Une forte diversité des situations de précarité
Anne Dousset, Anh Van Lu, Monique Saliou
Cette étude est réalisée en collaboration avec Direction régionale de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale (DRJSCS) et l'Agence nationale pour la cohésion sociale et l'égalité des chances (l'Acsé).
Lors de la publication de l'Insee Flash Champagne-Ardenne n°169, le revenu médian par unité de consommation qui partage les quartiers prioritaires de Champagne-Ardenne en deux groupes d'égale importance était erroné. Il s'élève à 10 800 euros. La nouvelle version de l'Insee Flash est disponible sur insee.fr en format HTML et PDF depuis le 15 avril 2013.
En Champagne-Ardenne, 177 000 personnes vivent dans un quartier prioritaire, soit 13,2 % de la population, ce qui place la Champagne-Ardenne au 5e rang des régions métropolitaines où cette proportion est la plus élevée. Ces quartiers, au nombre de 62, se caractérisent par la concentration de difficultés socio-économiques, résumées par un revenu perçu en moyenne plus faible que dans l’ensemble de la population. Pour plus de la moitié d’entre eux, les habitants disposent d’un revenu médian de 10 800 euros contre 16 600 euros pour la population résidant dans les villes où ces quartiers sont insérés. Les départements des Ardennes et de l’Aube comptent davantage de quartiers en fortes difficultés. Cependant, une partie de ces difficultés est liée à un environnement socio-économique plus dégradé. Les écarts de conditions entre une ville et ses quartiers prioritaires sont plus marqués dans les grandes agglomérations de la Marne et de l’Aube. La répartition de la pauvreté au sein même des quartiers peut varier ; les difficultés sont moins uniformément réparties dans certains quartiers des Ardennes et de l’Aube, au sein desquels les situations d’extrême précarité sont également plus fréquentes.
Depuis le 1er janvier 2007, les contrats urbains de cohésion sociale (Cucs) définissent le cadre géographique de la politique de la ville et concernent 61 des 62 quartiers prioritaires en Champagne-Ardenne. Avec la mise en place des Cucs, 31 nouveaux quartiers prioritaires (NQP) se sont ajoutés aux 30 zones urbaines sensibles (Zus) définies en 1996. Parmi ces 61 quartiers, 25 sont classés en priorité 1, degré de difficulté le plus élevé, 19 sont en priorité 2 et 17 en priorité 3. La région compte également une Zus à Rethel créée en 1996, mais pour laquelle la ville n’a pas contractualisé avec l’État lors de la mise en place des Cucs en 2007.
Au 1er janvier 2009, en Champagne-Ardenne, 177 000 personnes résident dans un des 62 quartiers
prioritaires (Zus et
NQP, y compris la Zus de Rethel),
soit 13,2 % de la population régionale. Malgré sa
relativement faible concentration urbaine (39 % des Champardennais résident en dehors d’une unité urbaine,
contre 22,8 % en France métropolitaine et moins de 12,2 % dans les régions comportant une agglomération
française de premier plan), la Champagne-Ardenne se place au 5e rang des régions métropolitaines ayant une
part de population habitant dans un quartier prioritaire parmi les plus élevées. Au niveau national, trois
régions comportant une agglomération française de premier plan (Paris, Lille, Marseille) se détachent avec
une proportion proche du double de la moyenne nationale (14,3 %). La Haute-Normandie se situe en 4e position
avec une part (13,8 %) proche de celle de la Champagne-Ardenne.
Le poids de la géographie prioritaire dans la région est lié à la forte couverture de ses unités urbaines,
la plus élevée de France. Un cinquième des unités urbaines régionales de moins de 10 000 habitants compte au
moins un quartier prioritaire, contre un sixième dans le Nord-Pas-de-Calais, deuxième région la plus concernée.
La Champagne-Ardenne est également la seule région dont les unités urbaines de plus de 10 000 habitants sont
toutes impliquées dans la géographie prioritaire. Au sein de l'ensemble des unités urbaines concernées par la
politique de la ville, 26,1 % de la
population réside dans un quartier prioritaire. Si cette proportion est plus importante qu’en France
métropolitaine (24,4 %), elle est nettement inférieure à l’Île-de-France (28,3 %), le Nord-Pas-de-Calais
(34,7 %) et Provence- Alpes-Côte-d'Azur 31,7 %).
Pour éclairer la connaissance des quartiers, l’Insee produit des indicateurs clés relatifs aux thématiques
du champ d’intervention de la politique de la ville à l’échelle des quartiers : revenu, famille, emploi,
éducation et habitat. Pour l’ensemble des onze indicateurs étudiés, plus des trois quarts des quartiers prioritaires
de Champagne-Ardenne ont une situation
plus dégradée que celle de l’ensemble de la population habitant dans les unités urbaines englobantes.
En s’intéressant aux indicateurs de revenu, d’emploi et d’éducation,
à la surface des logements et à la part des ménages locataires, ce sont plus de neuf quartiers sur dix qui
connaissent une situation plus défavorisée.
Les difficultés sont les plus marquées sur le revenu, la structure familiale et les conditions de logement.
Pour plus de la moitié des quartiers, les habitants disposent d’un revenu médian de 10 800 euros, 1,5 fois
inférieur à celui perçu par la population résidant dans les unités urbaines englobantes (16 600 euros). Les
écarts sont similaires pour la part de familles monoparentales (6,2 % contre 4,1 %), les ménages d’au moins
six personnes (3,2 % contre 2,1 %) et les ménages locataires (87,1 % contre 58,0 %). Ils sont encore plus
accentués pour la part des ménages à bas revenu (25,7 % contre 12,2 %) et la part des ménages locataires en
HLM (77,3 % contre 33,6 %).
Le revenu résume à lui seul les difficultés d’un quartier prioritaire. Plus un quartier dispose d’un revenu médian par unité de consommation faible, plus il connaît des difficultés importantes dans tous les domaines. Ainsi, les cinq quartiers les moins pauvres ont aussi le moins de difficultés liées à la famille, au logement ou à l’emploi et l’éducation. À l’inverse, les cinq quartiers les plus précaires en terme de revenu cumulent les difficultés : taux d’activité et part de diplômés les plus faibles, chômage le plus élevé, logements les plus petits. Ils regroupent également à la fois les quartiers où la part de familles monoparentales est la plus élevée, et ceux dont la part des ménages d’au moins six personnes est la plus importante, les deux situations se compensant en moyenne.
Un quart des quartiers est en moindre difficulté par rapport à l’ensemble des quartiers prioritaires de
Champagne-Ardenne fin 2009. Ce groupe est constitué des 15 quartiers de la région dont le revenu médian
excède 13 000 euros, qui sont principalement des grands
NQP de priorité
2 ou 3 : 13 ont plus de 2 000 habitants, 13 sont des NQP et 14 sont classés en priorité 2 ou 3. Ne comptant
aucun quartier de ce type, l’Aube est sous-représentée dans ce groupe avec un seul quartier concerné sur les 11 du
département, au contraire des trois autres départements de la région.
Un quart des quartiers est en plus forte difficulté que les autres quartiers prioritaires régionaux fin 2009.
Au sein de ces quartiers, le revenu médian est inférieur à 9 000 euros, soit presque moitié moins que le
revenu médian de l’ensemble de la population de la région (17 400 euros).
Dans ce groupe de quartiers, deux tiers sont des Zus
et deux tiers sont de priorité 1. Avec 7 quartiers Zus de priorité 1 parmi ses 12 quartiers, le
département des Ardennes est le département le plus impacté avec 42 % de ses quartiers dans ce groupe. Les
quartiers de l’Aube y sont également surreprésentés (4 des 11 quartiers du département).
Fin 2009, la moitié des quartiers de la région est en situation intermédiaire, avec un revenu médian
compris entre 9 000 et 13 000 euros. Dans ce groupe, l’Aube connaît la situation la plus dégradée, avec
5 quartiers sur 6 disposant d’un revenu inférieur à 10 800 euros. À l’inverse,
les 3 quartiers de la Haute-Marne ont tous un revenu supérieur à 10 800 euros. La
répartition des quartiers de ce groupe est équilibrée dans la Marne. Les Ardennes comptent, en proportion, moins de
quartiers dans cette tranche (33 %) que les autres départements.
Degré de priorisation des actions de l’État, tel qu’établi lors de la mise en place des
Cucs en 2007,
et difficultés observées sur les quartiers en 2009 concordent dans les situations les plus extrêmes, les
plus favorables comme les plus dégradées. Cependant, l’objectif pour la politique de la ville, affirmé par la loi du
1er août 2003, vise à « réduire les inégalités sociales et les écarts de développement entre
les territoires ». Aussi, l’intensité des actions de l’État sur un quartier ne dépend pas uniquement du
niveau absolu de ses difficultés, mais également de l’ampleur de la divergence entre la situation
socio-économique de ce quartier et celle de la ville où il est inséré, ainsi que des inégalités au sein même
du quartier.
| Unité : nombre | |||||
| Quartiers en forte difficulté | Quartiers en situation intermédiaire | Quartiers en moindre difficulté | Ensemble des quartiers prioritaires | ||
|---|---|---|---|---|---|
| Revenu médian inférieur à 9 000 euros | Revenu médian compris entre 9 000 et 10 800 euros | Revenu médian compris entre 10 800 et 13 000 euros | Revenu médian supérieur à 13 000 euros | ||
| 1er quartile | 2e quartile | 3e quartile | 4e quartile | ||
| Lecture : parmi les 58 quartiers prioritaires de Champagne-Ardenne pour lesquels une donnée est disponible, un quart dispose d'un revenu médian inférieur à 9 000 euros (premier quartile). La moitié d'entre eux dispose d'un revenu médian inférieur à 10 800 euros (médiane) et un quart d'entre eux d'un revenu supérieur à 13 000 euros (quatrième quartile). | |||||
| Source : Insee-DGFiP, source fiscale 2009 | |||||
| Ardennes | 5 | 2 | 2 | 3 | 12 |
| Aube | 4 | 5 | 1 | 1 | 11 |
| Marne | 5 | 7 | 8 | 9 | 29 |
| Haute-Marne | 1 | 0 | 3 | 2 | 6 |
| Champagne-Ardenne | 15 | 14 | 14 | 15 | 58 |
L’écart de situation socio-économique ou « contraste » d’un quartier prioritaire à sa ville est fortement
lié aux difficultés du quartier. Parmi les 15 quartiers en moindre difficulté, 14 sont classés en faible
contraste. Le « contraste », défini comme l’écart entre les revenus perçus par les habitants du quartier
et ceux perçus par les autres résidents de l’unité urbaine où s’insère le quartier, y est inférieur à 6 300 euros.
À l’inverse, 10 des 15 quartiers en forte difficulté sont classés en fort contraste, avec des écarts de revenu
supérieur à 8 600 euros et 5 en contraste moyen.
Les quartiers situés dans les petites unités urbaines de la région se distinguent par leur faible contraste par
rapport à leurs difficultés, en comparaison aux quartiers des grandes unités urbaines, notamment de la Marne et
de l’Aube. Ainsi, le revenu médian des quartiers de Bogny-sur-Meuse, Fumay, Joinville, Sainte-Menehould et
Vivier- au-Court, tous classés en faible contraste, est en moyenne inférieur de 3 000 euros à celui des
quartiers de Châlons-en-Champagne, Reims et Troyes. Aucun quartier situé dans une petite unité urbaine n’est
classé en fort contraste, y compris le quartier Orzy de Revin pourtant en forte difficulté au regard de son
revenu médian. À revenu médian similaire, les quartiers des grandes villes de la région sont tous classés en
fort contraste. Troyes se distingue avec trois quartiers dans ce cas (La Lisière, Vouldy et Point-du-Jour)
alors que Reims et Châlons-en-Champagne en comptent chacun un seul.
Les quartiers ayant un revenu médian très faible ont de moins fortes inégalités internes que des quartiers
ayant un revenu médian élevé. La « disparité » de revenu, mesurée par l’écart entre le revenu maximum perçu
par le quart de la population du quartier ayant les revenus les plus faibles et le revenu minimum perçu par
le quart ayant les revenus les plus élevés, y est moindre. Sur les 15 quartiers en moindre difficulté, 11 sont
classés en forte disparité de revenu, supérieure à 10 800 euros, contre 2 pour les 15 quartiers en forte
difficulté. Néanmoins, de tels écarts sont à relativiser : le revenu maximum du quart de la population la plus pauvre
des quartiers en moindre difficulté est proche du revenu médian des quartiers en forte difficulté. Les
inégalités entre quartiers sont par conséquent difficilement comparables lorsque l’écart entre leur niveau
de revenu médian est très important.
Parmi le groupe des quartiers en moindre difficulté, 4 quartiers, tous situés dans la Marne se distinguent par
de plus faibles inégalités. À l’inverse, parmi le groupe des quartiers en forte difficulté, ceux de l’Aube et
des Ardennes se distinguent par des inégalités plus élevées. En particulier, 2 quartiers, situés à Sedan et à
Troyes sont classés en forte disparité de revenu.
Des inégalités de revenu importantes au sein d’un quartier ne traduisent cependant pas forcément une situation
plus dégradée. Elles peuvent être le fruit d’un moindre « cloisonnement » du quartier vis-à-vis de son environnement,
impliquant une plus forte présence de personnes ayant de hauts revenus, créant des inégalités plus importantes mais
favorisant la mixité sociale. Ainsi, pour 15 des 16 quartiers cumulant une forte disparité de revenu et un faible
contraste, le quart des habitants les plus aisés perçoit un revenu supérieur au revenu médian de l’unité urbaine
englobante. Pour les quartiers prioritaires de Joinville, Vivier-au-Court, et Georges Cuvier à Reims, l’écart est
même supérieur à 5 000 euros. À l’inverse, dans les 5 quartiers cumulant forte disparité de revenu et fort contraste,
tous situés à Troyes, Reims et Châlons-en-Champagne, plus des trois quarts de la population du quartier perçoit un revenu nettement
inférieur à celui de l’unité urbaine englobante (plus de 3 000 euros inférieur). Dans ces quartiers, les situations
d’extrême précarité sont plus fréquentes : un quart de la population perçoit plus de 14 000 euros de moins que les
habitants de l’unité urbaine englobante.
