Auteur : Kevin de Biasi, Insee Ile-de-France
Si les tendances démographiques récentes se maintenaient, la population francilienne augmenterait de 1,2 million d’habitants entre 2007 et 2040. Elle augmenterait de 1,7 million d’habitants en l’absence de tout échange migratoire. Le déficit migratoire de l’Ile-de-France avec la province ralentirait en effet la croissance de sa population qui s’explique uniquement par l’excédent des naissances sur les décès. En 2040, seuls 24 % des Franciliens seraient âgés de 60 ans ou plus, contre 31 % des Français. Le vieillissement de la population francilienne est donc moins rapide que celui des autres régions. Aussi, la part des personnes en âge de travailler diminuerait-elle moins en Ile-de-France qu’en province d’ici 2040.
Au 1er janvier 2007, la population
francilienne s’établit à 11,6
millions d’habitants. Elle atteindrait
12,8 millions d’habitants en 2040 si
la fécondité restait au niveau de 2007, si
la mortalité baissait dans la région au
même rythme qu’en France métropolitaine
et si les comportements migratoires
observés entre 2000 et 2008 se maintenaient ((
Méthodologie). Le rythme
de cette croissance, de 0,29 % en
moyenne chaque année, est comparable
à celui de la période 1990-1999
(+ 0,30 %). La population de la région
augmenterait de 750 000 personnes
entre 2007 et 2025, puis de 450 000
personnes entre 2025 et 2040.
En 2040, la population francilienne serait
comprise entre 11,8 et 13,8 millions
d’habitants selon les hypothèses retenues
sur la fécondité, la mortalité et les
migrations (
Graphique 1). Dans le scénario le plus
favorable, le nombre moyen d’enfants
par Francilienne passerait de 2 à 2,15
entre 2007 et 2015, puis resterait stable,
l’espérance de vie augmenterait de 2,1
ans pour les femmes et de 5,3 ans pour
les hommes et le solde migratoire annuel
moyen passerait de - 45 000 à
- 35 000
personnes. Selon ces hypothèses, la
population francilienne augmenterait de
2,2 millions d’habitants entre 2007 et
2040.
Graphique 1 - En 2040, la population francilienne serait comprise entre 11,8 et 13,8 millions d'habitants
Source : Insee, modèle Omphale 2010
Selon le scénario le moins optimiste, le nombre moyen d’enfant par femme se réduirait à 1,85. L’espérance de vie des femmes à la naissance n’augmenterait que de 1,8 an et celle des hommes de 3,1 ans. Le déficit migratoire se creuserait de 11 000 habitants par an en moyenne. La croissance de la population régionale ne serait alors que de 200 000 habitants. Dans ce cas, la population augmenterait jusqu’en 2024 puis diminuerait.
Les dynamiques démographiques de l’Ile-de-France sont typiques de celles d’une grande métropole. L’excédent des naissances sur les décès y est très élevé : la région a le plus fort taux d’accroissement naturel en 2007. Elle est la région la plus déficitaire dans ses échanges avec le reste de la France métropolitaine mais la plus excédentaire avec le reste du monde.
L’augmentation de la population francilienne
entre 2007 et 2040 proviendrait
ainsi uniquement de l’excédent des naissances
sur les décès. Sous ce seul effet,
la population francilienne augmenterait
de 0,7 % par an en moyenne (
Tableau 1). Le
déficit migratoire de la région avec les
autres régions françaises limiterait toutefois
cette hausse. Sans échanges migratoires,
la population de l’Ile-de-France
atteindrait 13,3 millions d’habitants à
l’horizon 2040, soit 500 000 Franciliens
de plus qu’en prenant en compte les entrées
et sorties de la région. Jusqu’en
2026, l’absence de toute migration
permettrait même une croissance de la
population francilienne plus rapide que
sous les hypothèses les plus favorables
de fécondité, de mortalité et de migration.
Ce rythme de croissance diminuerait
par la suite en raison, notamment,
de la hausse du nombre de décès liée
au vieillissement de la population.
Tableau 1 - La croissance de la population francilienne entièrement due à l'excédent naturel
L’Ile-de-France resterait en 2040 la plus
jeune des régions métropolitaines. Les
Franciliens auraient en moyenne 40,3
ans, contre 36,7 en 2007 (
Tableau 2).
Cette
augmentation serait la plus faible de
toutes les régions. De plus, l’Ile-de-France
conserverait le plus faible indice de
vieillissement (rapport du nombre de 75
ans ou plus à celui des moins de 20 ans).
L’horizon 2040 correspond à l’arrivée
aux âges très élevés des derniers babyboomers.
Le nombre de personnes de 60
ans ou plus augmenterait le plus fortement
: + 1,6 % par an en moyenne (
Graphique 2). Cependant, cette augmentation resterait
inférieure à celle de la France métropolitaine
: + 1,69 %. En 2040, les seniors
représenteraient 24 % de la population
francilienne contre 17 % en 2007, soit
une hausse de 7 points. Pour l’ensemble
de la France métropolitaine, cette part
s’élèverait à 31 %, soit une augmentation
de 9,5 points.
Tableau 2 - Paris resterait le département francilien le plus âgé
Graphique 2 - Un vieillissement démographique limité en Ile-de-France
Source : Insee, modèle Omphale 2010, scénario central
Les échanges migratoires de l’Ile-de-France avec les autres régions et avec l’étranger limitent le vieillissement de sa population. Sans ces échanges, un Francilien sur trois aurait 60 ans ou plus en 2040.
Les Franciliens âgés de 20 à 59 ans
constituent la principale ressource en
main-d’oeuvre. Entre 2007 et 2040, leur
nombre devrait diminuer de 70 000.
Leur part dans la population francilienne
passerait ainsi de 57 % à 52 %. Cette
baisse serait toutefois moins forte en
Ile-de-France que dans l’ensemble de
la France. La part des Français de cette
tranche d’âge passerait, en effet, de
54 % à 47 %. L’Ile-de-France serait,
en 2040, la seule région métropolitaine
dont la part d’actifs potentiels est supérieure
à celle des inactifs potentiels. Elle
resterait ainsi la région avec le plus
faible ratio de dépendance économique (
Définitions). En raison du vieillissement
des générations du baby-boom,
la part de personnes en âge de travailler
diminuerait dans tous les départements.
Cette baisse serait toutefois moins forte
à Paris : 4,8 points, contre 5,6 points en
petite couronne et 6,2 points en grande
couronne. En 2040, moins d’un habitant
sur deux serait âgé de 20 à 59 ans dans
les Yvelines et en Seine-et-Marne. Paris
et les Hauts-de-Seine resteraient les deux
départements de France métropolitaine
ayant le ratio de dépendance économique
le plus faible.
A l’horizon 2040, la grande couronne
gagnerait 660 000 habitants, la petite
couronne 488 000 et Paris 18 000 (
Graphique 3). La population parisienne augmenterait
ainsi de 0,02 % par an en moyenne
contre 0,29 % par an pour l’ensemble de
la région. La croissance due à l’excédent
des naissances sur les décès serait en effet
nettement plus faible à Paris que dans
l’ensemble de l’Ile-de-France (0,36 % en
moyenne chaque année contre 0,67 %).
Contrairement à la situation dans le reste
de la région, les échanges migratoires,
quoique déficitaires, permettent à Paris
de gagner des habitants. En effet, les arrivants
sont des jeunes en âge d’avoir
des enfants alors que les partants sont
majoritairement des seniors. Ainsi, sans
échange migratoire, le solde naturel de Paris diminuerait à partir de 2012 et
serait négatif à partir de 2026. Dans ce
cas, la capitale perdrait 74 600 habitants
d’ici 2040.
Graphique 3 - Forte croissance de la population en Seine-et-Marne et dans les Hauts-de-Seine
Source : Insee, modèle Omphale 2010, scénario central
La croissance démographique serait la plus forte en Seine-et-Marne et dans les Hauts-de-Seine. La population de ces départements augmenterait respectivement de 0,58 % et 0,41 % par an en moyenne. En 2040, la Seine-et-Marne serait le quatrième département le plus peuplé d’Ile-de-France, dépassant le Val-de-Marne et les Yvelines.
Conséquence du vieillissement, l’âge moyen resterait inférieur à 40 ans uniquement en Seine-Saint-Denis et dans le Val-d’Oise. La part des Yvelinois de 60 ans ou plus dépasserait celle des Parisiens du même âge.