Roger RABIER - Insee Languedoc-Roussillon
En 2006, le créateur d’entreprise languedocien est plutôt un homme, âgé de 38 ans, créant souvent son activité dans le secteur des services et de la construction. Dans près de la moitié des cas, le nouvel entrepreneur exerçait une activité professionnelle avant de se lancer dans son projet. Un peu plus de 40 % étaient cependant au chômage. Les chômeurs-créateurs bénéficiaient plus souvent que les autres d’aides publiques, notamment de l’ACCRE qui a tendance à se généraliser.
Outre le goût pour l’indépendance, le créateur pense d’abord à assurer son propre emploi. Ainsi, la majorité des entreprises se créent d’ailleurs sans salarié et les trois quarts des nouveaux chefs d’entreprises dirigent seuls leurs affaires.
La principale difficulté évoquée par les créateurs se situe dans les démarches administratives lors du montage de leur projet. La grande majorité d’entre eux recourt aux nouvelles technologies et un sur quatre a développé un site Internet pour présenter l’entreprise ou faire de la vente en ligne.
En Languedoc-Roussillon, comme dans les autres régions françaises, le nombre de créations d’entreprises a été important en 2006 avec près de 18 300 nouvelles entreprises. Plus de 2 600 d’entre elles, créées au cours du 1er semestre 2006, ont été interrogées dans la région pour recueillir des informations sur le créateur lui-même, son environnement, le montage du projet ou bien encore les difficultés rencontrées.
Au 1er semestre 2006, 92,5 % des entreprises interrogées correspondaient à la création de nouveaux moyens de production ; 7,5 % étaient des reprises de tout ou partie des activités et moyens de production d'une autre entreprise. L’analyse des résultats de cette enquête porte uniquement sur les créations pures et exclut donc les reprises.
Le secteur des services enregistre, à lui seul, près de 30 % des créations en Languedoc-Roussillon. Ces nouvelles unités se situent, en majorité, dans des domaines « phares » tels que les activités de conseil aux entreprises ou les services opérationnels.
Le secteur de la construction est florissant et son poids (28%) parmi les créations est plus élevé dans la région que dans le reste de la France.
Un peu plus de 4 % des entreprises sont créées dans le secteur innovant.. Cette proportion est proche du niveau national et atteint près de 30 % dans le secteur des postes-télécommunications, conseils et assistance. En 2006, dans la région, près de 6 nouvelles unités sur 10 prennent la forme d’une entreprise individuelle. En 2002, lors de la précédente enquête, cette part était cependant supérieure de 5 points ce qui dénote une propension de plus en plus grande à créer des entreprises sous la forme de sociétés.
Tableau 1: Répartition des créations par secteur d’activité en 2006
En 2006, moins de trois créateurs sur dix sont des femmes. Ce déséquilibre hommes-femmes est persistant car cette proportion était sensiblement identique en 2002. Les femmes sont cependant plus nombreuses que les hommes parmi les créateurs d’entreprises dans les services aux particuliers et dans le secteur de l’éducation, santé et de l’action sociale.
Depuis 2002, l’âge moyen du créateur a baissé de huit mois dans la région, passant de 38 ans et 10 mois à 38 ans et 2 mois. Ce léger rajeunissement s’est produit essentiellement dans les services alors que l’âge moyen du créateur s’est élevé dans l’industrie et la construction.
Les jeunes créateurs sont proportionnellement plus nombreux dans la construction et les services personnels et domestiques. Les plus âgés sont, quant à eux, plus présents dans les activités de conseil et assistance aux entreprises et le commerce.
En 2006, la moitié des créateurs possède au moins le baccalauréat. Cette proportion atteint 59 % pour les femmes. Elle est seulement de 46 % pour les hommes. Depuis 2002, la part des non-diplômés parmi les créateurs d’entreprises a baissé, passant de 16 % à 14%. C’est une part comparable à la moyenne nationale. Mais, encore plus d’un créateur sur quatre dans le secteur de la construction ne possède aucun diplôme.
Tableau 2: Niveau de diplôme du créateur
En 2006, plus de 40% des créateurs étaient au chômage avant de monter leur projet. Cette proportion est stable depuis 1998 mais inférieure de 12 points à celle de 1994. En fait, seule la part des demandeurs d’emploi de courte durée chute fortement.
La transformation des aides mises en place en 1994 en simples allègements fiscaux à partir de 1997 et le durcissement des conditions d’attribution ont pu dissuader certains chômeurs d’entreprendre.
En Languedoc-Roussillon, certains créateurs ont vécu la précarité avant de monter leur projet : 14 % des nouveaux chefs d’entreprise étaient en effet auparavant bénéficiaires de minima sociaux. Cette proportion est un peu supérieure à la moyenne nationale qui s’élève à 12 %. Les bénéficiaires de minima sociaux créent, en majorité, des entreprises dans le secteur de la construction (29 %) et du commerce (27 %).
12 % des créateurs n’avaient pas d’activité professionnelle avant le montage de leur projet alors que cette part s’élevait à 18 % en 1994. Parmi eux, 22 % étaient élèves ou étudiants, 25 % étaient en congé pour création d’entreprise ou sans activité pour convenance personnelle, 53 % étaient d’autres inactifs (femmes au foyer, retraités…).
Tableau 3: Statut antérieur des créateurs en 2006
Les anciens salariés représentent plus de trois créateurs sur dix. Parmi eux, un sur cinq était cadre en 2006 contre un sur trois en 1994. Avec un marché du travail plus favorable et des aides à la création moins généreuses, les cadres ont peut-être plus à perdre qu’en 1994 en se mettant à leur compte.
Deux tiers des anciens salariés ont créé leur entreprise dans une activité proche de leur expérience professionnelle antérieure.
Les nouveaux chefs d’entreprise languedociens n’en sont pas toujours à leur coup d’essai. Ainsi, selon l’enquête menée en 2006, prés de 30 % d’entre eux avaient déjà eu une expérience de création d’entreprise. 30 % des entreprises précédemment créées étaient d’ailleurs toujours actives à la date de l’enquête.
L’indépendance est la principale motivation des créateurs languedociens et français en 2006. Elle est citée plus de six fois sur dix. Le goût d’entreprendre, mentionné par 37 % des enquêtés, arrive en deuxième position devant le désir d’augmenter ses revenus. Enfin, se retrouver sans emploi incite également souvent à créer son entreprise.
Quelles qu’aient été leurs motivations, neuf créateurs sur dix envisagent d’être à leur compte de façon durable. 67 % des créateurs ont pour objectif principal d’assurer leur propre emploi. Cette proportion est en hausse de 11 points par rapport à 2002. Deux sur trois souhaitent développer fortement l’entreprise en termes d’emploi ou d’investissement.
Au démarrage de l’activité, 73 % des nouvelles entreprises ne génèrent qu’un seul emploi, celui de l’entrepreneur.
77 % des créations s’effectuent sans salarié mais certaines entreprises embauchent dès les premiers mois qui suivent la création. C’est le cas de 5 % des entreprises démarrant sans salarié et 16% de celles qui avaient déjà au moins un employé.
Les trois quarts des nouveaux entrepreneurs dirigent seuls leur affaire et un quart avec leur conjoint, un autre membre de leur famille ou un ou plusieurs autres associés. Cette proportion est liée au secteur d’activité de l’entreprise : 80 % des nouveaux entrepreneurs dirigent seuls dans les services aux entreprises alors qu’un sur deux dirige en collaboration dans les activités financières.
En 2006, 31 % des créateurs ont bénéficié, entre autres, de l’accompagnement d’un organisme de soutien à la création alors que cette proportion ne s’élevait qu’à 9 % en 2002.
De ce point de vue, l’industrie et les services aux particuliers sont privilégiés. Dans ces secteurs, les créateurs ont plus souvent mis en place leur projet avec de tels organismes (environ 45 %).
Les moyens utilisés pour créer une entreprise en Languedoc-Roussillon sont, la plupart du temps, modestes. Dans près d’un cas sur quatre, ils ne dépassent pas 2 000 €. Ils sont légèrement inférieurs à la moyenne nationale.
En Languedoc-Roussillon, 37 % des créateurs possèdent leurs ressources personnelles comme seules sources de financement de leur projet. Cette proportion atteint 60% lorsque les moyens financiers nécessaires au démarrage n’excèdent pas 4 000€.
37 % des projets reposent également sur des emprunts bancaires, 24 % au titre de l’entreprise et 13 % au nom personnel du créateur.
Près de la moitié des projets bénéficient de subventions ou primes à la création. Cette part est en nette augmentation depuis 2002 où elle ne s’élevait qu’au tiers.
Un quart seulement des entrepreneurs qui occupaient un emploi ou qui était sans activité ont bénéficié de ces aides, alors que 73 % des chômeurs créateurs d’entreprises en ont été bénéficiaires.
Parmi les chômeurs créateurs, 68 % ont bénéficié de l’aide aux chômeurs créateurs ou repreneurs d’entreprises (ACCRE) qui les exonère de charges sociales pendant un an. Quatre ans plus tôt, cette proportion atteignait seulement 54 %.
En revanche, les chômeurs créateurs bénéficient moins souvent de l’encouragement au développement d’entreprises nouvelles (EDEN) : 5 % en 2006 contre 11 % en 2002 . L’EDEN est sans doute devenu moins intéressant pour les chômeurs créateurs après sa transformation en septembre 2004. Cette aide, qui consistait en une prime, est devenue à cette date un prêt sans intérêt, d’une durée minimale de 5 ans, attribué après expertise du projet de création.
Par ailleurs, 7 % des chômeurs créateurs se sont vu accorder un prêt à la création d’entreprise (PCE) contre 5 % pour les autres créateurs.
Un créateur sur trois déclare n’avoir rencontré aucune difficulté au démarrage de l’entreprise. Cependant, 36 % ont eu du mal à régler les formalités administratives. Cette proportion est sensiblement la même quel que soit le statut antérieur du nouvel entrepreneur (en activité, chômeur ou sans activité professionnelle). Elle est cependant plus élevée dans les secteurs des industries agro-alimentaires, des activités immobilières et financières et les services aux particuliers.
La clientèle des nouvelles structures est deux fois sur trois une clientèle de particuliers. Dans les autres cas, il s’agit principalement d’entreprises. La clientèle d’admi-nistrations ou d’organismes publics est rare pour l’ensemble des nouveaux entrepreneurs et concerne alors essentiellement les services aux entreprises.
4 nouvelles entreprises sur 10 comptent moins de 10 clients. Cette proportion dépasse 6 sur 10 dans le service aux entreprises alors qu’elle est logiquement beaucoup plus faible pour les services aux particuliers.
En 2006, 57 % des nouvelles entreprises languedociennes ont un rayonnement local ou de proximité alors que cette proportion s’élevait à 53 % en 2002. La clientèle est régionale et nationale dans respectivement 24 % et 13 % des cas. Les créateurs en affaires avec des clients internationaux représentent seulement 6 % de l’ensemble contre 8 % quatre ans plus tôt.
5 % des créations sont liées à un réseau d’enseigne, par franchise ou concession. Cette proportion atteint 20 % pour les activités immobilières, 16 % pour les activités financières et 10 % dans le commerce.
Des travaux de sous-traitance sont effectués par 36 % des nouvelles entreprises dans l’industrie. Cette forme d’activité est encore plus fréquemment pratiquée par les entreprises de construction (51 %), des transports (43 %) et de services aux entreprises (42 %).
Les trois quarts des nouvelles entreprises ont recours à des services extérieurs payants. C’est dans les secteurs de la construction, des transports et de l’hôtellerie-restauration que l’on recourt le plus à de telles prestations. Les services aux entreprises, en sont, logiquement les moins utilisateurs.
Un tiers des créateurs pensent avoir introduit sur le marché des produits, des concepts de ventes ou des services nouveaux. Dans l’industrie, cette proportion se situe aux alentours de 50 %.
30 % estiment que la technologie est à la base ou, du moins, un support important pour leur activité. Cette proportion dépasse 68 % dans le secteur du conseil aux entreprises.
Le micro-ordinateur est utilisé dans 3 nouvelles entreprises sur 4. S’il semble être généralisé dans les services aux entreprises, il n’est présent qu’un peu plus d’une fois sur deux dans les services aux particuliers. 3 créateurs sur 4 disposent d’un accès Internet et un sur quatre utilise un site internet pour présenter l’entreprise ou vendre en ligne.

