Auteurs : Josélito MANCUSO, Vivien ROUSSEZ (Insee Haute-Normandie)
De par sa proximité immédiate avec la métropole rouennaise, la croissance démographique du pays Entre Seine et Bray (PSB) est dynamique depuis plusieurs décennies. Le cadre de vie et les réserves d'espace dans le PSB constituent un facteur d'attractivité pour des familles de niveau social un peu plus élevé que dans les autres territoires périurbains. Les nouveaux habitants, dans leur très grande majorité, travaillent dans l'agglomération rouennaise, renforçant ainsi la fonction résidentielle du territoire.
L'enjeu central du Schéma de cohérence territoriale du PSB pourrait être de maintenir un certain équilibre entre les différentes fonctions du territoire. Le développement de la fonction résidentielle, par la pression foncière et la consommation d'espace qui le caractérisent, peut en effet troubler l'identité paysagère rurale du territoire et entrer en conflit avec un souci de respect de l'environnement. La pression foncière peut également remettre en cause la mixité sociale du pays en freinant l'installation de populations moins aisées.
Le renforcement de l'économie locale, en grande partie présentielle, peut contribuer à maintenir une fonction relativement équilibrée pour le territoire. Il s'agirait de renforcer l'autonomie du PSB vis-à-vis du pôle rouennais, d'assurer des développements démographiques et économiques harmonieux, et de « recentrer » les habitants sur le territoire.
Le PSB doit par ailleurs anticiper le phénomène de vieillissement démographique, particulièrement marqué dans les territoires de périurbanisation assez ancienne. Si cette tendance se traduit par l'augmentation de certains besoins en matière de services (social et santé notamment), elle interroge également sur les types de logements à construire dans les années à venir et sur l'occupation du parc résidentiel actuel. Les orientations en matière d'habitat devraient également répondre aux enjeux du développement durable et garantir une certaine mixité sociale.
Depuis les années 1960, comme dans la plupart des grandes villes, la croissance de la population rouennaise a dépassé les limites du pôle et l'urbanisation a gagné du terrain sur l'espace rural. Ce grignotage peut se mesurer à travers l'éloignement du seuil des 80 hab/km2 par rapport à la ville centre.
Pour Rouen, le seuil des 80 hab/km2 est passé de 13,4 km en 1962 à 16,3 km en 2005. Si la limite de ce seuil n'a progressé que d'environ 3 km, la surface gagnée sur l'espace rural représente néanmoins un peu plus de 270 km2 d'extension urbaine. Cependant, depuis les années 1990, cette limite ne progresse plus et tend même à refluer. Cette évolution est quasi-exclusive au pôle rouennais, et s'explique par une périurbanisation plus précoce que d'autres villes de taille comparable.
Mais, cela ne signifie pas que le phénomène d'étalement urbain ait cessé. En effet, si la densification de population du territoire semble atteindre un plafond, elle s'opère toujours, mais sur un mode plus dilué et consiste plutôt à remplir les espaces un peu moins denses. Ainsi, l'extension de l'aire urbaine de Rouen se poursuit : même si la densité ne dépasse pas 80 hab/km2, les actifs sont toujours attirés vers Rouen et habitent de plus en plus loin. Cet étalement plus délayé semble prendre comme axe privilégié l'autoroute A28 qui garantit un accès rapide aux emplois rouennais, et contribue à faire du Pays entre Seine et Bray (PSB) le territoire périurbain le plus attractif de l'aire urbaine de Rouen (cf. SCoT du Pays entre Seine et Bray - Un territoire aux caractéristiques résolument résidentielles). Au fil des ans, le PSB a basculé dans la sphère d'influence rouennaise et il est désormais totalement inclus dans l'aire urbaine.
Distance du seuil théorique des 80 hab/km2 à la ville centre Rouen
Sources : Insee - Recensements de la population, Distancier Odomatrix
Les aires urbaines de 1968 à 1999
Source : Insee - Recensements de la population
La composante rurale du PSB est forte : 70 % des terres sont occupées par des activités agricoles, ce qui constitue un élément certain d'attractivité du territoire pour de nouveaux résidents. Les terres agricoles sont grignotées par des zones plus artificialisées (cf. la mesure de l'étalement urbain). L'intensité de ce grignotage est proportionnelle à l'ancienneté de la périurbanisation. En effet, la communauté de communes (CC) des Portes Nord-Ouest de Rouen est davantage impactée et il s'agit de la zone du PSB la plus anciennement incluse dans l'aire urbaine de Rouen.
Cette consommation d'espace résulte avant tout de la construction de logements neufs. Entre 1999 et 2006, les mises en chantier dans le PSB sont dynamiques : 2 000 nouveaux logements sont construits, et sont constitués quasi exclusivement d'habitations individuelles (97 %), plus consommatrices d'espace. Ces nouvelles constructions se caractérisent par une surface moyenne plus grande que dans les autres communes périurbaines haut-normandes : celle-ci est en effet de 135 m2 dans le PSB contre 128 m2 dans le périurbain régional. Les taux de constructions neuves les plus élevées se retrouvent plutôt dans la partie orientale du PSB : jusqu'à plus du quart du parc de logements dans certaines communes. Mais c'est dans la CC des portes Nord-Ouest de Rouen qu'on enregistre le plus de constructions. En considérant une taille médiane de la parcelle de l'ordre de 1 000 m2 par nouvelle habitation, la construction de logements aurait donc nécessité près de 200 ha entre 1999 et 2006, pris pour la plupart sur les terres agricoles.
Construction de logements neufs entre 1999 et 2006 dans le PSB
Sources : Sitadel 1999-2006 ; Insee - Recensement de la population 1999
La distance routière médiane (1) des actifs à leur lieu de travail est plus élevée dans le PSB que dans les autres référentiels. De fait, le nombre de résidents travaillant sur place est sensiblement inférieur dans le PSB comparativement aux autres référentiels périurbains (cf. SCoT du Pays entre Seine et Bray - Un territoire aux caractéristiques résolument résidentielles), et 60 % d'entre eux travaillent au sein de la communauté d'agglomération Rouen-Elbeuf-Austreberthe (CREA).
Cependant, entre 1990 et 2006, cette distance médiane est passée de 12 à 14 kilomètres pour les actifs du PSB, alors qu'elle augmente de 5 kilomètres pour les autres communes périurbaines de l'aire d'influence du pôle Rouen-Elbeuf (AIRE). Ceci laisse à penser que le PSB serait moins impacté par l'étalement du pôle rouennais. Toutefois, le temps de parcours (2) correspondant a augmenté autant dans le pays que dans le périurbain de l'AIRE, passant respectivement de 21 à 27 minutes et de 14 à 21 minutes. Ainsi, les actifs empruntent en 2006 des itinéraires moins rapides qu'en 1990, ce qui indique qu'ils s'installent plus loin des axes de circulation rapides au profit de communes plus « reculées ». L'étalement des actifs, comme celui de la population, serait donc plus « diffus » dans le PSB.
(1) Distance telle que la moitié des actifs parcourt moins de kilomètres et l'autre moitié en parcourt plus.
(2) Ce temps de parcours est calculé de la même façon entre 1990 et 2006, et ne tient donc pas compte de la densification du trafic ou des modifications des infrastructures routières : à itinéraire constant, le temps de parcours reste le même entre deux dates.
Distance médiane au lieu de travail
Sources : Insee - Recensements de la population, Distancier Odomatrix
Temps de trajet médian vers le lieu de travail
Sources : Insee - Recensements de la population, Distancier Odomatrix
Ces signes de l'étalement rouennais que sont les croissances de la population et de l'influence du pôle en termes d'emploi impactent la vocation du territoire. En effet, le nombre important de nouveaux habitants, pour la plupart actifs travaillant dans le pôle rouennais, modifie la fonction du PSB et risque de le transformer en territoire excessivement résidentiel.
L'étalement du pôle rouennais, notamment par l'influence croissante de ce dernier en termes d'emploi, induit un développement principalement résidentiel du PSB. En effet, la croissance du nombre d'actifs résidents est largement supérieure à la croissance du nombre d'emplois offerts sur place. Si cette caractéristique vaut pour l'ensemble des territoires périurbains, elle est particulièrement marquée dans le PSB, où le différentiel de croissance est plus prononcé. Le PSB aurait donc une vocation encore plus résidentielle que les autres communes périurbaines de la région..
Du point de vue des équipements, le PSB est bien pourvu dans les gammes de proximité et intermédiaire. Les équipements de la gamme supérieure se trouvent, quant à eux, davantage dans le pôle rouennais. Cependant, pour les actifs travaillant à Rouen, les équipements du pôle concurrencent ceux du PSB. De fait, eu égard au nombre important de navetteurs vers Rouen, l'accessibilité aux équipements est grandement améliorée lors de leurs déplacements domicile-travail. Pour eux, s'équiper sur ce trajet, même en faisant un détour, est souvent plus opportun que de s'équiper au plus proche de leur domicile. Seuls les équipements de Buchy sont plus accessibles pour la majorité des communes environnantes que les équipements de l'agglomération rouennaise.
La spécialisation résidentielle du PSB est renforcée par le fait que les nouveaux arrivants (3) s'installent dans le pays au détriment de l'accessibilité à leur lieu de travail et aux équipements. Le pays attire ainsi plutôt une population privilégiant son cadre de vie, et/ou désirant réaliser un projet immobilier à coût moindre qu'à proximité de Rouen.
(3) On ne considère ici que les déménagements de moins de 50 kilomètres et on considère que leur lieu de travail n'a pas changé entre deux recensements.
Évolutions de l'emploi au lieu de travail et du nombre d'actifs résidents
Source : Insee - Recensements de la population
Carte : Accessibilité aux équipements de la gamme intermédiaire
L'évolution du bâti montre la primauté du logement sur les activités économiques. Pourtant, la part de la surface consacrée dans le PSB à la construction de bâtiments agricoles ou industriels est supérieure à celle observée dans les autres référentiels. Or, ce type de bâtiment est plus consommateur d'espace que les bureaux ou commerces ; on pourrait donc s'attendre à ce que le bâti professionnel consomme bien plus que le logement dans le PSB, relativement aux autres communes périurbaines. Mais, la surface des logements commencés entre 1999 et 2006 excède celle des bâtiments professionnels construits sur la même période ; dans les référentiels, ces surfaces sont équivalentes. La surface consacrée au logement a donc un poids significativement plus important dans le PSB.
Par ailleurs, la consommation d'électricité a été multipliée par 1,5 dans le PSB entre 1979 et 2004, évolution comparable aux autres référentiels. La croissance de la consommation des abonnés professionnels ne contribue (4) qu'à hauteur de 8 % de la progression de la consommation totale dans le PSB, alors que cette contribution s'élève à 10 % dans les autres périurbains.
De fait, la consommation domestique a été multipliée par 3, quand la consommation liée aux activités économiques n'augmentait que de moitié. Là encore, la croissance démographique du PSB est supérieure à celle de l'économie.
(4) La contribution est un indicateur qui permet de tenir à la fois compte du poids de la consommation domestique (ou professionnelle) et de son évolution.
Évolution des consommations d'éléctricité dans le PSB
Source : EDF
En tant que territoire périurbain, la pyramide des âges des habitants du PSB a une forme bien particulière (cf. SCoT du Pays entre Seine et Bray - Un territoire aux caractéristiques résolument résidentielles). Celle-ci est « gonflée » à la base et aux âges compris entre 35 et 60 ans, ce qui correspond à une part plus importante de familles avec enfants. Cependant, cette structure devrait changer significativement au cours des prochaines années, et la population des plus de 60 ans augmenterait, alors que celle des 35-60 ans diminuerait. Le vieillissement sera plus brutal dans le PSB que dans les autres communes périurbaines de la région.
Pyramides des âges du PSB
Sources : Insee - Recensement de la population, Omphale
Dans le PSB comme partout, le nombre de ménages augmente plus rapidement que le nombre d'habitants. Cela est dû au fait que le nombre de personnes par ménage diminue (3,5 en 1962 et 2,7 en 2006), notamment sous l'effet du vieillissement de la population. Le différentiel est d'autant plus important dans le PSB qu'il constitue un territoire très attractif sur la période récente. Ainsi, depuis 1962, le nombre de résidences principales a été multiplié par 2,4 tandis que la population a été multipliée par 1,8.
La projection démographique (5) sur le PSB confirme ces tendances : le nombre de personnes par ménage poursuivrait sa baisse tendancielle et entraînerait de fait une augmentation du nombre de ménages (donc de la demande de logements) plus importante que l'augmentation de la population. Par ailleurs, le vieillissement de la population impacte fortement les modes de cohabitation. Ainsi, le nombre de ménages constitués d'une seule personne serait en nette progression, tandis que la croissance du nombre de couples s'essoufflerait, notamment aux âges « actifs ».
La baisse du nombre de personnes par ménage implique qu'à population stable, il faudra construire de nouveaux logements. Si la croissance de la population du PSB se maintient, ce besoin sera d'autant plus important et renforcera la vocation résidentielle du territoire.
(5) Cette projection est réalisée en maintenant stables dans le temps les taux de fécondité, de mortalité et de solde migratoire, pour chaque sexe et âge.
Évolutions de la population et du nombre de logements
Sources : Insee - Recensements de la population, Omphale
Les actifs du PSB occupent à 60 % des emplois situés dans la CREA, et trois quarts des arrivants dans le PSB entre 1999 et 2006 proviennent du pôle rouennais (cf. SCoT du Pays entre Seine et Bray - Un territoire aux caractéristiques résolument résidentielles). La croissance de ce territoire est donc fortement liée aux évolutions économiques et démographiques du pôle, qui sont peu favorables relativement aux autres aires urbaines de taille comparable (cf. L'aire d'influence du pôle Rouen-Elbeuf : éléments de diagnostic territorial). Cependant, des arrivées moins nombreuses permettraient au territoire de rééquilibrer ses composantes démographiques et économiques.
Le nombre d'emplois offerts au sein du PSB a significativement augmenté entre 1999 et 2006. La poursuite de cette tendance récente permettrait, dans un contexte de croissance démographique moins forte, non seulement de rééquilibrer les fonctions résidentielle et productive du territoire, mais également de développer son autonomie vis-à-vis de l'agglomération rouennaise.
Part d'actifs travaillant dans une commune urbaine du pôle Rouen-Elbeuf
Source : Insee - Recensements de la population
Si le nombre de ménages, et donc la demande de logements, continue de progresser, même à population constante, le déséquilibre entre logements et activités économiques s'accentuerait. De plus, si les logements restent aussi consommateurs en surface qu'au cours de la période récente, l'artificialisation du PSB pourrait s'accélérer et nuire au cadre naturel qui contribue à son attractivité.
Par ailleurs, la population des ménages se transformerait sensiblement au cours de la prochaine décennie. L'augmentation du nombre de ménages de petite taille, dont les membres sont plus âgés, nécessiterait d'adapter d'une part les logements construits, et d'autre part les équipements présents sur le territoire. A cet égard, le PSB a un avantage comparatif puisque les services de santé et d'action sociale y sont déjà plus développés que dans les autres communes périurbaines de la région (cf. SCoT du Pays entre Seine et Bray - Un territoire aux caractéristiques résolument résidentielles). Le renforcement de ces services pourrait en outre nourrir la croissance en emplois.
Tableau 1 : Évolution de la composition des ménages habitant le PSB
Les nouveaux habitants du PSB, qui y ont emménagé entre 1999 et 2006, renouvellent la population de façon originale : les proportions de cadres et de professions intermédiaires sont significativement supérieures à celles de la population déjà présente. De fait, le phénomène d'étalement urbain s'accompagne d'une augmentation des prix du foncier et de l'immobilier, ce qui peut freiner l'installation de catégories sociales moins favorisées. En effet, si les cadres du PSB ont le temps de trajet médian le plus long, ce dernier n'a pas évolué depuis 1990, alors que celui des ouvriers ou des artisans a sensiblement augmenté. Dans les autres couronnes périurbaines, toutes les catégories sociales (hors agriculteurs) sont impactées de façon homogène.
Ainsi, dans le PSB, les cadres se sont installés loin de leur travail dès 1990, en dépit de l'augmentation induite de leur trajet domicile-travail, mais ne seraient pas, depuis, obligés de s'installer encore plus loin du fait de la montée des prix de l'immobilier. Les catégories sociales moins aisées semblent en revanche devoir s'installer de plus en plus loin de leur lieu de travail. Le développement de l'économie présentielle du PSB associé à une offre de logements sociaux permettrait de freiner cette évolution.
Éloignement au lieu de travail des actifs habitant le PSB, selon la catégorie socioprofessionnelle
Source : Insee - Recensements de la population
La consommation pour l'habitat d'espaces agricoles ou naturels, associée à l'allongement des trajets domicile-travail, soulèvent l'enjeu de la pression écologique du modèle de développement des territoires périurbains. En effet, l'allongement des navettes implique un accroissement des émissions de CO2 par les habitants du PSB. L'empreinte écologique du PSB est d'autant plus importante que nombre de ménages de ce territoire comporte deux actifs (cf. SCoT du Pays entre Seine et Bray - Un territoire aux caractéristiques résolument résidentielles), ayant chacun une voiture : plus d'un ménage sur deux possède deux voitures, soit 4 points de plus que pour le périurbain régional.
| Unité : % | |||
| Source : Insee - Recensement de la population 2006 | |||
| Ménages sans voiture | Ménages possédant une voiture | Ménages possédant deux voitures | |
|---|---|---|---|
| PSB | 7 | 38 | 55 |
| Périurbain de l'aire | 10 | 42 | 48 |
| Périurbain haut-normand | 8 | 41 | 51 |
| Reste de la Haute-Normandie | 21 | 50 | 29 |
Par ailleurs, la taille des logements du PSB (plus importante que dans les autres communes périurbaines de la région) se lit dans la consommation électrique. En effet, la consommation par abonné domestique croît certes légèrement moins que dans les référentiels entre 1979 et 2004, mais il subsiste un écart de 1 MW.h par habitant et par an.
Le développement du PSB semble donc passer, plus qu'ailleurs, par une consommation d'énergie (pétrole, électricité) importante. Là aussi, le renforcement de l'emploi sur le territoire ainsi qu'une nouvelle approche de la construction de logements pourraient infléchir cette tendance.
| Unités : kW.h, % | |||
| Source : EDF | |||
| Année | PSB | Périurbain de l'aire | Périurbain régional |
|---|---|---|---|
| 1979 | 4 771 | 3 936 | 3 846 |
| 2004 | 8 015 | 7 009 | 7 351 |
| Taux de croissance annuel moyen | 2,1 | 2,3 | 2,6 |
Le second volet d'une étude réalisée en partenariat entre le Syndicat mixte du Pays entre Seine et Bray.