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Entre 2008 et 2009, la crise a accentué les inégalités

Roger RABIER - INSEE

Résumé

En 2009, la moitié des languedociens vivent avec plus de 1 470 € par mois. Cet indicateur place le Languedoc-Roussillon à l'avant dernier rang des régions métropolitaines. Le sur-chômage, le niveau moins élévé de l'activité féminine et, dans une moindre mesure, la présence plus forte de retraités expliquent, en grande partie, ce classement.

Conséquence de la crise, le niveau de vie médian se stabilise en 2009 après une assez forte progression les années précédentes. Mais les inégalités se creusent : le niveau de vie des plus modestes a baissé et celui des plus aisés a continué de croître. Le Languedoc-Roussillon demeure la quatrième région la plus inégalitaire. En un an, le nombre de languedociens vivant en dessous du seuil de pauvreté a augmenté de près de 17 000 personnes. Le taux de pauvreté s'élève désormais à 18,6 % de la population des ménages contre 18,1 % l'année précédente. Les familles et les moins de 20 ans ont été les plus touchés par l'accroissement de la pauvreté.

Sommaire

Publication

Le niveau de vie est moins élevé en Languedoc-Roussillon

En 2009, la moitié des languedociens disposent d'un niveau de vie annuel supérieur à 17 600 €, soit environ 1 470 € par mois contre 1 590 € au niveau national (tableau 1). Selon cet indicateur, le Languedoc-Roussillon se classe à l'avant-dernier rang des 22 régions métropolitaines, loin derrière l'Île-de-France et légèrement au-dessus du Nord-Pas de Calais.

Trois facteurs expliquent cette faiblesse : le sur-chômage, la moindre activité féminine et, dans une moindre mesure, la présence plus forte de retraités en Languedoc-Roussillon. (Encadré 1)

En premier lieu, le niveau plus élevé, d'environ 3 points, du taux de chômage en Languedoc-Roussillon contribue pour plus de 60 % à l'écart de niveau de vie (graphique 1). En effet, les prestations liées au chômage se substituent en partie aux revenus d'activité, tout en amortissant l'effet à la baisse due à la perte d'emploi.

Tableau 1 - Niveau de vie moins élevé dans la région
Niveau de vie médian mensuel
par unité de consommation
en euros 2009
Rang par niveau
de vie
croissant
Source : Insee, revenus disponibles localisés
Aude 1 400 4ème département
Gard 1 470 16ème département
Hérault 1 500 35ème département
Lozère 1 490 29ème département
Pyrénées-Orientales 1 430 6ème département
Languedoc-Roussillon 1 470 2ème région
Province 1 550
France métropolitaine 1 590
Graphique 1 : Contribution à l'explication de l'écart avec le niveau de vie médian de la province

Ensuite, la faiblesse relative du taux d'activité des femmes joue pour près de 30 % dans l'écart de niveau de vie. L'apport de ressources liées à l'activité des femmes augmente en effet le niveau de vie des ménages. Enfin, la présence plus nombreuse des retraités explique environ 10 % de l'écart de niveau de vie. Leur part relative dans la population des 15 ans et plus est supérieure de 1,5  points dans la région, et les niveaux de vie des retraités sont, en moyenne, moins élevés que ceux des actifs.

Les proportions de cadres, d'agriculteurs et d'étudiants sont sensiblement les mêmes dans la région et pour l'ensemble de la province (tableau 2). Ces facteurs, qui éclairent les disparités départementales, ne contribuent donc pas aux écarts de niveau de vie médian, au niveau régional, entre le Languedoc- Roussillon et la province.

Tableau 2 - Facteurs explicatifs des écarts de niveau de vie
entre les départements et la Province
Unité : %
Taux de chômage au 4ème trimestre 2008 Taux d'activité féminine des 15-64 ans Part des retraités parmi les 15 ans et plus Part des étudiants parmi les 15 ans et plus Par des agriculteurs parmi les actifs occupés Par des cadres parmi les actifs occupés
Source : Insee
Aude 10,5 63,4 32,5 7,5 4,4 10,3
Gard 11,0 63,7 27,4 8,9 2,2 12,3
Hérault 11,3 63,0 26,7 11,3 2,0 16,4
Lozère 4,5 68,8 31,7 7,9 10,9 8,3
Pyrénées-Orientales 11,0 62,5 32,4 8,0 2,3 10,7
Languedoc-Roussillon 10,9 63,3 28,8 9,4 2,7 13,3
Province 8,1 66,8 27,1 9,4 2,4 13,1

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Les écarts avec la province diminuent avec l'élévation du niveau de vie

Les écarts avec la province sont décroissants selon les déciles (graphique 2): les plus modestes, dans la région, sont plus pauvres qu'ailleurs et les plus aisés ont un niveau de vie qui s'approche de la moyenne des autres régions (hors Île-de-France). C'est ainsi que les 10 % les plus pauvres ont un niveau de vie inférieur à 770 € par mois en Languedoc-Roussillon contre 865 € en province, soit 11 % de moins. A l'inverse, les 10 % des niveaux de vie les plus hauts dépassent 2 735 € dans la région contre 2 820 € en province, soit une différence de 3 %.

Graphique 2 : Les écarts entre le Languedoc-Roussillon et la province diminuent avec le niveau de vie

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L'Hérault vient en tête des cinq départements

Avec un niveau de vie médian de 1 400 € par mois, l'Aude se classe au quatrième rang métropolitain des départements les plus pauvres derrière la Seine-Saint-Denis, le Pas-de-Calais et la Creuse, et devant les Ardennes. La sous-représentation des étudiants dans l'Aude ne suffit pas à compenser les écarts de niveau de vie, liés d'abord à un fort taux de chômage, puis à la sous-représentation des cadres mais aussi à la faiblesse du taux d'activité féminine et la surreprésentation des retraités et des agriculteurs (graphique 1).

Le département des Pyrénées-Orientales est le sixième département métropolitain le plus bas derrière les Ardennes et devant l'Aisne. Dans ce département, l'écart de niveau de vie médian avec la province s'explique pour moitié par le chômage, pour un quart par la faiblesse du taux d'activité féminine et pour un autre quart par le déficit de cadres. La sous-représentation des étudiants est compensée par la surreprésentation des retraités.

Le Gard se classe au seizième rang des départements les moins aisés. Le sur-chômage et la faiblesse de l'activité féminine sont les deux principaux facteurs du faible niveau de vie dans ce département.

En Lozère, les causes de l'écart du niveau de vie avec la province ne sont pas les mêmes que pour les autres départements de la région. Le fort poids des agriculteurs et le faible nombre de cadres parmi les emplois influent négativement sur le niveau de vie. Le faible taux de chômage et l'assez forte activité féminine ne suffisent pas à compenser ces effets négatifs alors que la présence forte de retraités est compensée par la faible part des étudiants.

L'Hérault est le département du Languedoc-Roussillon pour lequel le niveau de vie médian est le plus élevé, même s'il demeure inférieur au niveau de la province. La forte proportion de cadres joue favorablement sur le niveau de vie. Mais, le taux élevé de chômage puis la faiblesse du taux d'activité féminine et la forte présence d'étudiants font plus que compenser cet effet favorable et expliquent en grande partie l'écart avec le niveau de vie de la province.

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Les inégalités se creusent

En un an, de 2008 à 2009 et comme pour la province, le niveau de vie médian, en euros constants, est pratiquement resté stable en Languedoc-Roussillon alors qu'il progressait auparavant (graphique 3). Cette stabilisation est le reflet des effets sur le revenu des ménages de la crise économique et financière, apparue à la fin du premier trimestre 2008.

Graphique 3 : Evolution du niveau de vie médian mensuel

Comme au niveau national ou pour la France de province , le contexte de la crise économique a davantage dégradé la situation des moins aisés (graphique 4). La baisse est particulièrement marquée pour les 10 % les plus pauvres qui ont vu leur niveau de vie baisser de - 0,8 % (tableau 3).

Graphique 4 : Evolution du niveau de vie par décile entre 2008 et 2009

A l'inverse, le niveau de vie des 40 % les plus aisés continue d'augmenter. Pour les 10 % des niveaux de vie les plus élevés, la progression atteint + 1,3 % en un an.

En conséquence, les inégalités se creusent. En 2009, le niveau de vie plancher des 10 % des plus hauts niveaux de vie est 3,6 fois plus élevé que le niveau de vie plafond des 10 % des personnes les plus modestes contre 3,5 fois l'année précédente.

En outre, le Languedoc-Roussillon est la quatrième région de France métropolitaine la plus inégalitaire derrière l'Île-de- France, la Corse et Provence-Côte d'Azur et devant Champagne- Ardenne.

Le phénomène d'appauvrissement des plus modestes et d'enrichissement des plus aisés se retrouve dans tous les départements de la France métropolitaine. Dans la région, les inégalités s'accroissent partout et l'Hérault demeure le département où elles sont le plus marquées.

Tableau 3 : Accentuation des inégalités entre 2008 et 2009 (cliquer pour afficher)

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En un an, 16 900 personnes supplémentaires vivent en dessous du seuil de pauvreté

En France, en 2009, une personne est considérée comme pauvre lorsque son niveau de vie est inférieur à 954 € par mois, valeur correspondant par convention à 60 % du niveau de vie médian mensuel national. A titre de comparaison, le RSA socle non majoré (ex RMI) s'élevait à 455 € par mois pour une personne seule sans revenu du travail, l'allocation de solidarité aux personnes âgées à 677 €, et le SMIC à 1 051 € par mois. (Encadré 2)

En 2009, 470 500 Languedociens vivent sous le seuil de pauvreté, soit 18,6 % de la population des ménages (tableau 4). Le Languedoc-Roussillon est la deuxième région la plus touchée par la pauvreté derrière la Corse et devant Nord-Pas de Calais. L'Aude est le département de la région le plus affecté, devant les Pyrénées-Orientales, le Gard, l'Hérault et la Lozère.

Entre 2008 et 2009, la population des ménages a crû de 20 000 personnes en Languedoc-Roussillon alors que la population en dessous du seuil de pauvreté a augmenté de 16 900. C'est ainsi que le taux de pauvreté progresse de 0,5  point dans la région, soit une croissance identique à celle observée au niveau national.

Le niveau de vie médian des personnes en dessous du seuil de pauvreté est resté stable, en euros constants, et s'élève à 754 € par mois. L'écart entre le niveau de vie médian de la population pauvre et le seuil de pauvreté, qui permet d'apprécier à quel point le niveau de vie de la population pauvre est éloigné du seuil de pauvreté, passe de 20,7 % en 2008 à 20,9 % en 2009.

Tableau 4 : Evolution de la pauvreté entre 2008 et 2009 (cliquer pour afficher)

Les familles et les jeunes sont de plus en plus touchés par la pauvreté

Entre 2008 et 2009, la pauvreté s'est davantage intensifiée pour les personnes vivant dans les plus grands ménages, avec comme conséquence l'aggravation de la pauvreté des enfants et l'augmentation du taux de pauvreté parmi les familles et les ménages complexes. A l'inverse, même s'il reste élevé, le taux de pauvreté a diminué parmi les personnes vivant seules, notamment les femmes (tableau 5).

Tableau 5 : Taux de pauvreté selon la structure familiale et l'âge en Languedoc-Roussillon (cliquer pour afficher)

Les familles monoparentales, les jeunes et les personnes seules demeurent les plus affectés par la pauvreté en Languedoc- Roussillon.

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