Jean-Philippe THANRY, Insee Lorraine
La carte de la Lorraine dessinée par la nouvelle définition de l’entreprise est contrastée. Le poids des grandes entreprises nationales historiques reste important. Plus de 30% de l’emploi salarié lorrain (en équivalents temps plein) dépend de ces grandes entreprises, principalement présentes en Meurthe-et-Moselle et en Moselle. Les microentreprises et les petites et moyennes entreprises (PME) pourvoient près de la moitié de l’emploi régional. Les grandes entreprises et les entreprises de taille intermédiaire (ETI) implantées en Lorraine sont très dépendantes de centres de décisions extérieurs à la région.
En 2010, près de 86 000 entreprises du secteur marchand hors agriculture sont implantées en Lorraine. Ces entreprises emploient 385 200 salariés (en équivalents temps plein), soit 2,9% des effectifs salariés en France.
Petite, moyenne, grande, voire «de taille intermédiaire» ou «micro», chaque entreprise est désormais classée dans une catégorie représentant sa taille selon des critères économiques officiels (définitions). Par rapport à l’ancienne définition, le tissu productif lorrain apparaît plus concentré. Ce constat est cependant plus ou moins marqué selon les départements.
En Lorraine, 182 grandes entreprises emploient 118 800 salariés, soit 30,8% des effectifs de la région. C’est 3 points de plus qu’en France de province. Ce poids des grandes entreprises, publiques ou privées, qui a longtemps été une force de la région, pourrait représenter désormais une menace dans le cadre de restructurations d’entreprises ou de déclin de l’emploi public.
Dans la région, les grandes entreprises concentrent 82% des effectifs salariés du secteur de la production et distribution d’électricité, de gaz, de vapeur et d’air conditionné. Dans le secteur des activités financières et d’assurances, elles regroupent 73% des effectifs. Elles en représentent 57% dans le secteur des transports et de l’entreposage, et dans le secteur de l’information et la communication. Enfin, les grandes entreprises concentrent 49% des effectifs du secteur de la production et distribution d’eau, de l’assainissement, de la gestion des déchets et de la dépollution. Cela tient à la présence de grands entreprises nationales, en Lorraine comme dans les autres régions françaises : SNCF, LA POSTE et MEDIAPOST, EDF, GDF-SUEZ, FRANCE TELECOM...
Les grandes entreprises implantées en Lorraine sont surtout situées en Meurthe-et-Moselle et en Moselle. Elles représentent respectivement 36% et 32% des salariés de chaque département.
En Meurthe-et-Moselle, SAINT-GOBAIN-PAM à Pont-à-Mousson, Blénod-lès-Pont-à-Mousson et Foug, est le deuxième employeur derrière la SNCF. L’industrie automobile est dominée par la SOVAB à Batilly.
En Moselle, les grandes entreprises PSA (industrie automobile), ARCELORMITTAL ATLANTIQUE ET LORRAINE (sidérurgie), CONTINENTAL FRANCE (caoutchouc-plastiques), ou THYSSENKRUPP PRESTA FRANCE SAS (équipements automobiles) sont fortement implantées autour de Metz et dans le nord du département. Enfin, ONET SERVICES (Metz, Fameck...) est la plus grande entreprise du secteur du nettoyage.
De grandes entreprises sont très présentes dans les quatre départements lorrains, comme CORA et AUCHAN pour le commerce, BANQUE CIC EST, CRÉDIT FONCIER DE FRANCE ou CRÉDIT LYONNAIS pour le secteur bancaire. C’est aussi le cas de GDF SUEZ ÉNERGIES SERVICES, DALKIA FRANCE (collecte des déchets), et VINCI PARK SERVICES (travaux publics).
Dans les Vosges, le tissu économique, durement touché par la crise de 2008-2009, a été marqué par des fermetures et restructurations. L’industrie vosgienne a perdu plus de 7 000 emplois entre mars 2008 et septembre 2012. Les plus grosses entreprises implantées dans le département sont NESTLÉ WATERS SUPPLY EST à Vittel et Contrexéville, FAURECIA à Saint-Michel-sur- Meurthe et à Nompatelize.
Dans la Meuse, parmi les plus importantes des grandes entreprises, on trouve ARCELORMITTAL CONSTRUCTION FRANCE à Haironville et EVOBUS FRANCE à Ligny-en-Barrois.
| Effectifs salariés en 2010 | |||||
|---|---|---|---|---|---|
| Micro-entreprises | Petites et moyennes entreprises | Entreprises de taille intermédiaire | Grandes entreprises | Effectif salarié total | |
| Champ : entreprises marchandes (hors agriculture et intérimaires) | |||||
| Source : Insee, Esane, Lifi et Clap 2010 | |||||
| Meurthe-et-Moselle | 21 300 | 29 200 | 23 600 | 42 100 | 116 200 |
| Meuse | 5 500 | 8 500 | 5 400 | 6 200 | 25 600 |
| Moselle | 32 400 | 48 800 | 36 500 | 56 300 | 174 000 |
| Vosges | 14 200 | 22 500 | 18 500 | 14 200 | 69 400 |
| Lorraine | 73 400 | 109 000 | 84 000 | 118 800 | 385 200 |
| Lorraine (en%) | 19,1 | 28,3 | 21,8 | 30,8 | 100 |
| France de province (en%) | 20,6 | 28,9 | 22,1 | 28,4 | 100 |
| France (en%) | 19,4 | 27,3 | 22,2 | 31,1 | 100 |
En Lorraine, on recense 4 400 entreprises de taille intermédiaire (ETI) qui emploient 84 000 salariés, soit 21,8% des salariés de la région. Les plus importantes sont particulièrement présentes dans les secteurs de l’industrie, du transport et du commerce. Ainsi, près de la moitié des emplois salariés des ETI implantées dans la région sont des emplois industriels.
En Lorraine, 9 800 petites et moyennes entreprises (PME) emploient 109 000 salariés, ce qui représente 28,3% des salariés de la région.
Dans la Meuse et dans les Vosges, près d’un tiers des salariés travaillent dans des PME. En Meurthe-et-Moselle et en Moselle, les PME ne représentent que 26,9% des salariés.
Certains secteurs d’activité sont surreprésentés dans la catégorie des PME, comme le commerce et la construction dans la Meuse. Dans les Vosges, c’est le cas du commerce, du transport et entreposage, de l’hébergement et de la restauration.
Les 85 800 microentreprises représentent la très grande majorité des entreprises de la région. Médecins, pharmaciens, cafetiers, buralistes, boulangers, coiffeurs, garagistes... sont autant de microentreprises que nous fréquentons au quotidien. Les microentreprises sont des acteurs de premier plan de l’économie locale. Elles emploient 73 400 salariés, soit 19% des salariés lorrains. On les retrouve donc dans les activités de proximité, comme le commerce de détail, l’hôtellerie et la restauration. Elles sont très présentes également dans le secteur de la construction et le bâtiment. Elles sont des acteurs importants dans le domaine de la santé, la réparation automobile, ainsi que les services à la personne.
Globalement, la Lorraine est la région où la part d’entreprises dépendant d’un groupe étranger est la plus forte, derrière l’Alsace et devant la Picardie et l’Île-de- France.
Sur les 25 plus grandes entreprises en Lorraine, 17 ont leur siège en Île-de-France et appartiennent à un groupe dont la tête de groupe est française, avec au moins une filiale étrangère. Les groupes étrangers en contrôlent six autres.
Un tiers des 25 plus grandes ETI implantées en Lorraine appartiennent à un groupe dont la tête est française avec au moins une filiale étrangère, un tiers est sous contrôle d’un groupe étranger et le dernier tiers a une tête de groupe française avec des filiales exclusivement françaises.
Parmi les 25 premières PME, la moitié a une tête de groupe française avec des filiales exclusivement françaises, et sept sont sous contrôle d’un groupe étranger.
Parmi les 25 plus importantes PME implantées en Lorraine, 16 sont monorégionales : tous les salariés travaillent dans des établissements situés en Lorraine. Sur les 25 premières entreprises de taille intermédiaire, 15 sont implantées minoritairement dans la région, c’est-à-dire qu’une majorité de leurs effectifs travaille dans d’autres régions que la Lorraine.
Enfin, dans les 25 plus grandes entreprises, les effectifs salariés lorrains ne représentent qu’une partie minoritaire des effectifs totaux.
Sources
Les résultats sont issus de trois sources : Esane (dispositif d’Élaboration des statistiques annuelles d’entreprises), qui produit des statistiques structurelles d’entreprises sur les entreprises marchandes, à l’exception du secteur agricole, à partir de données administratives et d’enquêtes auprès d’un échantillon d’entreprises ; Clap (Connaissance locale de l’appareil productif), qui localise les effectifs salariés ; LIFI (système d’information Liaisons financières), qui identifie les groupes de sociétés opérant en France et détermine leur contour.
La nouvelle définition de l’entreprise
La nouvelle définition de l’entreprise issue du décret n°2008-1354, pris en application de la loi de modernisation de l’économie, dépasse l’approche juridique de l’entreprise au profit d’une approche économique. Désormais l’entreprise cesse d’être assimilée à l’unité légale. Elle est définie comme «la plus petite combinaison d’unités légales qui constitue une unité organisationnelle de production de biens et services jouissant d’une certaine autonomie de décision, notamment pour l’affectation de ses ressources courantes». Cette définition rend compte de l’organisation en groupe. En effet, il est fréquent que les sociétés d’un groupe prises isolément n’aient pas d’autonomie ni de pertinence. Par exemple, on peut avoir une filiale dédiée à la fabrication de biens et l’autre dédiée à leur commercialisation. Ces deux unités légales, filiales d’un même groupe, doivent être réunies pour constituer une entreprise au sens économique du terme. Dans cette étude, un groupe de sociétés est systématiquement considéré comme une entreprise. Ceci constitue une approximation en particulier pour les plus grands groupes. Des travaux de profilage sont en cours pour mieux identifier les entreprises des groupes.
De plus, le décret définit quatre catégories de taille d’entreprise :
Une entreprise est affectée à une catégorie selon son activité sur le territoire français, y compris pour les groupes internationaux.
Selon l’ancienne approche, prenant en compte les unités légales et leurs seuls effectifs, les grandes entreprises emploient 15% des salariés en France. Selon cette nouvelle approche, leur poids est de quasiment un tiers. Ainsi, en Lorraine, les grandes entreprises représentent désormais 30,8% de l’emploi salarié, contre 15,3% avec l’ancienne définition.
Définitions
L’effectif des entreprises considéré ici est l’effectif salarié hors intérimaires en 2010. Il est exprimé en équivalent temps plein (ETP) : les postes à temps partiel sont pris en compte au prorata de leur volume horaire de travail rapporté à celui d’un poste à temps complet. Ils sont localisés précisément dans chaque établissement des entreprises, ce qui permet une analyse géographique du tissu productif. L’activité principale est également celle de l’établissement.

Économie Lorraine n°307 - Avril 2013