Auteur : Alain Ménard - Insee de Basse-Normandie
L’économie française connaît
un fort ralentissement de son activité en 2008 : le PIB ne
progresse que de 0,4 %, après 2,3 % en 2007. Ce recul de
l’activité, qui démarre au printemps,
s’accentue à l’automne. La consommation
des ménages ne progresse que de 1 % avec un pouvoir
d’achat qui stagne (+ 0,6 %). L’investissement,
autre moteur du dynamisme national, marque le pas (+ 0,6 %)
après sa vive progression de 2007. Autre frein à
la croissance : les entreprises déstockent en fin
d’année. Enfin les échanges
extérieurs ralentissent fortement : les exportations de
biens stagnent, et les importations progressent
légèrement. Ainsi le solde extérieur
se creuse, atteignant en valeur 2,5 points du PIB.
L'emploi
bas-normand pâtit de ce contexte national
dégradé. Après trois années
d’une hausse qui allait pourtant
s’accélérant, l’emploi
salarié recule de 0,8 % en 2008, soit 4 100 emplois en
moins. Les effectifs du secteur marchand non agricole baissent de 1,3
%, contre - 0,9 % en France. Dans le secteur non marchand (1), la
croissance reste faible (+ 0,3 %).
Malgré la mauvaise conjoncture de l'emploi, le nombre de
bénéficiaires des mesures spécifiques
de la politique de l'emploi a fortement baissé en 2008 (-
9,5 %, soit près de 6 000 personnes de moins qu’en
2007). La suppression du Contrat Jeunes en Entreprises est en grande
partie à l’origine de la baisse des aides dans le
secteur marchand (- 6,5 %). Dans le secteur non marchand, les aides
allouées subissent une chute sévère,
de plus de 28 %, liée en partie au recul des Contrats
d’Accompagnement dans l’Emploi (- 37 %). Enfin les
dispenses de recherche d'emploi pour les plus âgés
sont elles aussi en baisse.
La politique de l’emploi n’a donc pu contrecarrer
une forte hausse du chômage. Plus de 50 500 demandeurs
d’emploi (2) sont inscrits à l’ANPE
à la fin de l’année 2008, soit 7 850 de
plus que fin 2007. Cette reprise du chômage (+ 18,4 %) est
importante : elle annule la moitié de la baisse des quatre
années précédentes, et est nettement
plus élevée qu’au niveau national (+
11,7 %). En outre elle touche toutes les personnes, quel que soit
l’âge ou le sexe, et plus intensément
les jeunes. La part de ces derniers parmi les demandeurs
d’emploi bas-normands passe ainsi de 23,5 % à 25,5
% en un an.
La création d’entreprises ralentit en 2008 : le
nombre d’entreprises créées diminue de
1,1 % par rapport à l’année
précédente. La baisse dans le commerce est de
-
4,2 %, touchant notamment l’activité du commerce
et réparation automobile. Le bilan des créations
est également négatif pour la construction (- 2,6
%), ainsi que pour les services aux entreprises (- 3,4 %) et aux
particuliers (- 3,6 %). Seuls quelques secteurs, bien que peu
créateurs d’entreprises, affichent de meilleurs
résultats, telles les industries agro-alimentaires, dont le
nombre de créations décolle en 2008.
La construction essaye de résister à la baisse
d’activité générale de
l’économie bas-normande. Avec 8 400 logements mis
en chantier, soit 13 % de moins qu’en 2007,
l’activité garde cependant un niveau comparable
à celui de 2005. Le recul, s’il est plus
marqué au niveau national (- 16 %), est néanmoins
particulièrement net pour la mise en chantier de logements
collectifs (- 20 %). Quant aux emplois dans la construction, ils
résistent eux aussi : le nombre d’emplois
permanents est, fin 2008, légèrement
supérieur (+ 0,7 %) à celui de
l’année précédente. Mais si
on prend en compte l’emploi intérimaire,
l’emploi global a baissé, de - 0,7 % en 2008.
L’industrie bas-normande n’affiche qu’une
relative stabilité de son activité en 2008. Le
chiffre d’affaires des entreprises industrielles marque une
pause, puisqu’il n’augmente que de 0,6 %
après cinq années de hausses plus importantes.
Cette stagnation de l’activité joue
d’une part défavorablement sur
l’investissement, qui chute de - 8,7 %, et d’autre
part affecte sévèrement l’emploi
industriel. A la baisse de l’emploi stable (- 1,8 %), certes
un peu moins importante qu’en France (- 2 %),
s’ajoute un effondrement de l’emploi
intérimaire (- 34 %). Ainsi, la baisse des effectifs dans
l’industrie atteint - 4,5 %, soit plus de 4 700 postes de
travail perdus en un an. Le bilan est cependant variable selon les
secteurs d’activité.
L’automobile est dans la tourmente. C’est le
secteur qui réduit le plus son chiffre d’affaires
en 2008 (- 7,5 %). Ce retournement d’activité se
répercute très fortement sur l’emploi.
Le nombre d’intérimaires baisse de
moitié entre les quatrième trimestres 2007 et
2008, et l’emploi permanent chute de 4 %. Au total un millier
d’emplois sont supprimés.
Malgré une progression du chiffre d’affaires (+
4,7 %) dans les industries agro-alimentaires, l’emploi ne
suit pas. La baisse de l’emploi permanent frôle les
2 %, et l’emploi intérimaire essuie une chute de -
20 %. Ce sont 800 postes de travail qui disparaissent ainsi,
concentrés dans les industries de la viande et du poisson.
Le bilan de l’emploi en 2008 est mitigé pour le
tertiaire. Dans le commerce, la création d’emplois
salariés permanents est faible (+ 0,2 %), et est
annulée par la baisse de l’intérim.
Hors intérim, les services aux entreprises continuent de
créer des emplois salariés en 2008 (+ 2 %). Les
services à la personne tirent aussi leur épingle
du jeu (+ 0,4 %), du fait de près de 700 postes
supplémentaires dans les services personnels et domestiques.
En revanche dans les services liés au tourisme et aux
loisirs, ou encore l’hôtellerie et la restauration,
l’emploi salarié réduit la voilure (- 2
%). Quant aux transports, ils créent quelques emplois
nouveaux
(+ 1 %).
La conjoncture n’est pas favorable non plus à
l’artisanat. L’année 2008 est
perçue en demi-teinte par les artisans, surtout en fin
d’année où
l’activité se maintient difficilement. Dans ce
contexte les embauches et les investissements fléchissent
dans tous les secteurs.
L’agriculture affiche l’un des rares bilans
positifs de 2008. D’une part, l’année
agricole est caractérisée par une abondante
production céréalière. Les
récoltes atteignent des records, à la fois
grâce à un bon rendement et à
l’augmentation des surfaces cultivées. La
réduction de la jachère profite au maïs
et au blé tendre. Ces bons résultats ont
cependant un revers : le prix des céréales chute.
D’autre part les livraisons laitières à
l’industrie atteignent un niveau exceptionnel, avec un prix
du lait qui se maintient. Côté élevage,
le cheptel bovin est stable.
L’année 2008 n’a pas profité
à la fréquentation touristique. Les
hôtels sont boudés
(- 2,5 %) aussi bien par les
touristes français (- 1,2 %)
qu’étrangers (- 6 %). Le repli de la
fréquentation des campings (- 1,3 %), bien que moins
marqué qu’en 2007, contraste avec la hausse des
fréquentations dans l’hexagone. Ce sont les
campeurs étrangers qui ont fait défaut.
(1)Education, santé,
administration
(2)Chômeurs à la recherche d'un emploi
à temps plein à durée
indéterminée (chômeurs de
catégorie 1)
