d’une activité industrielle significative. Ainsi, fin 2010 l’Ile-de-France demeure la première région industrielle de France, avec 478 400 emplois salariés dans ce secteur. Toutefois, l’emploi salarié régional dans l’industrie a diminué deux fois plus rapidement que dans le reste de la France au cours de la période 1990-2005.
La préservation de cette spécificité est un
atout évident, notamment par ses effets
d’entraînement sur les services aux entreprises,
la recherche et développement
(R&D) et la capacité à exporter. L’avenir du
tissu industriel francilien est fortement corrélé à sa capacité d’innovation. C’est
pourquoi le soutien à l’innovation fait l’objet
de politiques régionales, nationales et
européennes dédiées (
Les politiques régionales de l'innovation).
L’innovation s’entend comme la mise en
oeuvre d’une idée nouvelle sur un marché
ou au sein de l’entreprise. L’innovation
peut être ou non technologique. Alors que
l’innovation technologique regroupe les
actions d’innovation portant sur les produits
et les procédés, l’innovation non
technologique, elle, concerne des actions
d’innovation relatives à l’organisation et
au marketing de l’entreprise. L’innovation
au sens large englobe l’ensemble de ces
actions (
Source et définitions).
Parmi les PMI franciliennes ayant développé des activités d’innovation technologique, une sur deux (47 %) déclare avoir perçu une ou plusieurs aides publiques liées à l’innovation, sous forme de subventions, prêts, avances remboursables, garanties de prêts ou crédits d’impôts. Ce pourcentage élevé vient du fait que les efforts engagés par les acteurs publics visent spécifiquement ce type d’entreprise. Concernant les aides hors crédit d’impôts, 11 % déclarent avoir bénéficié d’aides locales, 15 % d’aides nationales. Par ailleurs, 39 % déclarent avoir bénéficié du Crédit Impôts Recherche.
Entre 2008 et 2010, 48 % des PMI franciliennes
ont innové, contre 55 % pour l'ensemble
des autres régions françaises (
Graphique 1). La plupart d’entre elles cumulent différents
types d’innovations. En moyenne,
une entreprise innovante réalise deux types
d’innovations (parmi les innovations de
produits, procédés, marketing et organisation).
Graphique 1 - De 2008 à 2010, les PMI de province innovent davantage que les PMI franciliennes
Source : Insee, enquête CIS 2010
Les facteurs qui influent, toutes choses
égales par ailleurs, sur l’innovation (au
sens large) sont le secteur d’activité, la
taille de l’entreprise et la part des cadres
dans le personnel employé ainsi
que les taux d’exportation, d’investissement
et d’endettement (
Tableau).A l’inverse, le
fait d’innover n’apparaît lié ni à l’appartenance
à un groupe, ni au niveau du
chiffre d’affaires.
Tableau - L'innovation augmente avec la taille de l'entreprise en Ile-de-France
Globalement, huit entreprises sur dix innovent dans les secteurs de « l’informatique, l’électronique et l’optique », de la « chimie et de la pharmacie » et de la « conception de machines et de l’équipement ». Au sein des secteurs du « travail du bois, papier et imprimerie », la « fabrication de textiles, habillement, cuir, chaussures » et la « fabrication de denrées alimentaires, de boisson et de tabac », seulement trois entreprises sur dix innovent.
La propension à innover des PMI croît avec la taille de l’entreprise : 39 % des entreprises de 10 à 19 salariés innovent au sens large contre 70 % des entreprises de 50 à 249 salariés. Par ailleurs, les entreprises qui exportent innovent plus que celles dont le marché est uniquement national. Le fait que la taille des entreprises et du marché constituent des déterminants de l’innovation n’est pas spécifique à l’industrie.
Enfin, les capacités financières de l’entreprise ont également un lien positif avec l’innovation. Ainsi, le taux d’innovation augmente avec le taux d’investissement de l’entreprise. A l’inverse, les entreprises ayant un taux d’endettement supérieur à 80 % ont une probabilité moins importante d’innover. Pour qu’une entreprise innove, il faut qu’elle soit en mesure d’investir financièrement dans cette innovation. Des faiblesses dans ses capacités financières influeront donc directement sa capacité à innover.
Par le terme innovation technologique peuvent être désignées des innovations de produits (introduction d’un bien ou d’un service nouveau), mais aussi des innovations de procédés de production. Elles constituent une spécificité de l’industrie manufacturière. En effet, les PME de plus de 10 salariés innovent davantage technologiquement dans l’industrie que dans les autres secteurs. C’est la raison pour laquelle la suite de l’analyse se concentre sur les innovations technologiques au sein des PMI. Ainsi, 35 % des PMI franciliennes ont innové technologiquement : 24 % ont introduit des innovations de produits et 22 % de procédés (14 % ayant cité les deux et 3 % une innovation en cours ou abandonnée).
Interrogées sur les objectifs des innovations de produits et de procédés qu’elles ont introduites, les PMI mettent en avant l’élargissement de la gamme des biens ou services (82 %) ou du marché (85 %). Viennent ensuite le remplacement de produits et l’amélioration de leur qualité (78 %). A contrario, la réduction des coûts du travail et d’énergie par unité produite et l’amélioration de la santé ou de la sécurité des employés sont déclarées comme un objectif de l’innovation par seulement 45 % des entreprises.
L’innovation technologique développée par les PMI franciliennes semble donc essentiellement liée aux cycles de vie de leurs produits, cycles de vie dont les phases clés sont la conception de produits nouveaux et le remplacement ou l’amélioration de produits existants. Cette observation semble confortée par leurs déclarations, analysées ci-dessous, concernant les coopérations qu’elles établissent et les freins qu’elles rencontrent pour innover technologiquement.
En effet, lorsque les PMI sont interrogées sur les coopérations mises en place pour leurs actions d’innovation, les clients sont les premiers partenaires cités. Ainsi, 55 % d’entre elles déclarent réaliser des activités d’innovation avec des clients. Huit entreprises sur dix (81 %) affirment qu’ils constituent une source d’information pour les activités d’innovation. A l’inverse, 25 % seulement coopèrent avec des organismes publics de R&D et 28 % déclarent que ces organismes constituent une source d'information pour innover.
Lorsque les PMI franciliennes sont interrogées sur les facteurs freinant leurs activités d’innovation technologique, les réponses diffèrent fortement selon que ces entreprises ont engagé ou non des actions d’innovation technologique. Pour les entreprises n’ayant pas engagé des actions d’innovation technologique, le principal motif invoqué concerne l’absence de la demande (43 % des entreprises). Ce résultat confirme le fait que les clients sont les premiers partenaires des actions d’innovation technologique des PMI franciliennes et que ces actions d’innovation sont essentiellement liées au cycle de vie de leurs produits.
Neuf entreprises qui innovent technologiquement sur dix déclarent également rencontrer un ou plusieurs freins à l’innovation. Ainsi, les deux principaux freins à l’innovation technologique qu’elles citent sont « le manque de finances internes » (62 %) et « les coûts d’innovation trop importants » (56 %). Vient ensuite « le manque de personnel qualifié » (47 %). En effet, mener des actions d’innovation engendre des coûts importants pour l’entreprise, qu’ils soient associés au financement de la R&D interne, au recrutement ou à la formation du personnel.
Les PMI innovantes en technologie emploient en moyenne 18 % de cadres et de professions intellectuelles supérieures et 44 % d’ouvriers, contre 9 % et 58 % pour les PMI non innovantes technologiquement. Toutes choses égales par ailleurs, les entreprises ayant plus de cadres sont plus souvent innovantes technologiquement. De plus, les entreprises innovantes technologiquement emploient environ 3 fois plus de salariés que les autres dans la fonction conception-recherche, soit 7 % des effectifs salariés contre 2 % en moyenne.
Les entreprises innovantes technologiquement déclarent beaucoup plus souvent disposer en interne de certaines compétences très liées à l’innovation : 22 % d’entre elles emploient des personnes ayant des compétences en ingénierie contre 3 % pour les autres entreprises ; 28 % emploient des personnes ayant des compétences dans la veille technologique contre 5 % pour les autres entreprises.
Toutefois, les entreprises innovantes déclarent
que le manque de personnel qualifié,
est l’un des
principaux freins à l’innovation, juste
après son coût (
Graphique 2). Les réponses des PMI
innovantes semblent donc indiquer des
difficultés de recrutement de main-d’oeuvre
qualifiée. Or, la part de diplômés
est plus élevée en Ile-de-France que dans
les autres régions françaises.
Graphique 2 - Les coûts sont les principaux freins à l'innovation technologique
Source : Insee, enquête CIS 2010
Entre 2008 et 2010, les entreprises qui innovent
technologiquement cumulent différentes
actions d’innovation : 71 %
s’engagent dans des travaux de R&D interne,
61 % dans des formations pour leur
personnel ou investissent dans l’acquisition
de machines perfectionnées, d’équipement,
de matériels et de logiciels
informatiques (
Graphique 3).
Graphique 3 - La R&D interne, principale activité d'innovation technologique en Ile-de-France
Source : Insee, enquête CIS 2010
Un quart des PMI franciliennes ont innové en produits. Pour les entreprises industrielles, ces innovations de produits sont de plusieurs natures. Elles consistent majoritairement en l’introduction de biens nouveaux et plus rarement de services nouveaux. Dans sept cas d’innovation de produits sur dix, le produit est vraiment nouveau sur l’un des marchés de l’entreprise (innovation introduite avant ses concurrents). Dans trois cas sur dix, le produit n’est nouveau que pour l’entreprise et existe déjà chez un concurrent. Les entreprises innovantes en produits sont beaucoup plus souvent que les autres présentes sur un marché international : 72 % contre 50 % de celles qui pratiquent une autre forme d’innovation et 32 % des non innovantes.
Les innovations de procédés concernent
principalement des procédés de fabrication
des biens ou services (80 %). Elles
peuvent également porter sur des activités
de soutien ou support (maintenance, informatique, etc.) ou sur des méthodes
(logistique, distribution, etc.), dans respectivement
44 % et 29 % des cas. Parmi les entreprises
innovantes en procédés, 63 %
sont aussi innovantes en produits. Une fois
sur deux, l’innovation de procédés semble
avoir été en effet rendue nécessaire par
une innovation de produits. Au total, 22 % des PMI franciliennes ont innové en
procédés (
Graphique 4).
Graphique 4 - 24 % des PMI ont réalisé des activités d'innovation de produits entre 2008 et 2010
Source : Insee, enquête CIS 2010
Les innovations de procédés sont plus tournées vers le fonctionnement interne de l’entreprise que positionnées sur un marché concurrentiel. Ainsi, seule une entreprise innovante en procédés sur quatre a mis en oeuvre un procédé qui n’était pas disponible chez ses concurrents. Ces innovations sont, plus souvent que les autres, motivées par l’augmentation de la capacité de production. L’amélioration de la flexibilité et la réduction du coût du travail sont également des objectifs visés par l’innovation en procédés.