Sylvain Monnot
Fin 2008, avant l'entrée en vigueur du RSA, 32 Champardennais sur 1 000 dépendent du RMI, en comptant
les allocataires et les personnes à charge. Cette proportion est à peine plus élevée qu'au niveau national
mais les situations départementales sont très contrastées. La part de la population concernée varie du
simple au double entre la Marne et les Ardennes.
Néanmoins, les caractéristiques des allocataires du RMI sont similaires d'un département à l'autre.
Les RMIstes sont plus fréquemment jeunes. Ils vivent plus souvent seuls ou à la tête d'une famille
monoparentale. Fin 2008, un RMIste sur deux a perçu une allocation inférieure à 394 euros par mois.
Même si l'ancienneté dans le dispositif dépend de l'âge, un nombre important d'allocataires encore
jeunes touchent ce minimum social depuis plus de dix ans.
Au 31 décembre 2008, les quatre caisses d'allocations familiales de Champagne-Ardenne versent le revenu minimum d'insertion (RMI) à 20 593 foyers allocataires, et la mutualité sociale agricole (MSA) à 629 autres foyers. Peu avant sa disparition au profit du revenu de solidarité active (RSA) le 1er juin 2009, le RMI fait vivre 42 885 personnes en comptant les allocataires, leur conjoint éventuel, les enfants et autres personnes à charge. A cette date, 32 habitants sur 1 000 vivent du RMI, à peine plus qu'au niveau national. La proportion de la population vivant de ce minimum social varie de 22 habitants sur 1 000 dans la Marne à 52 habitants sur 1 000 dans les Ardennes. Ce dernier département est le huitième de France métropolitaine par l'importance de la proportion de population couverte. En France métropolitaine le maximum est atteint en Seine-Saint-Denis avec 64 habitants sur 1 000. La suite de l'article porte sur les 20 593 foyers allocataires gérés par les CAF, qui représentent 97 % de l'ensemble des allocataires payés au titre du RMI en décembre 2008 en Champagne-Ardenne.
Note de lecture : en comptant les allocataires, leur conjoint éventuel, les enfants et autres personnes à charge, 52 habitants sur 1 000 vivent du RMI dans les Ardennes.
La proportion d'allocataires du RMI dans la population diminue avec l'âge. Les 25 à 34 ans sont
les plus concernés et représentent 31,5 % des allocataires champardennais. En particulier dans
les Ardennes, 71 adultes sur 1 000 de cette tranche d'âge touchent le RMI contre 47 au niveau régional.
Cette situation reflète les difficultés d'insertion dans un premier emploi, à un âge où la vie en couple
, avec éventuellement l'apport d'autres ressources, est moins fréquente.
La proportion de RMIstes s'élève à 33 pour mille Champardennais de 35 à 44 ans,
puis descend à 28 pour mille personnes de 45 à 54 ans, et à 17 pour mille individus de 55 ans ou plus.
Sur 1 000 jeunes de 20 à 24 ans, 7 touchent le RMI dans la Marne contre 18 dans les Ardennes ; un jeune
de cet âge, hébergé ou non, ne peut prétendre à l'allocation du RMI que s'il a au moins un enfant à charge
, né ou à naître. Cette réglementation explique la très faible part des jeunes de moins de 25 ans dans ce
dispositif malgré leurs difficultés d'insertion accrues sur le marché du travail. Quelle que soit la classe
d'âge, le taux de RMIstes est plus élevé dans les Ardennes que dans les autres départements de la région.
En moyenne, un foyer allocataire comprend 1,8 personne couverte et rattachée au dossier de l'allocataire dans la Marne
et 1,9 personne dans les autres départements de la région ainsi qu'au niveau national. La taille moyenne du foyer est plus
faible dans la Marne, car la part des allocataires seuls y est plus élevée.
Les personnes seules sont majoritaires parmi les allocataires du RMI. Quel que soit le département,
les hommes seuls, c'est-à-dire sans personne à charge au sens du RMI, sont de loin les plus représentés,
plus encore que les femmes seules. L'isolement est facteur de précarité, et les personnes " isolées " sont
surreprésentées au sein des foyers allocataires du RMI.
De même, les foyers monoparentaux représentent 25 % des allocataires du RMI dans la région, alors qu'ils
ne constituent que 8 % des ménages champardennais. Les femmes représentent 96 % des allocataires parmi les
familles monoparentales. En 2006, dans l'ensemble de la population, elles sont à la tête de 84 % de l'ensemble
des familles monoparentales avec au moins un enfant de moins de 25 ans.
Les couples sans enfant dépendant du RMI sont peu fréquents, en raison tout d'abord de la quasi-absence
d'allocataires du RMI au-delà de 65 ans. A partir de cet âge, les personnes sont prises en charge par le
fonds de solidarité vieillesse. Par ailleurs, pour les couples, le risque de se retrouver sans aucune ressource
est moindre que pour les personnes seules ou les familles monoparentales.
Note de lecture : 55 % des allocataires du RMI sont des personnes seules contre 22 % de l'ensemble des ménages de Champagne-Ardenne dont la personne de référence est âgée de 20 à 64 ans.
Fin 2008, en Champagne-Ardenne, 26 % des allocataires vivent du RMI depuis moins d'un an
et 14 % depuis plus de dix ans. Dans les Ardennes, l'Aube et la Marne, l'ancienneté dans les
droits au RMI est proche de la moyenne régionale. En Haute-Marne, l'ancienneté est moins élevée,
puisque 32 % des Rmistes y sont depuis moins d'un an et seulement 8% depuis plus de dix ans. Cette
situation peut être due à des sorties plus nombreuses du dispositif, à des interruptions plus fréquentes
des droits au RMI ou encore aux départs plus importants du département suite à un déménagement.
Seulement 33 % des allocataires au RMI depuis plus de dix ans ont plus de 55 ans. Un nombre important
d'allocataires encore jeunes vivent depuis très longtemps de ce minimum social puisque 31 % ont moins de 45 ans.
Un allocataire ne perçoit pas une somme fixe, mais un montant qui représente la différence entre un seuil,
qui est fonction de la composition du ménage, et les ressources cumulées du ménage quand celles-ci n'atteignent
pas ce seuil. En cela, l'allocation du RMI est dite différentielle, comme les autres minima sociaux tels que
l'allocation de parent isolé (API), l'allocation aux adultes handicapés (AAH), l'allocation de solidarité spécifique
(ASS) et l'allocation de solidarité vieillesse (ASV). Ainsi le montant de RMI perçu est propre à chaque allocataire.
Dix pour cent d'entre eux perçoivent moins de 164 euros par mois, tandis que les dix pour cent dont le montant est
le plus élevé touchent plus de 564 euros.
Les couples touchent une allocation en moyenne plus élevée que les personnes seules. Les familles monoparentales
reçoivent en moyenne une somme inférieure à celle des couples, car une allocation spécifique à ces familles est
prise en compte dans le calcul des ressources. L'homogénéité de la composition des foyers allocataires entre les
départements de la région explique qu'un allocataire sur deux reçoit moins de 394 euros dans chacun des quatre
départements.
| Montant moyen |
Montant médian |
|
|---|---|---|
| Source : CAF de Champagne-Ardenne au 31 décembre 2008 | ||
| Couples avec 1 ou 2 enfants | 472 | 500 |
| Couples avec 3 enfants ou plus | 485 | 554 |
| Couples sans enfant | 424 | 564 |
| Femmes seules | 355 | 394 |
| Hommes seuls | 380 | 394 |
| Familles monoparentales avec 1 ou 2 enfants | 405 | 463 |
| Familles monoparentales avec 3 enfants ou plus | 255 | 190 |
| Ensemble | 392 | 394 |
Note de lecture : la moitié des hommes seuls au RMI touche moins de 394 euros par mois
En plus du RMI, la CAF verse, selon le cas, des prestations familiales et logement. En Champagne-Ardenne, 78 % des RMIstes dépendent pour plus des trois quarts de leurs ressources des prestations de la CAF, allocation du RMI incluse. Parmi l'ensemble des allocataires, 64 % ne déclarent aucune autre ressource que les prestations de la CAF. Ces derniers sont plus fréquents au sein des 55 à 64 ans et des personnes "isolées", hommes ou femmes. En Haute-Marne, cette dépendance aux prestations de la CAF est moins fréquente que dans les trois autres départements de la région.
Environ deux tiers des allocataires du RMI perçoivent l'aide au logement en Champagne-Ardenne. Parmi
eux, deux tiers sont locataires dans le parc HLM, contre 54 % de l'ensemble des ménages locataires de
Champagne-Ardenne. Dans les Ardennes, où les centres anciens et non rénovés des villes accueillent
fréquemment cette population très défavorisée, les RMIstes locataires habitent plus souvent hors HLM.
Les hommes seuls vivent plus fréquemment dans le parc privé ; près d'un sur deux est dans ce cas.
Le montant moyen du loyer hors charges payé par les RMIstes s'élève à 366 euros dans le parc privé
contre 263 euros dans le parc HLM. Pour un allocataire logeant dans le parc privé sur quatre,
la part du loyer restant à payer une fois déduite l'aide au logement est supérieure à 15 %.
Pour un autre quart des locataires dans le parc privé, l'aide au logement couvre la totalité du loyer
hors charges.
Le dernier tiers des RMIstes, celui ne touchant pas d'aide au logement, est soit hébergé gratuitement
par la famille ou des amis, soit dans une autre situation (sans domicile fixe, en centre d'hébergement,
en habitation mobile…). Dans la région, cette proportion est quasiment la même quel que soit le département.
Au 31 décembre 2008, 4 531 RMIstes conservent un droit ouvert sans toucher l'allocation. Ce droit
ouvert concerne la plupart du temps des personnes ayant retrouvé une activité professionnelle, par
exemple sous la forme d'un contrat aidé. La conservation de ce droit ouvert leur permet le maintien de
certains avantages, dits droits connexes, comme des réductions sur les abonnements téléphoniques, le
droit à la CMU complémentaire ou encore l'exonération de la taxe d'habitation. Il existe plusieurs
comptabilisations possibles du nombre de Rmistes, et les conseils généraux retiennent en général ceux
qui bénéficient d'un droit ouvert, que la CAF leur verse ou non une allocation.
Les RMIstes n'ayant qu'un droit ouvert sont moins souvent des personnes âgées ou " isolées ". Seuls
7 % d'entre eux ont plus de 55 ans en Champagne-Ardenne, contre 14 % pour ceux qui touchent une
allocation. De même, les personnes " isolées ", donc sans personne à charge, ne représentent que
43 % des allocataires n'ayant plus qu'un droit ouvert au RMI, contre 54 % de celles qui le
perçoivent.
Après vingt années d'existence (1989-2009), le revenu minimum d'insertion se fond dans un dispositif
plus large, dénommé revenu de solidarité active (RSA) au 1er juin 2009, qui a vocation à bénéficier
à un public plus large. Le basculement dans le dispositif unique du RSA devrait contribuer à simplifier ces différentes catégories d'allocataires.

Un partenariat entre la direction régionale de l'Insee et les quatre CAF de Champagne-Ardenne
Une convention d'échanges et de partenariat d'études, signée en 2005, lie la direction régionale
de l'Insee de Champagne-Ardenne et les quatre CAF de la région. Les informations sur les allocataires
gérés par les CAF constituent une source de statistiques localisées des plus riches sur les aspects
démographique et social. Au 31 décembre 2008, pour l'ensemble des prestations sociales, les CAF de la
région gèrent 226 194 allocataires d'une prestation légale, et couvrent 602 697 individus pour au
moins une prestation. Environ 45 % de la population champardennaise est ainsi connue de la CAF. Les
personnes âgées sont fortement sous-représentées car elles sont prises en charge par d'autres
organismes pour le handicap ou les minima sociaux. Elles ne sont plus concernées par les
prestations familiales ni par l'un des trois minima sociaux versés jusqu'alors par les CAF,
mais parfois par une allocation logement.
Les données CAF couvrent la quasi-totalité des situations de précarité monétaire parmi la
population de moins de 65 ans, résidant légalement sur le territoire national.