Joël DEKNEUDT, Insee Picardie
En 2012, la participation électorale des Picards aux présidentielles et aux législatives est proche de celle des Français. Qu'il s'agisse de la participation aux deux scrutins (65,1% contre 66,4%) ou de l'abstention systématique (11,6% contre 11,8%).
Les différences de comportement selon l'âge sont particulièrement importantes à l'élection législative : avant 30 ans, moins de la moitié des électeurs picards se sont déplacés pour élire leur député, alors que près de 90% des sexagénaires sont allés voter.
Les chômeurs et les étudiants ont davantage boudé les scrutins que les électeurs ayant un emploi. Ce constat est plus marqué en Picardie qu'en France. Il en va de même de la participation électorale selon la catégorie socioprofessionnelle, les agriculteurs, les cadres et les professions intermédiaires ont des niveaux de participation aux deux scrutins supérieurs de 2 à 8 points aux moyennes nationales.
La Picardie arrive au 18e rang des régions pour la part des électeurs qui ont participé aux deux suffrages de 2012 : 65,1% contre 66,4% en France. Davantage de Picards se sont déplacés pour un seul scrutin : 21,6% pour la présidentielle et 1,7% pour la législative, soit respectivement 0,5 point et 1 point de plus qu'en France. De ce fait, la participation à l'élection présidentielle reste légèrement inférieure à la participation nationale mais la participation à la législative est un peu supérieure.
Finalement, la Picardie arrive en place médiane (12e) pour la part des électeurs qui se sont abstenus systématiquement avec un niveau proche de la moyenne nationale : 11,6% contre 11,8%.
| Picardie | France | |||||
|---|---|---|---|---|---|---|
| Hommes | Femmes | Ensemble | Hommes | Femmes | Ensemble | |
| Source : Insee, Enquête sur la participation électorale 2012 | ||||||
| Participation aux 2 scrutins | 64,7 | 65,5 | 65,1 | 66,4 | 66,4 | 66,4 |
| Présidentielles seulement | 22,1 | 21,1 | 21,6 | 21,5 | 20,7 | 21,1 |
| Total présidentielle | 86,8 | 86,6 | 86,7 | 87,9 | 87,1 | 87,5 |
| Législatives seulement | 1,6 | 1,8 | 1,7 | 0,8 | 0,7 | 0,7 |
| Total législative | 66,3 | 67,3 | 66,8 | 67,2 | 67,1 | 67,1 |
| Abstentions aux 2 scrutins | 11,6 | 11,6 | 11,6 | 11,3 | 12,2 | 11,8 |
| Ensemble des inscrits | 100,0 | 100,0 | 100,0 | 100,0 | 100,0 | 100,0 |
La décision de participer ou non à un scrutin relève de désidératas personnels, non mesurables mais aussi de la situation économique, sociale ou de santé de chaque électeur.
Les étudiants ont le comportement le plus volatil entre les deux élections et plus encore en Picardie qu'en France : leur participation à l'élection présidentielle compte parmi les plus élevées alors que leur participation à la législative est parmi les plus faibles.
À l'inverse, les retraités sont les plus cohérents entre les deux élections, leur participation systématique est la plus élevée, dépassant même les actifs en emploi et les problèmes de mobilité et dépendance expliquent une abstention systématique forte pour les plus âgés.
De ce fait, tant dans la région qu'en France, la participation aux deux élections augmente avec l'âge du début de la vie citoyenne jusque vers 75 ans puis décroche.
Les différences de comportement selon l'âge sont particulièrement importantes à l'élection législative : avant 30 ans, moins de la moitié des électeurs picards se sont déplacés pour élire leur député, alors que près de 90% des sexagénaires sont allés voter. L'élection présidentielle mobilise davantage toutes les générations et l'écart de participation entre les jeunes électeurs et les sexagénaires n'est que de 15 points.
Pour la population active, le comportement électoral apparait sensible à la situation par rapport à l'emploi.
Les électeurs ayant un emploi affichent le plus faible taux d'abstention systématique. Cependant, leur mobilisation forte pour la présidentielle est plus réduite à la législative où ils sont dépassés par les retraités.
Les chômeurs détiennent à la fois le plus fort taux d'abstention systématique et le plus faible taux de participation systématique, ce dernier à égalité des étudiants. Par rapport à l'ensemble du pays, les chômeurs picards ont davantage "boudés" les deux élections, phénomène qui peut trouver son origine dans la baisse des emplois industriels depuis la crise de 2008, concomitante à la hausse du chômage qui touche fortement la région.
Pour les chômeurs comme pour les étudiants, les électeurs picards ont une tendance à la participation ou à l'abstention systématique plus marquée que leurs concitoyens. Cette spécificité régionale est confortée par catégorie socioprofessionnelle.
Ainsi, les ouvriers ont le moins participé aux deux élections et moins encore en Picardie qu'en France, comme pour les chômeurs la crise de l'industrie joue probablement un rôle dans cette désaffection. À l'opposé, les agriculteurs, les cadres et les professions intermédiaires qui ont le plus participé à l'ensemble des scrutins, ont des niveaux de participation supérieurs de 2 à 8 points en région aux moyennes nationales.
En situation intermédiaire pour leur participation, les employés et les artisans-commerçants constituent cependant une exception. En effet, les employés picards se sont davantage rendus aux urnes qu'en France pour les deux élections alors que les artisans-commerçants de la région se sont moins mobilisés : le classement de ces deux catégories par rapport à la France s'en trouvant inversé.
Des trois départements picards, la Somme arrive en tête de la participation aux quatre suffrages de 2012, à égalité avec l'Aisne pour le premier tour de la présidentielle. C'était déjà le cas lors des élections précédentes en 2002 et 2007 toujours à quasi-égalité avec l'Aisne pour le premier tour des présidentielles. À l'inverse, l'Oise arrive régulièrement à la troisième place, sauf au second tour des présidentielles pour lequel les électeurs de l'Aisne se mobilisent moins que dans le reste de la région.
La dernière place de l'Oise en 2012 s'explique notamment par la participation plus en retrait dans les pôles urbains que dans les couronnes urbaines et les territoires ruraux, tant en Picardie qu'en France. D'ailleurs aux six derniers scrutins législatifs, qui portent aussi des enjeux locaux, les écarts de participation entre les départements entre 2,7 et 6,2% sont toujours supérieurs à ceux des six derniers scrutins présidentiels entre 0,7 et 1,8%.
Cependant en dix ans, les différences s'atténuent : 3,8 points séparent l'Oise de la Somme au premier tour de 2002 contre 2,7 en 2012, au second tour l'écart passe de 6,2 à 4,1%. En effet, les départements picards ne sont pas épargnés par la baisse nationale de la participation aux élections législatives, mais cette baisse est beaucoup plus limitée dans la région : en 2012 la participation dans les trois département picards est supérieure à la participation nationale, ce n'était le cas que pour la Somme dix ans auparavant.
En 2012, 93% de la population en âge de voter est inscrite sur les listes électorales dans la région, une proportion un peu plus élevée de femmes (93,8%) que d'hommes (92,6%). Parmi les Picards nés depuis 1975, 10% de la population n'est pas inscrite sur les listes électorales, 2 points de plus que les générations plus âgées. Les personnes vivant en couple, les cadres ou les diplômés de l'enseignement supérieur sont relativement plus nombreux à être inscrits.

IPF n°09-2013 - 2 pages
La participation électorale des Picards en 2012
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