Pages de Profils n°108 - juillet 2012
Jérôme Fabre, Annie Firlej
Insee Service Études & Diffusion
Avec ses 4,02 millions d'habitants, le Nord-Pas-de-Calais est la quatrième région la plus peuplée de France métropolitaine. Toutefois, son poids démographique important s’érode avec le temps. La fécondité régionale tire pourtant la population vers le haut mais le déficit migratoire en limite largement l’influence. La région présente une espérance de vie inférieure en dépit de gains prononcés pour les femmes. Ces spécificités se retrouvent globalement dans l’ensemble des territoires de la région mais à des degrés renforcés dans l’ancien bassin minier et la façade littorale du Calaisis et du Boulonnais.
Avec plus de 56 000 naissances en 2010, le Nord-Pas-de-Calais compte pour 7,1 % des quelques 800 000 nouveau-nés en France métropolitaine. C’est plus que son poids démographique qui s’établit à 6,6 %. Cette importante natalité dans la région a deux raisons. D’une part, les femmes en âge de procréer, c’est-à-dire âgées de 15 à 49 ans, sont légèrement surreprésentées (23,6 % de la population régionale contre 23,0 % en moyenne nationale). D’autre part, le taux de fécondité qui s’établit à 59 naissances pour 1 000 femmes en âge de procréer est supérieur de 4 points à celui de la France métropolitaine. L’indicateur conjoncturel de fécondité, qui permet les comparaisons à structure par âge identique, se situe ainsi à presque 2,08 enfants par femme dans la région contre 1,98 en moyenne nationale.
Les tendances passées témoignent d’une diminution du nombre de naissances de la fin des années 1980 (cf. graphique 1 ). jusqu’au début de la décennie suivante, suivie d’une période de stabilisation pendant laquelle sont apparus deux pics relatifs (en 2000 et 2006) et deux années plus creuses (2002 et 2003). En 2010, le nombre de naissances est supérieur à celui de 1999 de 1,1 % pour la région et de 7,7 % pour l’ensemble du pays. Ce moindre dynamisme en termes de naissances ne tient pas à un recul de la fécondité. En effet, il naît tous les ans 3,8 enfants pour 1 000 femmes de plus qu’en France sans variation importante en une décennie. En revanche, le nombre des mères potentielles diminue de manière importante dans la région (– 5,8 % depuis 1999) tandis qu’il est presque stable en moyenne nationale (– 0,8 %).
Outre la forte fécondité, une des particularités du Nord-Pas-de-Calais tient à la jeunesse des mères. Même si la région connaît comme au plan national une tendance à l’élévation de l’âge moyen à l’accouchement (+ 0,5 an par rapport à 1999), celui-ci se situe à 29 ans, soit une bonne année de moins qu’au plan national. Cela tient notamment à la surreprésentation des naissances chez les femmes les plus jeunes, notamment dans la tranche des 20 à 24 ans qui représente 20,0 % des naissances en région contre 14,8 % en France. Avant 20 ans, l’écart est également important : 4,4 % des naissances contre 2,3 % en moyenne nationale.
Ces comportements moyens des habitants du Nord-Pas-de-Calais en termes de natalité présentent toutefois des variations selon le territoire. L’arrondissement de Lille, qui concentre 32 % des naissances régionales, soit exactement son poids en nombre de femmes en âge de procréer, connaît un taux de fécondité conforme à la moyenne régionale. Dans les arrondissements de Calais, Valenciennes et Lens, les taux de fécondité, supérieurs à 61 naissances pour 1 000 femmes en âge de procréer, sont les plus élevés de la région (cf. carte 1). Dans ceux d’Arras et de Montreuil, parmi les plus ruraux, ce ratio ne dépasse pas 56 pour 1 000. Malgré cet écart de 11 % entre les extrêmes, la forte fécondité semble un phénomène structurant pour l’ensemble de la région puisque l’arrondissement de Montreuil, dernier du classement régional, se situe tout de même au-dessus de la moyenne nationale.
Les arrondissements de Boulogne-sur-Mer et de Calais se distinguent par l’importance des naissances aux âges les plus précoces puisqu’une « nouvelle » mère sur trois y a moins de 25 ans. Dans celui de Lille, où le ratio n’est que de une sur cinq, la moyenne nationale est tout de même dépassée de près de 2 points.
En 2010, 36 000 personnes sont décédées en Nord-Pas-de-Calais soit 6,7 % du total de France métropolitaine. Le poids de la région dans les décès nationaux est très proche de son poids en termes de population (6,6 %). Deux phénomènes se compensent. En effet, la relative sous-représentation des classes d’âges avancés pour lesquelles les taux de mortalité sont les plus élevés limite le nombre potentiel de décès tandis que les taux de mortalité plus élevés qu’en moyenne, à chaque âge, amplifient le nom- bre de décès. Ainsi, l’espérance de vie à la naissance est la plus faible de France métropolitaine pour les hommes (74,5 ans en 2008 contre 77,8 en moyenne) comme pour les femmes (82,3 ans contre 84,3). Toutefois, depuis 1975, les femmes nordistes sont parvenues à grignoter quelques mois de vie de plus que leurs homologues nationales, gagnant en moyenne 8,2 années contre 7,5 années. Les hommes nordistes n’ont pas réussi à en faire autant, gagnant un mois de moins que l’ensemble des Français même si leur espérance de vie a progressé de 8,8 années (cf. Tableau).
| en années | ||||||
| 1975 | 2008 | Gain sur la période | ||||
|---|---|---|---|---|---|---|
| Hommes | Femmes | Hommes | Femmes | Hommes | Femmes | |
| Nord-Pas-de-Calais | 65,7 | 74,1 | 74,5 | 82,3 | 8,8 | 8,2 |
| France métropolitaine | 68,9 | 76,8 | 77,8 | 84,3 | 8,9 | 7,5 |
Les évolutions du nombre de décès en France métropolitaine et en Nord-Pas-de-Calais depuis 1975 suivent la même tendance à la baisse mais de manière plus marquée pour la région (cf. graphique 2 ), du fait notamment du recul du poids démographique régional au cours des 30 dernières années. Les évolutions récentes montrent cependant des différences notoires. Ainsi, en 2003, le nombre de décès est resté stable malgré l’épisode de canicule tandis qu’au plan national, un pic de + 3,2 % par rapport à 2002 a été observé. De plus, si depuis 2006, les décès sont plus nombreux d’année en année, le vieillissement plus marqué de la population nationale amplifie cette croissance. Au final, en 2010 leur nombre est supérieur de 4,6 % à celui de 2006 en France contre 1,4 % au niveau régional.
La faible espérance de vie se vérifie sur l’ensemble du territoire régional. En ce qui concerne les hommes, même autour d’Arras ou de Lille, où la situation est la plus favorable (cf. carte 2 ), elle reste inférieure de 2 ans à la moyenne nationale (avec respectivement 75,9 et 77,8 ans). C’est dans le bassin minier que l’espérance de vie est la plus faible. Autour de Lens, elle s’établit à 72,7 ans, soit plus de 5 ans en dessous de la France métropolitaine ou encore le niveau de la moyenne nationale en 1990. Pour les femmes, les différences entre arrondissements sont plus faibles : les deux extrêmes, Lille et Valenciennes, sont séparés de 2,1 ans contre un écart maximum de plus de 3 ans chez les hommes.
Compte tenu d’une natalité élevée et d’une mortalité proche de la moyenne nationale, le Nord-Pas-de-Calais présente un solde naturel relativement important : en effet en 2010, on décompte 20 500 naissances de plus que de décès, soit 7,8 % du solde naturel français. Ainsi, la région contribue plus que son poids démographique (6,6 %) au solde national. Le ratio rapportant le nombre de naissances au nombre de décès s’établit à 1,57 contre 1,49 en moyenne nationale. L’écart à la moyenne nationale a cependant tendance à se réduire puisqu’il a pu atteindre + 0,15 au début des années 2000, soit près du double d’aujourd’hui (+ 0,08).
Malgré ce solde naturel élevé, la population régionale augmente peu (cf. graphique 3 ). Cette quasi-stabilité s’observe depuis 1975 puisque depuis cette date, le nombre d’habitants de la région n’a progressé que de 3 % (contre + 19 % pour la France métropolitaine), ce qui correspond à un gain de 3 500 personnes, en moyenne chaque année. Le différentiel de croissance entre la région et la France s’est creusé depuis 1999, la population régionale gagnant 1 % quand la population nationale croissait de 7 %. Ainsi, le poids relatif de la région dans l’ensemble de la France métropolitaine décline, passant de 7,4 % en 1975 à 6,6 % aujourd’hui.
Cette situation qui peut apparaître paradoxale, puisque l’importance du solde naturel ne permet pas à la population de croître de façon conséquente, peut s’expliquer par le déficit migratoire de la région. Ce dernier limite à double titre l’augmentation de la population. D’une part, directement car le déficit migratoire ampute le solde naturel élevé. D’autre part, indirectement, à cause du déficit des naissances lié aux départs des jeunes classes d’âge, principales candidates à l’émigration.
À l’intérieur de la région, tous les arrondissements présentent des soldes naturels positifs en 2010 (cf. carte 3 ). Dans celui de Montreuil, il est tout juste positif (+ 98 habitants) et a même été légèrement négatif en 2009. À l’inverse, dans celui de Lille, cet excédent s’établit à 9 500 habitants . Ces deux arrondissements rassemblent les valeurs extrêmes du ratio rapportant le nombre de naissances au nombre de décès, qui varie donc de 1,1 à 2,1. Depuis 2000, ce rapport, qui est globalement stable à l’échelle de la région, a évolué différemment selon les territoires, diminuant fortement sur tout le littoral (arrondissements de Boulogne- sur-Mer, Dunkerque, Montreuil et Calais) mais augmentant autour de Lille et d’Arras.
Comme pour le niveau régional, le solde naturel des territoires est relativement déconnecté de l'évolution de leur population du fait des migrations résidentielles. L'arrondissement de Montreuil en est l'exemple le plus flagrant : malgré un quasi-équilibre entre les naissances et les décès, il est le territoire gagnant le plus de population depuis 1999 (+ 13,5 %). À l'inverse, l'important solde naturel de Lille est minimisé par un déficit migratoire qui entraîne une croissance beaucoup plus modérée de sa population (+ 1,9 %). Enfin pour les arrondissements d'Avesnes- sur-Helpe, de Dunkerque et de Calais, la population diminue malgré un excédent naturel, du fait des nombreux départs.
Le nombre de mariages décline de manière tendancielle en France métropolitaine et de manière encore un peu plus marquée en Nord-Pas-de-Calais (cf. graphique 4 ). Encore une fois, derrière ces évolutions globales se cachent des facteurs liés à l'évolution de la structure par âge. Ainsi, la baisse du nombre de mariages(17 100 en 2010 contre 21 400 en 1999) peut s'expliquer en partie par la diminution du nombre de personnes aux âges où les mariages sont les plus fréquents. En effet, la population des 18 à 39 ans a diminué de 6 % entre 1999 et 2009 en Nord-Pas-de-Calais et de 3 % en France métropolitaine. Toutefois, la baisse du nombre de mariages est bien plus forte : – 18 % dans la région et – 15 % en moyenne nationale, ce qui laisse penser que des facteurs d'ordre comportemental sont en jeu.
L'émergence du Pacte civil de solidarité (Pacs), crée en 1999, peut constituer un élément important pour expliquer les tendances récentes en termes de mariage. Il faut toutefois garder à l'esprit que la baisse du nombre de mariages a débuté bien avant la création du Pacs et que le rythme de diminution était bien plus accentué dans les années 1970 qu'aujourd'hui. En Nord-Pas-de-Calais, le nombre de Pacs, en constante augmentation, a connu une hausse importante en 2010 (+ 25 %) pour atteindre 12 300. Bien que cette croissance soit supérieure à celle de l'ensemble du pays (+ 18 %), le Nord-Pas-de-Calais reste légèrement en retrait en matière de Pacs puisqu'il pèse pour 6,0 % du total national soit un peu moins que son poids démographique (6,6 %). On compte désormais 1,4 mariages pour 1,0 Pacs (1,2 en France métropolitaine).
Concernant les ruptures d'union, le Nord- Pas-de-Calais semble plus concerné que l'ensemble du pays : en effet, la région pèse pour 7,0 % des divorces, soit plus que son poids dans les mariages. Le nombre de divorces (9 000 en 2010) est supérieur à celui observé il y a 10 ans de 7,4 % alors même que le nombre de mariages n'a cessé de diminuer. Les ruptures de Pacs sont également en nette augmentation mais sont difficiles à analyser par l'absence de recul historique et du fait que certaines d'entre elles donnent ensuite lieu à un mariage.