Jean-Louis REBOUL
Entre 2011 et 2020, la Picardie, comme la France, va connaître une augmentation sensible du nombre des départs en retraite. Si cette hausse concerne la quasi-totalité des métiers, le poids que représentent les départs pour fin d'activité sur les emplois varie fortement d'une profession à l'autre. Ainsi, en Picardie, les enjeux sont particulièrement forts pour les professionnels des services à la personne et les cadres.
Par ailleurs, cette réflexion anticipée sur les départs en retraite par métier permettra sans doute d'impulser des évolutions dans les méthodes de recrutement ou d'organisation du travail, et d'effectuer des choix ciblés en termes de formation initiale ou continue.
L’observation, au recensement de population de 2007, de la pyramide des âges en Picardie et en France, souligne la jeunesse de la population picarde, qui se traduit à la fois par une sous-représentation des tranches d'âges les plus élevées (15 % de +65 ans en Picardie contre 17 % en France) et une sur-représentation des plus jeunes (33 % de -25 ans en Picardie contre 31 % en France). Mais elle révèle surtout la part essentielle que représentent désormais les tranches d'âges intermédiaires de 30 à 60 ans, cela tant au niveau national que régional. Cet élément se trouve confirmé par la mise en regard des pyramides des âges réalisées lors des recensements de population de 1999 et 2007 qui montre bien le vieillissement des baby-boomers.
Les premières générations du baby-boom atteignent la soixantaine au début du XXIe siècle. La part des actifs picards de 50 à 64 ans devrait passer de 17 % en 1999 à 22 % en 2008, et, selon les projections issues du modèle Omphale, à 24 % en 2015 et 26 % en 2020. La prise en compte de la seule tranche d'âge des 60/64 ans est encore plus explicite puisqu'elle met en évidence un quadruplement du nombre de ces actifs entre 1999 et 2020.
| Picardie | France métropolitaine | |||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| 1999 | 2008 | 2015 | 2020 | 1999 | 2008 | 2015 | 2020 | |
| Source : Insee, recensements de la population 1999 et 2008, Omphale 2010-scénario central | ||||||||
| Moins de 25 ans | 12 | 13 | 12 | 12 | 11 | 12 | 11 | 11 |
| 25 à 49 ans | 71 | 65 | 63 | 61 | 71 | 65 | 62 | 60 |
| 50 à 64 ans | 17 | 22 | 24 | 26 | 18 | 23 | 25 | 27 |
| dont : 50 à 54 ans | 11 | 12 | 12 | 12 | 12 | 12 | 12 | 12 |
| 55 à 59 ans | 5 | 8 | 9 | 10 | 6 | 9 | 9 | 10 |
| 60 à 64 ans | 1 | 1 | 3 | 4 | 1 | 2 | 3 | 4 |
| 65 ans et plus | 0 | 1 | 1 | 2 | 0 | 1 | 1 | 2 |
| Total | 100 | 100 | 100 | 100 | 100 | 100 | 100 | 100 |
La connaissance globale du nombre de retraits d’activité en Picardie reste peu opérante si elle n’est pas complétée par une information plus précise indiquant
s’il existe des écarts sensibles entre les métiers et, le cas échéant, identifiant ceux qui seront particulièrement concernés. La notion de famille professionnelle (FAP),
construite par un rapprochement de la nomenclature PCS (professions et catégories socioprofessionnelles) et du code Rome (répertoire opérationnel des métiers et des emplois),
permet de rassembler les professions qui font appel à des compétences communes sur la base de gestes ou de modes opératoires proches. Dans la méthode d’estimation des départs
en retraite mise en œuvre par l’Insee, les métiers sont décrits selon 86 familles professionnelles, elles-mêmes regroupées en 22 domaines professionnels.
Ces familles et domaines professionnels sont donc bien constitués selon la nature de la profession exercée par l’actif et non la nature de l’activité de l’établissement.
La distribution en volume des départs en retraite selon la profession est bien sûr étroitement liée aux effectifs qu'elle recouvre. C'est ainsi que les flux de départs pour fin d'activité seront les plus élevés dans les domaines professionnels rassemblant en Picardie le plus grand nombre d'emplois : services aux particuliers et aux collectivités, fonction publique, transports-logistique…
De façon plus précise, de nombreux départs en retraite sont attendus au cours des dix prochaines années pour les agents d'entretien (11 000), les enseignants (9 000), les employés de la fonction publique de catégorie C (8 000) ou B (7 000), les agriculteurs (7 000), les ouvriers des industries de process non qualifiés (5 000) ou qualifiés (4 000) et les ouvriers de la manutention, qualifiés (5 000) ou non qualifiés (4 000). Ces dix familles professionnelles, qui regroupent à elles seules près d'un tiers des emplois, donneront lieu de 2011 à 2020 à un tiers des départs pour fin d'activité.
Une approche en termes de volumes est insuffisante et ne permet pas d'apprécier pleinement le choc que les départs sont susceptibles de générer dans la profession concernée. Celui-ci peut être appréhendé à travers un indicateur d'intensité, le taux de départ en retraite, qui mesure le poids que représentent ces départs sur l'ensemble des emplois de la profession. Ce taux s'élève à 26 % en Picardie sur la période 2011/2020 ; c'est-à-dire qu'au cours des 10 prochaines années, environ un quart des actifs arriveront en fin d'activité et partiront en retraite.
La distribution de ce taux est assez large, allant de 39 % pour les employés de maison à 11 % pour les employés et agents de maîtrise de l'hôtellerie/restauration : la proportion des départs en retraite dans la FAP est presque 4 fois plus forte dans le premier cas. Le poids des départs sur l'ensemble des emplois est particulièrement sensible (supérieur à 30 %) pour les domaines où la main-d'œuvre est âgée, où la part des actifs de plus de 50 ans est élevée. C'est le cas de quatre domaines professionnels pour lesquels la quasi-totalité des familles professionnelles est concernée. Il s'agit des services aux particuliers et aux collectivités (avec notamment les employés de maison, les aides à domicile et aides-ménagères, les assistantes maternelles), de la fonction publique (agents de catégorie C, B et A), des matériaux souples (techniciens et agents de maîtrise, ouvriers qualifiés et non qualifiés du textile), et de la banque-assurances (cadres, techniciens et employés). Trois autres groupes sont transversaux aux différents domaines professionnels. Le premier concerne des indépendants/libéraux tels les dirigeants d'entreprises, les patrons d'hôtels, cafés, restaurants, les médecins et les agriculteurs. Un autre groupe comprend les ouvriers qualifiés de la métallurgie dont les ouvriers qualifiés du formage de métal, de l'électricité électronique, de la mécanique et de la maintenance. Enfin, on repère un groupe de cadres qui, outre ceux de la banque/assurance et de la fonction publique déjà évoqués ci-dessus, réunit également les cadres des transports et de la logistique et les cadres administratifs, comptables et financiers des entreprises.Une dizaine de familles professionnelles jeunes, où la part des actifs de plus de 50 ans est faible, connaîtront un taux de départ très inférieur à la moyenne (moins de 22 %). Elles renvoient principalement à trois groupes : les employés du commerce, avec les caissiers employés de libre-service et les vendeurs ; les employés de l'hôtellerie-restauration- alimentation, avec les employés et agents de maîtrise de l'hôtellerie-restauration, les cuisiniers et les bouchers-charcutiers-boulangers ; et les ouvriers non qualifiés du BTP, gros œuvre et second œuvre. On peut ajouter à ces trois groupes, trois FAP : les coiffeurs- esthéticiens qui se démarquent en l'occurrence des autres familles professionnelles relevant des services aux particuliers, les professionnels de l'activité sociale culturelle et sportive et les professionnels des arts et spectacles.
Le remplacement des postes laissés vacants du fait des départs en retraite n'est, bien évidemment, pas automatique et se trouve conditionné, selon qu'il relève de la sphère publique ou privée, par deux types de facteurs.
En ce qui concerne les emplois publics ou parapublics, il dépend de la régulation effectuée en la matière par les autorités compétentes. Ainsi, il est clair que le principe de non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant en retraite affecte directement le nombre de postes de fonctionnaires de catégorie A, B ou C (et d'enseignants) qui se trouveront effectivement proposés dans les années à venir. Ces règles pouvant de surcroît varier sensiblement en fonction du contexte politique, social et économique, on commentera avec prudence les chiffres concernant les différentes familles professionnelles afférentes. En ce qui concerne les emplois du secteur privé, la dynamique propre de développement du domaine professionnel concerné est déterminante. À cet égard, la plupart des prospectivistes se rejoignent pour indiquer qu'au cours des prochaines années, il y aura davantage de cadres et de professions intermédiaires. De même, les gains en emplois devraient être conséquents, à tous les niveaux de qualification, dans certaines filières en expansion telles que la logistique ou les services à la personne. Ce qui signifie qu'en l'occurrence, le nombre de postes à pouvoir sera supérieur à celui des départs en retraite. À l'inverse, sur les postes non qualifiés de l'industrie, l'emploi poursuivra sa baisse tendancielle amorcée depuis les années 70. Avec la concentration des exploitations, les effectifs devraient également continuer à se réduire dans le monde agricole ; c'est aussi le cas pour les patrons de cafés et d'hôtels ou les petits commerçants de détail. Ce qui signifie qu'en l'occurrence, le nombre de postes à pourvoir sera inférieur à celui des départs en retraite.Sans prétendre être exhaustif, on peut ainsi identifier une dizaine de familles professionnelles qui devraient représenter des enjeux forts en termes d'emplois au cours des prochaines années car étant concernées à la fois par un taux de départ en retraite et un taux de création nette élevés. On peut les regrouper en trois catégories principales :
- les cadres : cadres des banques et assurances, cadres administratifs, comptables et financiers, cadres des transports et de la logistique, cadres commerciaux et technico-commerciaux, ingénieurs et cadres techniques de l'industrie ;Les postes à pourvoir ne donneront pas tous lieu à des recrutements. Les entreprises satisferont aussi leurs besoins par des mobilités internes. De ce fait, des recrutements importants et pérennes, comme ceux évoqués pour les familles professionnelles mentionnées ci-dessus, ne profiteront pas nécessairement à des jeunes sortant de formation initiale. Suivant les métiers, ils pourront aussi bien concerner un actif en emploi changeant de profession ou de niveau de qualification ou un demandeur d'emploi. D'où la nécessité de mettre en perspective ces informations sur les opportunités d'emploi potentiellement offertes avec d'autres sur les relations formation/emploi ou le fonctionnement du marché du travail ; cela afin de permettre aux différents partenaires compétents d'organiser les grandes orientations de la formation professionnelle initiale et continue en Picardie, notamment dans le cadre (encadré 2)du contrat de plan régional de développement de la formation professionnelle (CPRDF).
1Omphale (outil méthodologique de projection d’habitants, d’actifs, de logements et d’élèves) est une application qui comprend un modèle théorique de projection de la population, des bases de données
IPA n°58 - 4 pages
Hausse des départs en retraite : des enjeux contrastés selon les métiers
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Partenaire : Conseil régional de Picardie