Jean-Philippe CARITG, Insee Haute-Normandie
La persistance de la morosité des contextes international et national pèse sur les résultats haut-normands. Après une relative stabilité de l’emploi au troisième trimestre 2012, l’emploi salarié reprend sa courbe descendante entamée au premier trimestre 2008. Le chômage ne cesse d’augmenter. Le nombre de créations d’entreprises et de constructions de locaux à usages non-résidentiels sont les seuls indicateurs orientés positivement.
En Haute-Normandie, au 4e trimestre 2012, l’emploi salarié dans les secteurs principalement marchands recule de 0,6 % soit une perte nette de 2 650 emplois de l’ensemble des secteurs économiques. La construction et l’intérim pèsent fortement sur cette baisse.
Avec 148 922 inscrits à Pôle emploi au 31 décembre, soit 2 600 de plus qu’au 30 septembre, le nombre de demandeurs d’emplois des catégories A, B, ou C* établit un nouveau record. Pénalisé par ces inscriptions supplémentaires, le taux de chômage s’inscrit lui aussi en hausse pour atteindre 11,6 % de la population active. Les inscrits de plus de 50 ans pâtissent le plus de cette montée du chômage et sont désormais presque aussi nombreux que les inscrits de moins de 25 ans (presque 20 % chacun de l’ensemblel des inscrits).
Dans ce contexte de morosité, si le nombre de créations d’entreprises repart à la hausse, le nombre de défaillances reste important (+ 6,7 %), la fréquentation hôtelière recule, la construction de logements neufs est orientée à la baisse, au contraire de celle de locaux à usages non-résidentiel, en vive hausse.
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Graphique 1 - Évolution de l’emploi salarié marchand

Source : Insee, Estimations d’emploi
* Personne sans emploi ou ayant exercé une activité réduite tenue d’accomplir des actes positifs de recherche d’emploi.
Corrigé des variations saisonnières, en Haute-Normandie, au 4e trimestre 2012, l’emploi salarié des secteurs principalement marchands se replie de 0,6 % par rapport au trimestre précédent, deux fois plus qu’en France métropolitaine.
Dans l’Eure, la dégradation est identique à celle constatée en France métropolitaine plus accentuée en Seine-Maritime (– 0,8%).
Un seul secteur sur dix-sept (les activités financières et celles d’assurances) est -de façon modeste- créateur net d’emplois : + 0,7 %
Avec 850 destructions nettes, la construction (10,6 % de l’ensemble des emplois) recule de 1,9 % et contribue le plus à la destruction nette d’emplois ce trimestre : presque le tiers des pertes.
Deux fois moindre qu’au trimestre précédent, le recul de l’emploi intérimaire reste important : avec une baisse 2,1 %, c’est le secteur où la diminution des effectifs s’avère être proportionnellement la plus élévée.Il s’agit du sixième trimestre consécutif de recul des effectifs intérimaires.
L’industrie perd 700 salariés soit une diminution de 0,6 % de ses effectifs.
Sur un an (4e trimestre 2012 comparé au 4e trimestre 2011), le repli de l’emploi salarié est trois fois plus important en Haute-Normandie (– 1,7 %) qu’en France métropolitaine (– 0,6 %). Les pertes massives dans l’intérim (– 11,8 %) et dans la construction (–3,9 %) contribuent aux deux-tiers de la baisse enregistrée sur cette période.
Graphique 2 - Évolution de l'emploi salarié marchand par secteur

Source : Insee, Estimation d’emploi
Graphique 3 - Évolution de l’emploi intérimaire

En moyenne, en Haute-Normandie, sur le 4e trimestre 2012, le taux de chômage s’établit à 11,6 % de la population active haut-normande, soit une hausse de 0,5 point par rapport au trimestre précédent. C’est le taux le plus haut enregistré depuis le 2e trimestre de l’année 1999. L’augmentation par rapport au trimestre précédent est importante : la Haute-Normandie est, après le Nord-Pas-de-Calais (+ 0,6 point) -mais avec le Languedoc-Roussillon et la Franche-Comté- la région où le taux de chômage progresse le plus (+ 0,5 point).
Elle demeure la cinquième région métropolitaine la plus affectée par le chômage, entre la région PACA (11,7 %) et Champagne-Ardenne (11,2 %).
D’un trimestre à l’autre, le taux de chômage progresse de 0,5 point dans les deux départements haut-normands. Il atteint 11,2 % dans l’Eure et 11,8 % en Seine-Maritime.
Sur cette même période, en France métropolitaine, le taux de chômage croît de 0,3 point. Avec 10,2 % de la population active au chômage, il dépasse pour la première depuis le 2e trimestre 1999 le seuil symbolique des 10,0 %.
Sur un an (4e trimestre 2012 comparé au 4e trimestre 2011), le taux de chômage progresse de 1 point contre 0,8 point en France métropolitaine.
Graphique 4 - Taux de chômage

Source : Insee, taux de chômage au sens BIT et taux de chômage localisé
Au 4e trimestre 2012, les mises en chantier et les autorisations de construire baissent.
Ainsi, en Haute-Normandie, sur douze mois glissants, au 4e trimestre 2012, 8 230 logements ont été mis en chantier, soit une baisse de 15,8 % par rapport au trimestre précédent. Cette baisse concerne essentiellement le logement collectif (un quart de mises en chantier en moins), alors que le logement individuel est presque stable (– 1,0 %).
En France métropolitaine, sur la même période, la baisse est de 9,8 %.
Après une évolution triennale très favorable jusqu’en décembre 2011, les autorisations de permis de construire marquent depuis le pas. Ainsi, avec 11 700 permis de construire délivrés en 2012, la région retrouve les niveaux atteints sept ans auparavant. Le logement collectif représente 40% des autorisations et chute plus fortement que le logement individuel.
Sur un an, la chute est bien plus forte en région (26,6 %) qu’en France métropolitaine (– 6,7 %).
En Haute-Normandie, sur un an (de janvier à décembre 2012), 636 300 m2 de surfaces de locaux non résidentiels ont été mis en chantier soit une hausse de 25,2 % par rapport à la même période un an auparavant. Cette vitalité contraste avec la baisse de 12,1 % observée en France métropolitaine.
En région, la construction de locaux de services publics, d’hébergement hôtelier et celle de bureaux baissent. Les autres secteurs progressent, en particulier la construction de locaux agricoles (55 000 m2 mis en chantier, soit trois fois plus qu’un an auparavant) et celle d’entrepôts dont les mises en chantier (131 500 m2) font plus que doubler sur un an.
Graphique 5 - Évolution du nombre de logements autorisés à la construction

Source : SoeS, Sit@del
Graphique 6 - Évolution du nombre de logements commencés

Source : SoeS, Sit@del
Au 4e trimestre 2012, l’hôtellerie haut-normande enregistre une baisse de fréquentation de 2,4 % par rapport au 4e trimestre 2011 contre une hausse très modérée de 0,3 % en France métropolitaine. En Haute-Normandie, la clientèle étrangère représente 14,6 % des 609 000 nuitées enregistrées ce trimestre. En France métropolitaine, cette proportion, pour ce même trimestre s’établit à 31,5 %.
Ce recul est entièrement imputable à une baisse de fréquentation de la clientèle française (– 3,2 %).
L’importante baisse de fréquentation du mois d’octobre 2012 par rapport à octobre 2011 (– 8,7 %) impacte à la baisse les résultats du trimestre, mais les performances d’octobre 2011 avaient été excellentes. Déjà peu nombreuse en décembre, la clientèle étrangère a, pour le dernier mois de l’année 2012, déserté les hôtels de la région : – 9,1 % par rapport à décembre 2011
Graphique 7 - Évolution de la fréquentation dans les hôtels

Sources : Insee ; direction du Tourisme ; CRT
Au 4e trimestre 2012, en données brutes, 2 600 entreprises ont été créées en Haute-Normandie dont 60 % sous le régime de l’auto-entrepreunariat.
Les créations d’entreprises progressent de 11 % par rapport au trimestre précédent, après deux trimestres consécutifs de baisse. En France métropolitaine, elles augmentent de 7 %.
En Haute-Normandie, la reprise est plus accentuée dans l’Eure (+ 12,2 %) qu’en Seine-Maritime (+ 10,5 %).
Les activités de soutien aux entreprises (+ 28,7 %) et le commerce (+ 8,8 %) contribuent le plus à la hausse du trimestre : ces deux activités représentent 40 % des créations. Seules la construction (– 5,6 %) et le transport-entreposage (– 4 %) ne participent pas à la reprise.
Sur un an (4e trimestre 2012 comparé au 4e trimestre 2011), et toujours en données brutes, les créations diminuent de 4 % en Haute-Normandie et de 2,8 % en France métropolitaine.
En données brutes, 351 entreprises ont fait l’objet d’une procédure de redressement ou de liquidation judiciaire, soit 6,7 % de plus par rapport au 3e trimestre 2012. Cette évolution est à comparer à la hausse de 32,7% des défaillances en France métropolitaine, la situation est donc bien moins défavorable en Haute-Normandie.
En région, la hausse impressionnante dans le transport-entreposage (+ 44,4 % mais seulement 3,7 % de l’ensemble des défaillances) pèse peu sur les résultats. La situation est tout autre dans l’hôtellerie-restauration (14 % du total des défaillances) qui, avec une cinquantaine d’entreprises défaillantes, flirte avec ses records : + 28,9 % en un trimestre.
En revanche, la situation s’améliore dans l’industrie, où, sur un trimestre, les défaillances d’entreprises diminuent de 21,2% (après -21,4% au 3e trimestre).
Sur un an (4e trimestre 2012 comparé au 4e trimestre 2011), la hausse du nombre de défaillances d’entreprises est trois fois moins forte en Haute-Normandie (+3,2%) qu’en France métropolitaine (+10,2%).
Graphique 8 - Évolution du nombre de créations d’entreprises

Source : Insee, REE (répertoire des entreprises, Sirène)
Graphique 9 - Les défaillances d’entreprises

Source : Insee, BODACC
Fin 2012, l’activité a calé dans les économies avancées (-0,2% après +0,3% au 3ème trimestre). Les économies émergentes ont pourtant gagné en dynamisme mais les économies avancées n’en ont pas profité. Aux États-Unis, malgré la résistance de la consommation des ménages et de l’investissement, l’activité a connu un trou d’air (0,0%), en raison du repli de la consommation publique et d’importants mouvements de déstockage. En zone euro, net recul de l’activité : -0,6% après -0,1%. Notamment, la production manufacturière, stable au 3ème trimestre, s’est fortement repliée fin 2012.
Au 1er trimestre 2013, l’activité resterait dynamique dans les économies émergentes et elle rebondirait dans les économies avancées (+0,4%). Le rythme de progression redeviendrait soutenu aux États-Unis (+0,6% après 0,0%) grâce à la résistance de la demande interne et ce, en dépit des hausses de prélèvements sur les ménages décidées fin 2012. Dans la zone euro, l’activité cesserait de se contracter (+0,1% après -0,6%), grâce au redémarrage de la locomotive allemande (+0,5% au 1er trimestre). En revanche, l’Espagne et l’Italie resteraient à la peine. L’activité des économies avancées se tasserait au 2ème trimestre 2013 (+0,2%), notamment aux États-Unis sous l’effet de coupes budgétaires.
En France, l’activité s’est repliée fin 2012, avec une intensité toutefois moindre que dans les autres grands pays européens (-0,3% après +0,2%). La production manufacturière a subi un fort repli (-2,6% après +1,1%) Entraînées par la faiblesse des échanges dans les pays avancés, les exportations ont reculé (-0,6% après +1,0%) tandis que les iinvestissements des entreprises ont diminué (-0,8% après - 0,6%). De même, les dépenses de consommation des ménages ont été atones (-0,1% après +0,1%).
Au 1er semestre 2013, de meilleures perspectives d’activité dans l’industrie suggèrent un repli moindre de l’activité manufacturière. Grâce à l’embellie mondiale, les exportations accélèreraient. En revanche, la demande intérieure resterait atone. Le pouvoir d’achat des ménages resterait freiné par la dégradation du marché du travail et par l’augmentation des prélèvements ; la consommation des ménages serait stable. En outre, l’investissement reculerait encore. L’activité serait ainsi quasi-stable au 1er semestre (0,0% au 1er trimestre 2013 puis +0,1% au 2ème) ; 74 000 emplois marchands seraient supprimés et le taux de chômage atteindrait 11,0% mi-2013.

Insee conjoncture Haute-Normandie N°02 - avril 2013
Pour toutes les régions, la dernière note trimestrielle de conjoncture.
