Audrey Déjoie-Larnaudie, Sandrine Rigollot
Le poids de l’économie sociale dans l’ensemble du marché du travail diffère selon les territoires, au regard de leur caractère plus ou moins urbain, de leur spécialisation économique et de leur histoire. Il varie de 8 % en Haute-Marne à 11 % dans la Marne et de 4 à 21 % dans les territoires de pays.
L’associatif est implanté dans tous les pays, même les plus ruraux, à travers le secteur social. Avec les coopératives de crédit, le secteur coopératif est aussi bien représenté. Dans les zones agricoles, les grandes coopératives agroalimentaires renforcent la présence de l’économie sociale. L’emploi dans les mutuelles se concentre dans les agglomérations.
Fin 2005, l'économie sociale de Champagne-Ardenne emploie 41 610 salariés, dont la moitié se situe dans la Marne. Dans ce département, le poids de l’économie sociale dans l’emploi salarié total (11 %) est plus élevé que dans les autres départements de la région et qu’en France métropolitaine (9,6 %). L’Aube se classe dans la moyenne nationale. L’économie sociale contribue pour 9 % à l’emploi salarié des Ardennes et pour 8 % à celui de Haute-Marne.
La Marne se distingue par un poids important des coopératives. Elle regroupe 65 % des salariés des coopératives champardennaises. Le caractère plus urbain de la Marne, ses grandes productions agricoles et la présence de la métropole rémoise ont favorisé le développement de deux formes de coopératives : celle du crédit et celle de l’agroalimentaire (transformation de céréales, de luzerne et de betteraves, champagnisation…). Chacune participe pour 34,5 % au secteur coopératif marnais. Au regard de la taille importante des coopératives agroalimentaires, la Marne contribue pour moitié aux effectifs salariés de l’économie sociale de la région, plus que son poids dans l’ensemble du marché du travail.
Pour ce département, en lien avec le poids du secteur coopératif, la part des associations dans
l’effectif salarié de l’économie sociale est la plus faible des
quatre départements de Champagne-Ardenne. Cependant, avec 240 emplois salariés
associatifs pour 10 000 habitants, la Marne détient la densité la plus élevée de la
région, légèrement inférieure à la densité moyenne de France métropolitaine. La Marne
regroupe près des deux tiers des 2 000 emplois salariés des mutuelles d’assurance
implantées en Champagne-Ardenne, mais seulement un peu plus du tiers des salariés des
mutuelles de prévoyance de la région.
L’Aube se caractérise par un secteur associatif développé particulièrement dans le
domaine social. La densité d’emplois dans les associations, 230 emplois pour
10 000 habitants, se situe légèrement en dessous de la densité marnaise (240). Mais
la densité d’emplois du seul secteur social est la plus élevée des quatre départements
de la région : 130 emplois pour 10 000 habitants contre 110 dans la Marne et en
Haute-Marne et 105 dans les Ardennes. Elle dépasse même la densité de France
métropolitaine (115). L’importance du domaine social se mesure également par sa part
dans l’emploi associatif. Dans l’Aube, 57 % des salariés des associations travaillent
dans le secteur social contre 52 % en Champagne-Ardenne et 46 % dans la Marne. Hormis
les crèches et garderies, davantage localisées dans la Marne, les différentes
activités sociales sont très présentes et tout particulièrement l’aide à domicile et
l’aide aux personnes âgées. Du fait de la présence de grandes coopératives
agroalimentaires, le secteur coopératif est largement implanté dans l’Aube mais dans
une moindre mesure que dans la Marne.
Les Ardennes rassemblent 21,5 % des effectifs des mutuelles de Champagne-Ardenne, alors que le département ne représente que 17 % des effectifs régionaux de l’économie sociale et 19 % de l’ensemble des emplois salariés de la région. Les mutuelles de prévoyance, historiquement bien ancrées dans les Ardennes à travers la création de mutuelles d’entraide ouvrières, concentrent 92 % des emplois salariés des mutuelles du département. Pour l’ensemble de la Champagne-Ardenne, les salariés des mutuelles se répartissent à part égale entre prévoyance et assurance.
La Haute-Marne, département le moins urbain, avec 46 % de la population résidant dans l’espace rural, contre 34 % dans les Ardennes ou l’Aube et 13 % dans la Marne, dispose d’un secteur de l’économie sociale en retrait. Seulement 10,7 % des salariés de l’économie sociale de la région sont localisés dans ce département, alors que la Haute-Marne pèse pour 13,7 % dans l’ensemble des emplois de la région. Cette sous représentation haut-marnaise se retrouve dans les trois principales familles de l’économie sociale : associations, coopératives et mutuelles. La densité d’emplois dans les associations s’élève à 200 emplois salariés pour 10 000 habitants contre 220 en Champagne-Ardenne et 260 en France métropolitaine. En revanche, avec près de 100 salariés, la Haute-Marne regroupe 41 % des salariés des fondations, soit presque autant que la Marne.
| Unité : nombre | ||
| Emplois salariés | Etablissements employeurs | |
|---|---|---|
| Source : Insee, Clap 2005 | ||
| Ardennes | 7 240 | 810 |
| Aube | 8 920 | 910 |
| Marne | 20 980 | 1 790 |
| Haute-Marne | 4 470 | 570 |
| Champagne-Ardenne | 41 610 | 4 080 |
| Unité : nombre | |||||
| Coopératives | Mutuelles | Associations | Fondations | Economie sociale |
|
|---|---|---|---|---|---|
| Source : Insee, Clap 2005 | |||||
| Ardennes | 1 115 | 425 | 5 665 | 35 | 7 240 |
| Aube | 1 730 | 400 | 6 790 | 0 | 8 920 |
| Marne | 6 140 | 955 | 13 785 | 100 | 20 980 |
| Haute-Marne | 425 | 200 | 3 750 | 95 | 4 470 |
| Champagne-Ardenne | 9 410 | 1 980 | 29 990 | 230 | 41 610 |
Le nombre d’emplois salariés de l’économie sociale varie fortement d’un pays à l’autre en
lien avec le niveau de population du pays, son caractère plus ou moins urbain, et la
nature de son économie. L’économie sociale n’occupe qu’une centaine d’emplois salariés
dans le pays de Seine, Melda et Coteaux Champenois, pays parmi les plus petits avec
11 000 habitants. Dans le pays Rémois, le plus peuplé avec 288 000 habitants, elle emploie
11 445 personnes.
Rapportée à l’emploi salarié total du territoire, l’économie sociale apparaît en retrait
dans tous les territoires de Haute-Marne, dans ceux du nord des Ardennes et dans plusieurs
petits territoires aubois. Elle est davantage présente dans la plupart des territoires de
la Marne.
Du fait de la présence de grandes coopératives agroalimentaires, l’économie sociale constitue une part particulièrement élevée au sein de l’emploi salarié total dans les pays de Plaine de Champagne (21 %), des Crêtes Préardennaises (16 %) et d’Épernay-Terres de Champagne (15 %). Au contraire, son poids est moins élevé dans les pays des Trois Vallées (5,8 %), de Langres (5,8 %), du Nord-Est Aubois (5,5 %) et de Seine, Melda et Coteaux Champenois (4 %).
Hormis dans le pays de Seine, Melda et Coteaux Champenois, le secteur coopératif est
présent dans chacun des territoires de Champagne-Ardenne. Cette omniprésence résulte de
celle des coopératives de crédit – établissements bancaires – même si elles emploient
peu de salariés dans les pays les plus ruraux.
Le poids de la coopération dans l’économie sociale dépasse le poids moyen national
(13,6 %) dans 15 pays sur les 27. Dans ceux d’Épernay, de la Plaine de Champagne et des
Crêtes Préardennaises, les coopératives contribuent même à plus de la moitié des emplois
salariés de l’économie sociale du territoire, en raison de la présence de nombreuses
coopératives agroalimentaires. Le pays Rémois (2 500 salariés en coopératives), le pays
d’Épernay (2 000 salariés) et le pays de Châlons-en-Champagne (1 050 salariés) concourent
pour 60 % aux emplois salariés des coopératives de Champagne-Ardenne.
Chacun des territoires de Champagne-Ardenne accueille au moins une association employant
des salariés. Le secteur associatif représente même plus de 80 % des salariés du secteur
de l’économie sociale pour 14 pays sur les 27 de la région. Les pays ruraux affichent une
densité de l’emploi salarié des associations par habitant plus faible que les pays plus
urbains qui comportent une agglomération d’au moins 5 000 emplois. Parmi les seconds
figurent le pays Rémois, le pays de Châlons-en-Champagne et le pays de Chaumont, ainsi
que les territoires « hors pays Ardennes » et « hors pays Aube » qui incluent
respectivement les communes de Charleville-Mézières et de Troyes. Le pays de l’Argonne
Champenoise, plutôt rural, se distingue par une forte densité de salariés en associations
pour 10 000 habitants, du fait de l’implantation à Sainte-Menehould d’un établissement
d’aide par le travail de plus de 100 salariés. La présence d’un établissement de cette
taille voire de taille moindre pour les petits territoires au tissu productif peu
développé, peut influer fortement sur la densité d’emplois.
Le secteur social, composante dominante des activités des associations de Champagne-Ardenne avec 52 % des emplois salariés, l’est aussi pour chacun des territoires. La part des activités sociales dans l’ensemble des emplois salariés des associations varie de 32 % à 95 % selon les territoires. Tous les pays ont au moins un établissement employeur dans l’aide à domicile, l’aide par le travail, ou l’accueil de personnes handicapées ou âgées.
Les associations de culture-loisirs et sportives, même si elles ne génèrent pas toujours de nombreux emplois salariés, sont implantées sur un grand nombre de territoires, assurant ainsi un service de proximité à la population. Seulement quatre pays n’ont aucune association employeuse dans le secteur de la culture et des loisirs et sept pays n’en ont aucune dans le sport. En revanche, sur les 27 territoires, 14 parmi les plus ruraux n’ont aucune association employeuse dans le domaine de la santé (centre d’autodialyse, centre de soins infirmiers…).
Les 290 salariés des dix fondations de Champagne-Ardenne se répartissent sur seulement
6 territoires parmi les 27 de la région.
Les 170 établissements mutualistes employeurs de la région sont implantés dans seulement
14 territoires. Ces quatorze territoires comprennent ceux structurés autour des douze
pôles urbains, auxquels s’ajoutent les pays de Bar-sur-Aube et des Vallées de Meuse et
Semoy. Ces deux derniers ne possèdent qu’un seul établissement employeur. 95 % des
salariés des mutuelles de la région exercent leur activité dans les six territoires
organisés autour des six villes les plus peuplées de la région ou dans le pays des
Vallées de Meuse et Semoy. Ce dernier territoire est un pays rural sans pôle urbain,
en dehors de l’influence d’une agglomération, mais le deuxième pays le plus densément
peuplé de Champagne-Ardenne.