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Le positionnement sur l’échelle des niveaux de vie

Deux personnes sur trois se positionnent dans le tiers intermédiaire

Marie Clerc, division Revenus et patrimoine des ménages, Insee

Résumé

En 2011, on a demandé à une partie de la population de se positionner sur l’échelle des niveaux de vie de l’ensemble des foyers en France répartie en tiers. Deux personnes sur trois ne se classent ni dans le tiers le plus modeste, ni dans celui des plus aisés, mais dans le tiers intermédiaire. Pour 45 % d'entre elles, il n’y a cependant pas de décalage entre la perception de leur niveau de vie et sa mesure statistique. Pour les autres, le décalage existe et les facteurs qui l’expliquent diffèrent selon les niveaux de vie. Pour les plus modestes, situés dans le premier tiers des niveaux de vie, c’est surtout l’ampleur des difficultés matérielles qui influe sur l’idée que les personnes ont de leur positionnement ; celles qui subissent les plus fortes contraintes se classent plus souvent dans le tiers qui leur correspond, le tiers le plus modeste. Pour les plus aisées, le niveau de vie mesuré, le diplôme, l’âge, l’habitude de comparer son niveau de vie à celui d’autrui, jouent sur la perception qu’ont les personnes de leur niveau de vie. Ainsi, une large majorité des personnes de 50 ans ou plus parmi les plus aisées sous-estiment leur niveau de vie.

Sommaire

Encadrés

Publication

Une personne sur dix pense que son niveau de vie la situe dans le tiers des plus aisés

En 2011, quand on demande aux membres des ménages âgés d’au moins 16 ans de se positionner sur l’échelle des niveaux de vie découpée en tiers, 66 % d’entre eux se classent dans le « groupe intermédiaire ». Autrement dit, deux tiers de cette population ne se classent ni dans le tiers des personnes les plus aisées, ni dans le tiers des personnes les plus modestes. 23 % d’entre elles se classent dans le tiers inférieur des niveaux de vie et seulement 11 % se classent dans le tiers supérieur. Ce positionnement majoritaire dans le groupe intermédiaire se retrouve quel que soit le niveau de vie mesuré. Ainsi, 73 % des personnes du groupe intermédiaire, 70 % des personnes les plus aisées et 53 % des personnes les plus modestes se classent dans ce groupe (figure 1).

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45 % des personnes se positionnent comme la statistique le mesure

Les données de l’enquête SRCV permettent de comparer ce niveau de vie ressenti au niveau de vie mesuré (encadré 1). En 2011, 45 % des personnes de 16 ans ou plus se classent spontanément dans le groupe qui correspond à leur niveau de vie mesuré. Par construction, les personnes les plus modestes ne peuvent pas sous-estimer leur niveau de vie par rapport à la mesure statistique. De manière analogue, les plus aisées ne peuvent le surestimer.

Ce sont les personnes au niveau de vie intermédiaire qui se classent le plus souvent dans le bon groupe, même si 21 % d’entre elles se pensent dans le tiers le plus modeste. Trois fois sur cinq, les plus modestes surestiment leur niveau de vie, se positionnant dans le tiers intermédiaire, voire dans le tiers des plus aisés, et quatre fois sur cinq, les plus aisés le sous-estiment. Chez ces derniers, seule une personne sur cinq considère que son niveau de vie fait partie des plus élevés en France. Ceci peut notamment s’expliquer par les forts écarts de niveaux de vie existant au sein de ce tiers supérieur : les personnes ont ainsi plus de difficultés à se classer parmi les plus aisés et se positionnent plutôt dans le tiers intermédiaire.

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Parmi les plus modestes, ceux qui subissent de fortes contraintes matérielles sont plus souvent en accord avec la mesure statistique

Les facteurs qui expliquent le décalage entre la perception et la mesure statistique du niveau de vie sont différents selon le niveau de vie mesuré de l’individu. Certaines caractéristiques, comme le statut d’occupation du logement et la situation vis-à-vis de l’emploi, ne jouent pas, ou très faiblement, sur la perception, et ce quel que soit le niveau de vie. Mais d’autres facteurs ont plus d’influence.

En particulier, les personnes tendent à se situer sur l’échelle des niveaux de vie par rapport à leurs conditions de vie, plutôt qu’en fonction de leur revenu. Ainsi, chez les plus modestes, ceux qui subissent de fortes contraintes matérielles se voient plus souvent dans le groupe des plus modestes que les autres. Les deux tiers des personnes appartenant à un ménage qui cumule plus de huit difficultés matérielles, et qui sont donc en situation de pauvreté en conditions de vie, pensent être dans le tiers des plus modestes. À l’inverse, les deux tiers des personnes au niveau de vie modeste n’ayant pas à subir de telles difficultés surestiment leur niveau de vie.

Pour les personnes appartenant au tiers intermédiaire, celles qui sont en situation de pauvreté en conditions de vie ont tendance à sous-estimer leur niveau de vie, alors que celles qui échappent à ces difficultés se situent plus souvent dans le groupe qui correspond à leur niveau de vie. La perception qu’ont ces personnes de leur niveau de vie semble donc, là encore, plus matérielle que monétaire.

Enfin, parmi les plus modestes, les plus jeunes - entre 16 et 29 ans - sont plus enclins à la surestimation. Deux jeunes sur trois surestiment leur niveau de vie (figure 2a). Il s’agit principalement de jeunes adultes qui vivent encore dans le foyer parental. En tant qu’enfant du ménage, ils ressentent peut-être moins les privations ou les difficultés financières de leurs parents. Il se peut aussi que la perception de leur niveau de vie se construise par rapport à la situation de jeunes habitant seuls, dans une situation souvent plus précaire que la leur, et non par rapport à celle de l’ensemble de la population.

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Le niveau de vie, le diplôme, l’âge, comparer son niveau de vie à celui d’autrui, influent la perception des plus aisés

Pour les plus aisés, les facteurs qui expliquent le décalage entre perception et mesure statistique sont plus nombreux. Une modélisation des réponses selon les caractéristiques des personnes vivant en ménage ordinaire permet de dégager les principaux d’entre eux. Le facteur le plus déterminant est le niveau de vie : plus les individus sont aisés, plus ils se reconnaissent comme tels. C’est aussi le cas des plus diplômés et des cadres. Les personnes qui ont l’habitude de comparer leur niveau de vie à celui d’autrui se classent plus souvent dans le groupe qui correspond à leur niveau de vie (encadré 2). Enfin, toujours parmi les plus aisées, les personnes de 50 ans ou plus sont celles qui sous-estiment le plus souvent leur niveau de vie (entre 84 % et 89 % - (figure 2c). Cela s’explique pour partie par le fait qu’à ces âges, on apporte plus souvent une aide financière à une personne extérieure du ménage (paiement de loyer, autre aide financière) et que l’on considère son niveau de vie une fois ces dépenses déduites.

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Des désaccords dans 29 % des ménages

Au sein d’un même ménage, les personnes ne se positionnent pas forcément de manière analogue. Ainsi, dans 29 % des ménages composés d’au moins deux personnes de 16 ans ou plus, il y a au moins un désaccord. Le plus souvent, ce désaccord a lieu entre les parents d’un côté et les enfants (de 16 ans ou plus) de l’autre, ces derniers ayant tendance à surestimer le niveau de vie du ménage. Les cas de désaccords plus marqués - un individu se positionne dans le tiers le plus modeste, un autre dans le tiers le plus aisé - sont par ailleurs très rares (5 %).

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Encadrés

Perception et mesure statistique des niveaux de vie

La définition statistique usuelle peut différer de celle des individus

Le dispositif statistique sur les ressources et les conditions de vie (SRCV ; sources) permet de mesurer le niveau de vie. Depuis 2010, un questionnaire auto-administré sur les « attitudes, sentiments et qualité de vie », joint à ce dispositif, recueille également les opinions personnelles sur le positionnement des individus sur l’échelle des niveaux de vie. Il leur est notamment demandé de situer le niveau de vie de leur foyer sur une échelle découpée en tiers par rapport à l’ensemble des foyers en France. À partir des données de ce dispositif, on peut donc rapprocher leur niveau de vie tel qu’il est mesuré par l’Insee à la perception qu’ils en ont.

Le niveau de vie mesuré par le dispositif SRCV correspond à un concept microéconomique du revenu qui est calculé pour une année donnée. Il est égal au revenu disponible du ménage divisé par le nombre d’unités de consommation. Le niveau de vie est donc une notion complexe, car elle tient non seulement compte de l’ensemble des revenus perçus par les ménages mais également du nombre et de l’âge des individus composant le ménage.

Une personne peut ainsi évaluer son niveau de vie différemment des statisticiens parce qu’elle en a une approche différente de la leur. Par exemple, elle peut raisonner en « reste à vivre », déduisant de son niveau de vie non seulement les prélèvements obligatoires, mais aussi des dépenses incontournables (loyer, frais liés aux études d’un enfant...). Certains peuvent ne pas intégrer leurs revenus transitoires ou exceptionnels, ou à l’inverse anticiper de futurs revenus et raisonner ainsi en termes de revenu permanent. Enfin, la notion d’unité de consommation (UC), qui permet de rendre compte des « économies d’échelle » au sein d’un ménage, est, elle aussi, complexe. Elle est calculée selon l’échelle d’équivalence dite de l’OCDE modifiée, qui attribue 1 UC au premier adulte du ménage, 0,5 UC aux autres personnes de 14 ans ou plus et 0,3 UC aux enfants de moins de 14 ans.

Cependant, aucune autre définition statistique envisagée ne semble plus proche

Ne pas se référer à la définition usuelle du niveau de vie en adoptant d’autres définitions peut-être plus proches de celle retenue dans le public, en intégrant par exemple uniquement les revenus du travail, les indemnités chômage et les retraites, ne modifie pas le constat principal de l’étude : la part des individus en accord avec la mesure statistique reste proche de 45 % (figure encadré 1).

En revanche, l’utilisation de définitions alternatives tend à montrer, par comparaison, que le concept statistique usuel est plus cohérent avec l’approche retenue par les individus. Tout d’abord, ceux-ci tiennent notamment compte des prestations qu’ils perçoivent et pas des seuls revenus du travail ou de remplacement. Si le niveau de vie n’est mesuré qu’à partir des revenus du travail ou de remplacement, la part d’individus en accord avec la mesure statistique est quasi inchangée, mais un plus grand nombre de personnes surestiment alors leur niveau de vie.

De plus, il semble que les personnes mutualisent bien les revenus de l’ensemble des membres des ménages pour apprécier leur niveau de vie. Si on calcule un niveau de vie en prenant en compte uniquement les revenus du travail ou de remplacement de la personne et non pas ceux de l’ensemble des membres du ménage, ce dernier est plus souvent en décalage avec le niveau de vie perçu par les individus : la part de ceux qui sont en accord avec la mesure statistique est légèrement plus faible (42 %), mais ils sont alors beaucoup plus nombreux à surestimer leur niveau de vie (37 % contre 19 % avec la mesure usuelle).

Enfin, les individus tiennent également compte des économies d’échelles. Ainsi, lorsque l’on divise le revenu disponible par le nombre de personnes, la part de ceux qui sont en accord avec la mesure statistique est également plus faible : 44 % des personnes surestimeraient alors leur niveau de vie.

Se positionner par rapport à l’ensemble des foyers en France implique non seulement de connaître son propre niveau de vie mais également d’avoir des éléments sur la distribution des niveaux de vie de l’ensemble de la population.

Si on tolère une marge d’erreur sur les seuils de + ou - 10 %, la part d’individus se positionnant correctement augmente mécaniquement (60 % au lieu de 45 %), mais les caractéristiques sociodémographiques (âge, statut d’occupation du logement, catégorie socioprofessionnelle...) des personnes qui se situent en décalage de la mesure statistique restent les mêmes.

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Plus du tiers de la population des ménages ne compare pas son niveau de vie à celui d’autrui

Quand on demande aux personnes s’il est important de comparer leur niveau de vie à celui des autres, elles répondent en moyenne 3 sur une échelle de 0 (pas du tout important) à 10 (très important). Les individus utilisent majoritairement la partie basse de l’échelle : 84 % déclarent en effet une note inférieure ou égale à 5. Plus du quart d’entre eux considèrent qu’il n’est pas du tout important de comparer son niveau de vie à celui des autres. Les plus jeunes et les plus diplômés sont les plus enclins à la comparaison.

Un tiers des personnes ne se compare à aucun des groupes proposés dans l’enquête et près d’un quart d’entre elles ne se compare qu’à un seul groupe. Quel que soit le nombre de groupes de référence, les parents - quand ils avaient l’âge de l’enquêté - sont les plus fréquemment cités (41 %). Viennent ensuite les amis (32 %), la famille (30 %) et les collègues de travail (19 %). Les personnes considèrent majoritairement que leur niveau de vie est meilleur (figure encadré 2) que celui de leurs parents quand ils avaient l’âge de l’enquêté. Pour tous les autres groupes de référence, elles considèrent majoritairement que leur niveau de vie est identique.

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Insee Première N° 1515 - septembre 2014

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