Pierre-Yves BERRARD, Insee Lorraine
À l’horizon 2040, la population lorraine augmenterait de moins de 50 000 habitants, ce qui en ferait l’avant-dernière région métropolitaine en matière de dynamisme démographique, devant la Champagne-Ardenne. Le département de Meurthe-et-Moselle contribuerait majoritairement à cette évolution. Les Vosges quant à elles seraient en déficit démographique. La diminution de l’excédent des naissances sur les décès et la réduction du déficit migratoire expliqueraient cette atonie. La population vieillirait de manière conséquente, ce qui ne serait pas sans enjeux pour les politiques publiques.
Si les tendances démographiques récentes se poursuivaient, la population de la Lorraine passerait de 2,34 millions d’habitants en 2007 à 2,39 millions en 2040, soit une augmentation de 2% sur la période.
L’évolution lorraine serait faible, comparée à l‘évolution nationale de 15%. Par rapport aux autres régions métropolitaines, la Lorraine se placerait en avant-dernière position en termes de rythme de croissance, juste avant la Champagne-Ardenne. À l’échelle de la métropole, la population continuerait de se concentrer dans le sud et l’ouest du pays, au détriment de certaines régions du nord-est. Toutefois, par rapport à la période 1990-2007, le rythme de cette polarisation pourrait fléchir.
Aucune des régions voisines de la Lorraine ne figurerait parmi les régions les plus attractives démographiquement. Leurs dynamiques seraient cependant contrastées : augmentation d’environ 10% en Alsace et Franche-Comté, et diminution de 2% en Champagne-Ardenne.
Entre 2007 et 2020, le taux de croissance annuel de la population lorraine serait proche de celui observé entre 1999 et 2007. Il irait ensuite en décroissant, jusqu’à devenir négatif à partir de 2035. En conséquence, la population pourrait amorcer un léger déclin à partir de cette date. Cette inflexion s’explique par l’arrivée aux grands âges des baby-boomers, induisant une baisse du solde naturel (malgré une fécondité élevée). Ce phénomène, à son apogée entre 2035 et 2040, serait appelé à s’estomper par la suite.
| Scénario | Population en 2040 (milliers d'habitants) | Évolution 2007-2040 (%) | Point d'inflexion | ||
|---|---|---|---|---|---|
| Lorraine | France métropolitaine | Lorraine | France métropolitaine | ||
| Source : Insee, modèle Omphale | |||||
| Migrations basses | 2 325 | 68 843 | -0,7 | 11,4 | 2019 |
| Fécondité basse | 2 327 | 69 049 | -0,6 | 11,7 | 2019 |
| Espérance de vie haute | 2 348 | 69 764 | 0,4 | 12,9 | 2024 |
| Central | 2 386 | 70 734 | 2,0 | 14,5 | 2034 |
| Sans migrations | 2 419 | 66 146 | 3,4 | 7,0 | 2033 |
| Espérance de vie basse | 2 423 | 71 712 | 3,5 | 16,1 | - |
| Migrations hautes | 2 446 | 72 625 | 4,6 | 17,5 | - |
| Fécondité haute | 2 447 | 72 504 | 4,6 | 17,3 | - |
La Meurthe-et-Moselle serait le département lorrain en plus net essor (+4,1% entre 2007 et 2040). Néanmoins, au regard des autres départements français, l’évolution serait modeste : la Meurthe-et-Moselle occuperait le 75ème rang des départements de métropole.
La Meuse profiterait également d’un regain démographique de 7 000 habitants (soit +3,5%), qui s’inscrirait dans le prolongement de la tendance observée entre 1999 et 2007. La proximité de la Meurthe-et-Moselle en essor pourrait expliquer des échanges plus importants (du fait de la capacité de ce département à fournir de la population).
En Moselle, la population croîtrait jusqu’en 2025, date à laquelle les décès surpasseraient les naissances. Elle diminuerait ensuite jusqu’en 2040, sans toutefois être ramenée à son niveau de 2007. Au total, l’évolution serait de +1,1% sur l’ensemble de la période.
Dans les Vosges, département lorrain le plus vieux (moyenne d’âge de 40,7 ans en 2007 et 46,7 ans en 2040), la diminution commencerait dès 2017. Il en résulterait une baisse de 0,7% de la population sur l'ensemble de la période 2007-2010. Les Vosges se situeraient ainsi parmi les huit départements métropolitains dont la population n’augmenterait pas. Pour les populations en âge d’étudier, les départs y excéderaient largement les arrivées. Ces migrations de jeunes auraient un impact doublement négatif, puisqu’elles impacteraient aussi la natalité.
L’atonie de la démographie lorraine à l’horizon 2040 s’expliquerait par la baisse progressive de son solde naturel (rendant compte de l’excédent des naissances sur les décès) et la réduction de son déficit migratoire.
La contribution du solde naturel à l’évolution de la population lorraine passerait de 0,27% par an entre 1999 et 2007, à -0,02% entre 2030 et 2040. Malgré une fécondité en légère hausse, moins de naissances auraient lieu, car le nombre de femmes en âge de procréer serait insuffisant. Une des causes probables en serait la poursuite des départs de couples de jeunes actifs vers d’autres régions. Le déficit démographique observé dans les années 1980-90 peut également expliquer la moindre proportion de cette catégorie d’âge de la population 30 ou 40 ans plus tard. Dans le même temps, davantage de décès surviendraient, sous le coup du vieillissement de la population. Selon le scénario central, les décès surpasseraient les naissances vers 2035.
Le scénario « fécondité haute » fait l’hypothèse que l’indice conjoncturel lorrain de fécondité (1,8 en 2007) tendrait en 2015 vers le niveau national actuel (environ 2 enfants par femme), puis s’y maintiendrait. Cette hypothèse apporterait une augmentation d’environ 2 000 naissances par an. Malgré une réduction de l’écart, les naissances resteraient supérieures aux décès sur l’ensemble de la période 2007-2040, garantissant une progression démographique continue de 4,6% sur la période.
Depuis 1975, le déficit migratoire de la Lorraine se réduit, passant de 15 000 habitants par an entre 1982 et 1990, à 3 000 entre 1999 et 2007. Cette tendance se poursuivrait jusqu’en 2040. Sur les cinq dernières années de la phase de projection, le solde migratoire serait même quasiment à l’équilibre (282 habitants par an). Moins de personnes quitteraient la Lorraine pour les autres régions de France, tandis que les arrivées resteraient stables. Ce phénomène pourrait s’expliquer par la moindre capacité de certains départements (notamment la Moselle, département le plus peuplé de Lorraine) à « fournir » des populations susceptibles de partir : la baisse ou la stagnation des populations entraîneraient mécaniquement la baisse des départs. Cet amenuisement du nombre de personnes quittant la Lorraine serait en particulier marqué avec l’Île-de-France, l’Alsace, Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur, régions vers lesquelles les départs sur la période 2035-2040 baisseraient d’au moins 1 000 par rapport à la période 2007-2012.
La population projetée en 2040 dépendrait fortement de l’hypothèse faite sur l’excédent migratoire national avec l’étranger (+100 000 par an pour le scénario central). Pour la Lorraine, ce solde atténuerait son déficit migratoire avec les autres régions. Si cet excédent n’était que de +50 000, la population lorraine baisserait de 0,7% entre 2007 et 2040, avec un déclin effectif de la population commençant vers 2020. Si, au contraire, il passait à +150 000, l’augmentation serait de 4,6% en Lorraine. Dans le cas d’école d’un scénario sans aucune migration (interne ou avec l’étranger), l’augmentation serait de 3,5%. À partir de 2035, on y observerait la même diminution que dans le scénario central, due à l’arrivée aux grands âges des générations issues des trente glorieuses (1945-1973).
Quel que soit le scénario envisagé, la population lorraine est appelée à vieillir. Dans l’hypothèse centrale, l’âge moyen en Lorraine passerait de 39 à 45 ans entre 2007 et 2040. Ce vieillissement serait un peu plus soutenu qu’au niveau national (de 39 à 43,7 ans). Les régions les plus jeunes en 2007 le resteraient en 2040, la Lorraine en position médiane ne faisant pas exception.
En 2040, près d’un Lorrain sur trois aurait plus de 60 ans, contre un sur cinq en 2007. Le passage aux âges avancés des personnes nées entre 1945 et 1965 ne serait pas la cause unique de ce changement de répartition, la baisse des naissances et le départ des jeunes y contribuant également (baisse de 13% des 20-59 ans). La proportion des plus de 80 ans doublerait pour atteindre 10% de la population en 2040, soit 237 000 personnes.
Ce changement démographique majeur pèserait sur les politiques publiques locales : prise en charge de la dépendance, accès aux équipements et services en milieu rural, politiques de transports et de logement… Un ratio rapportant l’ensemble des inactifs potentiels (moins de 20 ans et 60 ans et plus) aux actifs potentiels (20-59 ans) mesure la dépendance économique. Il passerait de 0,83 à 1,14 entre 2007 et 2040, indiquant un basculement complet de l’équilibre entre ces deux catégories de population. Il évoluerait de la même façon au niveau national. Il subsisterait un contraste important entre les départements lorrains, ce ratio s’élevant à 1,04 en Meurthe-et-Moselle et 1,34 dans les Vosges en 2040.
| Scénario | 0-19 ans (%) |
20-59 ans (%) |
60 ans et plus (%) |
dont 80 ans et plus (%) |
|---|---|---|---|---|
| Source : Insee, modèle Omphale | ||||
| Central | 21,1 | 46,8 | 32,1 | 9,9 |
| Espérance de vie basse | 21,5 | 47,4 | 31,2 | 9,1 |
| Espérance de vie haute | 20,8 | 46,2 | 33,0 | 10,8 |
| Fécondité basse | 19,8 | 47,3 | 32,9 | 10,2 |
| Fécondité haute | 22,4 | 46,3 | 31,3 | 9,7 |
| Migrations basses | 20,9 | 46,4 | 32,7 | 10,1 |
| Migrations hautes | 21,4 | 47,1 | 31,5 | 9,7 |
| Sans migration | 21,0 | 46,6 | 32,5 | 10,2 |
| Zone d'emploi | Population 2007 (en milliers d'habitants) | Variation annuelle de la population entre 2007 et 2040 (%) | due au solde naturel (%) | due au solde migratoire (%) |
|---|---|---|---|---|
| Source : Insee, modèle Omphale (scénario central) | ||||
| Meuse-du-Nord | 67,8 | 0,25 | 0,08 | 0,17 |
| Toul | 86,6 | 0,21 | 0,41 | -0,20 |
| Commercy | 45,1 | 0,21 | 0,03 | 0,18 |
| Lunéville | 78,8 | 0,17 | 0,12 | 0,05 |
| Thionville | 325,5 | 0,14 | 0,11 | 0,03 |
| Sarrebourg | 88,0 | 0,12 | -0,06 | 0,19 |
| Briey | 76,9 | 0,12 | 0,11 | 0,01 |
| Saint-Dié-des-Vosges | 84,4 | 0,10 | -0,05 | 0,14 |
| Longwy | 84,7 | 0,04 | 0,09 | -0,05 |
| Nancy | 418,2 | 0,00 | 0,19 | -0,19 |
| Épinal | 156,6 | -0,02 | -0,03 | 0,00 |
| Metz | 276,8 | -0,04 | 0,13 | -0,17 |
| Bassin-Houiller | 264,3 | -0,23 | -0,11 | -0,11 |
| Remiremont-Gérardmer | 79,3 | -0,25 | -0,34 | 0,09 |
| Vosges-de-l'Ouest | 84,5 | -0,25 | -0,29 | 0,05 |
| Sarreguemines | 60,0 | -0,26 | -0,29 | 0,03 |
| Bar-le-Duc | 62,4 | -0,31 | -0,16 | -0,15 |
| Lorraine | 2 339,9 | 0,06 | 0,08 | -0,02 |
| France métropolitaine | 61 795,3 | 0,41 | 0,24 | 0,17 |
Pour comprendre ces résultats
La réactualisation des projections de population est un enjeu important. L’Insee reçoit de nombreuses demandes de la part d’acteurs publics pour évaluer les populations futures, tant au niveau local (conseils généraux et régionaux, agences d’urbanisme…) que national (Conseil d’orientation des retraites…). Ces projections permettront de nouvelles projections de population active et de ménages.
De plus, le modèle de projections a subi des apports liés au changement dans le mode de recensement. En effet, celui-ci fournit des informations supplémentaires sur les migrations. L’inclusion de ces données dans le modèle permet une meilleure estimation des migrations internes au territoire français. Le nouveau modèle respecte également mieux le profil de fécondité et mortalité de chaque zone.
Les populations régionales au 1er janvier 2007 sont issues du recensement de la population. À partir de ces données par sexe et âge, l’Insee a réalisé de nouvelles projections de population régionales à l’aide du modèle « Omphale 2010 », qui applique, avec un pas quinquennal, pour chaque sexe et âge, des quotients d’émigration bilocalisés, et des quotients de fécondité et de mortalité, propres aux populations correspondantes. Ces projections à pas quinquennal sont ensuite annualisées. Les divers quotients sont déterminés en ne prenant en compte que les tendances de fécondité, mortalité et de migrations régionales observées par le passé, sans intégrer les réactions complexes qu’elles peuvent susciter (effet sur le marché foncier, impact des politiques publiques territoriales…) ni les facteurs exogènes. Ces projections ne peuvent donc s’assimiler à des prévisions : il n’est pas affecté a priori de probabilité aux hypothèses retenues.
Le scénario central
Les projections commentées ici ont été élaborées avec les hypothèses du scénario dit « central ». Ainsi :
- la fécondité (indice conjoncturel de fécondité) de chaque région est maintenue à son niveau de 2007.
L'indice conjoncturel de fécondité (ICF) à l’année n s’interprète comme le nombre moyen d’enfants pour une femme qui aurait pendant toute sa vie féconde les taux de fécondité observés à chaque âge au cours de l’année n.
- la mortalité de chaque région baisse au même rythme qu’en France métropolitaine où l’espérance de vie atteindrait 83,3 ans pour les hommes et 88,8 ans pour les femmes en 2040 ;
- les quotients migratoires entre régions métropolitaines, calculés entre 2000 et 2008, sont maintenus constants sur toute la période de projection. Ils reflètent les échanges de population entre une région et chacune des autres, y compris celles d’outre-mer. En ce qui concerne les échanges avec l’étranger, l’hypothèse métropolitaine (+100 000) est ventilée au prorata du nombre d’immigrants par région. Ces projections sont ensuite calées sur la nouvelle projection de population métropolitaine centrale publiée par l’Insee en octobre 2010, afin de faire coïncider, pour la métropole, la somme des projections régionales avec la projection métropolitaine.
Des variantes possibles
Des variantes ont été constituées pour mesurer l’impact d’évolutions qui, sur chaque composante, différeraient de celles retenues dans le scénario central.
Pour la fécondité, le scénario « fécondité haute » fait converger la fécondité de chaque région vers une valeur cible en 2015 qui correspond à l'ICF de la zone en 2007 augmenté de 0,15. Au-delà, la fécondité ainsi atteinte est maintenue.
Pour le scénario « fécondité basse », c’est la valeur de l'ICF de la zone moins 0,15 qui sert de cible en 2015.
Pour la mortalité, le scénario « espérance de vie haute » fait évoluer l’espérance de vie de chaque région parallèlement à l’évolution métropolitaine du scénario correspondant. Ce dernier est établi selon des gains progressifs d’espérance de vie à la naissance, qui atteint environ 90,6 ans pour les femmes et 84,9 ans pour les hommes en 2040. Pour le scénario « espérance de vie basse » qui fonctionne selon le même principe, les valeurs métropolitaines s’élèvent à 87,1 ans pour les femmes et 81,4 ans pour les hommes.
Pour les migrations, le scénario sans migrations est une projection pour laquelle l’ensemble des échanges migratoires, entre régions et avec l’étranger, sont considérés nuls. Il constitue une variante intéressante pour appréhender leur impact sur les projections régionales. Les scénarios « migrations hautes » et « migrations basses » ventilent entre régions un solde annuel avec l’étranger de respectivement +150 000 et +50 000 personnes.
| Scénario | Indice conjoncturel de fécondité | Mortalité | Migrations | |||
|---|---|---|---|---|---|---|
| 2007 | Valeur cible en 2015 (puis maintien) | Espérance de vie à la naissance en 2040 | Solde migratoire national (annuel) | Quotients migratoires 2000-2008 | ||
| Hommes | Femmes | |||||
| L'ICF (voir méthodologie) converge vers la valeur cible en 2015 puis est maintenu jusqu'en 2040. La mortalité évolue parallèlement à l'évolution métropolitaine du scénario correspondant (voir méthodologie). Le solde migratoire national est ventilé entre régions au prorata du nombre d'immigrants. | ||||||
| Source : Insee, modèle Omphale | ||||||
| Central | 1,8 | 1,8 | 83,1 | 86,6 | + 100 000 | Constants |
| Espérance de vie basse | 80,0 | 85,4 | ||||
| Espérance de vie haute | 83,1 | 86,9 | ||||
| Fécondité basse | 1,65 | 83,1 | 86,6 | |||
| Fécondité haute | 1,95 | |||||
| Migrations basses | 1,8 | + 50 000 | ||||
| Migrations hautes | + 150 000 | |||||
| Sans migration | 0 | Nuls | ||||

Économie Lorraine n° 239- Décembre 2010