Auteurs : Kevin de Biasi, Insee Ile-de-France et Pauline Virot, Apur
Le vieillissement de la population resterait moins rapide à Paris que dans le reste de l’Ile-de-France si les tendances démographiques se prolongeaient. D’ici 2030, la croissance du nombre de Parisiens dépendants serait limitée, surtout chez les femmes, et le maintien à domicile progresserait. Environ 2 000 créations d’emplois seraient nécessaires d’ici 2020 pour répondre à l’augmentation du nombre de Parisiens dépendants.
L’horizon 2030 correspond à l’arrivée
aux âges élevés des baby-boomers
et donc à un vieillissement
prononcé de la population. Nés
après 1945, ils atteindront 75 ans au
cours des années 2020 à 2030. Ainsi,
même si les personnes âgées restent autonomes
de plus en plus longtemps, le
nombre de Parisiens potentiellement
dépendants augmenterait dans les vingt
années à venir (
Définitions).
Le vieillissement s’affirme depuis plus de
20 ans en Ile-de-France et en France. A
Paris, la part de personnes âgées de 75
ans ou plus a diminué depuis le début
des années 1990 alors qu’elle a augmenté
dans le reste de l’Ile-de-France et en
province (
Graphique 1). Depuis 2000, la proportion
des personnes de 75 ans ou plus n’a que
faiblement augmenté dans la capitale.
Graphique 1 - Le vieillissement est moins fort à Paris qu'en France métropolitaine
Source : Insee, Omphale 2010 et recensements de la population 1982, 1990, 1999 et 2007
Les spécificités parisiennes face au vieillissement s’expliquent d’abord par la forte diminution du nombre de familles au cours des années 1960-1970. Ces départs de la capitale ont affaibli de nombreuses générations qui auraient pu rester vieillir à Paris. Cette tendance de fond se poursuit, malgré la hausse récente du nombre de familles parisiennes. Par ailleurs, les départs de Paris après 75 ans constituent un flux important, avec environ quatre départs vers d’autres départements français pour une arrivée. De plus, une partie des Parisiens âgés font le choix de la double résidence Paris/province ou s’installent à l’étranger.
Au 1er janvier 2007, 162 700 Parisiens sont âgés de 75 ans ou plus, soit 7 % de la population. Si les comportements migratoires observés entre 2000 et 2008 se maintenaient et si l’espérance de vie parisienne augmentait au même rythme que celle de la France métropolitaine, il y aurait à Paris 66 300 seniors de plus en 2030. 10 % de la population aurait 75 ans ou plus. Cette part serait toujours inférieure à celle de la France métropolitaine et supérieure à celle de l’Ile-de-France qui resterait la région la moins âgée de France métropolitaine.
Cependant, la population parisienne continuerait de se singulariser par un moindre vieillissement, avec une progression du nombre de 75 ans ou plus moins rapide à Paris qu’en France métropolitaine et même qu’en Ile-de-France. Chaque année, entre 2007 et 2030, la population des 75 ans ou plus augmenterait en moyenne de 1,5 % à Paris, 2,2 % en Ile-de-France et 2,1 % en France métropolitaine.
La croissance démographique serait plus
rapide pour les âges élevés en raison de
l’allongement de l’espérance de vie (
Tableau 1). La population âgée de 85 ans ou plus
augmenterait de 23 000 personnes supplémentaires,
à un rythme annuel de + 1,8 %
entre 2007 et 2030 contre + 0,3 % entre
1990 et 2007. La croissance serait également
importante pour les 75-84 ans,
premières générations du baby-boom
(+ 42 000 personnes). Elle s’effectuerait
au rythme de + 1,4 % par an contre - 0,5 %
par an entre 1990 et 2007, sous les effets
de générations.
Tableau 1 - La croissance démographique parisienne serait plus rapide pour les âges élevés
L’espérance de vie des hommes continuerait de rattraper progressivement celle des femmes. Cependant les femmes resteraient majoritaires parmi les Parisiens de 75 ans ou plus : la part des femmes passerait de 66 % en 2007 à 61 % en 2030.
En 2007, 65 % des années d’espérance
de vie après 65 ans sont des années de
vie sans incapacité. Si cette part de
l’espérance de vie sans incapacité dans
l’espérance de vie à 65 ans restait stable,
l’augmentation importante du nombre
de Parisiens de 75 ans ou plus entraînerait
une augmentation du nombre de
personnes potentiellement dépendantes
de 6 500 (
Projections et dépendance). Cela correspond à une hausse
de 25 % selon ce scénario intermédiaire,
pour une augmentation de 40 % du
nombre de personnes de 75 ans ou plus.
Dans un scénario plus pessimiste, si les
taux de dépendance légère restaient
constants, la hausse de Parisiens dépendants
pourrait atteindre + 9 400 personnes,
soit + 36 %.
Dans les deux scénarii, la croissance du
nombre de Parisiens dépendants serait
moins rapide qu’à l’échelle régionale
(+ 58 % dans le scénario intermédiaire)
(
Graphique 2). Elle serait un peu moins rapide de
2007 à 2020 (+ 0,9 % par an en moyenne)
qu’entre 2020 et 2030 (+ 1,1 %).
Graphique 2 - La croissance de la population dépendante serait moins importante à Paris que sur l'ensemble de la région
Source : Insee, Omphale 2010
L’augmentation du nombre de Parisiens
potentiellement dépendants nécessiterait
la création de 2 000 emplois d’ici 2020 si
l’on maintient constants dans le temps le
taux de recours à un emploi à domicile
et le taux d’encadrement en institution
(
A l'horizon 2020, 2 000 emplois supplémentaires liés à la dépendance).
Toutefois, en proportion, la part de personnes dépendantes diminuerait à chaque âge, mais surtout aux âges élevés.
Selon le scénario intermédiaire, à l’horizon 2030, 14 % des Parisiens de 75 ans ou plus seraient potentiellement dépendants, contre 16 % en 2007 (- 2 points). La part de population potentiellement dépendante diminuerait de 4 points pour les 85-89 ans et de 5 points pour les 90 ans ou plus.
La part de personnes potentiellement dépendantes parmi les 75 ans ou plus diminuerait légèrement moins vite dans l’ensemble de la région : elle passerait de 17 % en 2007 à 16 % en 2030.
A Paris, en 2007, il y a 2,7 fois plus de femmes que d’hommes au sein de la population dépendante de 75 ans ou plus. C’est plus que dans l’ensemble des 75 ans ou plus (2,0). Ce ratio atteint 3,6 pour les personnes dépendantes de 85 ans ou plus, contre 2,3 dans l’ensemble des 85 ans ou plus. Les femmes vivant plus longtemps, elles vivent davantage d’années avec des limitations fonctionnelles ou des gênes dans leurs activités. En outre, elles auraient plus tendance que les hommes à se déclarer dépendantes, car elles seraient plus attentives à leur état de santé et assumeraient mieux leur handicap.
Pourtant, d’ici 2030, le rythme annuel d’augmentation du nombre de personnes âgées dépendantes serait plus rapide chez les hommes, tendant à réduire cet écart homme-femme. La croissance annuelle moyenne de personnes potentiellement dépendantes serait de + 1,8 % chez les hommes et de + 0,7 % chez les femmes. La différence s’explique par un plus fort allongement de l’espérance de vie chez les hommes. En 2030, il n’y aurait plus que 2,1 fois plus de femmes que d’hommes au sein de la population parisienne dépendante de 75 ans ou plus. Le taux de dépendance passerait de 12,9 % à 11,7 % chez les hommes et de 17,4 % à 15,7 % chez les femmes.
Le nombre de Parisiens âgés de 75 ans ou plus en situation de dépendance et vivant à leur domicile devrait augmenter de 29 % à l’horizon 2030, à politiques publiques constantes. Ainsi, le nombre de Parisiens dépendants vivant à domicile augmenterait de 5 800 personnes entre 2007 et 2030. 79 % des personnes dépendantes de 75 ans ou plus vivraient à domicile, contre 77 % en 2007.
En meilleure santé, car mieux suivis au cours de leur vie, les Parisiens dépendants resteraient plus longtemps à domicile, entraînant un besoin croissant de la présence d’un aidant (professionnel ou familial).
Les personnes âgées dépendantes resteraient vivre plus longtemps à domicile avec au moins une autre personne. En particulier, le rapprochement des espérances de vie féminine et masculine continuerait d’augmenter la durée de vie en couple. Ainsi, de 2007 à 2020, le nombre de Parisiens dépendants vivant à domicile avec au moins une autre personne augmenterait au rythme de 0,6 % par an en moyenne. Le rythme de cette hausse s’accélèrerait de 2020 à 2030 (+ 1,6 % par an en moyenne) et la part des femmes diminuerait. En 2030, les femmes représenteraient 58 % des Parisiens dépendants de 75 ans ou plus vivant à domicile avec au moins une autre personne (- 3 points entre 2020 et 2030).
Cependant, le nombre de 75 ans ou plus dépendants vivant seul à domicile serait également en augmentation, à un rythme constant de 1,2 % par an de 2007 à 2030. En effet, l’allongement de la durée de vie en couple tend à diminuer le nombre de personnes vivant seules. Mais cet effet est compensé par l’allongement de l’espérance de vie sans dépendance lourde, qui permet au dernier membre vivant du ménage (une femme dans plus de 80 % des cas) de rester plus longtemps à domicile.
D’ici 2030, à politiques publiques constantes, le nombre de Parisiens de 75 ans ou plus dépendants vivant en institution augmenterait de 700 personnes, soit une hausse de 12 %. Cette croissance s’effectuerait exclusivement de 2007 à 2020 (+ 0,9 % par an en moyenne). L’âge moyen des 75 ans ou plus dépendants en institution passerait de 86,5 ans à 88,5 ans. En effet, les personnes âgées entreraient en institution plus tardivement, suite à des dépendances lourdes.
De 2020 à 2030, le nombre de personnes
dépendantes résidant en institution
dans Paris resterait constant. La part des
femmes vivant en institution parmi l’ensemble
des femmes dépendantes de 75
ans ou plus diminuerait (
Graphique 3).
Graphique 3 - En 2030, davantage de femmes dépendantes de 75 ans ou plus vivraient à domicile, seules ou accompagnées
Source : Insee, Omphale 2010