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Pages de Profils n°107 - juillet 2012

Neuf habitants sur dix du Nord-Pas-de-Calais sont nés dans la région

Philippe Macquet, Philippe Rodriguez
Insee Service Études & Diffusion

Parmi les résidents du Nord-Pas-de-Calais, beaucoup en sont originaires : ils sont près de 3 487 000 en 2008 et forment 87 % de la population régionale. Peu nombreux sont ceux qui émigrent hors de la région et moins nombreux encore ceux qui viennent s'y installer.

Jadis terre d'immigration, le département du Nord se distingue toutefois par la part et la diversité des résidents d'origine étrangère, en particulier dans la métropole lilloise.

Sommaire

Publication

Le recensement de la population fournit des données sur les migrations entre région de naissance et région de résidence. Il permet ainsi de mesurer la sédentarité des Nordistes mais aussi l'ampleur des mobilités selon les groupes sociaux tels les étudiants, les actifs ou encore les retraités.

Les Nordistes restent attachés à leur région

Si le Nord-Pas-de-Calais compte 4 025 000 habitants en 2008, près de neuf sur dix y sont nés : 86,6 % pour être précis. C'est bien plus qu'au niveau national où seulement trois résidents sur quatre restent dans leur région natale. C'est aussi le taux le plus élevé de France, devant des régions comme la Bretagne, l'Alsace ou Rhône-Alpes ou encore les régions voisines de Champagne-Ardenne et Picardie (cf. graphique 1 ). C'est même plus que les îles de la Martinique et de la Réunion dont les taux respectifs sont de 85,2 % et 84,6 %.

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Le Nord-Pas-de-Calais essaime mais attire peu

Mais si les Nordistes sont attachés à leurs racines, tous les natifs de la région n'y habitent pas. En 2008, sur 4 531 000 personnes nées en Nord-Pas-de-Calais, 1 044 300 résident ailleurs en France, soit 23 % d'entre elles (cf. Tableau). Cette proportion est moindre que la moyenne des autres régions de France qui s'élève à 27 %. Elle reste quand même supérieure à des régions comme Alsace ou Rhône-Alpes qui voient partir respectivement 17 % et 18 % de leurs natifs.

Tableau comparatif de quelques régions françaises selon le lieu de naissance
Unités : nombre et %
Région Population Natifs de région y résidant Total des natifs Part des natifs résidant ailleurs Part des résidents nés ailleurs
Source : recensement de la Population 2008 (Insee).
Nord-Pas-de-Calais 4 025 000 3 486 710 4 531 010 23% 13%
Bretagne 3 149 701 2 320 000 3 014 138 23% 26%
Alsace 1 837 087 1 320 457 1 599 442 17% 28%
Rhône-Alpes 6 117 229 4 081 925 4 977 272 18% 28%
Champagne-Ardenne 1 338 004 964 678 1 492 723 35% 33%
Picardie 1 906 601 1 252 836 1 865 360 33% 34%
Île-de-France 11 659 260 6 536 728 9 681 404 32% 44%
Provence-Alpes-Côte d'Azur 4 882 913 2 569 440 3 218 978 20% 47%

Le Nord-Pas-de-Calais attire peu : 13 % seulement de résidents originaires de l'extérieur s'y sont installés. Le contraste est encore plus fort avec les régions connues pour leurs atouts climatiques - Aquitaine, Midi-Pyrénées, Languedoc-Roussillon et Provence-Alpes-Côte-d'Azur - qui, non seulement gardent leurs natifs à un niveau proche de la moyenne nationale, mais en plus voient arriver de nombreux résidents nés ailleurs. En Provence-Alpes-Côte d'Azur, par exemple, près de la moitié des résidents n'y sont pas nés. La différence est également marquée par rapport à des régions à forte attractivité économique comme l'Île-de-France où là aussi, près de la moitié des résidents sont nés ailleurs.

Du fait que le nombre d'installations en Nord-Pas-de-Calais soit relativement modeste, la part des natifs de la région qui y résident est élevée pour tous les groupes sociaux. Qu'ils soient élèves ou étudiants, actifs en emploi ou chômeurs, retraités ou personnes au foyer, la part des natifs de la région est supérieure à 80 % (cf. graphique 2 ). La situation est très différente ailleurs puisque la part des natifs dépasse à peine les 70 % pour les élèves ou étudiants pour descendre à 56 % chez les chômeurs et 50 % chez les personnes au foyer. Pour ces deux catégorie, il faut tenir compte de la part élevée (25 %) des personnes nées à l'étranger. Enfin, la femme ou l'homme au foyer aura tendance, le cas échéant, à suivre le conjoint qui déménage.

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Les cadres nordistes partent plus facilement ailleurs

Les natifs du Nord-Pas-de-Calais habitant ailleurs se retrouvent principalement en Île-de-France pour près de 21 % d'entre eux, en Provence-Alpes-Côte d'Azur pour 12 %, en Picardie pour près de 11 % et en Rhône-Alpes pour 10 %. Dans ces quatre régions demeurent donc la moitié des personnes originaires du Nord-Pas-de-Calais et vivant ailleurs (cf. carte).

Leurs profils socioprofessionnels correspondent davantage aux cadres qu'aux ouvriers : 18 % des actifs occupés, originaires du Nord-Pas-de-Calais et installés ailleurs, sont des cadres alors qu'ils ne sont que 13 % parmi ceux de la région. De plus, ce sont le plus souvent des cadres du privé.

À l'inverse, les ouvriers sont sous-représentés. En effet, la structure de l'emploi en Nord- Pas-de-Calais montre une forte représentation des ouvriers (27 %) que l'on ne retrouve pas dans celle des ouvriers natifs de la région et installés ailleurs : ils ne sont que 19 % (cf. graphique 3 ).

À l'instar des Nordistes s'installant ailleurs, les personnes venant s'établir en Nord-Pas-de- Calais, présentent une surreprésentation de cadres (28 %) et une sous-représentation d'ouvriers (16 %) par rapport à la structure professionnelle de l'emploi régional. Elles sont principalement natives de Picardie et d'Île-de-France.

Les motivations qui peuvent pousser à quitter la région sont multiples et varient aux différents âges de la vie.

Si les très jeunes sont contraints d'accompagner leurs parents dans leur mobilité, pour les moins jeunes la priorité est aux études. À l'instar de l'Île-de-France et Rhône-Alpes, le Nord-Pas-de-Calais est particulièrement bien doté en pôles universitaires. De ce fait les étudiants nordistes sont peu enclins à quitter la région : 80 % des étudiants qui y sont nés y résident, c'est 78 % pour l'Île de France et 77 % pour Rhône-Alpes. La Picardie, moins bien équipée, ne retient que 58 % de ses étudiants. D'ailleurs, 24 % des étudiants nés là-bas viennent vivre et étudier en Nord-Pas-de-Calais.

Malgré des difficultés parfois à trouver un emploi localement, la part des actifs nés et habitant toujours en Nord-Pas-de-Calais est de 71,5 % des actifs nés dans la région. Comparativement à d'autres régions, c'est plutôt élevé : seules l'Alsace et Rhône-Alpes gardent davantage leurs actifs avec des taux atteignant les 80 %. La Réunion atteint aussi ce chiffre, du fait de sa position insulaire.

La région Nord-Pas-de-Calais a aussi tendance à retenir, ou voir revenir, ses natifs après la vie active : ils sont 72,3 % de retraités à habiter toujours la région parmi l'ensemble des retraités originaires de la région. Ce taux est assez élevé, et, comme pour les actifs, seules l'Alsace, Rhône-Alpes et Provence- Alpes-Côte d'Azur, font mieux. Mais elles possèdent d'autres atouts, en particulier, pour Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d'Azur, l'ensoleillement. Enfin, sur 100 personnes qui quittent la région, 52 sont des femmes. La part de celles qui se sont installées en Île de France, Provence-Alpes-Côte d'Azur ou Languedoc-Roussillon est un peu plus élevée.

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Une région d'intenses brassages, en particulier le département du Nord

Le département du Nord connaît davantage de brassage que son voisin du Pas-de-Calais : ce fait n'a rien d'étonnant compte-tenu de la présence de la métropole lilloise, bien plus susceptible d'attirer des résidents d'autres régions ou de l'étranger, souvent pour des raisons économiques. Ainsi, 15 % des habitants du Nord sont nés hors de la région, alors qu'ils ne sont que 9 % pour le Pas-de-Calais. Pour les seules personnes nées à l'étranger, Lille, Roubaix et Tourcoing accueillent plus du quart des immigrés de la région.

Avec les besoins de main-d'œuvre pour la mine, la sidérurgie et l'automobile, le Nord-Pas-de-Calais a accueilli des vagues d'immigrations successives depuis 150 ans, permettant un brassage des cultures. Ce trait est fort ancien puisque la région a longtemps été une terre de passage, sous domination espagnole, anglaise, hollandaise et finalement française au XVIIIe siècle. Si la part d'immigrés a baissé depuis les années soixante-dix, elle progresse légèrement depuis 1999.

En 2008, 225 299 Nordistes sont nés à l'étranger soit 42 % de la population née hors de la région : c'est comparable à l'Alsace, et beaucoup plus élevé que les régions de l'ouest : Bretagne, Basse-Normandie et Pays de la Loire. Parmi eux, 44 % viennent du Maghreb (Algérie, Maroc et Tunisie) et 36 % d'Europe, parmi laquelle on trouve la Belgique (13 %), l'Italie (6 %) et enfin le Portugal et la Pologne (5 % chacun) (cf. graphique 4 ).

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