Auteur : Céline Gautier - Insee Haute-Normandie
D'ici 2040, dans l'hypothèse du maintien des comportements démographiques récents, la population haut-normande devrait continuer d'augmenter pour approcher le seuil des deux millions d'habitants. Le nombre de décès augmentera nécessairement et dans des proportions assez importantes. Celui des naissances, au contraire, devrait diminuer mais en se maintenant à un niveau supérieur au nombre de décès. Le solde naturel resterait alors le seul moteur de la croissance démographique de la Haute-Normandie, les comportements migratoires demeurant déficitaires. La structure par âge de la population changerait considérablement. Les personnes âgées de 60 ans ou plus seraient beaucoup plus nombreuses, le nombre des 80 ans ou plus devrait même plus que doubler. Les tranches d'âge plus jeunes, en particulier les 30 - 60 ans, seraient en diminution.
Entre 2007 et 2040, la population de la Haute-Normandie continuerait de croître si l'on prolonge les tendances récentes en termes de fécondité, mortalité et comportements migratoires(1). En effet, entre 1990 et 2007 la population de la région a augmenté de 0,26 % en moyenne par an. Jusqu'en 2020, cette hausse serait encore un peu plus élevée. Cependant, entre 2020 et 2040 ce taux de croissance fléchirait pour atteindre un taux beaucoup plus faible. La population haut-normande approcherait quand même les 2 000 000 d'habitants en 2040 contre 1 817 000 habitants en 2007.
(1) Une projection de population fournit une image de ce que pourrait être la population à venir, à partir de la connaissance du passé et en prenant, pour le futur, des hypothèses sur trois composantes : la fécondité, la mortalité et les migrations.
Évolution de la population entre 2007 et 2040 (indice base=100 en 2007)
Source : Insee, Recensement de la population 2007 - Omphale 2010 (scénario central)
L'Eure continuerait à se démarquer fortement de la Seine-Maritime. La croissance de la population haut-normande serait davantage tirée par ce département. Avec un taux de croissance de 0,47 % en moyenne par an entre 2007 et 2040, l'Eure se placerait bien au dessus de la Seine-Maritime (+ 0,08 %), mais aussi de la France (+ 0,43 %). En Seine-Maritime, même si la croissance reste positive, elle serait quasiment nulle en fin de période.
Taux de croissance annuel moyen de la population par département entre 2007 et 2040
En Haute-Normandie, l'excédent du nombre de naissances sur celui des décès contribuerait à l'augmentation de la population entre 2007 et 2040. En effet, avec un nombre de naissances supérieur à celui des décès (solde naturel positif) et des arrivées dans la région moins nombreuses que le nombre de départs (solde migratoire négatif), le solde naturel serait le seul moteur de la croissance démographique. Dans le département de l'Eure, le solde naturel n'expliquerait pas à lui seul la hausse du nombre d'habitants : même si c'est le facteur principal, les personnes qui viendraient s'installer dans le département, plus nombreuses que celles qui le quitteraient, y contribueraient également. En France, le solde naturel et le solde migratoire participeraient à l'augmentation de la population.
| Unité : en % | |||
| Taux de croissance annuel moyen | Contribution du solde naturel | Contribution du solde migratoire | |
|---|---|---|---|
| Source : Insee, Omphale 2010 - scénario central | |||
| entre 2007 et 2020 | |||
| France entière | + 0,52 | + 0,35 | + 0,17 |
| Haute-Normandie | + 0,29 | + 0,39 | − 0,10 |
| Seine-Maritime | + 0,13 | + 0,35 | − 0,22 |
| Eure | + 0,63 | + 0,45 | + 0,18 |
| entre 2020 et 2030 | |||
| France entière | + 0,40 | + 0,24 | + 0,16 |
| Haute-Normandie | + 0,18 | + 0,23 | − 0,05 |
| Seine-Maritime | + 0,06 | + 0,18 | − 0,12 |
| Eure | + 0,42 | + 0,32 | + 0,10 |
| entre 2030 et 2040 | |||
| France entière | + 0,33 | + 0,15 | + 0,18 |
| Haute-Normandie | + 0,13 | + 0,15 | − 0,02 |
| Seine-Maritime | + 0,03 | + 0,09 | − 0,06 |
| Eure | + 0,31 | + 0,20 | + 0,11 |
À l'horizon 2040, la population haut-normande âgée entre 30 et 60 ans diminuerait tandis que les personnes âgées de plus de 60 ans seraient beaucoup plus nombreuses. Deux raisons permettent d'expliquer ce vieillissement de la population. D'une part, l'allongement de la durée de vie implique que les personnes âgées vivent plus longtemps qu'auparavant et de ce fait, soient plus nombreuses en 2040 qu'en 2007. D'autre part, le poids des générations influe également sur ce vieillissement. En effet, les générations du baby-boom (nées entre 1945 et 1973), très nombreuses, auront entre 67 ans et 95 ans en 2040. En revanche, les générations qui auront entre 30 et 60 ans en 2040, correspondant aux naissances moins nombreuses des décennies 80 et suivantes, sont plus «creuses».
Chez les plus jeunes, l'effectif diminuerait également excepté pour les personnes âgées entre 27 et 32 ans. Cette tranche d'âge en 2007 correspond au faible nombre de naissances enregistré dans la deuxième moitié des années 70.
Répartition de la population par âge en 2007 et à l'horizon 2040 en Haute-Normandie
Source : Insee, Recensement de la population 2007 - Omphale 2010 (scénario central)
La population âgée de 80 ans ou plus augmenterait fortement entre 2007 et 2040 : en Haute-Normandie, ce nombre ferait plus que doubler. La région se placerait au 8e rang (sur 22) dans l'évolution du nombre de personnes à ces âges élevés. Dans l'Eure, la hausse serait encore plus forte : placé au 13e rang (sur 96) parmi l'ensemble des départements métropolitains, l'augmentation dépasserait celle de la Seine-Maritime (48e rang). À l'horizon 2040, une personne sur dix serait âgée de 80 ans ou plus en Haute-Normandie. Ces résultats sont issus d'un scénario tendanciel qui maintient constants jusqu'en 2040 les comportements migratoires observés sur la période 2000-2008. Cependant, ces comportements pourraient changer, notamment dans l'Eure : les nombreuses populations qui s'installent dans ce département, vers 30 ou 40 ans, auront peut-être une propension à «repartir», à l'âge de la retraite, plus forte que les générations précédemment arrivées.
Évolution de la population par tranche d'âge entre 2007 et 2040
Source : Insee, Recensement de la population 2007 - Omphale 2010 (scénario central)
Cette forte croissance des populations les plus âgées est assez peu dépendante de l'évolution de l'espérance de vie. Même si celle-ci augmentait à un rythme moins rapide que celui de ces dernières années jusqu'en 2040, l'évolution du nombre de personnes âgées de 80 ans ou plus resterait en forte hausse.
Parallèlement à ce vieillissement prononcé de la population haut-normande, le nombre de jeunes de moins de 20 ans devrait, lui, diminuer. Ainsi, le ratio du nombre des 80 ans ou plus sur les moins de 20 ans ne cesserait d'augmenter entre 2007 et 2040, passant de 0,17 à 0,42. Pour les personnes âgées de plus de 60 ans, ce ratio augmenterait également et dès 2020, le nombre de personnes âgées de 60 ans ou plus dépasserait celui des moins de 20 ans dans la région.
Évolution du nombre des personnes âgées de 80 ans ou plus dans les départements français entre 2007 et 2040
Part des personnes âgées de 80 ans ou plus à l'horizon 2040
Entre 2007 et 2040 le nombre de naissances continuerait à diminuer tandis que le nombre de décès, à l'inverse, augmenterait. L'écart entre ces deux composantes du solde naturel tendrait à se réduire considérablement sans pour autant devenir négatif à l'horizon 2040. En effet, le nombre de naissances passerait de 24 000 naissances en moyenne entre 1990 et 1994 à 22 000 entre 2035 et 2039 et celui des décès de 15 000 à 20 000 sur les mêmes périodes. L'écart ne serait alors plus que de 2 000 en 2040 contre 9 000 sur la première période.
Si l'on suppose que l'espérance de vie continue d'augmenter mais à un rythme plus lent que celui de ces dernières années, la tendance est identique : le nombre de décès augmenterait fortement. De manière parallèle, si l'on émet l'hypothèse d'une hausse de la fécondité dans les années à venir, le nombre de naissances diminuerait également, certes, mais très peu. Le fait que les générations en âge d'avoir des enfants soient moins nombreuses à l'horizon 2040 l'emporterait sur l'hypothèse de la hausse de la fécondité, ce qui explique que les naissances diminueraient même pour ce scénario.
Nombre moyen annuel de naissances et de décès entre 1990 et 2039
Source : Insee, État civil - Omphale 2010 (scénario central)
L'Ile-de-France est la principale zone d'échange avec la Haute-Normandie. Selon le scénario central (qui prolonge les tendances récentes, notamment en termes de natalité, mortalité et comportements migratoires), entre 2007 et 2012 les flux migratoires entre ces deux régions seraient les plus importants : près de 27 000 départs de la Haute-Normandie vers l'Ile-de-France et, inversement, 40 000 arrivées. La Haute-Normandie gagnerait plus de 13 000 habitants entre 2007 et 2012 par le jeu des migrations avec l'Ile-de-France. Les flux migratoires avec la Basse-Normandie, nombreux également, s'élèveraient à près de 13 000 pour les départs et 10 000 pour le nombre d'arrivées. On atteindrait alors un solde migratoire négatif. La Picardie, le Centre et la Bretagne constitueraient les trois autres zones principales d'échange avec la Haute-Normandie. Excepté pour la Bretagne avec laquelle la région serait déficitaire, les échanges migratoires avec les deux autres régions conduiraient à augmenter la population haut-normande. Les soldes migratoires avec le Nord-Pas-de-Calais, la Champagne-Ardenne et la Lorraine seraient positifs également.
Soldes migratoires entre la Haute-Normandie et les régions françaises pour la période 2007-2040
À l'intérieur même de la région, de nombreux échanges auraient lieu entre les deux départements. Les personnes qui quitteraient l'Eure pour venir habiter en Seine-Maritime seraient le plus souvent des jeunes, qui, aux âges d'étude viendraient dans le département. À l'inverse, les trentenaires, pour la plupart, reviendraient dans l'Eure et contribueraient à la résidentialisation de ce département. Le phénomène de l'étalement urbain (du pôle rouennais en particulier) contribue également aux échanges migratoires entre les deux départements.
Sans migration, la population haut-normande augmenterait beaucoup plus vite. À l'horizon 2040, on compterait 60 000 habitants supplémentaires par rapport au scénario central. Le «coût» des migrations s'élèverait à environ 2 000 personnes par an et près de la moitié d'entre elles seraient des jeunes âgés de moins de 30 ans. Ainsi, le nombre de naissances diminuerait moins fortement s'il n'y avait pas de migrations : le nombre moyen de naissances atteindrait 23 000 entre 2035 et 2039 contre 22 000 selon le scénario central.