Par Gilles ZEMIS (INSEE)
Après avoir traversé une crise financière, l'économie mondiale est entraînée, en 2009, dans une profonde récession.
En France, comme dans l'ensemble des économies avancées, l'activité est en fort déclin. Elle régresse de 1,4% au premier trimestre, après avoir chuté de 1,7% lors du dernier trimestre de l'année précédente. À partir du deuxième trimestre 2009, l'économie française cesse de se dégrader et renoue timidement avec la croissance. Ainsi, une légère progression d'activité est observée au cours des deuxième et troisième trimestres (respectivement + 0,3% et + 0,2%). Celle-ci s'accélère au cours du dernier trimestre mais reste toutefois ténue (+ 0,6%).
Pour le pays, le bilan est lourd. L'activité est en repli de 2,2%, 357 000 emplois sont détruits et le taux de chômage s'établit à 9,6% au quatrième trimestre.
La Franche-Comté n'échappe pas à la crise et ses activités commerciales avec l'étranger s'en ressentent. La valeur de l'ensemble des échanges, exportations - importations, est en baisse de 14% par rapport à l'année précédente. Toutefois, la balance commerciale régionale demeure nettement excédentaire et s'élève à 3,35 milliards d'euros. Les ventes à l'étranger sont en baisse mais restent néanmoins relativement élevées dans les secteurs fabriquant des produits de la construction automobile et des produits issus de la filière des machines et équipements d'usage général.
Malgré la crise, les partenaires privilégiés des entreprises de la région demeurent l'Espagne pour ses clients et l'Allemagne pour ses fournisseurs.
L'agriculture française est maintenue dans un contexte mondial de surproduction et voit se poursuivre la chute des cours de ses produits. Les prix retrouvent leur niveau de 2007, avant la flambée des cours.
Au niveau national, la crise laitière reste l'événement majeur de l'année. Malgré une agriculture plutôt tournée vers la production laitière, la Franche-Comté est moins fortement touchée que d'autres régions. Son orientation fromagère et ses produits « haut de gamme » l'ont davantage préservée des effets de cette crise.
En région, comme au niveau national, l'activité industrielle est à l'image de la santé économique du pays. Au premier trimestre 2009, se confirme une très nette dégradation de la production, amorcée l'année précédente. Celle-ci prend fin au second trimestre et l'activité reprend à partir du trimestre suivant. Ce rebond s'observe dans tous les secteurs industriels, sauf dans celui des biens de consommation.
Alors qu'il s'est effondré un an plus tôt, le marché automobile se dynamise dès le milieu de l'année 2009. Il tire les bénéfices des mesures nationales mises en place pour soutenir ce secteur. Ainsi, l'industrie automobile régionale se redresse en fin d'année. L'industrie des biens d'équipements, autre spécificité industrielle régionale, résiste plutôt bien à la crise. Notamment, les carnets de commande bien garnis de grands groupes installés sur le territoire comtois y contribuent fortement.
En Franche-Comté, comme en métropole, le secteur de la construction subit de plein fouet les aléas de la mauvaise conjoncture économique. L'année 2009 se déroule dans le prolongement de la tendance constatée l'année précédente. La construction neuve est en déclin, quel que soit le type d'ouvrage (habitat individuel, collectif et locaux non résidentiels). La diminution des autorisations de construire ne laisse pas entrevoir une reprise proche, notamment sur l'année 2010. Seul point positif, les ventes de logements neufs progressent de 60% en un an, faisant ainsi diminuer le stock de logements disponibles.
Dans le secteur tertiaire marchand, comme dans la plupart des secteurs économiques, la crise sévit davantage au cours des premiers mois de l'année 2009. Le point bas de cette récession est atteint juste avant l'été. Grâce aux ventes d'automobiles, l'activité commerciale cesse de se dégrader à partir du second semestre. Celles-ci sont dynamisées par les mesures prises pour soutenir la consommation dans ce secteur, telles la prime à la casse et le bonus écologique. Toutefois, sur l'ensemble du secteur tertiaire marchand, la reprise reste fragile.
Pour la région, le bilan 2009 du secteur du tourisme est très contrasté. D'une part, les difficultés économiques affectent particulièrement l'activité hôtelière franc-comtoise, accueillant majoritairement une clientèle d'affaires. Par ailleurs, l'hôtellerie de plein air affiche de bons résultats.
En Franche-Comté, malgré un contexte défavorable, offrant peu de débouchés, le nombre de créations d'entreprises est pratiquement deux fois plus élevé que l'année précédente (+ 91%). Cette explosion résulte de la création du régime de l' « auto-entrepreneur ». Dans la région, la part de créations effectuées sous ce statut est plus importante qu'en France métropolitaine. En revanche, le nombre de créations dites « classiques », diminue fortement. Ce constat est à relier à la dureté du climat économique, mais aussi à l'attrait des créateurs pour un nouveau régime limitant les contraintes administratives.
Dans la région, les effets de la crise se portent davantage sur les défaillances d'entreprises dont le nombre augmente deux fois plus vite qu'en métropole.
En 2009, l'emploi salarié régional du secteur privé diminue de 2,5%, soit 6 600 postes détruits.
L'industrie et la construction sont les deux secteurs les plus affectés (respectivement - 7% et - 4%). Tous les départements francs-comtois sont touchés par la baisse de l'emploi. L'incertitude du climat économique pousse les entreprises franc-comtoises à recourir davantage à des ajustements de main-d'œuvre. En période de baisse d'activité, celles-ci gèlent les missions d'intérim ou recourent au chômage partiel. En situation de reprise, elles préfèrent faire appel à des intérimaires plutôt qu'embaucher.
Plus que jamais, en 2009, l'intérim est la principale variable d'ajustement pour les entreprises.
L'année précédente s'était achevée par un recul de 31% du nombre d'intérimaires. Cette chute se poursuit en début d'année 2009, avec une amputation de l'effectif de ce type de personnel de 38% au premier trimestre. Sous l'effet d'une légère reprise d'activité dans l'industrie, la tendance s'inverse à partir de l'été.Toutefois, globalement, avec un retrait de 36% par rapport à l'année précédente, l'intérim demeure à l'un de ses plus bas niveaux.
Dans ce climat d'instabilité, l'ajustement de la main-d'œvre ne se limite pas à freiner le recours à l'intérim et à user du chômage partiel. Les entreprises franc-comtoises sont également contraintes de supprimer des postes ou de licencier. Dans la région, en 2009, le nombre de demandeurs d'emploi augmente de près d'un quart par rapport à l'année précédente. Ainsi, en fin d'année, le taux de chômage atteint la barre des 10%, soit 2,2 points de plus en un an. Cette dégradation, commune à l'ensemble du territoire français, est plus marquée dans la région. La Franche-Comté occupe le 2e rang des régions métropolitaines, accusant les plus fortes hausses du nombre de demandeurs d'emploi et du taux de chômage.
mesure d'aide à l'emploi sont comptabilisées et concernent, en grande partie, le secteur marchand. En un an, elles ne progressent que de 2,8%, les entreprises n'étant pas, en 2009, en situation de profiter pleinement de ces mesures d'incitation à l'embauche. En revanche, les contrats aidés sont bien accueillis dans le secteur non marchand et augmentent de 17,7% en un an. Cette progression est essentiellement due à une importante hausse des contrats d'accompagnement dans l'emploi (CAE), signés majoritairement dans le monde associatif.
En 2009, l'engouement des étudiants francs-comtois pour des filières courtes et/ou professionnalisantes est toujours aussi soutenu. Toutefois, la crise économique freine leur insertion professionnelle. Ainsi, le taux d'emploi des lycéens, sept mois ou plus après la fin de leur formation, chute de 13 points par rapport à l'année précédente. L'arrivée des apprentis sur le marché du travail est également plus difficile. Parmi ceux-ci, 35% sont à la recherche d'un emploi et cette part augmente de quatorze points en un an.
La crise touche d'abord les ménages les plus modestes. Pour certains d'entre eux, la dégradation économique a durci leur situation, rendant encore plus difficiles leurs obligations financières. Cela se traduit dans la région, comme en métropole, par une importante augmentation des dépôts de dossier de surendettement, de l'ordre de 15%.
La naissance officielle du Revenu de Solidarité Active (RSA), au 1er juin 2009, arrive à point nommé au moment où la crise sévit le plus. Pour ces sept premiers mois d'existence, le bilan est mitigé. Au 31 décembre 2009, dans la région, 27 600 allocataires en bénéficient, soit 17% de plus que lors de son entrée en vigueur. Toutefois, en Franche-Comté, un potentiel de 50 000 ménages peut prétendre à cette prestation.
Les recettes fiscales de l'État, collectées en Franche-Comté, chutent de 13% en 2009. La baisse de l'impôt sur les sociétés y contribue pour près de moitié. Dans la région, les dépenses de l'État continuent de croître, mais plus modérément que l'année précédente (respectivement + 2,4% et + 4%). Le montant des rémunérations de personnel, premier poste de dépenses, est en baisse de 45 millions d'euros par rapport à 2008.
L'analyse des comptes des communes du Doubs, portant sur l'exercice 2009, met en évidence une régression de l'autofinancement brut lié à une progression plus rapide des charges de fonctionnement que des produits de fonctionnement. Néanmoins, sur la période 2005-2009, on constate un dynamisme des dépenses d'équipement, accentué au cours de la dernière année. Cette évolution provient, en partie des effets de la mesure de versement anticipé du fonds de compensation de la taxe sur la valeur ajoutée. Dans ce cadre, les collectivités s'engagent à augmenter leurs investissements.
N° 22
L'année économique et sociale 2009 en Franche-Comté
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