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L’impact de quatre scénarios prospectifs sur la démographie bas-normande dans 30 ans

125 000 habitants de plus, sauf si...

Auteurs :  Pascal CAPITAINE et Émeric MARGUERITE - Insee
Avec la participation de Patrice ROUX-CAILLEBOT et Olivia DURANDE - (Dreal)

Repères

À l’horizon 2040, si les tendances démographiques actuelles se prolongeaient, la population bas-normande (*) devrait s’accroître de 125 000 habitants. Mais de l’économie mondiale à l’organisation territoriale locale, bien des facteurs pourraient changer l’ordre des choses. Selon quatre scénarios, volontairement caricaturaux, la population régionale pourrait se stabiliser à 30 000 habitants de plus ou au contraire gagner 300 000 habitants. Ces scénarios n’auraient pas la même influence au sein de la région. Le bassin caennais serait favorisé dès lors qu’il serait au cœur de nouvelles gouvernances (métropole normande ou Eurorégion anglo-normande). Le littoral de la région serait, quant à lui, un territoire "premium" tirant bénéfice de ses aménités. Plus à l’écart des opportunités de développement, les territoires du sud de la région (haut-bocage et franges mayennaises) pourraient en revanche connaître des évolutions démographiques moins favorables.

(*) Avertissement : dans cette publication, l’expression population bas-normande désigne, par extension, celle d’un ensemble composé de l’ensemble des territoires construits par la Dreal. Cet ensemble dépasse les frontières régionales, principalement pour les territoires d’Alençon, du Perche et du pays d’Ouche. Sa population totale s’élève à 1 550 000 habitants en 2007, soit 87 000 habitants de plus que la Basse-Normandie.

Sommaire

Publication

Au début des années 2040, les équilibres mondiaux auront sans doute changé. Mais nul ne sait aujourd’hui comment la Basse-Normandie s’inscrira dans ce nouveau contexte. Selon qu’elle se replie sur elle-même, qu’elle cherche à exploiter ses atouts paysagers, qu’elle s’ouvre sur l’axe Seine ou développe ses relations trans-Manche, l’impact sur la population régionale comme sur sa localisation risque d’être très différent. Si les tendances actuelles se poursuivaient et qu’aucun de ces scénarios ne se réalisait, la population bas-normande gagnerait 125 000 habitants d’ici 2042. Mais en imaginant que chaque scénario puisse moduler la fécondité, l’espérance de vie et l’ampleur des migrations d’un territoire vers un autre, les gains de population varieraient de 30 000 pour le plus pessimiste à 300 000 pour le plus optimiste.

Depuis plusieurs années, les jeunes ont tendance à quitter la région pour leurs études ou leur premier emploi, tandis que les actifs plus âgés et surtout les retraités viennent s'y installer. C’est la poursuite de ces tendances qui amènerait la Basse-Normandie en 2042 à ne compter que sur les migrations pour accroître sa population, les décès devenant aussi nombreux que les naissances, en raison du vieillissement de ses habitants.

Mais si les perspectives d’emploi s’assombrissaient comme dans le scénario 1 - le plus pessimiste des quatre - la population bas-normande pourrait même diminuer à partir de la fin des années 2030. Dans un premier temps, les mouvements migratoires permettraient de conserver une croissance faible. Puis, les mobilités s’estompant, la population bas-normande entamerait alors une baisse régulière. Les deux composantes du solde naturel, fécondité et mortalité, se dégraderaient par rapport aux tendances actuelles.

À l’opposé, le scénario d’ouverture vers la Grande- Bretagne (scénario 4), apparaît plus optimiste. Il permettrait d’envisager pour la population régionale, un gain de plus 300 000 habitants. Dans ce scénario, l’Eurorégion anglo-normande serait devenue réalité ; elle constituerait alors un levier puissant de croissance pour la démographie régionale. Fécondité et mortalité évolueraient selon des perspectives plus favorables.

Entre ces deux extrêmes, les scénarios 2 et 3 ne modifieraient pas beaucoup la population régionale à l’horizon 2042 par rapport aux projections tendancielles. Pour autant, l’équilibre démographique actuel au sein de la Basse-Normandie pourrait être profondément modifié, avec des territoires en pleine expansion, et d’autres menacés de désertification.

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De nouvelles gouvernances : une chance pour le bassin caennais

La trajectoire du bassin caennais, abritant la capitale et premier territoire de la région par sa population, se distingue nécessairement de celles des autres territoires. Si les tendances actuelles se poursuivent, le bassin devrait gagner 64 000 habitants d’ici 2042, dont 50 000 grâce à son seul excédent naturel.

Ce territoire est en effet le seul de la région à s’appuyer sur un solde naturel largement positif. La jeunesse de ses habitants contribuerait à maintenir élevé le nombre de naissances et il devrait conserver une certaine attractivité régionale auprès des étudiants. Toutefois, les jeunes resteraient assez nombreux à le quitter, une fois formés, au moment de la recherche du premier emploi. Des opportunités d’emploi plus nombreuses en Île-de-France les inciteraient à quitter le territoire si bien que le bassin caennais pourrait afficher un déficit migratoire chez les actifs. En revanche, le bassin accueillerait plus de seniors qu’il n’en perdrait. Les seniors franciliens seraient nombreux à s’installer, séduits par la présence de nombreux services dans la capitale régionale.

Les scénarios prospectifs offrent au bassin caennais un éventail de possibilités plus ou moins favorables. Les scénarios qui placent le territoire au centre des dynamiques de développement lui sont naturellement les plus bénéfiques. Dans un contexte de repli sur soi, tel que le décrit le scénario 1, le bassin caennais n’échapperait pas au déclin démographique. Le moteur de la démographie régionale se retrouverait ainsi à l’arrêt. Dans un premier temps les arrivées seraient plus nombreuses que les départs. Mais face à un isolement progressif et une déconnection aux autres territoires, les mouvements migratoires s’annuleraient par la suite. La fin des arrivées sur le bassin, conjuguée à la dégradation de l’activité économique, conduirait à une baisse importante du nombre de naissances.

Dans un contexte de compétition affirmée entre territoires (scénario 2), le bassin caennais serait également défavorisé par rapport à des territoires voisins tels que le pays d’Auge ou le littoral, qui offrent davantage d’aménités.

Dans le cadre où une métropole normande à 3 piliers (Caen, Rouen, Le Havre) deviendrait réalité, le bassin gagnerait plus de 100 000 habitants. Dans cette configuration, le solde migratoire serait pour la première fois source de croissance. Ainsi, les arrivées seraient plus nombreuses que les départs chez les actifs. Les Franciliens seraient, pour leur part, encore plus nombreux à s’installer.

Encore plus favorable, la constitution d’une Eurorégion anglo-normande (scénario 4) dont Caen serait l’un des pivots dynamiserait la démographie du bassin. Ce sont 150 000 habitants qui s’ajouteraient en 2040 à la population actuelle de la zone. Excédents migratoire et naturel prendraient encore plus d’ampleur, portés par une expansion économique.

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Les aménités, un atout pour le littoral

L’ouverture aux opportunités majeures de développement bénéficierait aussi pleinement à la démographie des territoires littoraux.

Le pays d’Auge, situé entre Caen, Rouen et Le Havre, profiterait largement de l’émergence d’une métropole normande (scénario 3). En 2040, sa partie nord verrait sa population augmenter de 20 % et celle de sa partie sud gagnerait 16 % d’habitants, l’excédent migratoire s’amplifierait en raison d’un surcroît d’arrivées de Franciliens. Chez les jeunes, les échanges avec l’Île-de-France seraient même bénéficiaires, contrairement à aujourd’hui. Cet excédent migratoire serait la marque d’un enracinement plus profond des jeunes augerons dans leur territoire, où ils trouveraient davantage d’opportunités d’emploi. Plus à l’écart de la métropole normande, le Bessin resterait malgré tout, sous l’influence de la dynamique de développement de la métropole normande. Proche de Caen, sa population progresserait de 20 % grâce à des arrivées supplémentaires par rapport aux tendances actuelles.

La constitution d’une Eurorégion normande (scénario 4) favoriserait aussi les territoires littoraux du Calvados. Avec cette nouvelle entité, tous les territoires compris entre la Seine et le Cotentin seraient portés par une dynamique démographique favorable. Cherbourg, en raison de son activité portuaire, jouerait un rôle de pivot pour cette région européenne dont le développement serait porté par les activités maritimes. La population de la zone de la presqu’île du Cotentin gagnerait 16 % grâce à un solde migratoire devenu positif, et bénéficierait même d’un attrait auprès des Franciliens. Les territoires littoraux bas-normands situés entre Carentan et Honfleur seraient favorisés par un tel scénario.

Cependant, l’hypothèse de compétition entre territoires (scénario 2) offrirait les meilleures perspectives démographiques. Dans ce contexte, le pays d’Auge ferait partie des territoires "premium" de la région. Plébiscités par les investisseurs étrangers en raison de leurs aménités, les deux territoires du pays d’Auge afficheraient une croissance démographique de près de 30 % à l’horizon 2040. Ces zones bénéficiant à plein de leur patrimoine naturel se démarqueraient du bassin caennais, moins attractif. Les littoraux touristiques de la Manche, d’Avranches à Coutances seraient eux aussi les grands gagnants dans cette configuration car leur population croitrait de près de 30 %. Leur attractivité auprès des Franciliens en serait encore accrue.

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Des situations contrastées pour l’"hinterland" bas-normand

Pour les territoires intérieurs, les différents scénarios offrent des opportunités de développement moins évidentes, et induisent parfois même des risques d’isolement.

Bien qu’éloignés géographiquement, les territoires d’Alençon et de Saint-Lô présenteraient des caractéristiques communes. Ces zones continueraient à offrir des emplois aux actifs en raison de leur statut de préfecture. Elles auraient des relations développées avec l’Eurorégion anglo-normande : ces pôles joueraient le rôle de bases arrières en lien avec le réseau des villes portuaires. Dans cette configuration, la population de l’Alençonnais croitrait de 16 % et celle du Saint-Lois de 13 %. C’est le scénario qui leur serait le plus favorable.

Proches de Paris, les deux territoires du Perche et du pays d’Ouche profiteraient d’un impact assez voisin dans trois scénarios sur quatre. Seul le scénario des métropoles (scénario 3) agirait différemment sur l’un et l’autre des territoires. Le Perche gagnerait 16 % d’habitants, tandis que le pays d’Ouche en perdrait 14 %. Pour le premier, il s’agirait du scénario le plus favorable. Il bénéficierait de sa proximité avec l’axe métropolitain Paris - Le Mans - Rennes, construit autour de la ligne à grande vitesse. Relié plus rapidement à Paris, le Perche serait investi par de nouveaux Franciliens. Le pays d’Ouche, quant à lui, est le seul territoire qui ne gagnerait pas par rapport au scénario central, quel que soit le scénario choisi.

Les territoires situés au sud de la région ( de Vire à Argentan jusqu’aux franges mayennaises) sont des espaces à dominante rurale qui bénéficient d’une démographie actuellement peu favorable. Parmi les quatre scénarios prospectifs, aucun ne leur offrirait de véritable perspective de développement démographique. Plus âgées actuellement que l’ensemble de la région, ces zones subiraient un vieillissement prononcé. Par ailleurs, les migrations vers les centres de développement seraient encore plus nombreuses. À l’écart des grands centres de décision et d’activités économiques majeures, ces territoires seraient frappés par une nouvelle forme d’exode rural, en particulier pour les franges mayennaises.

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Une démarche innovante de prospective stratégique, le référentiel des territoires

La direction régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement (Dreal) a mené, en 2011 et 2012, une démarche de prospective stratégique sur les futurs possibles de la Basse-Normandie à l’horizon 2040.

L’exercice, collectif par nature, a donné lieu à des productions variées, notamment :

- la réalisation d’un diagnostic territorial par "grandes armatures" du système régional (population, réseaux, gouvernance, économie, agriculture, énergie, environnement, aménités, risques), leur superposition mettant en évidence 16 territoires cohérents, à la croisée des différents enjeux.

- la construction de 4 scénarios exploratoires, au sein d’un atelier prospectif, constitué d’une quarantaine de personnes reflétant une diversité de points de vue et de cultures professionnelles. Ces scénarios, élaborés à partir des facteurs de changement identifiés, sont nettement contrastés et volontairement caricaturaux.

À la demande de la Dreal, l’Insee a réalisé un travail complémentaire qui vise à mesurer l’impact, à l’horizon 2040, des scénarios exploratoires sur l’évolution démographique de chacun des 16 "territoires de référence", en s’appuyant sur un scénario tendanciel ou "fil de l’eau".

C’est l’objet de la présente publication.

Les scénarios présentés n’ont pas la prétention de prévoir l’avenir ou d’identifier ce qui serait bon ou mauvais pour la région (ils ne sont ni prédictifs, ni normatifs) ; ils ont vocation à explorer les changements susceptibles de se produire et à traduire leurs conséquences sur les dynamiques locales, de manière à identifier des enjeux de moyen-long terme pour l’aménagement durable des territoires. Ils doivent donc être considérés comme des outils d’aide à la décision.

À ce titre, les éléments produits par l’Insee et la Dreal peuvent contribuer à alimenter la réflexion des acteurs locaux ; au besoin, à éclairer sous un autre angle leurs choix en matière d’aménagement et de développement territorial.

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Juin 2013 - n° 241

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