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Entreprises créées en 2010 :

sept sur dix sont encore actives trois ans après leur création

Damien Richet, pôle Démographie des entreprises et des établissements, Insee

Résumé

Trois ans après leur création, 71 % des entreprises créées au premier semestre 2010 sont encore actives. Pour tous les secteurs, la pérennité des entreprises de cette génération est plus élevée que celle de la génération 2006, touchée de plein fouet par la récession de 2008-2009. La pérennité à trois ans est plus faible pour les entreprises du commerce (64 %), des activités immobilières (67 %) et de la construction (68 %). À l’opposé, elle est la plus forte dans la santé (85 %), l’industrie (80 %), le transport (78 %) et les services aux entreprises (77 %).

Les principaux déterminants de la pérennité restent les mêmes que ceux observés pour les entreprises créées en 2006. Les sociétés demeurent bien plus pérennes que les entreprises individuelles. Un fort investissement initial, un niveau de formation élevé du créateur de l’entreprise et une expérience précédente dans le même métier augmentent également les chances de durer.

Au bout de trois ans, le bilan en matière d’emplois de ces entreprises créées au premier semestre 2010 est globalement neutre. Les créations d’emplois dans les entreprises pérennes compensent à peu près les destructions liées aux cessations d’entreprises.

Sommaire

Publication

La pérennité des entreprises est plus élevée pour la génération 2010 que pour celle de 2006

En 2010, 262 000 créations d’entreprises ont été effectuées, hors régime de l’auto-entrepreneur. Parmi ces entreprises, 138 000 ont été créées au premier semestre, dont 118 000 entrent dans le champ de cette étude (sources). Pour ces dernières, la pérennité à trois ans est de 71 %. Elle est bien plus élevée que celles des entreprises créées au premier semestre 2006, qui n’étaient que 66 % à être encore actives au bout de trois ans. La génération de 2010 connaît en effet un environnement économique moins défavorable et moins chahuté que la génération 2006, qui a notamment affronté la récession de 2008-2009. De plus, l’apparition du régime de l’auto-entrepreneur en 2009 pourrait expliquer en partie la plus forte pérennité de la génération 2010 ; en effet, certains projets plus fragiles peuvent d’abord être testés sous ce régime, en particulier pour les créations d’entreprises individuelles avec un faible investissement initial.

Pour les deux générations, les proportions d’entreprises encore actives un an après la création sont identiques : 91 % (figure 1). À horizon de trois ans, le risque de cessation d’une année sur l’autre pour la génération 2010 se stabilise autour de 12 %. En revanche, pour la génération 2006, ce risque atteignait déjà 14 % en deuxième année et passait à 16 % en troisième année, qui correspondait à une période de récession (débutée fin 2008 et plus forte encore en 2009).

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Forte pérennité à trois ans dans la santé, l’industrie, le transport et le soutien aux entreprises

Le secteur de la santé, largement constitué de professions libérales, est le plus robuste. L’industrie et le transport-entreposage sont également des activités où la pérennité des nouvelles entreprises est forte. Mais seulement 15 % des créations se font dans ces trois secteurs d’activité. Dans les activités spécialisées, scientifiques et techniques, la pérennité frôle 80 %. Ce secteur génère 13 % des créations du premier semestre 2010.

À l’opposé, une pérennité plus faible, déjà observée pour les générations 2002 et 2006, semble inhérente à certains secteurs. Ainsi, dans le commerce, qui concentre un quart des créations d’entreprises du premier semestre 2010, la pérennité des jeunes entreprises est plus faible : au bout de trois ans, seulement 64 % des nouvelles entreprises commerciales sont encore actives. Après le commerce, la construction est le second secteur le plus important en matière de créations d’entreprises, avec près d’une création sur cinq. Dans ce secteur, la pérennité à trois ans s’élève à 68 %. Dans l’hébergement-restauration, seulement deux tiers des nouvelles entreprises survivent au moins trois ans.

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Dans tous les secteurs, la pérennité à trois ans des entreprises créées en 2010 est plus forte que celle de la génération 2006

Au-delà des effets structurels liés à chaque activité, la crise n’a pas affecté les secteurs de la même façon (figure 2). Après une période faste, les activités immobilières et la construction ont été durement touchées par la crise de 2008-2009 qui a entraîné de nombreuses cessations, y compris parmi les jeunes entreprises. Quelques années plus tard, la génération 2010 traverse une conjoncture plus stable, mais encore défavorable. Entre les générations 2006 et 2010, le taux de pérennité augmente ainsi moins vite dans ces deux secteurs que dans les autres activités.

L’industrie a également souffert de la crise, mais la pérennité y est élevée et en hausse marquée entre les deux générations d’entreprises. C’est aussi le cas dans l’information-communication et les services aux entreprises. Les nouvelles entreprises financières et d’assurance de 2010 sont également bien plus pérennes que leurs homologues de 2006.

Dans le transport-entreposage et l’hébergement-restauration, c’est sur la troisième année d’activité que se voit la différence entre les deux générations d’entreprises. Dans le transport, la pérennité à un ou deux ans est plus forte pour la génération 2006, car on se situait alors en période de croissance. La pérennité à trois ans est plus forte pour la génération 2010, qui évite le choc de la crise de 2008-2009.

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L’investissement initial est un gage de pérennité

Les moyens financiers au démarrage sont un important facteur de pérennité. Trois entreprises sur dix démarrent avec des moyens inférieurs à 4 000 euros, et autant avec un investissement compris entre 4 000 et 16 000 euros.

Les entreprises créées avec un fort apport initial sont les plus pérennes (figure 3). Parmi les entreprises qui ont démarré avec moins de 2 000 euros, seulement 65 % sont encore actives trois ans après leur création. À l’opposé, les 7 % d’entreprises ayant disposé de plus de 160 000 euros à leur lancement sont encore 83 % à être actives après trois ans. Dépasser 40 000 euros d’investissement augmente significativement les chances de pérennité. Une analyse « toutes choses égales par ailleurs », qui contrôle l’ensemble des facteurs pouvant influencer la pérennité d’une entreprise afin de dégager les effets propres de chacun, confirme ces résultats.

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Plus forte pérennité chez les créateurs les plus diplômés

La pérennité de l’entreprise augmente également avec le niveau de diplôme du créateur. Deux tiers des entreprises créées en 2010 par un créateur sans diplôme sont encore actives trois ans après. Pour les diplômés ayant un niveau bac+5 ou plus, 78 % le sont encore.

L’analyse « toutes choses égales par ailleurs » confirme l’effet positif du niveau de formation sur la pérennité de l’entreprise. Ce rôle est toutefois moindre que pour la génération 2006. L’élévation générale du niveau de diplôme des créateurs a peut-être atténué cet effet. Entre les générations 2006 et 2010, la proportion de créateurs sans diplôme a en effet diminué de deux points, tandis que celle des diplômés des 2e ou 3e cycles universitaires est passée de 24 % à 27 %. La mise en place du régime d’auto-entreprise en 2009, qui attire des créateurs moins diplômés, peut expliquer cette évolution. En effet, 42 % des auto-entrepreneurs de 2010 ont un niveau de diplôme inférieur au bac, contre 38 % des créateurs classiques.

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Les chances d’être pérenne augmentent avec l’expérience du créateur dans le métier

L’expérience du créateur dans le métier joue un rôle notable dans la survie d’une entreprise. Une analyse « toutes choses égales par ailleurs » le confirme, comme pour la génération 2006. Deux tiers des entreprises créées par des personnes sans expérience dans leur nouveau métier sont encore actives trois ans après. Chez les créateurs qui ont au moins trois années d’expérience, trois quarts des entreprises survivent au moins trois ans. Changer de domaine de compétence en créant son entreprise diminue le taux de pérennité de 5 points par rapport à un entrepreneur qui possède déjà plus de dix ans d’expérience dans le même métier.

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Les sociétés sont plus pérennes que les entreprises individuelles

La catégorie juridique de l’entreprise joue également sur sa pérennité. Les sociétés sont plus pérennes que les entreprises individuelles. Trois ans après leur création, 77 % des premières sont encore actives, contre 62 % des secondes (figure 4).

Les sociétés sont plus présentes dans les secteurs les plus pérennes, comme l’industrie, l’information-communication et le soutien aux entreprises. De plus, de nombreuses entreprises individuelles démarrent avec un financement très faible, ce qui accroît fortement leur risque de cessation plus rapide.

L’analyse « toutes choses égales par ailleurs » confirme l’influence de la catégorie juridique sur la pérennité, au-delà du secteur d’activité et des moyens engagés. Elle montre qu’une société a une probabilité de pérennité à trois ans supérieure d’un tiers à celle d’une entreprise individuelle.

Figure 4 - Principaux déterminants de la pérennité à trois ans d’une entreprise
ns : non significativement différent de 1 au seuil de 5 %.
Lecture : l’odds ratio de la pérennité à trois ans d’une société par rapport à une entreprise individuelle vaut 1,8. Cela signifie que, toutes choses égales par ailleurs, la cote de pérennité à trois ans d’une société est 1,8 fois supérieure à la cote de pérennité d’une entreprise individuelle. La cote c d’un événement est égale au rapport de sa probabilité p sur la probabilité de l’événement opposé : c = p / (1 - p). Ce calcul permet de déterminer les effets propres de chaque caractéristique par rapport aux caractéristiques de référence (Réf).
Champ : entreprises du champ Sine actives au 30 septembre 2010, hors régime de l’auto-entrepreneur.
Source : Insee, Sine 2010.
Variable Odds ratio Variable Odds ratio
Catégorie juridique de l’entreprise Niveau de formation du créateur
Société (personne morale) 1,8 Diplôme universitaire de 3e cycle 1,4
Entreprise individuelle (personne physique) Réf Diplôme universitaire de 2e cycle 1,2
Diplôme d’ingénieur, d’une grande école 1,1
Région d’implantation Diplôme universitaire ou général de 1er cycle 1,4
Île-de-France ns Diplôme technique de 1er cycle ns
Province Réf Baccalauréat général ns
DOM ns Baccalauréat technologique ou professionnel 1,2
CAP, brevet de compagnon, BEP ns
Secteur d’activité CEP, BEPC, brevet des collèges ns
Industrie 1,8 Aucun diplôme Réf
Construction 1,1
Commerce Réf Moyens financiers nécessaires pour démarrer
Transports et entreposage 2,0 Moins de 2 000 euros Réf
Hébergement et restauration 1,1 De 2 000 à moins de 4 000 euros ns
Information et communication 1,3 De 4 000 à moins de 8 000 euros ns
Activités financières et d’assurance 1,9 De 8 000 à moins de 16 000 euros 1,1
Activités immobilières 1,2 De 16 000 à moins de 40 000 euros ns
Activités spécialisées, scientifiques et techniques 1,9 De 40 000 à moins de 80 000 euros 1,3
Activités de services administratifs et de soutien 1,4 De 80 000 euros à moins de 160 000 euros 1,3
Enseignement, santé humaine et action sociale 3,1 160 000 euros ou plus 1,8
Autres activités de services 1,4
Expérience du créateur
Âge du créateur Aucune expérience 0,8
Moins de 30 ans ns Dans un autre métier 0,8
Entre 30 et 49 ans Réf Dans le métier :
50 ans et plus 0,9 moins de trois ans d’expérience 0,9
de trois à dix ans d’ancienneté 0,9
plus de dix ans d’expérience Réf
Sexe du créateur
Femme 0,9 Statut du créateur avant la création
Homme Réf Non salarié, chef d’entreprise ns
Salarié ns
Nombre de clients Chômeur Réf
Un client 0,9 Inactif 1,1
Deux clients 0,8
Trois à dix clients 0,9
Un plus grand nombre Réf Emploi au démarrage (au 30/09/2010)
Un plus grand nombre, mais avec quelques clients importants ns Avec salarié (hors dirigeant salarié) 1,3
Sans salarié Réf

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L’emploi est globalement stable trois ans après la création

L’enquête Sine mesure l’emploi dans les nouvelles entreprises en septembre 2010 et en décembre 2013. Dans les entreprises créées au premier semestre 2010, environ 212 000 personnes travaillent fin 2013, dont 114 000 salariés. Entre septembre 2010 et décembre 2013, en tenant compte à la fois des évolutions dans les entreprises pérennes et des pertes d’emploi liées aux disparitions d’entreprises, l’emploi total stagne.

La hausse du nombre de salariés dans les entreprises pérennes (61 000 emplois salariés) compense ainsi les pertes d’emplois dans les entreprises cessées. Entre septembre 2010 et décembre 2013, la cessation de certaines entreprises entraîne la perte de 62 000 emplois. Il s’agit en majorité de postes de dirigeants des entreprises cessées, mais également d’emplois salariés (- 17 000).

En parallèle, parmi les entreprises créées en 2010 et toujours actives en décembre 2013, 35 % ont gagné des emplois depuis leur création. Deux tiers d’entre elles n’employaient que leur dirigeant. Elles représentent trois quarts des créations nettes d’emploi. Au total, l’emploi dans les entreprises pérennes augmente de 40 %. Ce sont exclusivement des emplois salariés, dont 4 000 postes de dirigeants salariés. L’emploi non salarié est quant à lui stable.

Le bilan de l’emploi dans les entreprises de la génération 2010 reste bien meilleur que celui de la génération 2006. En effet, pour cette dernière, le bilan global s’est soldé par la perte de 20 000 emplois. Les cessations, plus fréquentes pour la génération 2006, ont entraîné la perte de 75 000 emplois, tandis que les entreprises pérennes en ont créé seulement 55 000.

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Des gains d’emplois dans les activités les plus pérennes : santé et soutien aux entreprises

L’emploi augmente plus fortement dans les secteurs où la pérennité est forte. Dans le transport-entreposage, les activités financières et d’assurance, le soutien aux entreprises ou le secteur « enseignement, santé humaine, action sociale », l’emploi global dans les nouvelles entreprises a augmenté d’un quart environ. L’industrie fait figure d’exception : malgré une forte pérennité, l’emploi n’y augmente pas. Dans les services aux ménages et l’information-communication, secteurs d’activité où la pérennité est moyenne, l’emploi total stagne ou augmente peu (figure 5).

Figure 5 - Importants gains d’emploi dans le soutien aux entreprises, le secteur « enseignement, santé, action sociale » et le transport-entreposage
Nombre d'emplois Évolution (en %) Emplois perdus à cause des cessations Emplois gagnés dans les entreprises pérennes
au 31 décembre 2013 au 30 septembre 2010
Lecture : le 31 décembre 2013, il y a 16 100 emplois dans les entreprises industrielles créées au 1er semestre 2010 et qui sont encore actives. Le 30 septembre 2010, les entreprises industrielles créées au 1er semestre 2010 comptaient 16 600 emplois. La différence s’explique d’une part par la cessation d’entreprises entre ces deux dates ayant entraîné des pertes de 3 500 emplois, et d’autre part par un gain de 3 000 emplois dans les entreprises pérennes.
Champ : entreprises du champ Sine actives au 30 septembre 2010, hors régime de l’auto-entrepreneur.
Source : Insee, Sine 2010.
Industrie 16 100 16 600 -3 3 500 3 000
Construction 36 500 39 600 -8 15 700 12 600
Commerce 44 200 48 300 -9 16 100 12 000
Transports-entreposage 7 800 6 300 23 1 400 2 900
Hébergement-restauration 17 900 21 200 -16 6 000 2 700
Information-communication 7 800 7 300 7 2 000 2 500
Finance-assurance 3 300 2 600 25 400 1 100
Immobilier 5 300 5 700 -6 1 900 1 500
Activités spécialisées 27 000 25 600 5 5 200 6 600
Soutien aux entreprises 18 200 15 100 21 3 900 7 000
Enseignement, santé, social 15 700 12 700 24 2 300 5 300
Autres services 11 800 11 800 0 3 300 3 300
Ensemble 211 600 212 800 -1 61 700 60 500

Parallèlement, les plus importantes pertes d’emploi ont logiquement lieu dans les secteurs où la pérennité est la plus faible. Entre septembre 2010 et décembre 2013, les nouvelles entreprises de l’hébergement et de la restauration ont perdu 16 % de leurs emplois et celles du commerce, 9 %. Dans la construction, 8 % des postes ont été supprimés, et 6 % dans l’immobilier.

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Insee Première N° 1543 - avril 2015

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