Anne EVRARD - Insee Picardie
D'après les dernières projections démographiques, la Picardie compterait plus de 2 millions d’habitants en 2040. Sa population continuerait de croître, ce qui la démarquerait de deux de ses régions voisines, le Nord - Pas-de-Calais et la Champagne-Ardenne. Cette croissance se ferait toujours grâce à un excédent naturel qui compense le déficit migratoire. Cependant, au terme de la projection, le solde naturel serait beaucoup plus faible, le nombre de décès ayant pratiquement rattrapé celui des naissances. Le déficit migratoire deviendrait presque nul du fait de l’évolution démographique des régions avec lesquelles la Picardie échange le plus d’habitants (l’Île-de-France et les régions attractives du sud et de l’ouest). Dès 2025, la Picardie compterait autant de personnes âgées de 60 ans ou plus que de jeunes de moins de 20 ans. La part des 80 ans ou plus doublerait entre 2007 et 2040.
| Population en | Variation annuelle moyenne de la population (en nombre) | |||||
|---|---|---|---|---|---|---|
| 2007 | 2020 | 2030 | 2040 | entre 1999 et 2007 | entre 2007 et 2040 | |
| Source : Insee, Omphale 2010, scénario central | ||||||
| France métropolitaine | 61 795 298 | 65 961 643 | 68 531 811 | 70 734 136 | 409 326 | 270 874 |
| Picardie | 1 900 357 | 1 974 188 | 2 012 552 | 2 040 614 | 5 407 | 4 250 |
| Aisne | 537 822 | 547 801 | 552 053 | 554 560 | 314 | 507 |
| Oise | 796 622 | 839 680 | 862 428 | 880 159 | 3 789 | 2 531 |
| Somme | 565 913 | 586 707 | 598 071 | 605 895 | 1 304 | 1 212 |
Au 1er janvier 2040, la Picardie compterait un peu plus de 2 millions d’habitants, soit 140 000 habitants de plus qu’en 2007. Cette projection repose sur un scénario, dit « central », qui suppose une poursuite des tendances démographiques récentes : maintien du nombre d’enfants par femme observé en 2007 (à 2,07 enfants par femme pour la Picardie), baisse de la mortalité au même rythme que celui de la France métropolitaine et poursuite des comportements migratoires par sexe et âge tels que mesurés entre 2000 et 2008.
D’ici 2040, la population de la Picardie continuerait donc d’augmenter, à un rythme plus lent cependant que celui de la France ou de la France de Province : +0,22 % de croissance par an en Picardie contre +0,41 % pour la France métropolitaine et +0,47 % pour la France de Province. Le poids de la population picarde dans celui de la France métropolitaine diminuerait un peu, de 3,1 % en 2007 à 2,9 % en 2040. La Picardie se classerait en 17e position des régions françaises pour sa croissance démographique. Sa croissance, bien que modérée, la démarque tout de même de ses régions voisines, la Champagne-Ardenne qui perdrait des habitants (-0,06 % l’an) et le Nord - Pas-de-Calais dont la croissance de la population serait très faible (+0,08 % l’an). L’Île-de-France verrait sa croissance démographique ralentir fortement par rapport à la période récente (+0,29 % l’an entre 2007 et 2040 contre +0,72 % entre 1999 et 2007).
En France métropolitaine, le fort contraste démographique entre d’un côté, les régions de la façade Atlantique et celles du sud de la France et de l’autre, les régions du nord et de l’est persisterait. La croissance soutenue de la population des premières régions citées s’opposera encore à la croissance modérée, voire atone des secondes.
Contrairement aux résultats des projections antérieures (voir encadré), la croissance démographique de la région bénéficierait aux trois départements, même à celui de l’Aisne. Sur la lancée de 1999-2007, la croissance de la population de l’Oise serait la plus forte à +0,30 % par an entre 2007 et 2040, celle de la Somme s’élèverait à +0,21 % et enfin, celle de l’Aisne serait légèrement positive (+0,09 %). L’Oise accueillerait 60 % des habitants gagnés par la Picardie : entre 2007 et 2040, l’Oise aurait 83 500 habitants en plus, l’Aisne 16 700 et la Somme 40 000.
La population picarde dépasserait les 2 millions en 2030 avec le nouvel exercice de projection 2010 alors qu’elle atteignait à peine 1 930 000 avec l’ancien exercice de projection basé sur 2005. Pour les trois départements, les nouvelles projections prévoient des populations en 2030 plus élevées que celles obtenues par les anciennes, grâce à la reprise de la natalité et à un déficit migratoire moins élevé. Les différences de résultats sont particulièrement notables pour l’Aisne : les anciennes projections envisageaient une baisse de la population de ce département tandis que les nouvelles anticipent sa croissance. Cette croissance serait obtenue par la conjonction d’une natalité plus forte et d’un déficit migratoire qui s’atténuerait au fil du temps.
D’autres scénarios que le scénario central sont envisagés : ils modifient les hypothèses d’évolution des naissances, des décès et du nombre de personnes qui entrent et quittent le territoire national. Pour la Picardie, ces hypothèses alternatives vont toutes dans le sens d’une croissance de la population à l’horizon 2040, y compris le scénario présentant une fécondité basse, qui donne la moindre augmentation. Ce sont d’ailleurs les hypothèses sur la fécondité qui ont le plus d’impact sur l’évolution de la population.
Selon le scénario purement théorique simulant l’absence de flux migratoires, la Picardie, l’Île-de-France, le Nord - Pas-de-Calais et les Pays de la Loire seraient les régions métropolitaines dont la population progresserait le plus, grâce à leur population jeune et féconde.
D’ici 2040, la croissance démographique de la région résulterait ainsi de l’excédent naturel (+0,29 % en moyenne annuelle) compensant largement le faible déficit migratoire (-0,08 % par an). Cependant, l’excédent naturel que connaît la région s’amenuisera au fil du temps. Avec 2,07 enfants par femme en âge de procréer, la fécondité en Picardie est aujourd’hui la plus élevée de France après celle des Pays de la Loire et à égalité avec le Nord - Pas-de-Calais. Même en reconduisant ces hypothèses de fécondité, le nombre de naissances fléchira car le nombre de femmes en âge d’avoir un enfant va continuer de baisser régulièrement. Parallèlement à la baisse des naissances, le nombre de décès va augmenter avec l’arrivée aux âges élevés des baby-boomers. En 2040, en Picardie, le nombre de décès se rapprochera sensiblement du nombre de naissances. Ainsi, on ne devrait plus alors compter que 23 000 naissances pour 21 000 décès annuels, tandis qu’en 2007, on relevait 24 900 naissances pour 16 600 décès. La contribution du solde naturel au taux de croissance de la population descendrait donc régulièrement, passant de 0,44 % l’an entre 1999 et 2007 à 0,17 % l’an entre 2030 et 2040.
Dans le prolongement des comportements migratoires de la période 2000-2008, le solde migratoire resterait légèrement négatif sur l’ensemble de la période 2007-2040. Le jeu des entrées et sorties de Picardie se traduirait par un déficit annuel de 1 630 personnes. Les autres régions du nord de la France (Champagne-Ardenne, Nord - Pas-de-Calais, Haute-Normandie et Île-de-France) ont, comme la Picardie, un solde migratoire déficitaire.
Le déficit migratoire de la Picardie tendrait à s’annuler en fin de période de projection (2030-2040). Cette évolution du solde migratoire serait consécutive à l’évolution démographique des régions avec lesquelles la Picardie échange le plus d’habitants : l’Île-de-France et les régions attractives du sud et de l’ouest. Les échanges migratoires de la région sont les plus nombreux avec l’Île-de-France : des jeunes Picards vont étudier en Île-de-France tandis que des familles avec de jeunes enfants viennent d’Île-de-France s’installer en Picardie, dans l’Oise particulièrement. Ces échanges sont globalement favorables à la Picardie. L’Île-de-France est d’ailleurs la seule région avec laquelle le solde migratoire est bénéficiaire à la Picardie. Ce solde migratoire serait encore plus positif en 2040. Tout d’abord, les migrations avec l’Île-de-France sont déficitaires sur la seule classe d’âge des 15 à 29 ans. Or, en 2040, les jeunes seront en Picardie moins nombreux qu’en 2007, ils seront donc mathématiquement aussi moins nombreux à quitter la Picardie pour étudier en Île-de-France. Sur les autres classes d’âge, les migrations avec l’Île-de-France sont excédentaires pour la Picardie. L’Île-de-France gagnera des habitants sur l’ensemble de ces classes d’âge, qui seront donc légèrement plus nombreuses à entrer en Picardie.
Les autres régions avec lesquelles la Picardie a des échanges migratoires importants sont les régions attractives de l’ouest Atlantique et du sud, largement en faveur de ces régions. En raison de l’accroissement démographique de ces régions, les échanges que la Picardie entretient avec elles seraient moins déficitaires à l’horizon 2040 : comme leur population augmente, elles enverraient un peu plus de migrants vers la Picardie. La Picardie perdrait au contraire moins de migrants car une grande majorité des personnes qui la quittent pour ces régions ont moins de 60 ans, or toutes les classes d’âges avant 60 ans verront leur effectif diminuer d’ici 2040. Ces mouvements de population plus ou moins conséquents avec l’Île-de-France et avec les régions attractives expliquent pourquoi le déficit migratoire de la Picardie tendra vers zéro à l’horizon 2040.
Avec un excédent naturel qui diminue et malgré un déficit migratoire qui s'améliore, au fil du temps, le rythme de la croissance de la population picarde devrait fléchir : le taux de croissance annuel serait moitié moins élevé sur la période 2030-2040 qu’il ne l’aura été sur la période 2007-2020.
À l’image de la région, la croissance de la population des trois départements picards est due à l’excédent naturel. L’Oise qui disposait jusqu’en 1990 d’un solde migratoire largement positif, a vu depuis celui-ci s’annuler sur la période 1990-1999. Aujourd’hui le solde migratoire de l’Oise est négatif et le restera sur toute la période 2007-2040. La tranche des 25-49 ans est la seule sur laquelle les échanges d’habitants sont excédentaires pour l’Oise. Le déficit migratoire serait compensé dans l’Oise par un solde naturel très positif (+0,45 %). Grâce à une arrivée importante de jeunes pour étudier, la Somme aurait un solde migratoire quasi nul, son solde naturel s’élèverait à +0,18 %. L’Aisne qui présente depuis plus d’un demi-siècle un déficit migratoire, verrait celui-ci diminuer fortement entre 2007 et 2040 (-0,07 %) alors que son solde naturel serait de +0,17 %. Pour les 3 départements, le déficit migratoire tendrait à s’atténuer au fil du temps (pour tendre pour chacun vers 0 à l’horizon 2040) alors que la contribution du solde naturel diminuerait : en 2040, le nombre de décès aurait rejoint le nombre de naissances dans l’Aisne et la Somme, mais pas encore dans l’Oise.
Tableau : Décomposition de la croissance démographique
La pyramide des âges de la Picardie de 2040 renvoie l’image d’une répartition de la population par âge très équilibrée. Les conséquences des grands chocs démographiques passés (seconde guerre mondiale et baby-boom) auront disparu de la pyramide des âges en 2040.
Selon le scénario central, le nombre de personnes de 60 ans et plus augmenterait en Picardie de 240 000 habitants entre 2007 et 2040. En 2040, plus de 600 000 Picards seront âgés de 60 ans et plus, soit une hausse de 65 % en 33 ans. La progression est encore plus spectaculaire pour les plus âgés : le nombre de personnes âgées de 80 ans et plus ferait plus que doubler, passant de 79 000 en 2007 à 187 000 en 2040. À l’inverse, les moins de 20 ans verraient leur effectif faiblir légèrement d’ici 2040 (-3,6 %) : ils seraient 490 000 en 2040 contre un peu plus de 500 000 en 2007. Leur part dans la population baisserait, passant de 27 % en 2007 à 24 % en 2040. Dès 2020, la proportion des 60 ans et plus rattraperait celle des moins de 20 ans. Ce serait le cas au niveau national dès 2014. Le nombre de personnes de 20 à 59 ans va lui aussi baisser, passant de 103 000 en 2007 à 95 000 en 2040 (-8 %).
Actuellement, la Picardie est une des régions les plus jeunes de France. Les jeunes de moins de 20 ans représentent 26,6 % de la population picarde contre 24,8 % de la population française. L’âge moyen des Picards est de 38 ans et 2 mois et celui des Français 39 ans et 4 mois. Seuls les habitants de l’Île-de-France et du Nord - Pas-de-Calais ont un âge moyen, proche de 37 ans, légèrement inférieur à celui de la Picardie.
En 2040, la Picardie sera toujours plus jeune que la moyenne nationale, mais sa structure par âge se sera encore rapprochée de la moyenne : l’âge moyen des Picards sera de 42 ans et 10 mois contre 43 ans et 8 mois pour l’ensemble des Français. Ainsi, selon les hypothèses retenues, la population picarde vieillira de 4 ans et 8 mois contre 4 ans et 4 mois au niveau national. Plus jeune aujourd’hui, la région vieillira un peu plus vite que l’ensemble de la France entre 2007 et 2040. Le vieillissement sera général à toutes les régions mais restera contenu en Île-de-France, région attractive aux âges jeunes et déficitaire aux âges élevés.
| Moins de 20 ans | De 20 à 59 ans | De 60 à 79 ans | 80 ans ou plus | ||
|---|---|---|---|---|---|
| Source : Insee, Omphale 2010, scénario central | |||||
| Population en 2007 | France métropolitaine | 15 315 093 | 33 220 002 | 10 257 443 | 3 002 760 |
| Picardie | 504 801 | 1 027 032 | 289 463 | 79 061 | |
| Aisne | 141 556 | 283 221 | 88 042 | 25 003 | |
| Oise | 219 507 | 439 026 | 110 200 | 27 889 | |
| Somme | 143 738 | 304 785 | 91 221 | 26 169 | |
| Population en 2040 | France métropolitaine | 15 858 928 | 32 944 463 | 15 061 798 | 6 868 947 |
| Picardie | 486 628 | 945 162 | 422 183 | 186 641 | |
| Aisne | 132 388 | 246 866 | 121 050 | 54 256 | |
| Oise | 215 828 | 416 705 | 172 257 | 75 369 | |
| Somme | 138 412 | 281 591 | 128 876 | 57 016 | |
| Évolution de la population entre 2007 et 2040 (en %) | France métropolitaine | 3,6 | -0,8 | 46,8 | 128,8 |
| Picardie | -3,6 | -8,0 | 45,9 | 136,1 | |
| Aisne | -6,5 | -12,8 | 37,5 | 117,0 | |
| Oise | -1,7 | -5,1 | 56,3 | 170,2 | |
| Somme | -3,7 | -7,6 | 41,3 | 117,9 | |
Ce vieillissement résulte de l’arrivée aux grands âges des générations nombreuses nées pendant les Trente Glorieuses, et constitue également un des changements démographiques majeurs attendus à l’horizon 2040. Aucun scénario ne remet en cause ce vieillissement : selon le scénario retenu, l’âge moyen oscillera en Picardie entre 42 et 43 ans et demi en 2040 contre 38 ans en 2007. La part des 60 ans et plus variera selon le scénario de 29 % à 31 % en 2040 contre 19 % en 2007. La part des 80 ans et plus dans la population doublerait en tout état de cause même avec l’hypothèse de basse espérance de vie qui donne pour la région le moindre vieillissement.
Le processus de vieillissement ralentira à partir de 2035 car les générations nombreuses nées après-guerre auront alors plus de 90 ans et les décès seront de plus en plus nombreux. En attendant, les incidences du vieillissement sur les politiques publiques locales seront multiples : prise en charge de la dépendance, accès aux équipements et services en milieu rural, politiques de transports, de logement…
L’Oise fait partie des départements les plus jeunes de France avec les départements de l’Île-de-France et le département du Nord. L’âge moyen de l’Oise est de 37 ans en 2007, soit 2 ans de moins que ceux des deux autres départements picards. Le vieillissement sera un peu plus prononcé dans l’Oise que dans le reste de la région : la population de ce département vieillira de presque 5 ans entre 2007 et 2040, soit 6 mois de plus que celles de l’Aisne ou la Somme.
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