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Arrivées de l'étranger : l'Ile-de-France attire des jeunes qualifiés

Auteur : Mariette Sagot, IAU îdF

Résumé

Un tiers des personnes arrivées récemment de l’étranger en France se sont installées en Ile-de-France. Les trois quarts de ces nouveaux arrivants dans la région sont immigrés. Ce sont surtout de jeunes adultes, actifs ou étudiants. Ils sont plus diplômés que les immigrés déjà installés, mais restent confrontés à des difficultés d’insertion professionnelle. Leurs lieux d’installation dans la région diffèrent sensiblement selon leur origine géographique.

Sommaire

Publication

Introduction

En 2006, 284 200 Franciliens vivaient à l’étranger cinq ans auparavant. Ils représentent un tiers des nouveaux arrivants en France métropolitaine en provenance de l’étranger. La région reste la porte d’entrée privilégiée des personnes venant de l’étranger, devant les régions Rhône-Alpes (11 %) et Provence-Alpes-Côte d’Azur (8 %). A elle seule, la capitale accueille 34 % de ces nouveaux venus dans la région (96 900), contre 14 % pour le département de Seine-Saint-Denis ou celui des Hauts-de-Seine.

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Trois arrivants de l’étranger sur quatre sont immigrés

Les migrations en provenance de l’étranger ne se limitent pas aux arrivées d’étrangers. Elles concernent aussi des Français de naissance et des Français par acquisition, qui représentent le tiers des nouveaux arrivants en 2006 comme en 1999. La nationalité des enfants n’étant pas toujours bien déclarée dans les enquêtes, la référence au lieu de naissance, plus facilement connue, est privilégiée. Elle permet de faire la distinction entre immigrés et non-immigrés ((Source et définitions). Trois nouveaux arrivants récents sur quatre sont immigrés (210 900), c’est-à-dire qu’ils sont nés étrangers à l’étranger. Certains d’entre eux ont acquis la nationalité française.

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Quatre immigrés arrivés récemment sur dix viennent d’Afrique

Les nouveaux venus depuis l’étranger sont d’origines très différentes, ce qui contribue à accentuer le cosmopolitisme francilien. L’Afrique est le principal continent d’origine des immigrés arrivés récemment (42 %), devant l’Europe (30 %), l’Asie (18 %) et l’Amérique (10 %) (Tableau 1). Les personnes originaires de l’Algérie (24 600) et du Maroc (17 200) sont les plus nombreuses. Elles représentent, avec celles venant du Portugal (9 500), de la Chine (7 100) et de la Tunisie (7 100), 31 % des immigrés nouvellement arrivés (Graphique 1).

 

Tableau 1 - L'Afrique : principal continent d'origine des immigrés récemment arrivés

 

Graphique 1 - 20 % des immigrés arrivés récemment en Ile-de-France sont nés au Maroc ou en Algérie

Graphique 1 - 20 % des immigrés arrivés récemment en Ile-de-France sont nés au Maroc ou en Algérie

Source : Insee, recensement de la population 2006

 

Depuis les années 1990, la part des arrivées en provenance d’Europe recule sensiblement (- 4 points) alors que celle en provenance d’Afrique progresse (+ 4 points). Une redistribution s’opère au sein de l’Europe, avec une baisse marquée des arrivées du Portugal, qui ne représentent plus que 4,5 % des arrivées d’immigrés en Ile-de-France contre 10 % dans la décennie 1990. A l’inverse, la part des arrivées de pays ayant récemment adhéré à l’Union européenne augmente de près de 2 points. La progression du poids de l’Afrique parmi les arrivants est due à la fois au Maghreb et à l’Afrique noire. L’Asie cède un peu de terrain.

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Des immigrés jeunes, étudiants ou actifs

Sept immigrés arrivés récemment sur dix vivent en famille en 2006. Un sur deux est un adulte et 16 % seulement sont des enfants. Parmi les autres immigrés récemment arrivés, 14 % vivent seuls, 11 % à plusieurs en dehors du cadre familial, 4 % hors ménage.

Les immigrés récemment arrivés sont principalement de jeunes adultes
(Graphique 2). La moitié ont entre 20 et 34 ans. Un quart de ces jeunes est étudiant ou stagiaire non rémunéré et six sur dix sont actifs.

Plus généralement, neuf immigrés sur dix ont entre 15 et 64 ans et la moitié sont actifs (Graphique 3). Les femmes sont légèrement majoritaires.

 

Graphique 2 - Les immigrés arrivés entre 2001 et 2006 sont majoritairement de jeunes adultes

Graphique 2 - Les immigrés arrivés entre 2001 et 2006 sont majoritairement de jeunes adultes

Source : Insee, recensement de la population 2006

 

Graphique 3 - La moitié des immigrés arrivés entre 2001 et 2006 sont actifs

Graphique 3 - La moitié des immigrés arrivés entre 2001 et 2006 sont actifs

Source : Insee, recensement de la population 2006

 

Malgré leur âge, la présence de ces nouveaux venus sur le marché du travail est relativement faible : 59 % des 15-64 ans sont actifs contre 74 % des non-immigrés arrivés récemment ou de l’ensemble des Franciliens du même âge. Cette relative sous-activité s’explique par l’importance des arrivées d’étudiants étrangers, qui représentent plus du cinquième des populations d’âge actif (22 % contre 13 % en moyenne en Ile-de-France) et par l’inactivité plus fréquente des femmes immigrées (18 % d’entre elles sont femmes au foyer contre 7 % des Franciliennes).

Parmi les personnes originaires d’Asie (hors Turquie), la part des étudiants atteint 33 %, mais n’est que de 6 % parmi ceux qui viennent du Portugal. Ces derniers, hommes et femmes, sont de loin les plus actifs (86 % des 15-64 ans). Les différences sont très marquées chez les femmes, selon leurs origines. Leurs taux d’activité sont très faibles pour les populations originaires d’Asie et d’Afrique : 41 % des femmes venues de Turquie restent au foyer, 27 % des femmes venues du Maghreb, contre seulement 7 % des Italiennes d’origine ou 9 % des Portugaises d’origine.

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L’Ile-de-France attire des immigrés qualifiés

L’Ile-de-France accueille à la fois des immigrés peu qualifiés et des immigrés très qualifiés. Parmi les nouveaux venus d’âge actif (15-64 ans), hors étudiants, 27 % n’ont aucun diplôme et 32 % ont au moins un diplôme de 2e cycle universitaire. Cette dernière proportion est supérieure à celle des non-immigrés (25 %) et deux fois plus importante que celle des immigrés installés depuis plus de cinq ans en France (15 %) (Graphique 4). Ce constat vaut pour les hommes comme pour les femmes.

 

Graphique 4 - Les immigrés récents sont particulièrement diplômés

Graphique 4 - Les immigrés récents sont particulièrement diplômés

Source : Insee, recensement de la population 2006

 

Le niveau de diplôme varie nettement selon l’origine de ces nouveaux venus. Les personnes originaires de l’OCDE ou de l’UE27, à l’exception notable des Portugais, sont les plus diplômées. Plus de la moitié d’entre elles ont un diplôme supérieur. A l’opposé, les personnes originaires du Portugal et de la Turquie sont six fois sur dix sans diplôme et une fois sur dix dotées d’un diplôme du supérieur. Parmi les immigrés récents, diplômés du supérieur, la moitié seulement occupe un emploi de cadre, proportion identique à celle des immigrés arrivés auparavant, contre les deux tiers des non-immigrés de niveau équivalent.

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Des conditions d’insertion plus difficiles sur le marché du travail

La qualification facilite l’insertion sur le marché de l’emploi. Ainsi, le taux de chômage des immigrés arrivés récemment s’échelonne de 36 % pour les non diplômés à 14,5 % pour les plus diplômés. Cependant, quel que soit le niveau de diplôme, le chômage reste particulièrement élevé chez les nouveaux arrivants immigrés (Graphique 5). Plus du quart est au chômage, contre 17 % des immigrés déjà présents cinq ans auparavant, et 9 % des non-immigrés. Ils occupent aussi beaucoup plus souvent un emploi précaire - contrat d’apprentissage, intérim, emplois-jeunes, contrat de qualification, stages rémunérés, CDD - surtout après 25 ans. Ainsi, 28 % occupent un emploi précaire, contre 13 % des immigrés plus anciens et 11 % des Franciliens non-immigrés.

 

Graphique 5 - Un taux de chômage élevé pour les immigrés récents

Graphique 5 - Un taux de chômage élevé pour les immigrés récents

Source : Insee, recensement de la population 2006

 

Les nouveaux arrivants actifs restent massivement employés ou ouvriers (cinq sur dix contre six immigrés plus anciens sur dix et quatre non-immigrés sur dix). Plus qualifiés, ils sont cependant davantage cadres (22 %) que les immigrés installés depuis au moins cinq ans (13 %), la moyenne régionale se situant à 25 %.

La dichotomie des niveaux de diplôme se retrouve dans les professions exercées. Parmi les métiers les plus représentés, les ingénieurs en développement informatique (en deuxième position), les chercheurs de la recherche publique (onzième position) ou les ingénieurs et cadres du contrôle qualité côtoient les serveurs des cafés, restaurants et brasserie (première position), les employées de maison (troisième position), les assistantes maternelles (quatrième position), les agents civils de sécurité (cinquième position), les nettoyeurs (sixième position), les ouvriers du gros oeuvre ou les caissiers de magasins.

Un tiers des immigrés récents travaillent dans cinq secteurs d’activité : hôtels et restaurants ; bâtiment ; sécurité, nettoyage et services divers aux entreprises ; éducation ; action sociale.

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Des lieux d’installation diversifiés selon l’origine et le niveau de diplôme des arrivants

Alors que Paris et la Seine-Saint-Denis sont, à part égale, les deux départements où vivent le plus d’immigrés (un cinquième chacun), les immigrés récemment arrivés, plus souvent étudiants ou diplômés, privilégient la capitale (Carte 1). Paris accueille ainsi près du tiers des nouveaux venus, et parmi ceux-ci, 45 % des élèves et des étudiants et 48 % des diplômés du supérieur (hors étudiants). En comparaison, ce sont 17 % des nouveaux arrivants qui se sont installés en Seine-Saint-Denis, mais seulement 7 % des étudiants et 12 % des plus diplômés. Ces lieux d’installation varient sensiblement selon les origines et s’alignent pour beaucoup sur la géographie résidentielle des personnes de même origine arrivées antérieurement. C’est surtout le cas pour les personnes originaires du Japon, des Etats-Unis, de l’Algérie ou du Maroc. Les immigrés venant des pays de l’OCDE sont très qualifiés et très mobiles. Un tiers des immigrés japonais est arrivé depuis moins de cinq ans, 30 % des originaires des Etats-Unis, 22 % du Royaume-Uni ou encore d’Allemagne. Ils s’installent en grande majorité dans les espaces très aisés de l’ouest parisien.

 

Carte 1 - Paris et la Seine-Saint-Denis, lieux d'installation privilégiés des nouveaux arrivants

Carte 1 - Paris et la Seine-Saint-Denis, lieux d'installation privilégiés des nouveaux arrivants

Source : Insee, recensement de la population 2006 (exploitation principale)

 

Parmi les immigrés issus des vagues plus anciennes en provenance du sud de l’Europe ou du Maghreb, la part des nouveaux arrivants est faible. Les nouveaux venus d’Espagne ou d’Italie, très qualifiés, privilégient des lieux de résidence plus favorisés situés dans le centre de la région. Ce n’est pas le cas des Portugais qui, majoritairement sans diplôme, sont présents dans l’ensemble du territoire. Les nouvelles populations venant du Maghreb résident dans les mêmes quartiers populaires que les immigrés arrivés antérieurement. Ils sont particulièrement présents dans les arrondissements au nord de Paris et dans la banlieue proche, de Nanterre et Argenteuil jusqu’à Vitry-sur-Seine.

Parmi les populations d’immigration plus récentes, les populations provenant de l’Afrique subsaharienne, comme les Ivoiriens ou les Camerounais, continuent à s’installer dans les quartiers pauvres de banlieue ou des arrondissements nord-est de la capitale. Les immigrés venant de Turquie sont traditionnellement présents en Seine-Saint-Denis et à l’est du Val-d’Oise. Cependant, ils s’installent davantage à Drancy, dans le 15e arrondissement parisien ou à Melun que leurs prédécesseurs. Près du quart des immigrés roumains se sont installés depuis moins de cinq ans. Inégalement diplômés, ils résident principalement dans les espaces centraux populaires, avec de fortes concentrations à Saint-Denis, Montreuil et Aubervilliers
(Carte 2)
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Carte 2 - Des lieux d’installation liés à la catégorie sociale et à la présence d’immigrés de même origine

Carte 2 - Des lieux d’installation liés à la catégorie sociale et à la présence d’immigrés de même origine

Source : Insee, recensement de la population 2006

 

La présence des immigrés chinois est très concentrée en Ile-de-France : plus de la moitié vivent dans seulement neuf communes ou arrondissements parisiens. Les nouveaux venus sont davantage présents dans les arrondissements parisiens du quart nord-ouest, dans le 13e ou encore à Aubervilliers et s’installent dans de nouveaux territoires, comme le sud de Paris - du 12e au 15e arrondissement -, le 16e, Courbevoie et Boulogne à l’ouest, Ivry-sur-Seine dans le Val-de-Marne.

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