Xavier TRIBOUT - INSEE
La nouvelle définition de l'entreprise dépasse l'approche juridique au profit d'une approche économique. En particulier, l'entreprise devient l'unité statistique la plus appropriée pour observer l'activité économique réelle et peut être constituée de plusieurs unités légales ayant un lien économique. Ses caractéristiques sont déterminées à partir de celles des unités légales la composant. Avec cette nouvelle définition, le tissu productif apparaît plus concentré. Un quart de l'emploi salarié marchand non agricole du Languedoc-Roussillon se trouve ainsi dans les grandes entreprises. Malgré cela, la région se situe toujours parmi les régions où le poids des microentreprises est le plus fort. Cette présence des microentreprises en Languedoc-Roussillon s'explique en partie par l'importance de l'économie présentielle.
En 2008, la définition statistique d'une entreprise a été revue pour privilégier une approche économique et non plus juridique. En effet, la définition précédente de l'entreprise assimilait l'entreprise à l'unité légale : pour exister juridiquement, l'entreprise doit remplir des formalités (enregistrement au registre du commerce et des sociétés, au registre des métiers, à l'Urssaf). En France, l'inscription au registre Sirene permet une identification unique de cette unité légale. Dans la nouvelle définition l'entreprise se définit comme « la plus petite combinaison d'unités légales qui constitue une unité organisationnelle de production de biens et services jouissant d'une certaine autonomie de décision, notamment pour l'affectation de ses ressources courantes ». Cette définition rend compte de l'organisation en groupe. En effet, il est fréquent que les sociétés d'un groupe prises isolément n'aient pas d'autonomie économique. Désormais, ce groupe de sociétés est considéré comme une seule entreprise (cf. définitions).
Cette nouvelle vision de l'appartenance des unités légales à un groupe plus important permet de mieux prendre en compte leur fonctionnement. Avec l'ancienne définition, la réalité des sociétés détenues par des groupes était mal perçue, celles-ci ayant une autonomie de décision limitée, voire inexistante. Des grandes sociétés, sans salarié ou sans immobilisation, pouvaient être qualifiées à tort, de grandes entreprises. Dès lors, le suivi des entreprises définies sur le plan économique rend davantage compte d'entités autonomes que celui des seules unités légales (« Quatre nouvelles catégories d’entreprises : Une meilleure vision du tissu productif », Insee première n°1321, 2010).
Auparavant, les catégories de taille d'entreprise s'appuyaient uniquement sur le nombre de salariés. Aujourd'hui, la définition des nouvelles catégories de taille d'entreprise s'appuie sur trois critères : le nombre de salariés, le chiffre d'affaires et le total de bilan (cf. définitions). Seuls sont pris en compte les salariés et les données comptables des établissements sur le territoire français. Quatre catégories de taille ont été définies : les microentreprises, les petites et moyennes entreprises (PME), les entreprises de taille intermédiaire (ETI) et les grandes entreprises. Les microentreprises sont des unités de moins de 10 salariés (y compris sans salarié) avec un chiffre d'affaires ou un total de bilan de moins de 2 millions d'euros. Les petites et moyennes entreprises occupent moins de 250 personnes et ont un chiffre d'affaires annuel n'excédant pas 50 millions d'euros ou un total de bilan n'excédant pas 43 millions d'euros. Les entreprises de taille intermédiaire occupent moins de 5 000 personnes et ont un chiffre d'affaires annuel n'excédant pas 1 500 millions d'euros ou un total bilan inférieur à 2 000 millions d'euros. Les grandes entreprises sont au-dessus de ces seuils.
La région compte 159 000 entreprises, au sens du décret de 2008 dans le commerce, l'industrie ou les services (cf. Sources et champ).
La nouvelle définition de l'entreprise fait apparaître une concentration de l'emploi au sein de grands groupes, entreprises de taille intermédiaires et grandes entreprises (cf. encadré).
En Languedoc-Roussillon, le nombre des salariés (ETP) présents dans la région et employés par de grandes entreprises (effectif régional) double du fait de la nouvelle définition : 25 % contre 13 % auparavant, au détriment des PME et des ETI (graphique 1). Cette conséquence du nouveau concept est plus importante au plan national : près d'un salarié sur trois (31 %) est désormais rattaché à une grande entreprise contre 14 % avec l'ancienne définition. L'emploi régional des secteurs marchands hors agriculture et hors intérimaires, 376 milliers de salariés (ETP), est comptabilisé à partir des effectifs des établissements localisés dans la région, appartenant à des entreprises redéfinies à partir du nouveau concept. Avec cette nouvelle définition de l'entreprise, le tissu productif apparaît plus concentré : en 2010, les grandes entreprises et les entreprises de tailles intermédiaires ne représentent que 0,7 % des entreprises présentes dans la région mais regroupent 42 % de l'emploi salarié. Au plan national, ces entreprises ne représentent que 0,2 % du nombre d'entreprises mais 53 % de l'emploi salarié.
Parmi les 159 000 entreprises présentes en Languedoc-Roussillon, 151 000 sont des microentreprises, soit 95 %. Comme au plan national, en Languedoc-Roussillon, le nombre de salariés comptabilisé dans des microentreprises est identique quelle que soit la définition, 29 % contre 30 % avec l'ancienne définition. Les petites et moyennes entreprises et les entreprises de taille intermédiaire, auparavant considérées comme des entités indépendantes, sont maintenant plus souvent intégrées à des grandes entreprises. Les PME régionales qui regroupaient 37 % des salariés n'en regroupent plus que 29 %, les ETI sont en revanche moins impactées : 17 % contre 20 % des salariés avec l'ancienne définition.
Les 25 entreprises dont les effectifs en Languedoc-Roussillon sont les plus importants de la région, représentent 18,5 % de l'emploi salarié régional. Parmi ces 25 plus gros employeurs de la région, 21 sont des grandes entreprises et 4 des entreprises de taille intermédiaire dont seulement deux ont leur siège en Languedoc-Roussillon. Les 21 grandes entreprises qui emploient le plus de salariés dans notre région ne sont pas dirigées depuis la région : trois quarts d'entre elles ont leur siège en Île-de-France, pour les autres, deux sont sous contrôle d'un groupe étranger, le reste a leur siège dans une autre région. A l'inverse, les centres de décision des petites et moyennes entreprises qui emploient le plus de salariés sont localisés dans la région. En effet, parmi les 25 PME aux effectifs régionaux les plus importants, 21 ont un siège en Languedoc-Roussillon (85 %), deux un siège en Île-de-France, et deux un siège à l'étranger.
La région est la sixième des régions françaises avec plus de 30 % des salariés du secteur marchand travaillant dans les microentreprises. Ce taux varie de 27 % dans l'Hérault à 40 % en Lozère (carte). La Corse, la Guadeloupe et la Martinique sont en tête du classement, avec 41 %, 33 % et 31 % de leurs effectifs salariés dans les microentreprises. Les microentreprises sont très présentes dans les activités touristiques, particulièrement importantes sur le littoral méditerranéen et les massifs montagneux mais aussi dans les services et la construction (« Les grandes entreprises pèsent plus dans le Nord et les petites dans le Sud », Insee première n°1440, 2013). L'économie du Languedoc-Roussillon est pour 76 % de son emploi tournée vers l'économie présentielle (cf. définitions), ce qui contribue à ce fort taux de microentreprises dans la région. Les secteurs des services et de la construction, où les emplois sont majoritairement dans des microentreprises sont surreprésentés dans notre région.
Avec 24 % de salariés dans les grandes entreprises, le Languedoc-Roussillon est la 21ème région pour le nombre d'emplois dans les grandes entreprises. Les trois régions de tête : l'Île-de-France, Midi-Pyrénées et la Haute-Normandie comptent plus d'un tiers de leurs salariés travaillant dans une grande entreprise. Dans les secteurs des activités financières et d'assurance et de l'information et de la communication, la part des emplois des grandes entreprises est la plus importante (graphique 2). Or, ces secteurs représentent 8 % des emplois en Languedoc-Roussillon contre 10 % en France métropolitaine et Départements d’outre-mer. Les secteurs industriels sont également moins représentés en Languedoc-Roussillon : 16 % de l'emploi contre 23 % au niveau national (graphique 3). Les grandes entreprises contribuent pour un tiers aux effectifs de ce secteur.