Laurent Bisault, direction régionale de Midi-Pyrénées, Insee
Pour les 2,3 millions de salariés travaillant dans le secteur de l’économie sociale, l'échelle des salaires est plus resserrée que dans le privé. On y observe en effet un écart moins important entre les plus faibles et les plus hautes rémunérations. Les salariés des associations, les plus nombreux, ont globalement des revenus assez faibles, qui ne s’expliquent pas seulement par la nature des emplois et les domaines d’activité. Ils sont aussi plus souvent à temps partiel. La santé est un des rares secteurs où les salariés sont en moyenne mieux payés que dans le reste du privé, grâce notamment à certains emplois très qualifiés dans des centres de recherche. Dans les coopératives, mutuelles et fondations, les salaires sont plutôt au-dessus de la moyenne, mais la grille salariale n’en est pas moins resserrée. Parmi les explications, l’organisation de certaines coopératives et mutuelles, notamment dans le secteur bancaire et assurantiel, qui concentrent les activités les mieux rémunérées dans des filiales de droit privé.
En 2009, 10 % des salariés travaillent dans l’économie sociale, soit 2,3 millions de personnes (encadré). L’économie sociale rassemble les coopératives, mutuelles, associations et fondations. À la frontière du secteur privé, elle est originale par les principes dont elle se réclame : gouvernance démocratique, solidarité, juste répartition des excédents, gestion autonome et indépendante, liberté d’adhésion (bibliographie).
Sans doute en lien avec ces principes, l’échelle de salaires est plus resserrée dans le secteur de l’économie sociale que dans le privé (entendu ici hors économie sociale). En 2009, 10 % des salariés de l’économie sociale gagnent moins de 8,8 euros bruts de l’heure et 10 % gagnent plus de 24,2 euros (tableau 1). Le rapport entre ces deux seuils, indicatif de la dispersion des salaires, est plus faible dans l’économie sociale (2,7) que dans le privé (3,1).
Ce constat d’une échelle salariale resserrée vaut pour toutes les familles de l’économie sociale. Mais dans les associations, qui représentent 78 % des salariés, l’échelle est resserrée autour d’un salaire médian bien plus faible : 12,8 euros bruts de l’heure, au lieu de 14,8 euros à 16,8 euros dans les fondations, mutuelles et coopératives et 13,8 dans le privé. Cette faiblesse relative des salaires associatifs demeure même en tenant compte des qualifications des emplois occupés et des secteurs d’activité, alors que les salaires sont plus conformes à ceux du privé dans les autres familles de l’économie sociale.
| * pondéré par le nombre d’heures travaillées. | |||||
| ** les rapports (D9/D1) et (D9-D1)/médiane sont des indicateurs de dispersion qui augmentent avec la dispersion des salaires. | |||||
| Lecture : 10 % des salariés des associations gagnent moins de 8,4 euros brut de l'heure (D1), 90 % gagnent moins de 21,9 euros de l'heure (D9), le rapport entre ces deux seuils (D9/D1) est de 2,6. | |||||
| Source : Insee, DADS 2009. | |||||
| Salaire brut horaire 2009* | Indicateurs de dispersion** | ||||
|---|---|---|---|---|---|
| 1er décile (D1) | Médiane | 9e décile (D9) | D9/D1 | (D9-D1) / médiane | |
| Associations | 8,4 | 12,8 | 21,9 | 2,6 | 1,1 |
| Fondations | 10,3 | 14,8 | 25,2 | 2,5 | 1,0 |
| Mutuelles | 11,1 | 16,6 | 31,2 | 2,8 | 1,2 |
| Coopératives | 10,9 | 16,8 | 29,4 | 2,7 | 1,1 |
| Ensemble de l’économie sociale | 8,8 | 13,6 | 24,2 | 2,7 | 1,1 |
| Privé | 9,6 | 13,8 | 29,2 | 3,1 | 1,4 |
En 2009, les salariés de l’économie sociale gagnent en moyenne annuelle 16 % de moins que dans le privé et 7 % de moins que dans le public en équivalent temps plein (tableau 2). Mais à 26 300 euros de moyenne, seules les rémunérations associatives sont inférieures à celles du privé, et dans une moindre mesure celles des fondations. L’implantation sectorielle, la féminisation, l’âge des salariés sont autant de facteurs qui tirent vers le bas les salaires des associations. Elles œuvrent dans des secteurs à bas salaires et sont absentes des activités qui payent le mieux. Elles emploient 69 % de femmes, qui sont aussi, dans le monde associatif, plus mal payées que les hommes. L’âge des salariés intervient un peu moins : de 41 ans en moyenne, il est identique à celui des autres familles de l’économie sociale.
Mais une fois ces facteurs explicatifs contrôlés, il subsiste un écart de salaire de 8 % en moins par rapport au privé. Cette spécificité ne se retrouve ni dans les coopératives ni dans les mutuelles dont les salariés ont, à qualification, âge, sexe et activité identiques, les mêmes rémunérations que dans le privé. Elle provient pour partie de la fragilité financière des associations, avec trois quarts des ressources d’origine publique (bibliographie).
Avec des salaires moyens de 21 000 et 22 600 euros, les rémunérations associatives sont particulièrement faibles dans l’action sociale et l’animation culturelle et sportive (tableau 3). Ces deux activités ont peu de cadres, plutôt des professions intermédiaires et des employés. Dans l’animation culturelle et sportive, en particulier, les salaires des associations sont beaucoup plus bas que ceux du privé (40 200 euros) : les deux types d’établissement du secteur ne s’adressent pas aux mêmes clients. Dans d’autres secteurs, pourtant, les salaires des associations font au moins jeu égal avec ceux du privé. Ils leur sont un peu supérieurs dans l’hébergement médico-social. Dans la santé, les salariés associatifs touchent en moyenne de 20 % à 30 % de plus que ceux du privé et du public ; ils occupent des emplois plus qualifiés dans des hôpitaux, des maisons de convalescence, des établissements de soins et surtout dans des centres de recherche comme l’Institut Gustave Roussy de Villejuif dans le Val-de-Marne.
Les associations versent également dans de rares cas de très hautes rémunérations, illustration de la diversité de ce milieu, qui abrite aussi des écoles de commerce et des structures sportives professionnelles.
| * Les associations contribuent largement aux résultats de l'ensemble de l'économie sociale, car elles représentent 78 % des salariés du secteur (encadré). | |||||||
| Lecture : en 2009, le salaire brut moyen en équivalent temps plein des coopératives est de 35 910 euros, supérieur de 7 % au salaire moyen dans le privé. Parmi les salariés travaillant en 2009 dans les coopératives, 17 % sont des cadres. | |||||||
| Source : Insee, Clap 2009. | |||||||
| Salaires annuels bruts en équivalent temps plein en 2009 (en euros) | Part dans l’emploi salarié en 2009 (en %) | ||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Montant moyen | Écart en % avec | Cadres | Professions intermédiaires | Employés | Ouvriers | ||
| Privé | Public | ||||||
| Associations | 26 320 | - 22 | - 13 | 15 | 32 | 40 | 14 |
| Fondations | 31 570 | - 6 | 4 | 16 | 36 | 39 | 8 |
| Mutuelles | 35 380 | 5 | 16 | 20 | 23 | 52 | 4 |
| Coopératives | 35 910 | 7 | 18 | 17 | 26 | 32 | 24 |
| Ensemble de l'économie sociale* | 28 430 | - 16 | - 7 | 15 | 31 | 39 | 15 |
| Privé | 33 710 | /// | 11 | 15 | 16 | 30 | 37 |
| Public | 30 410 | -10 | /// | 19 | 27 | 45 | 9 |
| nd : non disponible. | |||||
| Source : Insee, Clap 2009. | |||||
| Secteur d'activité des établissements en NAF88 | Salaires annuels moyens bruts en équivalent temps plein en 2009 (en euros) | Écart en % de l’économie sociale avec | |||
|---|---|---|---|---|---|
| Économie sociale | Privé | Public | Privé | Public | |
| Ensemble | 28 430 | 33 710 | 30 410 | - 16 | - 7 |
| Principaux secteurs d'intervention de l’économie sociale | |||||
| Activités sportives, récréatives et de loisirs | 22 580 | 40 170 | nd | - 44 | nd |
| Activités financières hors assurances et caisses de retraite | 39 200 | 56 630 | 47 840 | - 31 | - 18 |
| Recherche-développement scientifique | 36 990 | 53 090 | 38 910 | - 30 | - 5 |
| Activités créatives artistiques et de spectacle | 28 010 | 39 570 | 35 090 | - 29 | - 20 |
| Assurance, dont : | 37 090 | 51 260 | nd | - 28 | nd |
| - relevant du code de la mutualité | 33 910 | nd | nd | - 34 | nd |
| - relevant du code des assurances | 40 070 | nd | nd | - 22 | nd |
| Activités des organisations associatives | 27 010 | 33 660 | 36 060 | - 20 | - 25 |
| Commerce de gros hors automobiles et motocycles | 32 480 | 37 610 | nd | - 14 | nd |
| Activités juridiques et comptables | 32 930 | 38 390 | nd | - 14 | nd |
| Action sociale sans hébergement | 21 000 | 21 130 | 23 930 | - 1 | - 12 |
| Hébergement | 25 210 | 24 920 | nd | 1 | nd |
| Hébergement médico-social et social | 26 320 | 24 590 | 24 480 | 7 | 8 |
| Commerce de détail hors automobiles et motocycles | 26 810 | 24 740 | nd | 8 | nd |
| Industries alimentaires | 30 620 | 26 850 | nd | 14 | nd |
| Activités pour la santé humaine | 35 320 | 27 660 | 29 030 | 28 | 22 |
Les coopératives et les mutuelles sont économiquement mieux positionnées que les associations, ce qui explique les salaires moyens supérieurs à 35 000 euros en équivalent temps plein en 2009 (tableau 2). Ainsi, les coopératives bancaires, agroalimentaires ou de distribution et les mutuelles d’assurance sont souvent d’envergure nationale et bénéficient de moyens sans commune mesure avec ceux du monde associatif. Elles ont un peu plus de cadres que les associations et, au moins pour les banques et les assurances, une implantation dans des secteurs à salaires élevés. Dans l’agroalimentaire et le commerce de détail, les coopératives versent même de meilleures rémunérations moyennes que le privé ; les coopératives du commerce de détail sont aussi des coopératives d’entrepreneurs et rémunèrent en conséquence leurs dirigeants salariés.
Mais dans la banque et les assurances, l’écart salarial est favorable aux salariés du privé, qui gagnent en moyenne à temps de travail identique 40 % de plus que dans les coopératives et les mutuelles (tableau 4). Cet écart reflète la faible qualification des emplois financiers de l’économie sociale, avec seulement 25 % de cadres contre 40 % dans le privé. Il illustre aussi l’organisation des banques coopératives et des mutuelles d’assurance : ces dernières ont concentré certaines de leurs activités les plus rentables (bibliographie) et de leurs emplois les plus qualifiés dans des filiales privées. Une démarche qui a consisté à filialiser la banque d’investissement et non pas la banque de dépôt, les assurances à la personne et aux biens et non pas les complémentaires santé.
La démarche de filialisation a aussi permis d’élargir le champ d’action mutualiste originel et de proposer des contrats à l’ensemble des Français et non plus par exemple aux seuls enseignants. La création de filiales traduit également l’apparition de nouvelles activités dans les banques coopératives qui se sont lancées dans l’assurance et la banque d’investissement. Ces filiales ont été créées en interne, comme Crédit agricole SA et Natixis, ou par apport d’actifs extérieurs, comme Calyon issue du Crédit lyonnais. Regroupant aujourd’hui 87 000 salariés dans la banque et 19 000 dans l’assurance, l’ensemble de ces filiales offrent des salaires au moins aussi élevés que ceux du privé sans lien avec l’économie sociale (tableau 4).
| Sources : Insee, Clap 2009 et enquête Lifi 2009. | |||
| Économie sociale (ES) | Privé | dont filiales de l’ES | |
|---|---|---|---|
| Banques | |||
| Salaires annuels bruts en équivalent temps plein en 2009 (en euros) | 39 200 | 56 630 | 51 640 |
| Effectifs au 31/12/2009 | 168 000 | 341 000 | 87 000 |
| Part des cadres | 23 % | 40 % | 37 % |
| Part des professions intermédiaires | 34 % | 23 % | 29 % |
| Assurances | |||
| Salaires annuels bruts en équivalent temps plein en 2009 (en euros) | 37 090 | 51 260 | 54 730 |
| Effectifs au 31/12/2009 | 81 000 | 97 000 | 19 000 |
| Part des cadres | 24 % | 38 % | 38 % |
| Part des professions intermédiaires | 21 % | 23 % | 21 % |
L’analyse précédente compare les salaires horaires ou en équivalent temps plein dans les différentes familles de l’économie sociale. Mais le temps partiel et dans une moindre mesure la durée des contrats pèsent aussi sur les rémunérations versées par les associations. On y travaille en moyenne 1 280 heures en 2009 contre 1 400 dans les fondations et autour de 1 500 dans les mutuelles et les coopératives (tableau 5). La moyenne du temps travaillé est de 1 450 heures dans le privé. Au sein des associations, les temps de travail sont disparates. Les salariés travaillent plus de 1 400 heures par an dans la réinsertion professionnelle ainsi que dans l’éducation et la santé, deux domaines qui figurent parmi les mieux payés au sein des associations. Les temps de travail sont plus faibles dans l’accueil des personnes âgées, les crèches et les garderies, autour de 1 200 heures par an. Avec une moyenne de 1 100 heures par an, l’aide à domicile utilise essentiellement des contrats à temps partiel. Et l’animation culturelle et sportive offre des emplois d’un millier d’heures, avec des contrats qui ne courent que sur une partie de l’année pour s’adapter à la disponibilité du public visé.
| Source : Insee, DADS 2009. | |||
| Temps de travail annuel (heures) | Part des salariés à temps partiel ( %) | Durée moyenne des contrats (en jours) | |
|---|---|---|---|
| Associations | 1 277 | 29 | 298 |
| Fondations | 1 411 | 17 | 310 |
| Mutuelles | 1 483 | 18 | 321 |
| Coopératives | 1 533 | 9 | 310 |
| Ensemble de l’économie sociale | 1 327 | 25 | 301 |
| Privé | 1 444 | 11 | 300 |
Dans les territoires, l’écart salarial entre l’économie sociale et le privé est presque toujours en faveur des salaires du privé (carte). Ils sont supérieurs de 20 à 30 % à ceux de l’économie sociale dans les départements franciliens. Le constat est le même autour des grandes métropoles, en Haute-Garonne, dans le Rhône et les Bouches-du-Rhône : les différences salariales illustrent le faible positionnement de l’économie sociale, dans ces départements, sur les activités mieux rémunérées et les emplois qualifiés. Ce sont autant de territoires où l’économie sociale contribue d’ailleurs peu à l’emploi.
Il en va différemment en Bretagne où la coopération agricole joue un rôle majeur, ainsi que dans tout le sud du Massif central où l’économie sociale représente de 15 à 25 % des emplois. Deux zones où les salaires de l’économie sociale sont de même niveau que ceux du privé. Dans les Deux-Sèvres, berceau des mutuelles d’assurance, le salaire moyen de l’économie sociale est de 12 % plus élevé que celui du privé en raison de la qualification des emplois.
Carte - De plus gros écarts de salaires avec le privé autour des grandes métropoles

* Salaire annuel moyen brut en équivalent temps plein.
Lecture : dans le Rhône, la moyenne des salaires de l'économie sociale est inférieure de 18 % à celle du privé.
Source : Insee, Clap 2009.
L’économie sociale regroupe 2,3 millions de salariés en 2009, soit 10 % des emplois. Ils sont 1,8 million dans les associations, qui interviennent en priorité dans l’action sociale, l’éducation, la santé et l’animation culturelle et sportive. Les coopératives bancaires, agroalimentaires et de commerce emploient 300 000 salariés et les mutuelles d’assurance 120 000. De la santé à l’hébergement médico-social, les fondations regroupent 70 000 salariés.

Insee Première N°1390 - février 2012
Insee Première : Présentation de la collection et liste des numéros parus