Sylvain Monnot
L'aire d'attraction du pôle d'emploi troyen s'étend sur 184 communes et regroupe
les deux tiers de la population du département de l'Aube. Elle se compose de la
communauté d'agglomération de Troyes (CAT), d'une première couronne correspondant
au périmètre du projet de schéma de cohérence territorial (SCoT), et d'une seconde
couronne située au-delà de ce périmètre. Le territoire bénéficie d'une démographie
dynamique, particulièrement soutenue dans la première couronne.
Alors que la population augmente davantage en périphérie, l'emploi reste
concentré sur l'agglomération troyenne. Pour une centaine de communes de l'aire
d'attraction plus de 60 % des salariés vont travailler chaque jour dans le pôle
d'emploi. La périurbanisation génère une augmentation importante des navettes
domicile-travail. Entre 1999 et 2004, celles de la seconde couronne vers la CAT
ont le plus progressé ; leur nombre dépasse désormais celui des navettes de la
première couronne vers ce même pôle.
Au sein de l'aire d'attraction, les territoires se différencient socialement. La
première couronne compte en proportion moins d'ouvriers et davantage de cadres que
la seconde couronne. Cette différenciation se retrouve au niveau des revenus ou du
taux de propriétaires.
Le projet de schéma de cohérence territoriale (SCoT*) porte sur un territoire de 42 communes parmi lesquelles, les 11 communes de la communauté d'agglomération troyenne (CAT). Peuplé de 148 400 habitants au 1er janvier 2006, il regroupe la moitié de la population du département de l'Aube. Toutes les communes du territoire du SCoT sont sous influence du pôle troyen pour l'accès à l'emploi, une partie importante de leurs actifs allant travailler chaque jour dans l'agglomération. Néanmoins, l'aire d'attraction du pôle d'emploi troyen, constituée des communes dont au moins 40 % des salariés vont travailler dans le pôle, s'étend sur 184 communes et déborde ainsi largement au delà des limites du SCoT.
* Le SCoT est un document et non un territoire. Toutefois, afin de faciliter la lecture, le terme SCoT désignera le territoire.
Après avoir connu une croissance de population ralentie sur la période 1982-1999,
l'Aube est entrée au cours de la décennie 2000 dans une dynamique démographique
plus favorable, au contraire des trois autres départements de la région. En
déficit migratoire depuis les années 1980, elle bénéficie aujourd'hui d'arrivées
de population plus nombreuses que les départs. Cette évolution, notamment visible
dans les échanges de population entre le département et l'Île-de-France, témoigne
d'une attractivité à la fois résidentielle et économique.
La croissance démographique du département de l'Aube s'explique pour la
quasi-totalité par la croissance démographique de l'aire d'attraction du pôle
d'emploi troyen qui regroupe les deux tiers de la population du département.
Au sein de l'aire d'attraction, les trois territoires - CAT, première et seconde
couronne - ont connu une croissance de population entre 1999 et 2006. Grâce aux
importants déménagements de résidents de la CAT vers la périphérie, les première
et seconde couronnes connaissent une forte poussée démographique, avec un gain de
population respectivement de 11,6 % et 8 % sur cette période. Dans la CAT,
malgré un déficit des arrivées sur les départs, la population continue d'augmenter
très légèrement. Cette croissance, quoique ralentie par rapport à la décennie
1990, contraste avec la situation des autres agglomérations de la région, en
baisse démographique parfois prononcée. Pour ces dernières, l'accélération des
phénomènes de périurbanisation s'est faite au détriment des villes-centres et de
leur banlieue, et n'a pas été compensée par des arrivées d'autres départements.
Les arrivées de population dans les territoires périurbains de la première et seconde couronne se font souvent depuis des communes proches, en particulier de la CAT. Au contraire, l'ensemble composé des onze communes de la communauté d'agglomération troyenne bénéficie de l'arrivée de résidents venus de plus loin. Lorsqu'ils viennent d'un autre département que l'Aube, les habitants s'installent plus souvent dans la CAT. En 2006, ces nouveaux résidents représentent 11 % de la population de la CAT et moins de 6 % des habitants de la première couronne (SCoT hors CAT) ou de la seconde couronne (aire d'attraction hors SCoT). Ce phénomène est renforcé par le recrutement national, et même international, de l'université technologique de Troyes (UTT). Sur la seule offre universitaire 2007-2008, qui concerne un peu plus des deux tiers des 6 850 étudiants en formation d'enseignement supérieur, la moitié des inscrits a obtenu son baccalauréat en dehors de la Champagne-Ardenne.
Si la population augmente davantage en dehors de l'agglomération, l'emploi reste fortement concentré sur la CAT. En 2004, l'agglomération troyenne regroupe 83 % de l'emploi de l'aire d'attraction et seulement 63 % de la population. Avec le déménagement des populations de la ville vers la périphérie, la forte concentration des emplois sur la CAT génère une augmentation importante des navettes domicile-travail. Chaque jour, au sein de l'aire d'attraction, 32 000 personnes quittent leur commune de résidence pour aller travailler. Dans neuf cas sur dix, ces déplacements se font avec la CAT. Pour une centaine de communes de l'aire d'attraction, parmi lesquelles celles du SCoT, exceptées Clérey et Fresnoy-le-Château, au moins 60 % des actifs résidents, travaillent dans l'agglomération troyenne. Entre 1999 et 2004, l'attractivité du pôle troyen sur les communes de la seconde couronne s'est renforcée : la part des actifs allant travailler dans la CAT est passée de 44 % à 51 %. Au cours de cette période, le nombre de salariés résidant dans la deuxième couronne et travaillant dans la CAT a progressé de 17 %, pour s'élever à 6 300 navetteurs. Dans le même temps, les navettes domicile-travail entre la première couronne et la CAT se sont stabilisées à 5 000 déplacements.
Lecture : Chaque jour, 6 286 actifs de la seconde couronne vont travailler dans la CAT. Ils sont 617 à faire le déplacement inverse.
Champ : salariés hors fonction publique d'État
Dans le contexte d'une prise en compte renforcée des enjeux de développement
durable (coût du carburant, accès à l'emploi et aux services, émissions de gaz
à effet de serre…), l'absence de bourgs ruraux dans l'espace périurbain du pôle
d'emploi troyen peut constituer un inconvénient pour le territoire : l'unique
ligne de chemin de fer voyageurs Paris-Bâle n'offrant pas une desserte à
l'ensemble du territoire périurbain.
Les flux quotidiens domicile-travail vers la CAT en provenance du reste du
département sont également en forte progression. Les importantes pertes d'emplois
dans les bassins industriels de Bar-sur-Aube et Romilly-sur-Seine, tous deux
situés hors de l'aire d'attraction, concourent à ce phénomène.
Enfin, sur la période 1999-2004, les déplacements domicile-travail entre la
CAT et l'Île-de-France ont doublé, dans un sens comme dans l'autre. Ils restent
néanmoins 2,5 fois plus nombreux à destination de la région parisienne que dans
le sens inverse.
Au sein de l'aire d'attraction du pôle troyen, les groupes sociaux ne se répartissent
pas de façon homogène. Parmi les salariés résidant dans l'aire d'attraction, les
cadres et les professions intermédiaires sont en proportion plus nombreux dans la
première couronne que dans la CAT et la seconde couronne. Les cadres représentent
9,2 % des salariés résidant dans la CAT, contre 10,5 % des salariés de la première
couronne et 7,7 % de la seconde couronne. A contrario, les ouvriers sont de plus en
plus représentés avec l'éloignement au centre.
Parmi l'ensemble des salariés résidant dans l'aire d'attraction et changeant de
commune pour travailler, les cadres effectuent un trajet domicile-travail moyen de
quarante minutes aux heures de pointe. Ce temps est moitié moindre pour les
ouvriers comme pour les employés. Les cadres exercent leur activité professionnelle
plus souvent en dehors de l'aire d'attraction. C'est le cas d'un quart d'entre eux,
contre 19 % des professions intermédiaires (infirmières, catégorie B de la fonction
publique…), 9 % des employés et 11 % des ouvriers. Parmi les actifs allant
travailler chaque jour en Île-de-France, 28 % sont des cadres, alors que les
cadres ne représentent que 10 % des salariés résidant dans l'aire d'attraction.
Lecture : la moitié de la population des ménages de la CAT vit en 2005 avec un revenu annuel inférieur à 14 862 euros par unité de consommation et 10 % des personnes vivient dans un ménage avec un revenu inférieur à 4 108 euros par unité de consommation.
En se limitant aux seuls salariés qui résident et travaillent dans l'aire
d'attraction tout en changeant de commune pour aller travailler, le temps moyen
de trajet domicile-travail s'élève à 18 minutes en heures de pointe quelle que
soit la catégorie sociale (ouvrier, employé ou cadre). Les ouvriers, bien
qu'habitant plus loin du pôle d'emploi que les cadres, n'ont pas un temps de
trajet plus élevé : les cadres travaillent plus souvent à Troyes, et les ouvriers
dans une commune de la banlieue troyenne ou du reste de l'aire d'attraction. En
effet, les activités qui emploient des ouvriers se situent plus souvent que les
services en périphérie : dans l'aire d'attraction, 85 % des établissements de la
construction et 70 % des établissements industriels sont localisés à l'extérieur
de la ville de Troyes, mais seulement 60 % des établissements de services.
La différenciation sociale entre les territoires de l'aire d'attraction se retrouve
au niveau des revenus déclarés par les ménages. Dans le SCoT hors CAT, une personne
sur deux vit dans un ménage qui déclare, pour 2005, un revenu inférieur à
18 530 euros par unité de consommation. Le revenu médian, au-dessus duquel se
situe la moitié de la population, y est plus élevé que dans la communauté
d'agglomération.
Dans cette dernière, l'hétérogénéité des revenus est importante, en raison de la
présence des quartiers défavorisés. Au 1er janvier 2006, 28 200 habitants
résident dans les six zones urbaines sensibles de la CAT, représentant près d'un
quart de la population de la communauté d'agglomération.
La différenciation sociale des territoires est également visible à travers la
proportion de ménages propriétaires. Seuls 40 % des ménages sont propriétaires de
leur logement dans la CAT, contre 88 % dans la première couronne et 81 % au-delà.
Les logements gérés par des organismes HLM sont concentrés dans la CAT. Sept
communes, parmi les onze de la CAT, rassemblent plus de 90 % du logement social de
l'aire d'attraction, pour 62 % de logements non-HLM. Pour l'ensemble de la CAT, les
logements HLM constituent un tiers du parc de logements, contre 2,3 % dans la
première couronne et 4,1 % dans la seconde couronne. A la Chapelle-Saint-Luc et
Les-Noës-près-Troyes, deux communes de la CAT, plus de la moitié des logements
sont des HLM.

Par arrêté préfectoral en date du 13 août 2009, la commune de Saint-Germain est adhérente à la communauté d'agglomération troyenne. Dans le cadre de cette étude, Saint-Germain n'a pas été intégrée à la CAT.