Sylvie Gomez - INSEE
Entre 2008 et 2010, plus d’une entreprise du Languedoc-Roussillon sur deux déclare avoir innové. Que ce soit par l’introduction d’un nouveau produit sur le marché, par la mise en place d’un nouveau procédé de fabrication, par l’amélioration significative de son organisation ou de sa stratégie de marketing, la capacité d’innovation de la région est importante malgré une répartition par taille et secteur des entreprises a priori peu favorable. Comme au niveau national, l’innovation organisationnelle est le type d’innovation le plus répandu au sein des entreprises régionales, même si elles combinent souvent plusieurs types d’innovation. L’objectif premier de la mise en oeuvre d’une innovation est principalement la conquête de nouveaux marchés. Le facteur financier est quant à lui le premier frein ressenti par les entreprises.
Cette publication a été réalisée dans le cadre d’un partenariat entre la Direction régionale Languedoc-Roussillon de l’Insee et Transferts-LR, dans le cadre de la Stratégie Régionale d’Innovation, impulsée par l’État et la Région Languedoc-Roussillon, avec l’appui de l’Europe. Son objectif est de mieux connaître l’innovation des entreprises régionales de secteurs sélectionnés, d’en comprendre les freins et les leviers.
L’innovation présente de multiples aspects : introduire
un nouveau produit sur le marché ou un nouveau procédé
de fabrication, améliorer de façon significative
l’organisation de l’entreprise ou sa stratégie marketing,
telles en sont les principales facettes
(cf. définitions).
Nous avons retenu dans cette étude les entreprises
de 10 à 250 salariés des trois grands secteurs
les plus innovants au niveau national
(cf. Pour en savoir plus).
: le secteur des services technologiques (éditions,
télécommunications, activités informatiques et
recherche et développement) qui représente 2 % de
l’emploi salarié total régional, le secteur des industries
manufacturières (industries agro - alimentaires, textile,
bois, chimie, pharmacie…) couvrant 7 % de l’emploi
salarié total, et celui des services intellectuels (activités
juridiques ou comptables, le conseil pour les affaires
et la gestion, la publicité…) qui regroupe 4 % de
l’emploi salarié total. Ces entreprises de 10 à 250 salariés
représentent moins de 20 % des entreprises de
ces secteurs, mais plus de 50 % de l’emploi régional
de ces derniers.
Au total, entre 2008 et 2010, ces entreprises de 10 à
250 salariés des secteurs étudiés ont plus innové en
proportion en Languedoc-Roussillon qu’en moyenne
nationale : 57 % ont déclaré avoir introduit une innovation
contre 55 % pour l’ensemble des entreprises
françaises (graphique 1).
La taille et le secteur d’activité de l’entreprise sont les
déterminants principaux de l’innovation
(cf. encadré méthodologique).
En France comme en Languedoc-
Roussillon, les entreprises du secteur des services
technologiques sont les plus innovantes, devant celles
du secteur des industries manufacturières, alors que
les entreprises des services intellectuels sont en
retrait. Si les deux premiers secteurs sont davantage
innovants dans la région qu’en moyenne nationale, la
propension à innover est plus faible dans les entreprises
régionales des services intellectuels.
Les entreprises françaises de taille importante, non
prises en compte dans cette étude pour les plus de
250 salariés, peu nombreuses dans la région, ont
davantage tendance à innover. En France métropolitaine,
plus de 73 % des entreprises de 50 à 250 salariés
ont innové contre moins de 48 % pour les entreprises
de 10 à 19 salariés. Au niveau régional et sur le
champ de l’étude, ce constat est identique, avec toutefois
des parts d’entreprises régionales innovantes supérieures aux parts nationales quelle que soit la
tranche d’effectifs (83 % pour les 50 à 250 salariés et
52 % pour 10 à 19 salariés).
La présence plus importante en Languedoc-Roussillon
d’entreprises de petite taille mais aussi de secteurs «
classiquement » moins innovants constitue a priori un
tissu économique moins favorable à la capacité d’innovation
régionale. En effet, 8 % des entreprises des
secteurs considérés ont entre 50 et 250 salariés, contre
15 % pour la France métropolitaine. De plus, le
secteur des services intellectuels, le moins innovant
des trois secteurs, représente 31 % des entreprises
observées en Languedoc-Roussillon contre 27 % en
France. Malgré cette structure par taille et par secteur
peu favorable (effet structurel), les entreprises régionales
innovent globalement plus qu’au niveau national.
Ceci s’explique par les comportements propres
des entreprises régionales en matière d’innovation
(effet régional)
(cf. encadré méthodologique).
Si pour chaque grand secteur, l’effet de la structure du tissu
économique est négatif, l’effet régional est globalement
positif pour l’innovation, avec des différences
selon les secteurs d’activité (graphique 2).
Les entreprises des services technologiques sont très
innovantes dans la région, 83 % contre 70 % au
niveau national, résultat expliqué notamment par
l’effet régional. Ce sont essentiellement le secteur de
l’édition et celui de l’informatique qui y contribuent.
D’une part, leur taux d’innovation est supérieur au
niveau national de 22 points pour l’édition et de
11 points pour le secteur de l’informatique (effet
régional) et d’autre part, leur poids au sein des services
technologiques est élevé, 65 % (effet structurel).
Les entreprises industrielles de la région ont également
un comportement plus innovant de + 5 points
par rapport au taux national. Les entreprises de l’industrie
agro-alimentaire (IAA) participent à ce résultat
avec un effet régional de + 2,5 %. En effet, dans ce
secteur d’activité peu innovant nationalement (46 %
des entreprises innovent), les entreprises de l’IAA de
la région se distinguent par un taux d’innovation élevé
(57 %). En plus d’avoir une capacité d’innovation plus
importante qu’au niveau national, ce secteur est aussi
davantage présent au sein des industries manufacturières
: son poids est de 4 points supérieur au poids
national. Les entreprises de l’IAA du Languedoc-
Roussillon sont ainsi un atout pour la région en matière
d’innovation.
Le secteur des services intellectuels est le moins innovant,
46 % contre 50 % au niveau national. Ce résultat
provient en partie de la structure de ces entreprises
peu favorable à l'innovation (- 3,7 %). Les entreprises
du secteur juridique et comptable sont en effet
surreprésentées dans la région, 54 % des services
intellectuels dans la région pour 39 % au niveau
national alors que cette activité est la moins innovante
(moins de 40 %). Cette moindre innovation trouve
aussi son origine dans une plus faible propension des
entreprises de ce secteur à innover. Les entreprises du
secteur conseil en gestion sont particulièrement peu
productrices d'innovation ; 36 % contre 54 % au
niveau national, même si leur poids au niveau régional
est plus faible.
Comme au niveau national, l’innovation organisationnelle
est la plus répandue dans la région, parmi les
quatre « objets » d’innovation traités dans l’enquête
(graphique 3 ): 41 % des entreprises de la région
(graphique 3) : : 41 % des entreprises de la région
déclarent la pratiquer en adoptant un nouveau mode
de fonctionnement ou une nouvelle méthode d’organisation
du travail, par exemple par la mise en place
d’un management participatif, d’une démarche qualité…
Le taux d’innovation en organisation des entreprises
de la région est supérieur à celui des
entreprises françaises, 37 %.
L’innovation marketing est le deuxième type d’innovation
le plus présent dans la région, alors qu’au niveau
national, l’innovation en produits arrive en deuxième
position : 27 % des entreprises régionales y recourent
contre 25 % des entreprises françaises. Ce type d’’innovation
consiste notamment à introduire de nouvelles
techniques ou stratégies de vente, par exemple,
par la mise en place d’un système de livraison, création
de site web. Innover en organisation ou en marketing
peut être moins coûteux à développer pour les
entreprises qu’innover en produits ou procédés, surtout
dans un contexte économique de crise.
Les innovations de produits nouveaux ou significativement
améliorés représentent le troisième type d’innovation
régionale, légèrement plus fréquent que la
mise en oeuvre de nouveaux procédés. La part des
entreprises régionales innovantes en produits est
identique à la part nationale (26 %). Mais dans la
région, les entreprises sont proportionnellement un
peu plus nombreuses que dans le reste de l’hexagone
à déclarer innover en introduisant des produits nouveaux
pour le marché avant la concurrence (graphique 3).
Certaines entreprises combinent plusieurs types d’innovation
afin d’assurer leur impact sur le marché ou
d’optimiser leur capacité à innover, 13 % innovent en
produits ou procédés, en organisation et en marketing (graphique 4).
Ainsi, parmi les entreprises innovantes,
une entreprise sur quatre se tourne vers tous les
types d’innovation, une sur quatre ne réalise que de
l’innovation organisationnelle.
Selon les secteurs, le recours aux différents types d’innovation
est différent entre les entreprises régionales
et nationales. Les entreprises des industries manufacturières
languedociennes innovent plus qu’en moyenne
française, et sont davantage tournées vers l’innovation
organisationnelle et marketing. Les entreprises
des services intellectuels, quel que soit le type d’innovation,
sont moins innovantes au niveau régional que
national.
Pour tout type d’innovation, les entreprises régionales
des services technologiques ont une propension à
innover supérieure à la moyenne nationale (graphique
5). Cet écart est plus important encore pour
l’innovation de produits : 60 % des entreprises régionales
de ce secteur déclarent innover en produits
contre 46 % des entreprises nationales. Quand elles
innovent en produits, près d’une fois sur deux, le but
est d’introduire un nouveau produit sur le marché
avant leurs concurrents contre une fois sur trois au
niveau national.
Au sein du secteur technologique, les entreprises
régionales de l’édition de 10 à 49 salariés (édition de
livres, de brochures, de prospectus, de dictionnaires,
d'encyclopédies, de journaux et de publications périodiques
sous forme imprimée, électronique ou audio,
sur Internet…) contribuent à cet écart. Dans toutes
les formes d’innovation, elles sont davantage innovantes,
avec une différence plus marquée en innovation
de produits : 79 % des entreprises innovantes se
tournent vers une innovation en produits soit
+ 31 points par rapport au national. Les entreprises
de 10 à 19 salariés du secteur de l’informatique, qui
fournissent une expertise dans le domaine des technologies
de l'information (développement, adaptation,
test et maintenance de logiciels, planification et
conception de systèmes informatiques), sont particulièrement
innovantes (67 %), notamment en procédés,
par rapport à la moyenne nationale, + 24 points.
Les entreprises des services informatiques se distinguent
par une forte propension à mettre en place des
politiques offensives de conquête de nouveaux marchés.
Ce sont des entreprises jeunes, elles ont en
moyenne 10 ans d’existence, contre 16 ans au niveau
national.
Dans leur démarche d’innovation en produits ou procédés,
les principaux objectifs poursuivis par les
entreprises régionales, comme des entreprises de
France métropolitaine, sont la conquête de nouveaux
marchés, l’élargissement de la gamme et l’amélioration
de la qualité (graphique 6). Les objectifs liés à la
réduction des coûts (du travail ou de matériel) sont
très secondaires.
Conquérir un nouveau marché est l’objectif premier
pour les entreprises industrielles et les entreprises des
services technologiques. Pour les entreprises des services
intellectuels, il s’agit avant tout d’améliorer la
qualité.
Les entreprises innovantes en organisation, quel que
soit leur secteur d’activité, ont pour principale motivation
d’améliorer la qualité des biens et des prestations
de services. Cet objectif est davantage une priorité
pour les entreprises régionales que la moyenne nationale
(23 % contre 21 %).
Enfin, l’innovation marketing a pour principal objectif
d’augmenter ou de maintenir les parts de marché. Les
entreprises des services technologiques de la région
se démarquent une nouvelle fois par leur propension
à être particulièrement expansionnistes, 40 % ont
recours à l’innovation en marketing pour augmenter
ou maintenir leur part de marché contre 28 % au
niveau national.
En région comme en France, les premières activités d’innovation (1) pour les entreprises innovantes en produits ou en procédés sont la R&D interne, la formation et l’acquisition de machines ou d’équipements. Toutefois, le design est une activité davantage mobilisée en LR pour innover que dans d’autres régions (graphique 7) : une entreprise sur deux déclare innover dans des activités liées à la conception, l’amélioration ou la modification de la forme ou de l’apparence d’un produit, une sur trois au niveau national. Le recours au design plus fréquent dans la région pourrait être mis en parallèle avec la proportion importante d’emplois dits « créatifs » dans la région, 3 % des emplois régionaux. Le Languedoc-Roussillon est la troisième région française après l’Île de France (6 %) et Provence-Alpes-Côte d’Azur (3 %) pour la part d’emplois créatifs dans l’emploi total.
Les universités et les établissements d’enseignement supérieur sont deux fois plus souvent cités par les entreprises régionales qu’au niveau national comme source fournissant de l’information pour leurs activités d’innovation, 15 % contre 8 %. Il en est de même pour les organismes publics et les instituts privés à but non lucratif de Recherche et Développement, évoqués par 11% des entreprises régionales contre 6 % au niveau national. La coopération avec une autre entreprise ou un organisme pour les activités d’innovation est pratiquée par une entreprise régionale sur trois comme au niveau national. Certains travaux récents mettent en évidence le nombre croissant de collaborations entre entreprises et universités et l’effet positif de la coopération sur les performances à l’innovation (Loof, Brostrom, 2008 ).Les fournisseurs d’équipement, de matériels et les utilisateurs ou consommateurs sont leurs premiers partenaires. Comme pour les sources d’innovation, le recours au partenariat avec les universités et les établissements d’enseignement supérieur et les organismes publics ou privés de R&D est plus souvent sollicité qu’au niveau national.
Tous secteurs confondus, six entreprises innovantes
en produits ou procédés sur dix déclarent avoir rencontré
des freins à l'innovation (graphique 8). Pour
ces dernières, le coût financier est un frein plus souvent
mentionné qu’au niveau national : 33 % dans la
région contre en 30 % en France métropolitaine. Ce
sont surtout pour les entreprises innovantes des
industries manufacturières et des services technologiques
que le facteur coût est le premier frein. Pour
les entreprises du secteur intellectuel, le premier frein
à l’innovation est l'absence de demande d’innovation.
L’incertitude de la demande est un frein moins souvent
cité dans la région (15 %) qu’en moyenne
nationale (20 %), notamment dans les entreprises
des services intellectuels : 5 % contre 14 % en France
métropolitaine.
Le coût trop important est le premier facteur freinant
l’innovation pour les entreprises de 50 à 250 salariés.
Pour celles de plus petites tailles, le manque de
moyens financiers en interne est le premier frein
déclaré.
Les entreprises de la région n’ayant pas engagé d’innovations ont globalement mentionné moins de freins que leurs homologues nationales. Toutefois, le principal motif invoqué concerne l’absence de demande. Une entreprise sur cinq se considère non concernée par la démarche d’innovation. Le manque de moyen financier et le coût élevé de l’innovation viennent ensuite. Parmi les entreprises non innovantes, moins d’une entreprise sur dix (9 %) se déclare avoir été limitée dans ses activités d’innovation en produit ou procédé en raison de l’absence de demande d’innovation. Ce sont surtout les entreprises de 20 à 49 salariés du secteur juridique et comptable (13 %) et les petites entreprises industrielles de 10 à 19 salariés du secteur de la fabrication de produits métalliques (7 %). Plus une entreprise est importante, moins elle ressent cette limite.
En Languedoc-Roussillon, l’innovation est une priorité depuis plus de 15 ans. La dynamique d’innovation s’appuie aujourd’hui
sur la Stratégie Régionale d’Innovation (SRI), initiée par l’État et la Région sous l’impulsion de l’Europe.
La SRI s’appuie sur quatre axes stratégiques pour dynamiser le potentiel d’innovation régional. Ces quatre axes sont :