Marie-Paule Le Bris, Insee
Après le ralentissement de 2011, l’emploi a décroché en 2012 dans la région. Dès le début de l’année, il a reculé plus fortement en Bretagne que sur l’ensemble du pays. Au second semestre, la situation s’est inversée mais la baisse de l’emploi reste plus importante sur un an dans la région qu’au niveau national. A quelques rares exceptions près, tous les grands secteurs d’activité sont concernés ; l’intérim et la construction sont les plus affectés. Seuls, les services marchands hors intérim ont continué à gagner des emplois (+ 0,3 % sur l’année).
Près de 6 000 emplois salariés privés dans les secteurs principalement marchands ont été détruits en 2012, annihilant ainsi l’effet de la reprise de 2010. En un an, l’emploi a reculé de 0,8 % dans la région et de 0,6 % en France métropolitaine.
L’industrie a continué de détruire des emplois même si le mouvement de baisse a un peu décéléré au regard des années passées. En 2012, le secteur industriel a perdu 1 700 emplois après en avoir déjà perdu 1 900 en 2011.
Près des deux tiers des emplois industriels perdus le sont dans l’industrie agroalimentaire. Le secteur perd un millier d’emplois permanents en 2012 (− 1,5 %) après une diminution de 1 300 en 2011. Sur un an, la perte d’emplois est atténuée (− 0,9 %) si l’on tient compte des effectifs intérimaires travaillant dans le secteur. L’emploi intérimaire a progressé dans la filière agroalimentaire à partir du 3e trimestre de l’année ; en fin d’année, il est en augmentation de 3,9 % par rapport à la fin 2011.
L’industrie de la volaille a perdu un peu plus de 10 % de ses effectifs, essentiellement du fait de la crise traversée par le groupe Doux.
L’industrie de transformation et conservation de la viande de boucherie s’en sort mieux avec une progression de l’emploi de 1,4 % entre les 4es trimestres 2011 et 2012. Des entreprises comme Gatine Viandes à La Guerche-de-Bretagne, Presta Breizh à Romillé ou la Société Vitréenne d’Abattage à Vitré contribuent à la progression du secteur. Néanmoins, les perspectives de la filière viande restent incertaines pour 2013 comme l’illustre la mise en redressement judiciaire de l’entreprise d’abattage de porcs GAD SAS.
Dans les secteurs de la préparation de produits de boulangerie-pâtisserie et celui de la fabrication des plats préparés, l’emploi a progressé en 2012.
Malgré la forte baisse enregistrée au 2e trimestre de l’année, l’emploi s’est globalement maintenu dans le secteur de la fabrication de matériels de transport grâce à la légère progression des matériels de transports autres qu’automobiles. L’industrie automobile, quant à elle, a perdu 200 emplois permanents dans la région. Les ventes de voitures neuves, qui avaient déjà ralenti en 2011, se sont effondrées en 2012 (− 14 %). Dans ce contexte, l’usine PSA Peugeot Citroën de la Janais a perdu une centaine d’emplois et s’est séparée de la quasi-totalité de ses intérimaires. Pour contenir les suppressions d’emplois, des jours de chômage partiel ont été mis en place et le travail de nuit a été supprimé. Un plan de restructuration et de suppressions d’emplois est toujours en cours au sein du groupe.
Seul le secteur de la cokéfaction, raffinage est épargné par l’érosion des effectifs dans l’industrie. En 2012, l’emploi y a progressé de 1,8 % (250 emplois créés).
Pour la 4e année consécutive, l’emploi décroît dans la fabrication d’équipements électriques, électroniques, informatiques et fabrication de machines. 2 500 emplois ont été perdus dans ce secteur d’activité depuis le début de la crise, dont un peu plus de 300 en 2012.
Une année morose aussi pour la fabrication d’autres produits industriels. L’érosion de l’emploi a repris en 2012, après une année 2011 de quasi-stabilité. L’emploi a diminué de 0,9 % sous l’effet des pertes d’emploi dans la réparation et installation de machines et d’équipements, la fabrication de produits en caoutchouc et la fabrication de textiles, industries de l’habillement, du cuir et de la chaussure. Ailleurs l’emploi progresse, notamment dans le secteur de la métallurgie.
Enfin, conséquence de la crise du secteur automobile, les équipements et sous-traitants du secteur connaissent une année difficile. Cooper Standard France, l’équipementier automobile spécialisé dans les joints d’étanchéité, a ainsi perdu une cinquantaine d’emplois entre ses deux sites de production bretons de Rennes et Vitré.
Le nombre de logements autorisés à la construction ou mis en chantier a reculé fortement en 2012. Cette atonie de l’activité a de lourdes conséquences sur l’emploi du secteur. Le secteur de la construction détruit en effet des emplois pour la 4e année consécutive. En 2011, la baisse avait été relativement contenue (– 200 emplois). Mais en 2012 le secteur perd 1 500 emplois, soit un quart des emplois disparus depuis le début de la crise. L’érosion des effectifs avoisine 2 % et concerne tous les secteurs d’activité, le bâtiment comme les travaux publics. La baisse de l’emploi s’aggrave encore si on y ajoute celle de l’emploi intérimaire. Celui-ci a fléchi tout au long de l’année 2012 ; en fin d’année, les effectifs intérimaires sont inférieurs de 12,3 % à ceux de 2011.
Le tertiaire marchand, qui avait créé près de 4 000 emplois en 2011, en perd près de 3 000 en 2012. Hors intérim, le tertiaire progresse très modestement avec la création de 230 emplois, très loin des 4 500 créés en moyenne les deux années précédentes.
En 2012, les dépenses de consommation des ménages ont baissé. Cette diminution résulte d’une progression des dépenses de
consommation dans les secteurs de l’énergie et des services et d’une contraction des dépenses en produits agroalimentaires,
en produits manufacturés et en biens.
L’emploi dans le commerce a pâti de cette baisse et reculé de 0,5 %. En un an, le secteur a perdu 700 postes, et ce repli s’est concentré dans le commerce et réparation d’automobiles et le commerce de gros. Le commerce de détail a, quant à lui, réussi à maintenir son niveau d’emploi de 2011. L’emploi dans le commerce de détail en magasin non spécialisé a même progressé en 2012, grâce notamment à la croissance des supermarchés. Il s’est tassé, en revanche, dans le commerce de détail en magasin spécialisé alimentaire ou non.
La vente à distance et la vente sur les éventaires et marchés confortent leur croissance en 2012. Bien qu’ils constituent une faible part dans l’ensemble du commerce, ils créent ensemble près de 300 emplois.
En 2012, les services marchands hors intérim
constituent l’unique facteur de croissance
de l’emploi en Bretagne et au niveau
national. Pour autant, avec une progression
de l’emploi de 0,3 % et un peu plus de 900
emplois créés, le rythme de progression est
inférieur à celui de la période 2010-2011, où
il dépassait 1,0 %.
Cette croissance d’ensemble reflète des résultats
sectoriels contrastés. Ainsi, l’emploi
dans le secteur de l’hébergement-restauration
recule de 1,5 % après avoir progressé de
1,9 % en 2011. Le secteur, à l’abri depuis le
début de la crise, perd 600 emplois en 2012
dans la région. Si l’hébergement est parvenu
à maintenir ses effectifs en dépit d’une saison
estivale médiocre, le secteur de la restauration
enregistre une baisse d’emploi de
2 % entre les 4es trimestres 2011 et 2012.
La croissance de l’emploi dans le secteur de l’information-communication se poursuit en 2012, même si le rythme se ralentit quelque peu. Le secteur crée près de 500 emplois en 2012 (+ 1,7 % après + 2,9 % en 2011). Avec une progression de 3,4 % en 2012, les activités informatiques et services d’information portent la croissance du secteur. Celui de l’édition, audiovisuel et diffusion progresse modestement et celui des télécommunications stagne.
En dépit d’un 2e trimestre médiocre, la croissance de l’emploi s’est accélérée en 2012 dans le secteur des activités financières et d’assurance : + 2,1 % après + 1,2 % en 2011. En 2012, 650 emplois ont été créés, essentiellement dans le domaine des assurances et les activités auxiliaires ; dans le domaine bancaire, les effectifs se sont maintenus.
Après avoir retrouvé un certain dynamisme en 2011, les activités immobilières vacillent à nouveau en 2012. Le secteur perd ainsi la moitié des emplois créés en 2011, soit une centaine d’emplois (− 1,4 %). Sur l’ensemble du pays, l’emploi dans l’immobilier s’est replié de 1,2 %.
Le secteur des transports parvient à maintenir ses effectifs dans la région, alors que France entière, il recule de 0,4 %. Les transports par eau, l’entreposage et les services auxiliaires et les transports de voyageurs soutiennent l’activité d’ensemble. Dans un contexte peu porteur (ralentissement de l’activité et augmentation des prix des carburants), le transport routier de fret est en souffrance en 2012 et perd les emplois créés en 2011.
La progression de l’emploi se poursuit en 2012 dans les activités scientifiques et techniques, les services administratifs et de soutien (hors intérim) à un rythme un peu ralenti au regard de 2011. L’ensemble du secteur a créé un millier d’emplois (+ 1,1 %). Au sein de ce secteur constitué de services divers destinés aux entreprises, seules quelques activités ne suivent pas la tendance d’ensemble orientée à la hausse. Ainsi, le secteur de la publicité et études de marché et les activités d’agences de voyage perdent des emplois comme en 2011.
A l’inverse, les services aux personnes, se replient un peu plus en 2012. Après avoir baissé de 0,1 % en 2011, ils reculent de 1 % en 2012 et perdent 350 emplois. France entière, le secteur des services aux personnes génère 1 500 emplois nouveaux en 2012 (+ 0,2 %). Les activités des organisations associatives, les activités sportives et celles des bibliothèques, archives, musées…sont bien orientées. Cependant, cela ne suffit pas à compenser les baisses d’emploi enregistrées ailleurs et en particulier dans le secteur des autres services personnels (blanchisserie-teinturerie, coiffure et soins de beauté, services funéraires et activités connexes).
Après avoir fléchi en 2011, l’emploi intérimaire s’est fortement contracté en 2012, malgré l’amélioration enregistrée au dernier trimestre. A lui seul, il a contribué pour moitié aux 6 000 emplois détruits dans les secteurs principalement marchands dans la région. Hors intérim, l’emploi dans le tertiaire marchand est en effet stable, alors qu’il se replie de 0,6 % intérim compris.
L’industrie et la construction, principaux secteurs utilisateurs d’intérimaires dans la région, ont fortement diminué leur recours à l’intérim en 2012, ce qui aggrave leurs pertes d’emplois permanents. Intérim compris, le secteur industriel perd 2 % de ses emplois et l’emploi intérimaire y chute de 12 %. Le recours à l’intérim dans les industries agroalimentaires a permis de limiter les baisses d’emplois, mais il en va tout autrement dans les autres branches industrielles.
Ainsi, hors industrie agroalimentaire, l’emploi industriel, intérim compris, se replie de 2,7 %. Dans les autres secteurs industriels, hors matériels de transport, la baisse de l’emploi intérimaire avoisine 22 %. Dans ce dernier secteur, la réduction de l’emploi est encore plus forte (– 5,7 %) et le nombre d’intérimaires a diminué des deux tiers.
L’intérim progresse dans les secteurs du commerce (+ 6,0 %) et dans les services aux entreprises (+ 5,5 %), sans que cela n’ait d’effet notable sur les évolutions globales d’emplois, le taux de recours à l’intérim étant faible dans ces secteurs.
| en % | |||||
| Secteur d'activité - NAF rév. 2, 2008 | Emploi salarié au 2012 T4 (en milliers) | Glissement annuel | Glissement annuel moyen sur 5 ans (1) | ||
|---|---|---|---|---|---|
| Bretagne | Bretagne | France métropolitaine | Bretagne | France métropolitaine | |
| Note : données CVS. (1) : glissement annuel qu'aurait connu l'emploi salarié du secteur, si l'évolution avait été la même pour chaque année de la période de 5 ans considérée. Champ : emploi salarié en fin de trimestre hors agriculture, secteurs principalement non marchands et salariés des particuliers employeurs. | |||||
| Source : Insee, estimations d'emploi. | |||||
| Industrie | 171,2 | − 1,0 | − 0,9 | − 1,6 | − 2,1 |
| Industrie agroalimentaire | 66,4 | − 1,5 | − 0,9 | − 0,9 | − 0,8 |
| Cokéfaction et raffinage | 13,1 | 1,8 | 1,2 | − 0,2 | 0,4 |
| Biens d'équipement | 17,6 | − 1,8 | − 0,8 | − 1,9 | − 2,8 |
| Matériels de transport | 11,6 | − 0,2 | 0,3 | − 5,4 | − 1,9 |
| Autres branches industrielles | 62,5 | − 0,9 | − 1,8 | − 1,8 | − 3,0 |
| Construction | 74,3 | − 2,0 | − 1,0 | − 1,4 | − 1,0 |
| Tertiaire marchand | 461,7 | − 0,6 | − 0,5 | 0,3 | 0,0 |
| Commerce | 149,0 | − 0,5 | − 0,7 | 0,0 | − 0,3 |
| Transports | 58,1 | − 0,1 | − 0,4 | − 0,0 | − 0,3 |
| Hébergement - restauration | 41,5 | − 1,5 | 0,6 | 0,6 | 0,8 |
| Information - communication | 26,8 | 1,7 | 0,3 | 2,4 | 0,6 |
| Activités financières et d'assurance | 31,3 | 2,1 | 0,6 | 1,0 | 0,3 |
| Avtivités immobilières | 7,6 | − 1,4 | − 1,3 | − 2,0 | − 1,1 |
| Activités scientifiques et techniques; services administratifs et de soutien;hors intérim | 83,5 | 1,1 | 1,1 | 1,3 | 1,1 |
| Autres activités de services | 34,7 | − 1,0 | − 0,8 | 0,5 | 0,5 |
| Intérim | 29,3 | − 9,3 | − 10,7 | − 3,1 | − 4,7 |
| Total | 707,2 | − 0,8 | − 0,6 | − 0,4 | − 0,6 |
| en % | |||||||
| Emploi salarié au T4 2012 (en milliers) | Glissement annuel | ||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Industrie | Cons- truc- tion | Tertiaire marchand | dont Commerce | dont Intérim | Total | ||
| Note : données CVS. Champ : emploi salarié en fin de trimestre hors agriculture, secteurs principalement non marchands et salariés des particuliers employeurs. | |||||||
| Source : Insee, estimations d'emploi. | |||||||
| Côtes-d'Armor | 112,8 | − 0,5 | − 1,3 | − 0,9 | − 1,4 | − 0,2 | − 0,9 |
| Finistère | 182,7 | − 1,9 | − 3,1 | 0,5 | 0,1 | − 1,7 | − 0,4 |
| Ille-et-Vilaine | 261,0 | − 0,4 | − 0,8 | − 0,5 | − 0,4 | − 17,5 | − 0,5 |
| Morbihan | 150,7 | − 1,1 | − 3,2 | − 2,0 | − 0,6 | − 10,9 | − 1,9 |
| Bretagne | 707,2 | − 1,0 | − 2,0 | − 0,6 | − 0,5 | -9,3 | − 0,8 |
Avertissement : Les données chiffrées sont parfois arrondies (selon les règles mathématiques). Le résultat arrondi d'une combinaison de données chiffrées (qui fait intervenir leurs valeurs réelles) peut se trouver légèrement différent de celui que donnerait la combinaison de leurs valeurs arrondies.