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Liens transversaux haut

Un Haut-Normand sur six en difficulté face à l'écrit

Auteurs : Jonathan Brendler, Catherine Sueur (Insee Haute-Normandie)

Résumé

Parmi les Haut-Normands âgés de 18 à 65 ans, 17 % éprouvent des difficultés conséquentes face à l'écrit. Pour 12 % d'entre eux, ces difficultés peuvent être qualifiées de graves ou fortes au point d'être préoccupantes, chiffres identiques à la moyenne métropolitaine. Une des particularités régionales réside dans la forte proportion de femmes confrontées à ce problème. Les personnes maîtrisant mal l'écrit ou la lecture accèdent moins facilement à l'emploi. Pour celles occupant un emploi, ces difficultés s'estompent quand le niveau de qualification s'élève. Ces liens apparaissent plus nets pour les femmes que pour les hommes. Enfin, les résultats en calcul sont moins bons qu'au niveau national ; en compréhension orale, ils sont identiques.

Sommaire

Encadrés

Publication

Parmi l'ensemble des Haut-Normands de 18 à 65 ans, 17 %, soit 184 000 personnes, éprouvent des difficultés à communiquer par l'écrit. Cette proportion est proche de la moyenne métropolitaine. C'est ce qui ressort de l'enquête menée par l'Insee en 2011 visant à apprécier le niveau de compétences des adultes à l'écrit, en calcul et en compréhension orale (cf. encadré méthodologique).

Pour les personnes manifestant a priori des difficultés à l'écrit au terme d'une première série d'exercices basés sur des supports de la vie quotidienne, l'approche combine les résultats dans trois domaines fondamentaux : la lecture, la production de mots écrits et la compréhension d'un texte simple. Le plus bas niveau de compétence observé dans un de ces trois domaines fait apparaître le niveau de difficulté à communiquer. Ainsi, une personne obtenant moins de 40 % de réussite dans un des domaines sera considérée en grave difficulté pour communiquer quels que soient ses résultats dans les deux autres.

Parmi les 17 % d'adultes globalement en difficulté face à l'écrit dans la région, les niveaux de compétence sont plus faibles en production de mots écrits et en compréhension d'un texte simple qu'en lecture. Ainsi, pour 10 % des Haut-Normands, les difficultés en production de mots ou en compréhension d'un texte simple sont telles qu'ils ne peuvent communiquer normalement (moins de 60 % de réussite). En lecture de mots, seuls 3 % se trouvent dans cette situation.

La détermination des compétences face à l'écrit

La détermination des compétences face à l'écrit

Source : Insee, enquête IVQ 2011

Champ : personnes âgées de 18 à 65 ans

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Plus d'une personne sur 10 se trouve en situation préoccupante face à l'écrit

Les 17 % d'adultes en difficulté à l'écrit ont été classés en trois groupes : graves difficultés, difficultés fortes et difficultés partielles.

En Haute-Normandie, 12 % des personnes présentent des difficultés graves ou fortes et se trouvent donc en situation préoccupante face à l'écrit. La part des femmes dans ce cas est un peu plus élevée en Haute-Normandie (12 %) qu'en France métropolitaine (10 %). À l'inverse, les hommes obtiennent de meilleurs résultats dans la région (11 % pour 13 % en métropole).

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82 000 Haut-Normands de 18 à 65 ans en situation d'illettrisme

Les résultats en lecture sont fortement liés aux langues utilisées dans l'enfance. Ainsi en Haute-Normandie, 46 % des personnes de 18 à 65 ans scolarisées hors de France ou non scolarisés éprouvent des difficultés graves ou fortes à l'écrit.

Par définition, le terme d'illettrisme ne peut être appliqué qu'aux seules personnes ayant été scolarisées en France (voir encadré). Parmi ces dernières, celles ayant des difficultés graves ou fortes peuvent être considérées en situation d'illettrisme. On en compte 8 % en Haute-Normandie, soit 82 000. On dénombre moins de femmes (7 %) que d'hommes (10 %) dans cette situation. Pour chacun des sexes, les taux sont supérieurs d'un point à la moyenne métropolitaine.

En revanche, pour les Haut-Normands n'ayant pas été scolarisés en France, la situation est bien plus critique pour les femmes que pour les hommes contrairement au niveau métropolitain où on relève peu d'écart entre les deux sexes. Conséquence, l'avantage comparatif des femmes, observé parmi la population ayant été scolarisée en France, disparaît en Haute-Normandie quand on raisonne sur l'ensemble des habitants, qu'ils aient été ou non scolarisés en France. En métropole, cet avantage demeure : les femmes réussissent globalement mieux que les hommes en littératie.

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Les Haut-Normandes jeunes ou cinquantenaires plus souvent en difficulté face à l'écrit

Avant 30 ans et entre 50 et 60 ans, dans la région, les femmes sont plus souvent en difficulté que les hommes. Par ailleurs, dans ces deux tranches d'âge, elles réussissent moins bien que leurs homologues métropolitaines. À l'inverse, entre 30 et 49 ans, elles réussissent mieux que les hommes et que l'ensemble des femmes de l'Hexagone. L'insertion des femmes représente ainsi bel et bien un des enjeux majeurs des politiques publiques en Haute-Normandie. Cela rejoint le constat selon lequel la Haute-Normandie figure au sixième rang des régions de France pour lesquelles la part de femmes de 18 à 25 ans non insérées (c'est-à-dire dépourvues d'emploi et sorties de l'appareil de formation) est la plus élevée.

En Haute-Normandie comme dans le reste de la France, la part des hommes en difficulté face à l'écrit s'accroît avec l'âge. Dans la région, les jeunes hommes de 18 à 29 ans sont moins souvent en difficulté que leurs homologues métropolitains, tout comme les plus de soixante ans.

En Haute-Normandie, 83 % des adultes de 18 à 65 ans n'éprouvent aucune difficulté face à l'écrit. Leurs niveaux de compétence obtenus grâce à des exercices plus complexes sont toutefois inégaux. En Haute-Normandie, comme en France métropolitaine, 23 % réussissent plus de 80 % des exercices complexes, les hommes plus souvent que les femmes : 28 % d'entre eux maîtrisent parfaitement la littératie pour 17 % des femmes.

Tableau 1 : Résultats en lecture, calcul, compréhension orale selon quelques caractéristiques individuelles

Proportion de personnes en difficulté dans au moins un des domaines fondamentaux de l'écrit selon le sexe et l'âge

Unité : %

Proportion de personnes en difficulté dans au moins un des domaines fondamentaux de l'écrit selon le sexe et l'âge

Source : Insee, enquête IVQ 2011

Champ : personnes âgées de 18 à 65 ans

Répartition des haut-normands âgés de 18 à 65 ans selon les difficultés graves ou fortes dans les trois domaines

Répartition des haut-normands âgés de 18 à 65 ans selon les difficultés graves ou fortes dans les trois domaines

Source : Insee, enquête IVQ 2011

Champ : personnes âgées de 18 à 65 ans

Note de lecture : 3 % des Haut-Normands présentent des difficultés graves ou fortes en numératie et en littératie.

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Sept adultes sur dix ne présentent aucune difficulté préoccupante en littératie, numératie et compréhension orale

L'enquête renseigne également sur la situation en numératie et en compréhension orale. Les difficultés face au calcul, à la compréhension orale et à l'écrit sont liées entre elles. Comme en France métropolitaine, 71 % des Haut-Normands âgés de 18 à 65 ans ne connaissent aucune difficulté grave ou forte dans les trois domaines de compétences mesurées (soit une réussite d'au moins 60 % en littératie, en numératie et en compréhension orale). Seul un adulte sur cinq ne présente aucune difficulté dans les trois domaines (taux de réussite de 80 % ou plus dans chacun d'entre eux).

Les difficultés graves ou fortes à l'écrit ou à l'oral affectent des proportions équivalentes à celles observées au niveau national (12 % à l'écrit et 15 % à l'oral). En revanche, les Haut-Normands se trouvent plus souvent en difficulté en numératie : 18 % sont en difficultés graves ou fortes en calcul contre 16 % sur le plan national. Dans ce cas, l'écart entre femmes et hommes est net : plus de 20 % des femmes sont en situation préoccupante en calcul contre 14 % des hommes. Seulement 24 % d'entre elles ont d'excellents résultats dans ce domaine (au moins 80 % de réussite) contre 35 % chez les hommes.

Le cumul des situations préoccupantes dans les trois domaines étudiés concerne 4 % des adultes haut-normands âgés de 65 ans ou moins (3 % en France métropolitaine). En Haute-Normandie, les difficultés en littératie sont plus fréquemment associées à d'autres. Ainsi, sept adultes sur dix en situation préoccupante en lecture connaissent aussi des problèmes dans un autre domaine contre six sur dix en France métropolitaine. Les situations préoccupantes en compréhension orale et en numératie, plus fréquentes, sont également plus indépendantes : par exemple, près d'un adulte sur deux présentant moins de 60 % de réussite en compéhension orale affiche un résultat égal ou supérieur à 60 % à l'écrit et en calcul.

Tableau 2 : Lien entre activité et compétence en lecture selon le sexe

Part des actifs en emploi en difficulté à l'écrit selon la catégorie socioprofessionnelle

Unité : %

Part des actifs en emploi en difficulté à l'écrit selon la catégorie socioprofessionnelle

Source : Insee, enquête IVQ 2011

Champ : personnes âgées de 18 à 65 ans

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Un lien avec l'emploi à double entrée

Les personnes maîtrisant mal l'écrit et la lecture ont un lien moins fort à l'emploi. En Haute-Normandie, celles présentant des difficultés en littératie se trouvent plus fréquemment au chômage (15 % contre 11 % pour l'ensemble des Haut-Normands âgés de 18 à 65 ans) ou en situation d'inactivité (35 % contre 27 %). Pour les femmes, le lien avec l'inactivité semble renforcé : le taux d'inactivité des femmes connaissant des difficultés en littératie est de 12 points supérieur à la moyenne, contre 6 points pour les hommes.

Le lien entre compétences à l'écrit et situation sur le marché du travail peut aussi être inversé. Occuper un emploi peut en effet donner l'occasion d'entretenir ses compétences. Ainsi, parmi les 18-65 ans, les personnes ne présentant aucune difficulté à l'écrit constituent 87 % des actifs en emploi contre 83 % des adultes haut-normands.

Les difficultés à l'écrit deviennent plus rares quand le niveau de qualification de l'emploi s'élève. La proportion de personnes en difficulté parmi les ouvriers non qualifiés est en Haute-Normandie 2,5 plus élevée que parmi les ouvriers qualifiés et 10 fois plus que parmi les cadres ou professions intellectuelles supérieures. Si les cadres, les professions intermédiaires et les employés se distinguent peu de leurs collègues métropolitains, les écarts sont plus marqués concernant les ouvriers. En Haute-Normandie, les ouvriers qualifiés sont, à l'écrit, moins souvent en échec qu'au plan national. À l'inverse, les ouvriers non qualifiés y présentent plus souvent des difficultés que dans l'ensemble de l'Hexagone.

L'hétérogénéité des compétences observée entre les niveaux de qualification des emplois est encore plus marquée chez les femmes. La proportion de personnes en difficulté parmi les employées est équivalente à celle observée chez les hommes de la même catégorie socioprofessionnelle. En revanche, lorsqu'elles appartiennent à la catégorie des cadres ou des professions intermédiaires, elles sont moins souvent en difficulté que les hommes. À l'opposé, elles sont plus fréquemment en difficulté que leurs homologues masculins lorsqu'elles sont ouvrières qualifiées ou non qualifiées.

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Une approche de l'illettrisme

Dans cette étude qui porte sur les 18-65 ans, les situations d'illettrisme qualifient les situations des adultes qui, bien qu'ayant été scolarisés en France, ne maîtrisent pas les compétences de base nécessaires en lecture, écriture et calcul pour être autonomes dans des situations simples de leur vie quotidienne. Appliquée à l'enquête IVQ, cette approche conduit à classer en situation d'illettrisme les personnes de 18 à 65 ans qui sont ou qui ont été scolarisées en France et qui, après avoir été orientées vers des tests simples, présentent des difficultés graves ou fortes dans au moins un des trois domaines fondamentaux de l'écrit (moins de 60 % de réussite en lecture de mots ou en production de mots écrits ou en compréhension d'un texte simple).

Parmi les 18-65 ans résidant en Haute-Normandie, qu'ils aient ou non terminé leur scolarité, 8 % se trouvent dans cette situation, soit 82 000 personnes. Par comparaison, pour la métropole, on observe une proportion de 7 % (soit 2,5 millions de personnes âgées de 18 à 65 ans).

La Haute-Normandie figure parmi les premières régions à se doter d'un plan de prévention et de lutte contre l'illettrisme, destiné à organiser et à mettre en cohérence des moyens autour d'objectifs stratégiques définis en commun. Ce plan est connu sous le nom de plan d'action régional en faveur de l'éducation de base (PAREB 1). Aujourd'hui, toutes les régions se dotent de plans triennaux permettant de rendre lisible la contribution de chaque partenaire, d'assurer un suivi efficace, de mesurer l'impact des actions en matière de prévention et de lutte contre l'illettrisme sur les territoires. Les résultats de cette enquête seront pour la Haute-Normandie une contribution importante dans la poursuite de cette démarche et pour l'organisation d'un deuxième plan réunissant les partenaires institutionnels qui agissent dans le domaine de l'illettrisme et du droit à la formation tout au long de la vie pour les personnes qui en ont le plus besoin.

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Méthodologie

L'enquête sur l'usage de l'information dans la vie quotidienne (IVQ) a été réalisée par l'Insee d'octobre à décembre 2011. Des extensions régionales ont été effectuées dans cinq régions, venant compléter l'échantillon national et permettant d'assurer des résultats fiables dans ces régions : la Haute-Normandie, l'Île-de-France, le Nord-Pas-de-Calais, la Picardie et la Provence-Alpes-Côte d'Azur. Au total, 13 800 personnes âgées de 16 à 65 ans ont répondu en France métropolitaine, dont 1 600 en Haute-Normandie.

Une enquête précédente avait été effectuée en 2004. Elle portait sur les adultes de 18 à 65 ans. À cet effet, pour permettre des comparaisons nationales entre les deux années, le parti a été pris de travailler sur les 18-65 ans pour cette présentation.

L'extension de l'échantillon en Haute-Normandie a été réalisée grâce à l'appui financier de la préfecture de région, du conseil régional de Haute-Normandie et du Centre de ressources emploi formation (CREFOR) qui a mobilisé des fonds sociaux européens.

L'enquête permet d'évaluer les compétences des personnes de 16 ans ou plus face à l'écrit, en calcul et en compréhension orale, à partir d'un ensemble d'exercices fondés sur des supports de la vie quotidienne (page d'un programme de télévision, document d'une pochette CD, plan, écoute d'un bulletin météo et d'un message de la sécurité routière, etc.)

Une personne par ménage était interrogée. L'enquête a été effectuée par un enquêteur en face à face au domicile de l'enquêté. Répondre à l'ensemble du questionnaire a pris entre 1h et demie et 2 heures dans la plupart des cas.

Chaque personne a répondu, dans un premier temps, à un module d'orientation pour mesurer ses compétences face à l'écrit. Le taux de réussite aux exercices de ce module détermine l'aiguillage vers des exercices simples appréhendant les trois domaines fondamentaux de l'écrit (compréhension d'un texte simple, lecture de mots, production de mots écrits) ou plus complexes.

Deux autres modules conduisent à apprécier les compétences en compréhension orale et en calcul.

Enfin, un module biographique relatant l'itinéraire familial, scolaire, professionnel de la personne permet d'identifier les causes d'éventuelles difficultés. Celles-ci feront l'objet d'une analyse détaillée sous forme d'un dossier à paraître mi-2013.

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Définitions

Littératie : capacité à extraire de l'information de textes, de graphiques, pour en tirer parti dans la vie quotidienne. On parle aussi désormais de littérisme (terme déposé au Journal officiel depuis 2005).

Numératie : maîtrise du calcul et des raisonnements mathématiques courants : structures additives, règles de trois, logique.

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Aval n°130 - décembre 2012

Partenaire

Avec l'enquête sur l'usage de l'information dans la vie quotidienne, la statistique publique investit le champ de la mesure des compétences des adultes et la mobilisation de celles-ci dans le cadre de leur vie quotidienne. Les enjeux sont tels en Haute-Normandie - région avec une part importante de non-diplômés et aux métiers exercés difficiles à reconvertir en cas de difficulté - que l'État et la Région, avec le soutien du fonds social européen, ont décidé et financé une extension de cette enquête.

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