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L'accès à l'emploi et au logement s'améliore pour les immigrés à Paris mais les inégalités et les discriminations persistent

Auteurs : Pierre-Emile Bidoux, Insee Ile-de-France
              Pauline Virot, Apur

Résumé

Entre 1999 et 2007, le nombre d’immigrés a augmenté en Ile-de-France. C’est particulièrement le cas à Paris et en Seine-Saint-Denis où ils étaient déjà très présents. Cette hausse concerne davantage les immigrés ayant acquis la nationalité française. Même si la situation s’est améliorée, l’accès à l’emploi et au logement demeure plus difficile pour la population immigrée. En outre, 29 % des immigrés ou enfants d’immigrés disent avoir été victimes de discriminations au cours des cinq dernières années.

Sommaire

Publication

Introduction

L’Ile-de-France est la région française qui compte le plus grand nombre d’immigrés. En 2007, près de 2 millions de personnes sont immigrées, c’est-à-dire qu’elles résident en France mais sont nées étrangères à l’étranger et ce, qu’elles soient devenues françaises ou non (Définitions). Quatre immigrés présents en France sur dix résident en Ile-de-France. C’est aussi la région où la proportion d’immigrés dans la population totale est la plus élevée : 17 % de la population francilienne contre 8 % des personnes vivant en France (FigureTableau). La population immigrée est surtout regroupée dans la partie centrale du territoire régional, en particulier en Seine- Saint-Denis où elle représente 27 % de l’ensemble de la population, mais aussi à Paris (20 %) et dans le Val-de-Marne (18 %)
(Davantage d’immigrés dans le centre de l’agglomération, notamment en Seine-Saint-Denis).

L’ancienneté des traditions migratoires et le dynamisme du marché du travail francilien expliquent l’attraction qu’exerce la métropole parisienne auprès de la population immigrée. Le regroupement familial mais aussi la recherche d’un habitat central et relativement bon marché conduisent à une concentration de la population immigrée dans certains départements, communes ou quartiers (FigureCarte).

 

Tableau - Une présence importante d'immigrés à Paris et en Seine-Saint-Denis en 2007, en hausse par rapport à 1982

 

Carte - La population immigrée est davantage présente dans le quart Nord-Est du centre d'agglomération

Carte : La population immigrée est davantage présente dans le quart Nord-Est du centre d'agglomération

Source : Insee, recensement de la population 2007

 

En 2007, 38 % des Parisiens âgés de 18 à 50 ans sont immigrés ou enfants d’immigrés (Sources). Les Parisiens enfants d’immigrés sont relativement moins nombreux que dans les autres départements franciliens exceptés l’Essonne et les Yvelines. Un tiers des jeunes de moins de 18 ans qui résident à Paris ou dans le Val-de-Marne sont des enfants d’immigrés. C’est moins qu’en Seine-Saint-Denis où un mineur sur deux est enfant d’immigré.

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Les immigrés et leurs enfants sont trois fois plus nombreux à déclarer avoir subi des discriminations que la population majoritaire

29 % des immigrés ou enfants d’immigrés qui résident à Paris déclarent avoir vécu des discriminations. Ils sont trois fois plus nombreux que dans la population majoritaire (Lutter contre les discriminations à Paris) (FigureGraphique 1). Ces discriminations peuvent avoir différents motifs (sexisme, racisme, homophobie, motif lié à l’âge, à la religion ou à l’état de santé). Elles peuvent s’être déroulées dans des lieux (travail, établissement scolaire, espace public...) ou des circonstances différentes : accès à l’emploi, accès au logement...

 

Graphique 1 - Les immigrés ou enfants d'immigrés qui résident à Paris déclarent trois fois plus que le groupe témoin avoir vécu des discriminations

Graphique 1 - Les immigrés ou enfants d'immigrés qui résident à Paris déclarent trois fois plus que le groupe témoin avoir vécu des discriminations

Source : Insee, Ined, enquête trajectoire et origine 2008-2009

 

Les hommes - immigrés ou non - déclarent plus souvent que les femmes avoir été victimes de traitement inégalitaire (21 % des hommes contre 16 % des femmes). Si les discriminations envers les femmes ont plutôt lieu au travail, les hommes subissent plus souvent des discriminations dans des lieux de loisirs (sorties nocturnes, événements sportifs...). Les jeunes Parisiens de 18 à 20 ans, immigrés ou non, sont les plus nombreux à déclarer avoir subi des discriminations au cours des 5 dernières années (30 % contre 18 % des plus de 20 ans). De par leur jeune âge, ils se retrouvent plus souvent dans des situations potentiellement discriminatoires (recherche d’emploi et de logement, sorties...).

Les immigrés sont aussi nombreux que les enfants d’immigrés à déclarer avoir vécu des discriminations. La différence entre les deux générations réside dans la fréquence des discriminations ressenties : 6 % des enfants d’immigrés déclarent subir souvent des traitements inégalitaires, contre 4 % des immigrés et 1 % de la population majoritaire. Nés et socialisés en France, les enfants d’immigrés auraient plus souvent tendance que leurs parents à interpréter des traitements défavorables comme discriminatoires. Cependant, les victimes de traitements inégalitaires engagent peu de recours, que ce soit auprès de la Halde (dont les missions sont assurées par le Défenseur des droits depuis le 1er mai 2011), des commissariats de police ou auprès des associations ou des syndicats.

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Les enfants d’immigrés sont plus nombreux à être la cible de propos racistes que les immigrés

Près de la moitié des enfants d’immigrés déclarent avoir été victimes de propos racistes (47 % contre 29 % des immigrés). L’école est de loin le lieu où les propos racistes sont les plus fréquents : 25 % des enfants d’immigrés déclarent avoir été la cible de propos racistes à l’école (contre 4 % des immigrés). La rue, le travail et les transports sont ensuite les lieux les plus cités. Les origines et la nationalité sont les premiers motifs de racisme : 70 % des immigrés et 62 % des enfants d’immigrés déclarent avoir été victimes de racisme ou pensent l’être un jour pour ces raisons, contre 45 % de la population majoritaire. Les autres raisons citées peuvent être la couleur de peau, le nom ou prénom, l’accent ou la façon de parler, la religion ou encore l’apparence physique.

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Entre 1999 et 2007, le nombre de naturalisations augmente

Parmi les immigrés résidant à Paris ou en Seine-Saint-Denis, 65 % sont de nationalité étrangère et 35 % ont acquis la nationalité française. Dans les deux départements, la hausse du nombre d’immigrés est plus forte pour ceux qui ont acquis la nationalité française (+ 40 000 à Paris) que pour ceux qui ont gardé une nationalité étrangère (+ 14 000 à Paris). Au cours de la période récente, le nombre de Français par acquisition a augmenté de + 4 % par an entre 1999 et 2007 contre seulement + 1 % entre 1990 et 1999.

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La nationalité et les origines sont les premières raisons invoquées par les immigrés et les enfants d’immigrés discriminés

L’idée que l’origine et la couleur de peau peuvent entraîner des discriminations est assez répandue chez les Parisiens. Ainsi, 65 % de la population majoritaire pensent que certaines personnes subissent souvent des discriminations à cause de leurs origines ou de leur couleur de peau, contre 62 % des enfants d’immigrés et 39 % des immigrés.

Les immigrés et enfants d’immigrés désignent en effet leur nationalité ou leurs origines comme première raison des discriminations vécues (19 % des immigrés et 18 % des enfants d’immigrés). La couleur de peau est le second motif de traitement inégalitaire (10 % des immigrés et 7 % des enfants d’immigrés). Enfin, 5 % des immigrés ajoutent l’accent au nombre des motifs de discrimination.

Les enfants d’immigrés citent, moins que leurs aînés, leurs origines, leur nationalité ou leur couleur de peau comme raison des discriminations subies. Cela pourrait s’expliquer par le fait que l’origine et la nationalité seraient moins visibles (patronyme, métissage…) pour certains enfants d’immigrés, en particulier ceux n’ayant qu’un seul parent immigré.

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Une lente réduction des inégalités en matière de formation, de chômage et d’accès aux emplois les plus qualifiés

En Ile-de-France, les jeunes immigrés sortent beaucoup plus fréquemment du système éducatif sans qualification que les non immigrés. A Paris, 39 % des jeunes immigrés de 15 à 29 ans quittent le système scolaire sans le Bac, contre 16 % pour les non immigrés. La situation est similaire en Seine-Saint-Denis où 64 % des immigrés de 15 à 29 ans non scolarisés n’ont pas le Bac, contre 48 % des non immigrés. De nombreux jeunes immigrés sont précocement orientés vers des filières spécialisées. Ces différences tendent à se réduire dans la mesure où les jeunes immigrés de 15 à 29 ans ayant quitté le système scolaire sans le Bac sont proportionnellement beaucoup moins nombreux aujourd’hui. Ils étaient 52 % en 1999 contre 39 % en 2007 à Paris. En Seine-Saint-Denis, ils étaient 73 % en 1999 contre 64 % en 2007.

Le sentiment de discrimination intervient dès la période scolaire et il est particulièrement fort pour les enfants d’immigrés. 21 % des enfants d’immigrés pensent avoir été traités différemment des autres élèves, contre 8 % des immigrés et 6 % de la population majoritaire. Cette différence de traitement apparaît notamment dans l’orientation : 12 % des immigrés et des enfants d’immigrés estiment avoir été moins bien orientés que les autres élèves (contre 1 % de la population majoritaire).

L’accès à l’emploi est également plus difficile pour les immigrés. A Paris, en 2007, 16 % des immigrés sont au chômage, contre 9 % pour les non immigrés. L’écart, encore important, tend cependant à se réduire. En 1999, 19 % des immigrés parisiens et 10 % des non immigrés étaient au chômage. Les immigrés en Seine-Saint-Denis sont eux aussi davantage confrontés à des difficultés d’accès à l’emploi (22 % d’actifs au chômage) que les non immigrés (13 %).

Au sein de la population immigrée, le chômage affecte plus fortement les jeunes actifs de 15 à 29 ans. A Paris, 18 % des jeunes sont au chômage et 30 % en Seine-Saint-Denis. Les femmes actives sont également fortement touchées (17 % à Paris et 27 % en Seine-Saint-Denis), en particulier les mères de famille monoparentale (24 % sont au chômage à Paris). Des programmes de formation spécialisés tournés vers ces mères de famille qui élèvent seules leurs enfants ont notamment été initiés dans les quartiers CUCS de Paris. La Ville de Paris a, en effet, mis en oeuvre de 2007 à 2009 un dispositif de « Parcours linguistiques à visée professionnelle pour les femmes des quartiers CUCS de Paris ».

A Paris ou dans le reste de l’Ile-de-France, l’accès aux emplois de « cadres et professions intellectuelles supérieures » reste aujourd’hui plus difficile pour la population immigrée que pour les autres (FigureGraphique 2). Cependant, à Paris, les immigrés accèdent plus largement à ce type d’emploi que dans le reste de l’Ile-de-France car les emplois qualifiés y sont particulièrement nombreux. Ainsi, 26 % des immigrés parisiens actifs de 25 à 54 ans sont « cadres ou professions intellectuelles supérieures », contre 17 % dans le centre d’agglomération (Paris et petite couronne) et 15 % en Ile- de-France.

 

Graphique 2 - A Paris, la présence d'actifs cadres progresse

Graphique 2 : A Paris, la présence d'actifs cadres progresse

Source : Insee, recensements de la population 1999 et 2007

 

Il y a 25 ans, près de 75 % des immigrés actifs de 25 à 54 ans occupaient un emploi d’ouvrier ou d’employé. Ils ne sont plus qu’un sur deux en 2007 à Paris, contre 72 % des actifs immigrés en Seine-Saint-Denis.

Les situations de discrimination peuvent intervenir lors des recherches d’emploi ou dans l’évolution professionnelle. Pourtant, les immigrés ne sont pas plus nombreux que les individus de la population majoritaire à déclarer avoir été discriminés en matière d’emploi (14 %). La moitié des immigrés discriminés invoque l’origine et la nationalité. Là encore, les enfants d’immigrés se sentent plus fréquemment victimes de traitements inégalitaires que leurs ainés : les enfants d’immigrés étant plus jeunes, ils sont également plus souvent à la recherche d’un emploi.

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Des conditions de logement qui s’améliorent mais restent insatisfaisantes

La taille des ménages dont l’une des personnes est immigrée en Ile-de- France reste supérieure à celle des autres ménages. Les ménages immigrés parisiens comptent 2,3 personnes en moyenne, contre 1,8 personne par ménage non immigré. La taille des ménages immigrés est quasi stable par rapport à 1999. La taille moyenne des ménages baisse en revanche en Seine-Saint-Denis où les ménages immigrés comptent en moyenne 3,2 personnes contre 3,4 en 1999. Les personnes seules représentent 41 % des ménages immigrés à Paris contre 28 % des ménages immigrés dans le centre de l’agglomération. Inversement, les familles avec enfants de moins de 18 ans sont de plus en plus nombreuses chez les non immigrés et un peu moins nombreuses parmi les ménages immigrés résidant à Paris. En 2007, les familles représentent 28 % des ménages immigrés dans la capitale (- 1 point par rapport à 1999) et 17 % des ménages non immigrés (+ 1 point).

La plupart des immigrés parisiens sont locataires. Seuls 20 % d’entre eux sont propriétaires de leur résidence principale, soit autant en 1999 qu’en 2007
(FigureGraphique 3)
. Plus de la moitié des ménages immigrés (53 %) occupent une location privée, en location vide ou meublée, malgré le niveau élevé des loyers parisiens. A Paris, en 2007, ils sont 20 % à résider dans un logement social (+ 3 points par rapport à 1999), contre 30 % dans le centre d’agglomération. Davantage qu’en 1999, le parc social facilite l’accès au logement d’une partie des ménages immigrés. Il accueille 25 % des ménages immigrés d’origine non communautaire, pour 15 % des ménages non immigrés. 25 ans plus tôt, le parc social accueillait peu de personnes immigrées (8 % en 1982). Celles-ci étaient amenées à se loger dans des locations privées de qualité très inégale. Les opérations de résorption de l’habitat indigne, couplées à l’augmentation du nombre de logements sociaux, ont ainsi contribué à améliorer les conditions de logement des immigrés parisiens.

 

Graphique 3 - La part de propriétaires parmi les immigrés parisiens n'augmente pas depuis 1999

Graphique 3 : La part de propriétaires parmi les immigrés parisiens n'augmente pas depuis 1999

Source : Insee, recensements de la population 1999 et 2007

 

De nombreux ménages immigrés sont encore logés à l’étroit et ce, tant dans le locatif privé que dans le parc social. C’est le cas de 27 % des ménages immigrés en Ile-de-France, et jusqu’à un ménage immigré sur trois en Seine-Saint-Denis. A Paris, ils sont 26 % à résider dans un logement suroccupé contre 7 % pour les ménages non immigrés. La suroccupation est toutefois en recul pour les personnes immigrées à Paris (- 2 points), en raison notamment de la diminution de la taille moyenne des ménages. Une partie des immigrés reste confrontée à des conditions de logement difficiles. A Paris, 6 % des ménages immigrés résident à l’hôtel ou bien occupent une chambre de service ou encore une habitation de fortune. La plupart d’entre eux vit dans un logement non équipé d’une salle de bain.

Au cours des cinq dernières années, 12 % des immigrés âgés de 18 à 50 ans vivant à Paris déclarent s’être vu refuser un logement, à l’achat ou à la location, sans raison valable. Les enfants d’immigrés ne sont, quant à eux, que 6 % à déclarer s’être vu refuser un logement sans raison valable, contre 7 % de la population majoritaire.

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