Auteur : Caroline Dadoun - Insee
L'activité économique de la zone d'emploi de Narbonne repose sur une économie présentielle dynamique, en liaison avec sa forte attractivité résidentielle et touristique.
Cependant, ce territoire serait fragile en cas de contraintes accrues pesant sur les déplacements. Ses principaux
facteurs de vulnérabilité reposent sur une structure de population vieillissante, sur la faiblesse des revenus des ménages et sur la prédominance de la voiture pour les déplacements.
Un renchérissement du coût des transports, du fait de la hausse du prix des carburants, ou éventuellement de la limitation des émissions de CO2, engendrerait des difficultés pour les déplacements domicile-travail et pour l'accès de la population aux équipements.
Dans l'espace littoral, l'évolution des modes de déplacement domicile-travail constitue un enjeu afin de conserver l'attractivité de la zone et de réduire l'effort financier pour les ménages. Dans l'arrière-pays, l'enjeu réside avant tout dans le maintien de l'accès aux équipements, qui pourrait devenir difficile pour les habitants des Corbières, les plus éloignés des pôles offrant une gamme de services variée.
Cette étude alimente les réflexions prospectives portant sur l'économie présentielle et l'accès aux services à la population dans un contexte de mobilité contrainte. Conduite à l'échelle du Grand Sud-Est (Rhône-Alpes, Provence-Alpes-Côte d'Azur, Languedoc-Roussillon, Auvergne et Corse) par la Mission d'études et de développement des coopérations interrégionales et européennes (Medcie), elle permet d'éclairer les orientations de politique publique. La Medcie est pilotée par la Datar et les préfectures des régions concernées.
Dans la zone d'emploi de Narbonne, comme dans les autres zones en équilibre fragile du Grand Sud-Est (carte 1 et encadré 5), et comme en Languedoc-Roussillon, l'activité économique est orientée, pour l'essentiel, vers la consommation des personnes présentes sur le territoire, que celles-ci soient résidentes ou touristes. Ainsi, sur les 52 000 emplois qu'offre le territoire en 2008, plus de 37 000, soit 71 %(2),sont des emplois présentiels.*
Dynamisés par la croissance démographique et, dans une moindre mesure, par le tourisme (encadré 1), le nombre d'emplois présentiels a augmenté de + 50 % au cours des 20 dernières années (1990 à 2008). Cette hausse dépasse largement celle constatée dans les autres zones en équilibre fragile (+ 32 %) ou en Languedoc-Roussillon (+ 42 %). Elle a particulièrement bénéficié aux services de proximité (encadré 2), où l'emploi a presque doublé (+ 97 %).
En 2008, toutes fonctions confondues, la zone d'emploi de Narbonne compte 25 emplois présentiels pour 100 habitants, taux comparable à celui des zones en équilibre fragile et à celui du Languedoc-Roussillon. Les activités de transport des personnes, des services de proximité (notamment l’hôtellerie-restauration) et de distribution, sont surreprésentées : elles occupent, dans l'emploi, une part dépassant de plus de 10 % celle observée, en moyenne, dans les autres zones en équilibre fragile (graphique 1).
A l'inverse, l'administration publique y est moins présente, ce qui s'explique notamment par l'absence de ville-préfecture dans la zone d'emploi de Narbonne.
L'emploi non présentiel est peu développé dans la zone de Narbonne, à l'exception des activités de transports-logistique à destination des entreprises et de la viticulture. Ces deux activités sont directement concernées par la hausse des coûts du carburant et une éventuelle politique de limitation des émissions de CO2. Bien qu'en perte de vitesse, la viticulture représente encore, en 2008, près du quart des emplois non présentiels. L'industrie est peu présente : Comhurex, usine de conversion de l'uranium, est le seul établissement industriel de taille importante sur le territoire, avec près de 300 salariés.
Au regard de la croissance rapide des activités présentielles, les emplois de la sphère non présentielle ont progressé plus lentement dans la zone de Narbonne entre 1990 et 2008 (+ 19 %), alors qu'ils ont diminué dans les autres zones en équilibre fragile (- 5 %).
L'attractivité migratoire de la zone d'emploi de Narbonne dynamise son économie, et en particulier les activités présentielles. Elle contribue aussi à l'augmentation de la population de plus de 60 ans. Intégrer cette dimension démographique dans le développement de la zone d'emploi constitue un défi, en termes de politiques publiques, particulièrement en cas de contraintes accrues sur la mobilité.
Actuellement, 30 % de la population résidant dans la
zone d'emploi de Narbonne est âgée de 60 ans ou plus.
Depuis 1990, la part de ces personnes dans la population
totale a augmenté de + 3 points.
Si ces tendances démographiques perduraient, cette
proportion pourrait approcher 40 % en 2040 (graphique
2). Ce vieillissement de la population, largement
lié à l'arrivée dans cette tranche d'âge des baby-boomers,
n'est pas spécifique à la zone d'emploi de
Narbonne, mais il y est très prononcé. Il constitue un
risque grandissant face aux contraintes affectant les
déplacements. Quelle que soit la distance à parcourir, les
personnes âgées sont, en effet, presque toujours dépendantes
d'un moyen de transport pour leurs déplacements.
Or, avec la montée en âge, ces personnes, de
plus en plus nombreuses, ont des besoins croissants
d'accès à certains équipements, de santé notamment.
La zone d'emploi de Narbonne est particulièrement attractive : de 2003 à 2008, elle a gagné + 9 000 habitants du fait des migrations résidentielles, soit en moyenne + 1 800 habitants par an. Rapporté à la population, cet apport migratoire représente chaque année 130 habitants supplémentaires pour 1 000 déjà présents. Ce ratio est trois fois plus élevé que dans les autres zones du Grand Sud-Est en équilibre fragile. Dans la zone de Narbonne, l'attractivité démographique est le seul facteur de croissance de la population, le solde naturel * étant négatif depuis le début des années 1960. Ces migrations résidentielles constituent un potentiel de développement car elle permettent à l'économie locale de capter des revenus supplémentaires, d'attirer de la main d'oeuvre et de développer l'économie présentielle. Pourtant, deux caractéristiques des arrivants dans la zone d'emploi accentuent les fragilités du point de vue des contraintes sur la mobilité :
Deux indicateurs illustrent le faible niveau de revenus des ménages dans la zone d'emploi de Narbonne :
Ce faible niveau de ressources s'explique par une proportion importante de pensions et de retraites dans les revenus des ménages (35 % contre 32 % dans les zones en équilibre fragile), un taux de chômage très élevé (14,4 % fin 2011) et, pour ceux qui exercent un emploi, un salaire horaire moyen inférieur de - 2 % à celui des zones de comparaison. Cette population serait donc sensible à une hausse du coût des transports, qui réduirait encore son pouvoir d'achat.
L'accessibilité aux équipements et services contribue fortement à la qualité de vie des habitants. Actuellement les résidents de la zone d'emploi de Narbonne bénéficient d'un accès satisfaisant, quelle que soit la gamme concernée
(encadré 2). Les temps moyens d'accès* de la population aux équipements sont voisins de ceux des territoires de comparaison : cet accès est quasi-immédia pour les services de proximité et il dépasse à peine une dizaine de minutes pour les équipements de la gamme supérieure. Près de 90 % des résidents habitent une
commune figurant parmi les pôles de service de proximité,
proportion supérieure de + 3 points à celle constatée dans les autres zones en équilibre fragile du Grand Sud-Est.
L'accès aux équipements est toutefois contrasté selon la zone de résidence. Ainsi, 94 % des habitants de « Narbonne-littoral » disposent d'un médecin généraliste dans leur commune, contre seulement 61 % dans l'arrière- pays.
«Narbonne-littoral» (encadré 3) est très bien doté en équipements et 98 % de sa population vit dans une commune pôle de services de proximité. Ceci s'explique notamment par une forte densité de population, un tourisme très important, une bonne desserte routière et autoroutière, ainsi qu'une quasi-absence de relief géographique.
A l'inverse, «Corbières-Minervois» dispose d'une moindre quantité et diversité d'équipements et de services. Seuls 60 % des résidents vivent dans une commune pôle de services de proximité, en lien avec le caractère montagneux et une moins bonne desserte routière. Les habitants de ces communes parcourent de plus longues distances et mettent plus de temps pour accéder à la plupart des équipements (tableau 2). Des contraintes accrues sur la mobilité pourraient les mettre en situation difficile. Garantir un accès satisfaisant aux équipements et services à cette population constitue un défi dans les Corbières, plus qu'ailleurs. La création de maisons de santé pluridisciplinaires et de points multiservices dans les Hautes-Corbières témoigne de la réalité de cet enjeu (encadré 4).
Tableau 2 : Indicateurs démographiques, sociaux et d'accès aux équipements (cliquer pour afficher)L'évolution des modes de déplacement domicile-travail constitue un enjeu en terme d'économies liées à la mobilité, du fait de leur impact financier pour les ménages et des émissions de CO2 qui en découlent.
Point positif pour la zone d'emploi de Narbonne : une majorité d'actifs (53 %) travaillent au sein de leur commune de résidence, contre 48 % dans les autres zones
en équilibre fragile (graphique 4). Par ailleurs, point commun avec la plupart des zones en équilibre fragile, peu d'actifs se déplacent au-delà de la zone d'emploi pour exercer leur activité (12 %) ; lorsque c'est le cas,
ils se rendent majoritairement dans la zone voisine de Béziers, réalisant des trajets assez courts car les deux villes-centre ne sont distantes que d'une trentaine de kilomètres.
Cependant, à l'intérieur de la zone de Narbonne, les actifs qui travaillent hors de leur commune de résidence effectuent un parcours moyen de 21 kilomètres, soit 3 kilomètres de plus que pour les actifs des autres zones en équilibre fragile. Dans plus de 90 % des cas, ces déplacements sont effectués en voiture individuelle.
Outre l’intérêt environnemental lié à la réduction desémissions de CO2, un moindre recours à la voiture individuelle réduirait la vulnérabilité à la hausse du coût descarburants.
Les problématiques liées à l'hypothèse de durcissement des conditions de mobilité sont différentes pour « Narbonne littoral », qui concentre la plupart des emplois, et pour la zone rurale de « Corbières-Minervois ».