Pages de Profils n°83 - Décembre 2010
Patricia Antonv-Zafirov, Insee Service
Études et Diffusion
David Desrivierre, Insee Service Études et Diffusion
Fort des résultats du recensement de la population, l'Insee réalise de nouvelles projections démographiques régionales et départementales portant sur la période 2007 à 2040. La population régionale évoluerait peu, surtout au regard des chiffres nationaux. Les soldes naturels et migratoires s'éroderaient graduellement au fil du temps.
Avec l'arrivée des baby-boomers aux grands âges, le vieillissement est inéluctable. Les décès augmenteraient fortement, alors que les naissances seraient moins nombreuses. Le solde naturel compenserait de moins enmoins le déficit migratoire. Ainsi, en prolongeant les projections au-delà de 2040, la baisse de la population régionale amorcée en fin de période, pourrait s'accentuer par la suite.
En 2040, selon le scénario central de projection , la région compterait 4,15millions d'habitants, soit une progression de 3,2 % par rapport à 2007 .
Cette croissance de la population serait faible comparée à celle de la France métropolitaine (14,5 %) : la plupart des régions auraient en effet un taux de croissance nettement supérieur à horizon 2040.
La part de la population régionale dans celle de la France métropolitaine se contracterait ainsi de 6,51 % en 2007 à 5,87 % en 2040. Troisième de par l'importance de sa population en 2007, la région passerait au quatrième rang en 2040, dépassée par les Pays de la Loire.
Si le Nord reste le département le plus peuplé en 2040, le taux de croissance de la population serait légèrement plus élevé pour le Pas-de-Calais : 3,7 % contre 2,9 % pour le Nord. Néanmoins, ces taux restent largement inférieurs à ceux de la plupartdes autres départements deFrance métropolitaine , en particulier ceux du sud et de la façade atlantique. Les habitants du Nord et du Pas-de-Calais représenteraient respectivement 3,7 % et 2,1 % de la population métropolitaine en 2040 contre 4,2 % et 2,4 % en 2007.
| Zones | Population | Évolution | Taux de croissance annuel moyen | ||
|---|---|---|---|---|---|
| 2007 | 2040 | 2007-2040 | 2030-2040 | ||
| Source : Omphale
2010, scénario central (Insee). |
|||||
| Nord-Pas-de-Calais | 4 021 700 | 4 149 100 | 3,2% | 0,09% | 0,03% |
| Nord | 2 565 000 | 2 638 700 | 2,9% | 0,09% | 0,03% |
| Pas-de-Calais | 1 456 700 | 1 510 400 | 3,7% | 0,11% | 0,03% |
| France métropolitaine | 61 795 300 | 70 734 100 | 14,5% | 0,41% | 0,32% |
Cette faible croissance démographique tendrait à s'essouffler progressivement. Le taux de croissance annuel moyen (TCAM) , qui est de 0,09% sur la période 2007-2040, tomberait à 0,03 % sur la fin de la période de projection, en 2030-2040 .
Ce ralentissement serait analogue pour les deux départements de la région. C'est également le cas, plus généralement, pour l'ensemble de la Francemétropolitaine mêmesi la baisse y serait moins marquée : le TCAM serait de 0,41 % en 2007-2040 et tomberait à 0,32 % en 2030-2040.
Cette contraction progressive de la croissance démographique régionale s'explique par l'interaction de deux composantes : le solde naturel, différence entre le nombre de naissances et de décès, et le soldemigratoire, différence entre le nombre de personnes arrivées sur le territoire et celles qui le quittent. La croissance démographique du Nord- Pas-de-Calais repose traditionnellement sur le seul solde naturel, le solde migratoire étant nettement déficitaire.
La contributiondusolde migratoire,de - 0,23% pour 2007-2040, serait de - 0,17% pour la fin delapériodedeprojection : le déficit migratoire s'atténuerait donc progressivement.
La contribution du solde naturel à la croissance démographique, de 0,33% pour 2007-2040, se réduirait progressivement pour atteindre 0,21% ur la période 2030-2040 .
Ce moindre impact positif du solde naturel résulterait d'un double processus de réduction des naissances et d'accroissement des décès.
Affichant un fort niveau de fécondité, la région profite de nombreuses naissances pour accroître sa population. En effet, avec un indicateur de fécondité de 207 naissances pour 100 femmes, le Nord-Pas-de-Calais figure parmi les régions où la natalité assure le renouvellement des générations (Paysde la Loire, Picardie et Franche-Comté).
Cependant au fil du temps, la population féminine en âge de procréer se réduit, du fait des générations moins nombreuses qui se substituent aux sortantes mais aussi du fait des départs vers d'autres régions. À niveau de fécondité constant, les naissances deviendront donc moins nombreuses.
Dans le même temps, malgré des gains d'espérance de vie attendus, les décès devraient plutôt augmenter du fait de l'arrivée aux grands âges des générations nombreuses de l'après-guerre. Comme la région est plus jeune que la France, la progression desdécès sera moins soutenue qu'au niveau national.
Dans la région, même en fin de période, les naissances resteraient supérieures aux décès. Cet excédent se réduit nettement puisqu'il est divisé par trois entre 2007 et 2040 aussi bien en région qu'en France. Divisé par deux dans le département du Nord, il serait divisé par huit dans le Pas-de-Calais où les décès ne tarderaient pas à excéder les naissances après 2040. Bien que bénéficiant d'une plus forte fécondité, la population du Pas-de-Calais est plus âgée et l'espérance de vie y est plus courte que dans le Nord.
Avec l'érosion progressive du solde naturel, l'évolution des migrations sera déterminante pour la future dynamique démographique.
Les échanges migratoires pèsent négativement sur la démographie régionale. Une simulation permet de bien en mesurer l'impact : en l'absence de mouvements migratoires, la région compterait 4 533 900 habitants en 2040, soit une progression de 12,7 % par rapport à 2007.
La croissance de la population serait donc près de quatre fois plus élevée que dans le cadre du scenario central et le Nord-Pasde- Calais serait alors la première région de province du point de vue de la croissance démographique. Le poids démographique régional augmenterait de 6,51 % en 2007 à 6,85 % en 2040.
Si le processus d'essoufflement de la croissance démographique demeure, il apparaît moins prégnant : le taux de croissance annuel moyen de la région, de 0,36 % pour la période 2007-2040, serait de 0,27 % pour 2030-2040.
Le soldemigratoire régional, historiquement déficitaire, se contracterait au cours de la période considérée : le solde quinquennal passerait ainsi de - 56 400 pour la période 2007-2012 à - 43 000 pour 2037-2042. Le même schéma s'observerait à l'échelle départementale : un déficit migratoire qui se réduit progressivement Le tassement du déficit migratoire repose sur deux éléments. La démographie du Nord-Pas-de-Calais étant moins dynamique que celle de ses régions d'échanges migratoires, sa capacité à accroître ses flux de départs du territoire est moindre. Les flux d'arrivées en provenance d'autres régions ont en revanche tendance à augmenter davantage, ce qui implique mécaniquement une réduction du déficit.
Cependant, il est nécessaire de prendre en compte un second effet reposant sur la déformation de la structure par âge de la population. Le vieillissement engendre une hausse de la part des classes d'âge élevées au détriment des classes plus jeunes.
Les plus âgés, dont les effectifs seraient en forte augmentation, sont relativement peu mobiles. En revanche, les étudiants et les jeunes actifs, nettement plus concernés par les migrations, verraient leur nombre diminuer. Les flux migratoires se contracteraient.
C'est d'ailleurs ce que l'on observe : la réduction du déficit migratoire régional repose principalement sur la baisse des flux des départs de la région. Ces derniers passeraient de 196 600 en 2007-2012 à 183 500 en 2037-2042.À l'inverse, le nombre d'arrivées resterait à un niveau similaire à celui observé aujourd'hui, soit environ 140 000 arrivées sur cinq ans.
| Zone | 2007-2012 | 2037-2042 | ||||
|---|---|---|---|---|---|---|
| Arrivées | Départs | Solde migratoire | Arrivées | Départs | Solde migratoire | |
| Note de lecture : données intégrant les flux internes et les flux externes. | ||||||
| Source : Omphale 2010, scénario central (Insee). | ||||||
| Nord-Pas-de-Calais | 140 200 | 196 600 | – 56 400 | 140 500 | 183 500 | – 43 000 |
| Nord | 137 300 | 182 500 | – 45 200 | 134 800 | 170 400 | – 35 600 |
| Pas-de-Calais | 77 200 | 88 300 | – 11 000 | 74 700 | 82 000 | – 7 300 |
Les quotients de migration nette régionaux sont négatifs pour la plupart des âges considérés : les flux d'arrivées supérieurs aux flux de départs pour la seule population des 18-20 ans . Ceci traduit notamment l'attractivité des pôles universitaires régionaux, en particulier celui de Lille.
Le déficit migratoire est particulièrement marqué pour les 22 à 30 ans avec un pic aux alentours de 25 ans. Les entrées des jeunes actifs apparaissent donc largement inférieures aux sorties. Un certain nombre de jeunes faisant leurs études dans la région semblent donc la quitter une fois leur cursus terminé. Les quotients aux âges plus élevés restent négatifs mais dans une moindre mesure.
Le phénomène est un peu plus marqué aux alentours de 60 à 65 ans : les départs de jeunes retraités qui partent s'installer à l'extérieur de la région sont donc plus importants que les flux opposés.
Les profils migratoires du Nord et du Pas-de- Calais sont très différents et s'expliquent en grande partie par l'importance des flux entre les deux départements.
Le département du Nord présente un profil similaire à celui de la région avec des quotients positifs nettement plus élevés pour les 17 à 22 ans : ceci repose en particulier sur les flux de jeunes étudiants partant du Pas-de-Calais pour le Nord. Les quotients sont ensuite systématiquement négatifs, surtout pour les 22 à 30 ans, traduisant notamment le retour des étudiants dans leurs zones d'origine.
Le profil du Pas-de-Calais est très différent. Les quotients sont significativementnégatifs entre17et 28ans : phénomène symétrique à celui observé pour le département du Nord mais qui se prolonge davantage ici. Les quotients deviennent positifs ensuite de 28 ans à près de 40 ans. Ce phénomène repose en particulier sur les migrations résidentiellesdes jeunes actifs et des familles partant du Nord pour s'installer dans le Pas-de-Calais. Les flux du Pas-de-Calais s'équilibrent plus ou moins aux âges plus élevés.
Les migrations entre ces deux départements peuvent être synthétisées sur la base de deux éléments : les flux des jeunes étudiants du Pas-de-Calais à destination duNord et les flux inverses des jeunes actifs partant du Nord pour s'installer dans le Pas-de-Calais. Pour les 15 à 24 ans, le solde migratoire 2007-2012 du Nord vis-à-vis du Pas-de-Calais est positif (6 100) tandis qu'il est négatif pour les 30 à 49 ans (- 6 400).
Les structures par âge des flux d'immigration et d'émigration sont en effet asymétriques . Les 15 à 24 ans représentent 37,3%des flux d'immigration et seulement 15,1 %des flux d'émigration. C'est l'inverse pour les 30 à 49 ans, qui représentent 24,8 % des flux d'immigration contre 35,4 % pour les flux d'émigration.
L'évolution des flux migratoires sera donc conditionnée par l'ampleur du vieillissement. Les Nordistes resteraient les plus jeunes provinciaux mais, comme l'ensemble des Français, n'échapperaient pas au vieillissement .
| Classe d'âge | Arrivées | Départs | Solde migratoire | ||
|---|---|---|---|---|---|
| Effectif | % | Effectif | % | ||
| Source : Omphale 2010, scénario central (Insee). | |||||
| Moins de 15 ans | 3 200 | 9,7% | 6 300 | 15,3% | – 3 100 |
| De 15 à 19 ans | 3 800 | 11,5% | 2 100 | 5,1% | 1 700 |
| De 20 à 24 ans | 8 500 | 25,8% | 4 100 | 10,0% | 4 400 |
| De 25 à 29 ans | 5 600 | 17,0% | 7 400 | 18,0% | – 1 800 |
| De 30 à 49 ans | 8 200 | 24,8% | 14 600 | 35,4% | – 6 400 |
| De 50 à 59 ans | 1 600 | 4,8% | 3 300 | 8,0% | – 1 700 |
| De 60 à 64 ans | 600 | 1,8% | 1 700 | 4,1% | – 1 100 |
| De 65 à 79 ans | 800 | 2,4% | 1 200 | 2,9% | – 400 |
| 80 ans et plus | 700 | 2,1% | 500 | 1,2% | 200 |
| Total | 33 000 | 100,0% | 41 200 | 100,0% | – 8 200 |
Plus jeune région de province, en 2007, avec 37,3 ansd'âge moyen, soitdeux ansdemoins que lamoyenne métropolitaine, le Nord-Pas-de- Calais le resterait en 2040. L'âgemoyen régional augmenterait de 4 ans et demi sur une trentaine d'années. Il atteindrait 42 ans en 2040, ce qui correspond à l'âge moyen de Poitou-Charentes en 2007.
Les habitants du département du Nord, en moyenne âgés de moins de 37 ans en 2007, affichent un an de moins que ceux du Pas-de-Calais. Ces derniers vieillissant plus vite d'ici 2040, l'écart d'âge entre habitants des deux départements se creuserait. Les personnes vivant dans le Pas-de-Calais approcheraient ainsi de la moyenne d'âge des Français, tandis que pour les habitants du Nord l'écart se maintiendrait.
Le vieillissement régional projeté dépasse légèrement la moyenne nationale. Cela ne provient pas d'une augmentation plus rapide des populations âgées, mais de la diminution du nombre de personnes de moins de trente ans liée aux départs vers d'autres régions.
Les plus âgés verraient leur part augmenter sensiblement entre 2007 et 2040. L'arrivée progressive des baby-boomers dans cette tranche d'âge ainsi que les gains d'espérance de vie se conjuguent pour accroître la population des seniors.
Comme en France, même si le phénomène survient plus tard dans la région, les sexagénaires et leurs aînés supplanteraient les moins de vingt ans. Lapartdes plus jeunes représenterait 24 % de la population régionale en 2040 tandis que la part des seniors se situerait à 28% . Celle des aînés atteindrait même 30 % dans le Pas-de-Calais (contre 27 % dans le Nord).
Les politiques publiques devront intégrer ces évolutions exceptionnelles du fait de l'arrivée aux grands âges des générations nombreuses de l'après-guerre. La région compterait en effet 422 000 seniors (60 ans et plus) supplémentaires en 2040, soit un accroissement de 56 %. C'est toutefois pour les grands âges que l'évolution est la plus marquante.
| Part des tranches d'âges dans la population | ||||
|---|---|---|---|---|
| Moins de 20 ans | De 20 à 59 ans | 60 ans et plus | Dont 80 ans et plus | |
| Source : Omphale 2010, scénario central (Insee). | ||||
| 2007 | 27,4 | 54,0 | 18,6 | 3,9 |
| 2020 | 26,3 | 50,1 | 23,6 | 5,1 |
| 2030 | 25,1 | 48,4 | 26,5 | 6,1 |
| 2040 | 24,3 | 47,5 | 28,2 | 8,4 |
En 2040, environ un Français sur dix afficherait au moins 80 printemps, contre un sur vingt en 2007. Le Nord-Pas-de-Calais et l'Île-de-France seraient les seules régions métropolitaines comptant encore moins de 9 % d'habitants de 80 ans ou plus .
Il n'en demeure pas moins que la population de 80 ans ou plus serait plus que doublée sur la période. Le quatrième âge concernerait ainsi quelque 347 000 Nordistes en 2040, soit 188 000 de plus qu'en 2007. Or, c'est précisément à ce moment de la vie que le risque de perte d'autonomie augmente fortement. L'anticipation par les pouvoirs publics, notamment pour la prise en charge de la dépendance, constitue un enjeu majeur des prochaines décennies. D'autant que si l'exercice des projections se prolongeait au-delà de 2040, le quatrième âge verrait encore ses effectifs augmenter.