Aller au contenu

Aller au menu principal

Aller à la recherche

Liens transversaux haut

Population active lorraine :
une ressource en baisse dès 2020

Pierre-Yves BERRARD - Insee Lorraine

Résumé

Avec près de 1,1 million d’actifs en 2009, la population lorraine se caractérise par un taux d’activité de 70,4%, inférieur de deux points à la moyenne nationale. En prenant en considération les réformes récentes des régimes de retraite, la population active lorraine pourrait diminuer de 2,2%, soit 24 000 personnes, entre 2012 et 2030. Parmi différents scénarios, la remontée du taux d’activité les séniors constitue le levier qui débloquerait le plus gros réservoir de main-d’œuvre pour inverser cette tendance. Près de 275 000 travailleurs lorrains, soit un sur trois, pourraient cesser toute activité d’ici 2020. Les métiers des services et de la fonction publique seraient les plus concernés.

Sommaire

Encadrés

Publication

Les évolutions de la population active conditionnent à la fois le marché du travail, les mécanismes de protection sociale, les politiques de formation, d’éducation et d’enseignement supérieur. Elles influencent et résultent aussi des mutations économiques et de l’attractivité des territoires.

La Lorraine, caractérisée par une démographie atone et un contexte économique en deçà des tendances françaises en termes de croissance et d’emploi, bénéficie du phénomène important de travailleurs frontaliers qui représentent 9% des actifs occupés.

Mais, au moment où les premières générations issues du baby-boom commencent à quitter le monde du travail, il paraît nécessaire de faire le point sur l’état et le devenir de la population active régionale, afin d’alimenter la réflexion sur les grands mouvements économiques et sociaux qui seront à l’œuvre en région dans les prochaines années.

Près de 1,1 million d’actifs en Lorraine

En 2009, la Lorraine compte 1 095 000 actifs, dont 967 500 occupent un emploi (soit 88%) et 127 500 sont au chômage (1). Parmi les actifs occupés, 91% sont salariés, une proportion supérieure d’environ 3 points à celle observée en France métropolitaine.

La moyenne d’âge des actifs lorrains est de 39 ans et 3 mois pour les hommes, de 39 ans et 9 mois pour les femmes. Ces chiffres sont identiques à l’échelle nationale.

Les plus forts effectifs correspondent aux générations du baby-boom. Les actifs lorrains âgés de 30 à 49 ans constituent ainsi 52% de la ressource en main-d’œuvre régionale.

Au milieu des années 2010 surviendront les premiers départs à la retraite des actifs nés vers 1960. Le pic sera atteint vers 2020, à l’approche de la soixantaine de ces générations nombreuses.

(1) situation déclarée au recensement de la population

La moitié des actifs a entre 30 et 49 ans

retour sommaire

Proportion d’actifs inférieure au taux national

Le taux d’activité global de la population lorraine s’élève à 70,4%. Il est inférieur de deux points au taux métropolitain et d’un point au taux de la France de province.

Les trois quarts des hommes âgés de 15 à 64 ans sont actifs, contre seulement deux tiers des femmes. Les taux d’activité sont à leur plus haut entre 25 et 49 ans : environ 95% pour les hommes et 85% pour les femmes.

Le taux d’activité des Lorraines, quel que soit leur âge, reste inférieur à celui des Lorrains, même entre 30 et 50 ans, quand elles sont les plus actives. Leur taux d’activité est par ailleurs inférieur de 2 points à celui de l’ensemble des femmes vivant en métropole (68%), et loin de celui des Franciliennes (72%).

Le taux d’activité des jeunes Lorrains (15-24 ans) est supérieur de plus d’un point au taux national observé au même âge. C’est l’inverse pour les 25-54 ans (un point de moins par rapport au national).

La Lorraine se distingue par un taux d’activité plus faible des séniors (55-64 ans). En Lorraine, 38% d’entre eux sont actifs, contre 42% en France métropolitaine, et 40% en ne prenant pas en compte l’Île-de-France. Pour cette dernière tranche d’âge, le taux d’emploi (qui rapporte les actifs en emploi à l’ensemble de la population) s’élève à 35% en Lorraine et 39% en France métropolitaine. Ces taux se situent bien en deçà de celui inscrit pour les 55-64 ans dans les objectifs du Conseil de Lisbonne à l’intention des pays de l’Union européenne : 50% en 2010.

Le taux d'activité chute à partir de 55 ans

retour sommaire

Les zones d’emploi de Nancy et de Forbach en fin de liste

Les taux d’activité les plus forts concernent les zones d’emploi de Thionville et de Sarrebourg (73%), du fait notamment de taux d’activité des hommes proches de 78%. Dans ces zones, la proportion d’actifs en emploi dans la population de 15 à 64 ans atteint 65%, soit trois points de plus que la moyenne régionale. Le phénomène frontalier joue par ailleurs un rôle majeur. Dans la zone de Thionville, plus d’un actif occupé sur trois occupe un emploi de l’autre côté de la frontière.

Dans la zone d’emploi de Longwy, le taux d’activité est de 72%. L’écart entre taux d’activité masculin et féminin y est le plus élevé de la région : 11,9 points contre 8,7 points pour l’ensemble de la Lorraine. La zone d’emploi de Bar-le-Duc affiche en revanche la plus forte proportion de femmes actives (68%) de la région.

Les zones d’emploi de Nancy et de Forbach ont les taux d’activité les plus bas, pour des raisons différentes. Dans la zone de Nancy, le taux d’activité de 69% s’explique par une activité moindre des jeunes : 57% pour les 20-24 ans contre 71% à l’échelle régionale. Les étudiants, en dehors du marché du travail, constituent en effet une composante majeure de la population. La zone d’emploi de Forbach doit sa situation particulièrement atypique au fait qu’à peine 65% des 15-64 ans sont sur le marché du travail, alors que dans les 14 autres zones d’emploi le taux d’activité est compris entre 69% et 73%. Les taux d’activité des personnes de 40 à 55 ans y sont bien moindres que dans le reste de la région (inférieurs de plus de 10 points). Quant au taux d’emploi global de la zone, il est de 55% (60% pour les hommes et 50% pour les femmes).

Le taux d’activité classe la zone de Saint-Dié-des-Vosges au 11ème rang régional sur 15 en termes d’activité, mais la proportion d’actifs sans emploi la fait rétrograder à l’avant-dernière place en termes de taux d’emploi : dans cette zone, un habitant (de 15 à 64 ans) sur neuf est au chômage (2).

(2) situation déclarée au recensement de la population

Un nombre d’ouvriers en repli

Les employés (31%), les ouvriers (27%) et les professions intermédiaires (24%) constituent, en Lorraine comme en France, les trois principales catégories socioprofessionnelles. Ensemble, elles regroupent 792 000 personnes, soit 82% des actifs occupés résidant en Lorraine.

En dix ans, la part des employés a progressé de 2 points en Lorraine, tout comme celle des professions intermédiaires. À l’inverse, les ouvriers, qui représentaient 32% de la population active occupée en 1999, n’en constituent plus que 27% dix ans plus tard, en lien avec la perte de 35 000 emplois industriels sur la même période. Le même phénomène s’observe dans le reste de l’Hexagone où la proportion d’ouvriers est passée de 25% à 22% en une décennie. La Lorraine reste néanmoins parmi les huit régions les plus ouvrières de France, à 3 points de la Franche-Comté en tête de liste (30%).

Les cadres et professions intellectuelles supérieures représentent 12% des actifs occupés résidant en Lorraine en 2009, contre 10% en 1999. Mais cette hausse de 2 points ne permet pas à la Lorraine de rattraper son retard par rapport au niveau national, où les cadres et professions intellectuelles supérieures continuent d’être proportionnellement plus nombreux : 16% dans l’ensemble de la France, et 13% en France de province.

Les employés désormais plus nombreux que les ouvriers

retour sommaire

Six cadres sur dix résident dans les ZE de Nancy et de Metz

Fortes d’environ 215 000 actifs occupés chacune, les zones d’emploi de Nancy et de Metz concentrent 45% des actifs occupés lorrains. Elles se caractérisent par une forte proportion de cadres et professions intellectuelles supérieures : 17% dans la zone de Nancy et 14% dans celle de Metz. Elles devancent de loin celles de Thionville (11%) et d’Épinal (10%). Les zones de Nancy et de Metz regroupent ainsi 67 000 des 116 000 cadres lorrains, soit 58%. Ces quatre zones localisées dans le Sillon lorrain comptent aussi les plus fortes proportions de professions intermédiaires (environ un quart des emplois).

Inversement, moins de cadres et professions intellectuelles supérieures sont recensés dans les zones plus rurales de Commercy et de Neufchâteau, où leur part n’excède pas 7%.

Enfin, les zones d’emploi les plus ouvrières sont celles de Forbach, de Neufchâteau, de Saint-Dié-des-Vosges, de Remiremont et de Longwy, avec plus d’un tiers d’ouvriers. À titre de comparaison, la zone d’emploi de Nancy n’en compte qu’un cinquième et celle de Metz moins d’un quart.

Agent d’entretien et enseignant : les deux professions les plus exercées

En Lorraine, la répartition des actifs selon les métiers occupés présente peu de différences avec la France de province. Dans la région, 11 familles professionnelles (sur un total de 87) regroupent un tiers des actifs en emploi. Pour les femmes, l’éventail est encore plus réduit : un tiers d’entre elles dans 6 métiers seulement, tous figurant dans les 11 métiers principaux.

Agent d’entretien est le métier le plus exercé en Lorraine : 4,8% des emplois, soit 46 800 personnes, mais souvent pour des temps partiels. Quelle que soit la zone d’emploi, ce métier figure parmi les quatre métiers les plus fréquents. Le taux de féminisation y est d’environ 80%. Les enseignants arrivent ensuite, avec 4,4% des emplois. Ils sont surreprésentés dans la zone d’emploi de Nancy (5,5%). Les employés de catégorie C de la fonction publique (3,7% des emplois régionaux) occupent la troisième place. Ils représentent notamment une part importante des emplois dans les zones d’emploi de Bar-le-Duc et de Lunéville (plus de 4,7%) et dans celle de Nancy (un peu moins de 4,5%).

Un tiers des travailleurs dans 11 familles professionnelles
Famille professionnelle (87 niveaux) Nombre d'emplois (*) Part dans l'effectif total (%) Taux de féminisation (%) Part des 50 ans et plus (%)
Champ : actifs occupés lorrains au lieu de résidence
(*) nombre de postes, quelle que soit la durée
Source : Insee, recensement de la population 2009, exploitation complémentaire
Agents d'entretien 46 800 4,8 78,8 32,8
Enseignants 42 300 4,4 64,0 29,3
Employés administratifs de la fonction publique (catégorie C et assimilés) 36 100 3,7 73,7 31,4
Vendeurs 35 900 3,7 79,7 15,2
Conducteurs de véhicules 32 400 3,4 11,1 25,1
Armée, police, pompiers 24 700 2,6 13,1 8,4
Infirmiers, sages-femmes 22 900 2,4 87,7 20,8
Aides-soignants 21 300 2,2 92,0 21,3
Attachés commerciaux et représentants 20 700 2,1 33,4 20,2
Employés administratifs d'entreprise 19 800 2,0 75,8 21,0
Ouvriers non qualifiés des industries de process 19 600 2,0 31,6 20,0
Total (11 premiers) 322 500 33,3 60,1 23,7
Autres (76 métiers) 645 000 66,7 39,2 24,7
Total Lorraine 967 500 100,0 46,2 24,4

Le diplôme, un déterminant majeur de l’activité et de l’emploi

Un niveau de diplôme élevé confère à son titulaire plus de chances d’exercer un emploi. Ainsi, huit détenteurs d’un diplôme universitaire sur dix sont en emploi. Parmi les bacheliers et titulaires d’un CAP ou BEP, deux tiers occupent un emploi. À l’opposé, les personnes ayant suivi une scolarité sans obtenir de diplôme qualifiant (3) ont un taux d’emploi moitié moins élevé. Peu d’entre elles se retrouvent sur le marché du travail (environ 50% d’actifs). Le taux d’emploi chute même à un quart pour les personnes n’ayant pas suivi de scolarité du tout.

(3) Diplôme non qualifiant : aucun diplôme, BEPC, certificat d’études

Le taux d'emploi croît avec le niveau de diplôme

retour sommaire

Baisse attendue du nombre d’actifs à partir de 2020

Le prolongement des évolutions récentes permet de projeter la population active lorraine de 2007 jusqu’à l’horizon 2030. Suivant ce scénario tendanciel, après avoir augmenté de 2 450 personnes par an, pour atteindre en 2012 un maximum de 1 101 000, le nombre d’actifs dans la région stagnerait ensuite jusqu’en 2020, à un niveau proche de 1 100 000 personnes.

À partir de cette date, la dynamique s’inverserait avec une diminution de 2 400 personnes par an jusqu’en 2030. Au passage, en 2025, le nombre d’actifs retrouverait son niveau de 2007.

Effet papy boom

L’augmentation de main-d’œuvre entre 2007 et 2012 est induite uniquement par la hausse des taux d’activité, car durant cette période le nombre d’actifs de 15 à 64 ans reste relativement stable (effet démographique nul).

Entre 2012 et 2020, l’effet de l’augmentation des taux d’activité et l’effet démographique lié aux départs en retraite de plus en plus nombreux des générations nées durant les trente glorieuses (effet papy boom) se neutraliseraient.

Enfin au-delà de 2020, l’effet papy boom serait à son maximum pendant plusieurs années, ce qui entraînerait une chute du nombre d’actifs. Chaque année entre 2024 et 2028, environ 16 000 actifs atteindraient 60 ans, contre environ 5 500 en 2007. À partir de 2020, les arrivées de jeunes de 15 à 24 ans ne parviendraient plus à compenser le nombre de départs des séniors.

Vers un excès des départs de séniors sur les arrivées de jeunes travailleurs

retour sommaire

Augmentation de 80% du nombre d’actifs de plus de 55 ans en 2030

En prenant comme hypothèse une stabilité des taux d’activité avant 60 ans, l’âge moyen des hommes actifs passerait de 38,9 ans en 2007 à 40,2 ans en 2030 (soit +1,3 an).

L’augmentation serait plus marquée pour les femmes, de 39,4 ans à 41,5 ans (soit +2,1 ans), car leur taux d’activité entre 40 et 50 ans se rapprocherait de celui des hommes.

Pour l’ensemble des actifs, l’augmentation de l’âge moyen serait continue jusqu’en 2025. Elle se tasserait nettement par la suite, conséquence de la sortie du marché du travail des générations les plus nombreuses de baby-boomers.

De fait, la structure par âge de la population active serait grandement modifiée. Entre 2007 et 2030, le nombre d’actifs de moins de 55 ans diminuerait de 10% (soit 95 000 personnes de moins), pendant que les plus de 55 ans verraient leur nombre augmenter de 80% (soit 83 000 personnes de plus). Ce vieillissement des forces de travail nécessitera d’adapter les postes de travail dans les métiers les plus pénibles. La Lorraine pourrait s’inspirer de son voisin allemand, où ces problèmes sont déjà à l’ordre du jour.

Quinquagénaires et sexagénaires actifs nettement plus nombreux en 2030

retour sommaire

La Lorraine à contre-courant de la France

Après avoir gagné 12 000 actifs entre 2007 et 2012 (soit +1,1%), le marché du travail lorrain serait privé de 24 000 personnes entre 2012 et 2030 (soit -2,2%). Cette situation contrasterait avec celle observée au niveau national : entre 2012 et 2030, la France métropolitaine devrait gagner environ 1,8 million d’actifs (soit +5,8%).

La Lorraine ferait partie, avec la Bourgogne et la Champagne-Ardenne, des seules régions de l’Hexagone perdant de la main-d’œuvre à l’horizon 2030. En Champagne-Ardenne, la baisse est même déjà engagée et aboutirait à une chute de 5% de la population active entre 2012 et 2030. Dans le quart nord-est du pays, seules les régions Alsace et Franche-Comté enregistreraient des évolutions positives. Néanmoins, des retournements de tendance y surviendraient entre 2020 et 2025.

Portées par leur essor démographique, les régions bordées par l’Atlantique ou la Méditerranée bénéficieraient d’une croissance soutenue et continue de main-d’œuvre potentielle. Les évolutions les plus significatives se produiraient en Languedoc-Roussillon et en Midi-Pyrénées, avec une hausse supérieure à 13%.

Une évolution tendancielle tenant compte des réformes récentes

Ces résultats reposent sur des projections tendancielles de population auxquelles ont été appliqués des taux d’activité. L’évolution des taux d’activité est basée sur le prolongement des comportements observés entre 1975 et 2010.

Cependant, les réformes des retraites de 1993, 2003 et 2010 ont été prises en compte. Ainsi, les taux d’activité des actifs lorrains âgés de 60 à 64 ans tripleraient, passant de 13% en 2007 à 38% en 2030. Le recul de l’âge de départ à la retraite pourrait également engendrer un «effet recul d’horizon» sur les 55-59 ans : salariés et employeurs seraient incités à davantage d’effort de maintien de l’emploi. Dans cette tranche d’âge, les taux d’activité passeraient de 54% à 75% pendant la période de projection.

Pour le reste de la population, le prolongement des tendances conduirait à une stabilisation des taux d’activité. C’est le cas pour les 15-24 ans, dont le taux d’activité ne baisse plus depuis le milieu des années 1990, et qui n’augmenterait que légèrement (en début de projection). Les femmes de 40 à 54 ans font exception, avec une proportion d’actives qui continuerait d’augmenter très nettement.

Hausse du taux d'activité des femmes après 40 ans et des hommes après 55 ans

retour sommaire

Des leviers qui permettent d’inverser la tendance

Trois variantes plausibles à ce scénario tendanciel sont autant de leviers dont disposerait la région pour remédier au non-renouvellement de sa main-d’œuvre. Cependant, aucun ne permettant à lui seul d’éviter la baisse d’environ 12 000 actifs du scénario tendanciel, il serait indispensable de les combiner pour inverser la tendance.

Pour les femmes de 25 à 44 ans, une meilleure conciliation entre vie familiale et professionnelle permettrait une activité plus importante. Une augmentation d’un à deux points de leur taux d’activité amènerait sur le marché du travail 5 000 Lorraines supplémentaires à l’horizon 2030, par rapport au scénario tendanciel.

En faisant progresser les taux d’activité des jeunes de 15 à 24 ans d’environ 3 points, l’ensemble de la population active ne baisserait plus que de 5 000 individus. Cette hypothèse pourrait être mise en œuvre par une politique de développement de l’apprentissage, par exemple. À l’autre extrémité de la pyramide des âges, des réformes incitant les seniors à être plus actifs constitueraient un autre moyen d’inflexion. La baisse du scénario tendanciel pourrait en effet être réduite de moitié par un accroissement de 75% à 79% des taux d’activité des 55-59 ans. Mais cela suppose un effort supplémentaire pour ce groupe d’âge dont le taux d’activité passe déjà de 54% à 75% dans l’hypothèse du scénario tendanciel.

Enfin, en simulant une remontée des taux d’activité des 60-64 ans en 2030 au niveau de ceux des 55-59 ans de 2007, la population active augmenterait de 12 500 personnes. Cette dernière hypothèse est purement théorique, car elle suppose une remontée des taux de plus de 40 points en 23 ans (de 13% à 54%). Elle a toutefois l’avantage de quantifier le «réservoir» de main-d’œuvre présent dans cette tranche d’âge.

Aucun levier pris individuellement ne suffirait à enrayer la baisse de la population active

retour sommaire

Effet migratoire positif dans les ZE de Thionville et de Longwy

L’augmentation des taux d’activité (du scénario tendanciel) permettrait à seulement huit zones d’emploi lorraines sur quinze de maintenir leur niveau de population active. Si les taux d’activité par âge gardaient leur niveau de 2007, toutes les zones d’emploi lorraines perdraient de la main-d’œuvre à l’horizon 2030.

Avant 2030, sous l’effet de l’arrivée à l’âge de la retraite des baby-boomers, les 15 zones d’emploi lorraines subiraient une diminution de leur population active. Dans les meilleurs cas, ce retournement de tendance interviendrait entre 2025 et 2030. Pour les zones de Forbach, de Sarreguemines, de Bar-le-Duc, de Remiremont et de Neufchâteau, la baisse serait déjà amorcée en 2007.

Les zones frontalières de Longwy et de Thionville, grâce à leur excédent migratoire, parviendraient à générer l’augmentation de main-d’œuvre la plus importante : environ 5%. Dans la Meuse, les zones d‘emploi de Verdun et de Commercy, moins pourvues en population active, dégageraient aussi un excédent, du fait de leur solde migratoire légèrement positif, conjugué à un vieillissement moins prononcé. Les zones de Nancy et de Metz, regroupant à elles deux près de la moitié de la population active lorraine, bénéficieraient d’une hausse d’environ 2%, la première grâce à sa pyramide des âges, la seconde grâce à un effet migration légèrement positif.

Au contraire, la zone d’emploi de Forbach perdrait un actif sur sept entre 2007 et 2030, soit 13 700 personnes. Une des causes en serait le nombre important de personnes atteignant l’âge de la retraite, comparé au réservoir de main-d’œuvre entrant sur le marché du travail. L’autre cause découle d’un solde migratoire négatif, qui serait responsable de la moitié de la diminution. Pour ces deux mêmes raisons, les zones de Neufchâteau, de Remiremont et de Bar-le-Duc perdraient également plus d’un actif sur huit.

Population active en 2007 et 2030 et composantes de son évolution 2007-2030
Zones d'emploi lorraines Population active Évolution 2007-2030
2007 2030 totale (%) dont effet taux d'activité (%) dont effet démographique (%)
Source : Insee, Omphale, projections de population active
Longwy 50 000 52 700 5,4 8,9 -3,5
Lunéville 14 870 14 950 0,3 8,7 -8,4
Nancy 240 000 246 000 2,5 8,7 -6,2
Bar-le-Duc 29 300 24 800 -15,4 9,0 -24,4
Commercy 20 100 20 800 3,5 9,7 -6,2
Verdun 28 700 29 900 4,2 9,2 -5,0
Metz 242 000 247 000 2,1 9,0 -6,9
Forbach 95 800 82 100 -14,3 10,5 -24,8
Sarrebourg 34 100 34 300 0,6 9,1 -8,5
Sarreguemines 52 300 47 600 -9,0 9,9 -18,9
Thionville 102 600 107 000 4,3 8,5 -4,2
Épinal 74 900 72 900 -2,7 8,6 -11,3
Remiremont 39 700 34 600 -12,8 8,8 -21,6
Saint-Dié-
des-Vosges
40 000 38 500 -3,8 9,2 -13,0
Neufchâteau 24 000 21 000 -12,5 9,7 -22,2
Forte baisse du nombre d'actifs dans l'est mosellan et les franges ouest de la région

Un travailleur (de 2009) sur trois à la retraite en 2020

Près d’un tiers des 865 500 personnes travaillant en Lorraine (4) en 2009 sortiraient définitivement du marché du travail d’ici 2020, à un rythme régulier d’environ 25 000 cessations d’activité chaque année. Ce grand nombre de départs tiendrait au fait qu’un quart des actifs en emploi en 2009 ont au moins 50 ans. Autre facteur à prendre en compte, les quadragénaires (baby-boomers et futurs quinquagénaires en 2020) représentent à eux seuls 28% des actifs travaillant dans la région. La Lorraine se caractérisant par une plus forte proportion d’actifs ayant commencé à travailler jeune (notamment des ouvriers), une part non négligeable des quadragénaires de 2009 pourrait partir à la retraite bien avant l’âge limite. La part des travailleurs lorrains en 2009 ayant quitté le marché du travail en 2020 serait ainsi légèrement supérieure au taux national (un point d’écart).

Cette estimation du nombre de cessations définitives d’activité ne permet toutefois pas de déduire un nombre de postes à pourvoir, les travailleurs partis en retraite n’étant pas forcément remplacés. Même en cas de maintien de leur production, certains employeurs pourraient en effet chercher à améliorer leur productivité, à trouver de la main-d’œuvre meilleur marché à l’étranger, etc.

(4) Le champ est ici le lieu de travail et non le lieu de résidence, contrairement au reste de l’étude.

Services et fonction publique les plus touchés

Mathématiquement, les métiers qui en 2009 comptent la main-d’œuvre la plus âgée auraient le plus fort ratio de départs en retraite en 2020. Le cas le plus extrême est celui des services aux particuliers où un tiers des travailleurs (des femmes pour 80%) ont au moins 50 ans. La part des actifs occupés ayant quitté une fois pour toutes le marché du travail en 2020 y dépasserait 40% (soit 40 000 personnes).

Pour la même raison, près de quatre agents de l’administration publique sur dix, soit 26 000 personnes, quitteraient le marché du travail entre 2009 et 2020, quelle que soit la catégorie (A, B ou C). Un taux de départ similaire s’observerait dans les métiers de la banque et de l’assurance (7 200 départs), ainsi que dans l’agriculture (7 800 départs). À l’opposé, l’hôtellerie, la restauration et l’alimentation, de même que l’informatique et le commerce, seraient les métiers les moins impactés, en raison de leur main-d’œuvre plus jeune.

Un peu moins de 29% des actifs du domaine de la santé partiraient également en retraite à l’horizon 2020. Cette proportion serait fortement accentuée pour les médecins et assimilés (5), dont les 5 000 départs envisagés représenteraient 38% des effectifs de 2009.

L’âge d’entrée sur le marché du travail et la pénibilité du métier entreraient aussi en ligne de compte. Ainsi les métiers de l’industrie (hors ingénieurs et cadres), où la proportion de travailleurs de 50 ans ou plus est inférieure à la moyenne régionale, verraient néanmoins plus d’un tiers de leurs effectifs de 2009 partir à la retraite à l’horizon 2020. Les métiers de la maintenance, du bâtiment et de l’artisanat suivraient la même tendance.

Services aux particuliers et aux collectivités : secteur le plus impacté par les départs en retraite d’ici 2020

retour sommaire

Guide de lecture :

Chaque famille professionnelle (regroupée en 22 domaines) est représentée par un point mettant en relation sa proportion de travailleurs de 50 ans et plus de 2009 (abscisse) et sa proportion des travailleurs de 2009 qui quitteraient définitivement le marché du travail entre 2009 et 2020 (ordonnée).

La droite représente la situation en Lorraine. Outre le fait qu’elle met en évidence la relation mécanique entre le nombre de séniors sur le marché du travail et l’importance du nombre futur de départs en retraite, elle permet d’établir une typologie des familles professionnelles.

Les professions situées au-dessus de la droite comptent beaucoup de départs en retraite par rapport à leur proportion de séniors. Plusieurs raisons peuvent l’expliquer : métiers peu qualifiés, avec entrée sur le marché du travail aux âges jeunes, régime spécial de retraite, métiers pénibles.

Les professions situées sous la droite moyenne comptent peu de départs en retraite par rapport à leur proportion de séniors. À l’inverse du cas précédent, il s’agit de métiers plus qualifiés, ayant nécessité des études et par conséquent une entrée sur le marché du travail plus tardive, ou des métiers pour lesquels la date limite de retraite est plus lointaine.

retour sommaire

Le renouvellement de la population active : enjeu de formation, signe d’attractivité, atout de compétitivité

L’évolution de la ressource humaine d’un territoire est fonction de son attractivité (entrées - sorties), mais aussi de sa pyramide des âges (jeunes arrivant sur le marché du travail - personnes cessant leur activité). Ainsi, le marché du travail est soumis à un mouvement continu d’entrants et de sortants, très hétérogène selon les régions et les zones d’emploi.

La bonne connaissance des évolutions de la population active est indispensable à la conduite des politiques publiques nationales et locales. Elle permet notamment de connaître les leviers sur lesquels il faut agir en priorité pour améliorer la situation de l’emploi, maintenir l’équilibre des systèmes de solidarité, et anticiper des besoins en compétences.

Les projections réalisées par l’Insee dans cette étude montrent que la Lorraine devrait voir le nombre de ses actifs diminuer de 24 000 personnes entre 2012 et 2030. Cette baisse devrait affecter plus particulièrement les zones d’emploi déjà en difficultés (Vosges, Bar-le-Duc, Sarreguemines, Forbach). La population active n’augmenterait que dans les secteurs portés par la dynamique économique de Metz et de Nancy, et du travail frontalier vers le Luxembourg, démontrant ainsi l’importance de ces centres d’activités pour le territoire régional.

Les enjeux auxquels va devoir faire face la Lorraine sont au nombre de trois.

Tout d’abord, il apparaît comme primordial de créer les conditions d’une augmentation du taux d’activité de deux populations cibles : les femmes et les séniors. Dans une région où les projections de population sont plus faibles que la moyenne, le niveau du taux d’activité jouera un rôle particulièrement décisif.

Le vieillissement démographique de certaines familles professionnelles doit également faire l’objet d’une meilleure anticipation au niveau régional, car même si les départs à la retraite ne sont pas tous renouvelés, la présence d’une ressource humaine suffisamment qualifiée sur un territoire est un atout évident de compétitivité. Ce monitoring doit être réalisé en priorité dans les territoires où interviennent les baisses de population active, dans une logique de gestion prévisionnelle des emplois et compétences territoriales impliquant un maximum d’acteurs.

Enfin, le renouvellement de la population active passe par une amélioration globale de l’attractivité et de la situation économique de la région. Le travail sur le rayonnement des villes, le profit à tirer des relations transfrontalières, l’anticipation des mutations économiques via l’émergence de pôles industriels stratégiques, sont autant d’éléments concourant à une bonne situation globale du marché de l’emploi en Lorraine.

Conseil économique, social et environnemental de Lorraine

Définitions

La population active (au sens du recensement) regroupe les personnes ayant déclaré exercer une activité professionnelle ou être à la recherche d’un emploi.

Le taux d’activité est le rapport entre le nombre d’actifs et le nombre d’individus en âge de travailler (de 15 à 64 ans, pour cette étude).

Le taux d’emploi est le rapport entre le nombre d’individus ayant un emploi et le nombre d’individus en âge de travailler.

Projections de population active et simulation du nombre de départs en retraite

Les projections de population active reposent sur des hypothèses démographiques et de comportements d’activité. Dans un premier temps, une projection démographique est réalisée selon un scénario tendanciel : pour chaque zone étudiée (région, zone d’emploi), les taux de migration et la fécondité de 2007 sont maintenus sur la période de projection, les gains d’espérance de vie évoluent quant à eux parallèlement au scénario national (prolongeant les gains passés d’espérance de vie). Des taux d’activité par âge et sexe détaillés sont ensuite appliqués à cette projection. La construction de ces taux ainsi que les variantes possibles sont explicitées dans le texte. Il est possible d’isoler l’effet des taux d’activité et l’effet démographique, ce dernier étant décomposable en effet pyramide (naissances, décès et vieillissement) et effet migrations.

L’estimation du nombre de cessations définitives d’activité s’appuie sur un modèle différent. Pour chaque travailleur recensé en 2009, on simule année après année s’il poursuit son activité ou se retire définitivement du marché du travail. Le départ ou maintien de l’acteur économique se fait en fonction de son âge, sexe, niveau de diplôme, régime de retraite et du contexte législatif (les dernières réformes sont intégrées). En répétant le processus jusqu’en 2020, on obtient une estimation du nombre des personnes présentes en 2009 qui auront quitté le marché du travail sur la période. Les résultats sont déclinés par âge, sexe et famille professionnelle (en 87 niveaux). Le modèle fait l’hypothèse que les individus ne changent pas de famille professionnelle et ne quittent pas leur région.

retour sommaire

Économie Lorraine n°309 - Avril 2013

Téléchargement

Partenaire

Logo CESEL

Graphiques complémentaires

Télécharger ICI