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Une cartographie de l’emploi régional d’après le recensement de la population de 2006

Olivier Marchand, direction des Statistiques démographiques et sociales, Insee

Résumé

Le nouveau recensement de la population permet de dresser une cartographie des 26 régions françaises du point de vue de leurs caractéristiques d’emploi : de façon très claire, l’Île-de-France d’un côté, la Corse et les quatre départements d’outre-mer de l’autre, se distinguent des autres régions, avant tout du fait du degré de qualification de leurs emplois, très élevé dans le premier cas, faible en moyenne dans le second.

Au sein des régions métropolitaines de province, les différences sont moins accusées. On peut toutefois isoler en leur sein trois groupes de régions : une France tertiaire du Sud-Est (Midi-Pyrénées, Languedoc-Roussillon, Paca, Rhône- Alpes) où  l’emploi est plutôt qualifié et féminisé, donc plus souvent à temps partiel que dans les autres régions ; une France d’industries traditionnelles du Nord et de l’Est (Nord - Pas-de-Calais, Lorraine, Alsace), où la population en emploi est fortement salariée, assez jeune mais pas très diplômée ;  enfin, une France plus agricole de l’Ouest et du Sud-Ouest (Basse-Normandie, Bretagne, Poitou-Charentes, Aquitaine, Limousin et Auvergne) avec un emploi moins jeune et moins qualifié qu’ailleurs. Les sept autres régions, qui entourent en gros l’Île-de-France, forment un dernier groupe aux caractéristiques moins affirmées.  

Sommaire

Encadré

Publication

Des taux de féminisation proches entre régions

Parmi les 26,1 millions d’actifs ayant un emploi  résidant en France en 2006 (25,6 en France métropolitaine et 0,5 dans les départements d’outre-mer - DOM), 46,6 % sont des femmes. En France métropolitaine, les taux de féminisation sont proches dans la très grande majorité des régions : entre 45 % et  47 %. Seules exceptions, l’Île-de-France, où 48,4 % des emplois sont occupés par des femmes et, à l’autre extrême, la Corse où la féminisation de l’emploi est la plus faible (43,1 %). La Martinique et la Guadeloupe sont les régions françaises où l’emploi est le plus féminisé, on y observe la parité. À l’inverse, dans les autres départements d’outre-mer (Guyane, Réunion), l’emploi est peu féminisé (carte 1).

Entre régions, la part des jeunes dans l’emploi est également proche : entre 19 et 23 % des emplois sont occupés par des moins de 30 ans (carte 2). Font à nouveau exceptions la Martinique et la Guadeloupe où cette part est inférieure à 15 %, alors que dans les deux autres DOM elle dépasse 22 %, la population y étant particulièrement jeune, notamment en Guyane. Globalement, les jeunes de moins de 30 ans occupent un peu plus d’un cinquième des emplois.

Carte 1 - Part des femmes dans l'emploi (en %)

Carte 1 - Part des femmes dans l'emploi (en %)

Source : recensement de la population 2006.

Carte 2 - Part des moins de 30 ans dans l'emploi (en %)

Carte 2 - Part des moins de 30 ans dans l'emploi (en %)

Source : recensement de la population 2006.

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Secteur tertiaire développé en  Île-de-France et Paca, mais aussi dans les DOM

En France métropolitaine, les régions Île-de-France et, à un degré moindre, Provence - Alpes - Côte d’Azur sont celles où le secteur tertiaire est le plus développé (carte 3). Dans les quatre DOM et en Corse, la part de l’emploi tertiaire est également élevée (de l’ordre de 80 %, pour une moyenne nationale de 75 %). Mais à l’inverse des deux grandes régions métropolitaines, la proportion de cadres ou professions intermédiaires (dénommés ici catégories « qualifiées ») au sein de l’emploi y est très faible, de l’ordre d’un tiers, contre 40 % en moyenne, et plus de 50 % en Île-de-France (carte 4). Cela renvoie à la présence importante dans les DOM (comme en Corse) d’employés travaillant dans les secteurs public ou privé, alors qu’en Île-de-France se concentre plutôt le personnel d’encadrement des administrations ou de sièges sociaux. Dans un certain nombre d’autres régions faiblement urbanisées, comme l’Auvergne, la Bourgogne, Champagne-Ardenne ou la Basse -Normandie, la tertiarisation de l’emploi est encore limitée (moins de 70 %), et la part de cadres et professions intermédiaires assez faible (de l’ordre d’un tiers). Mis à part la Corse et les DOM, emplois qualifiés et secteur tertiaire développé vont donc souvent de pair.

Les régions  où la  part de cadres ou de professions intermédiaires est élevée sont très souvent celles où la part des actifs en emploi qui ont obtenu au moins le baccalauréat l’est aussi  ; c’est le cas bien sûr de l’Île-de-France, mais également des régions du Sud-Est : Midi-Pyrénées, Rhône-Alpes, Provence - Alpes - Côte d’Azur, Languedoc-Roussillon (carte 5). À l’inverse, dans les DOM, en Bourgogne, Champagne-Ardenne, Basse-Normandie et Poitou-Charentes, le niveau de formation est en moyenne plus faible, et la part de cadres ou de professions intermédiaires également.

Carte 3 - Part du secteur tertiaire dans l'emploi (en %)

Carte 3 - Part du secteur tertiaire dans l'emploi (en %)

Source : recensement de la population 2006.

Carte 4 - Part des cadres et professions intermédiaires dans l'emploi (en %)

Carte 4 - Part des cadres et professions intermédiaires dans l'emploi      (en %)

Source : recensement de la population 2006.

Carte 5 - Part dans l'emploi des diplômés ayant au moins le bac (en %)

Carte 5 - Part dans l'emploi des diplômés ayant au moins le bac (en %)

Source : recensement de la population 2006.

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Travail à temps partiel dans l’Ouest et le Sud-Est, contrats  temporaires dans les DOM

L’emploi salarié représente en moyenne 89 % de l’emploi total, mais plus de neuf emplois sur dix dans la partie nord du pays : Nord - Pas-de-Calais, Alsace, Lorraine, Île-de-France, Haute-Normandie et Picardie (carte 6). Dans ces régions, le poids de l’agriculture est, de fait, très faible. À l’opposé, l’emploi non salarié occupe une place encore significative (15 % ou plus) en Guyane et Guadeloupe ainsi qu’en Auvergne, Limousin et dans le midi (Corse, Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées), régions où l’agriculture, l’artisanat et le commerce occupent encore une place significative.

La part des contrats à temps partiel ou temporaires s’est beaucoup développée au cours des dernières décennies : les premiers représentent en 2006 près de 18 % de l’emploi salarié, les seconds plus de 15 % (cartes 7 et 8).

Pour ce qui est de l’emploi à temps partiel, la Guyane, la Corse et l’Île-de-France, avec des taux inférieurs à 15 %, contrastent fortement avec les régions Languedoc- Roussillon et Pays de la Loire, où plus d’un salarié sur cinq ne travaille pas à temps plein.  De même, la pratique des contrats à durée limitée est beaucoup moins répandue en Île-de-France, Alsace et Corse (moins de 14 % des contrats) que dans les DOM : de 18 % des contrats à durée limitée en Guadeloupe jusqu’à 24 % dans l’île de la Réunion. Pour les départements ultramarins, l’importance des emplois aidés dans le cadre des politiques publiques d’emploi peut expliquer en partie cette part élevée d’emplois temporaires.

Carte 6 - Part des salariés dans l'emploi (en %)

Carte 6 - Part des salariés dans l'emploi (en %)

Source : recensement de la population 2006.

Carte 7 - Part des temps partiels dans l'emploi salarié (en %)

Carte 7 - Part des temps partiels dans l'emploi salarié (en %)

Source : recensement de la population 2006.

Carte 8 - Part des salariés sous contrat temporaire dans l’emploi salarié (en %)

Carte 8 - Part des salariés sous contrat temporaire dans l’emploi salarié (en %)

Source : recensement de la population 2006.

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Six groupes de régions

L’analyse descriptive qui précède a permis de dégager un certain nombre de proximités ou de distances entre régions que l’on a souhaité confirmer à l’aide de techniques de classification automatique (encadré et carte 9).

Premier constat, certaines régions comme l’Île-de-France d’un côté, les DOM ou la Corse de l’autre, ressortent de façon très spécifique. Dans leur analyse de la formation et de l’emploi des jeunes dans les régions françaises, M. Beffy, E. Leprévost et D. Martinelli obtenaient déjà ce type de résultats, mais à partir d’indicateurs quelque peu différents de ceux retenus ici (voir bibliographie). Du fait de la très grande spécificité des quatre DOM, une nouvelle classification a été réalisée sur les seules régions métropolitaines. Cela a permis de dégager six régions ou groupes de régions, parmi lesquels la Corse apparaît de façon isolée. Elle sera néanmoins décrite en la rapprochant des quatre départements d’outre-mer.

L’Île-de-France, tout d’abord, se singularise avec des proportions de professions intermédiaires et surtout de cadres, de diplômés et de personnes travaillant dans le secteur tertiaire, très  supérieures à ce que l’on constate dans les autres régions.

Deuxième groupe, très particulier, celui formé par la Corse, à laquelle on a donc choisi de rattacher les quatre départements d’outre-mer. Principaux points communs à ces régions : la proportion peu élevée de titulaires d’emplois qualifiés, l’importance du secteur tertiaire au détriment de l’industrie, ainsi que la relative faiblesse du salariat ; par ailleurs, la part des salariés travaillant sur des contrats à temps partiel  est relativement basse (sauf à la Réunion), tout comme la part des contrats à durée indéterminée (Corse exceptée).

Parmi les autres régions métropolitaines, se distinguent en premier lieu les régions du Sud-Est : Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées, Paca et Rhône-Alpes. Dans ces régions, l’emploi est plutôt féminisé et qualifié, la majorité des personnes  en emploi sont titulaires d’au moins le baccalauréat et  les salariés travaillent plus souvent à temps partiel que dans les autres régions.

Même s’il est plus difficile d’isoler des groupes aussi homogènes que les précédents parmi les régions restantes, on peut mettre en évidence trois autres entités : une France du Nord et de l’Est avec les régions de tradition industrielle du Nord - Pas-de-Calais, de la Lorraine et de l’Alsace. Dans ces régions, la population en emploi est en moyenne assez jeune, relativement peu diplômée, travaillant plus souvent dans l’industrie, et donc moins souvent dans les services, qu’ailleurs.

Dans la France de l’Ouest et du Sud-Ouest, les régions sont plus agricoles (Basse-Normandie, Bretagne, Poitou-Charentes, Aquitaine, Limousin et Auvergne).  L’emploi y est relativement plus féminisé, la proportion de jeunes y est inférieure à la moyenne nationale, ainsi que la part de travailleurs qualifiés et de salariés des secteurs tertiaires.

Enfin, dans les sept autres régions formant une grande couronne autour de l’Île-de-France (Champagne-Ardenne, Bourgogne, Franche-Comté, Pays de la Loire, Picardie, Haute-Normandie et Centre), les particularités en matière d’emploi sont beaucoup moins nettes.

Carte 9 - Six groupes de régions

Carte 9 - Six groupes de régions

Une première classification a été réalisée sur les 26 régions françaises, mettant bien en lumière la spécificité des quatre départements d'outre-mer. Une seconde classification portant sur les seules 22 régions métropolitaines a donc été effectuée : six groupes de régions s'en dégagent, illustrés par la carte ci-dessus.

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Encadré

Une typologie sur les structures d’emploi

Une classification ascendante hiérarchique utilisant comme stratégie d’agrégation la méthode de WARD a été appliquée aux 26 régions, puis aux 22 régions métropolitaines. L’objectif était de sélectionner des groupes de régions bien distincts entre eux et tels que l’hétérogénéité en leur sein soit la plus faible possible. Ces classifications ont été réalisées à partir des huit variables présentées dans les cartes 1 à 8 :

- taux de féminisation ;

- part des jeunes de moins de 30 ans ;

- poids de l’emploi tertiaire ;

- part des cadres et professions intermédiaires ;

- part des diplômés ayant au moins le baccalauréat ;

- taux de salariat ;

- part des salariés à temps partiel parmi les salariés ;

- part des salariés sous contrat temporaire parmi les salariés.

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Insee Première N° 1280 - février 2010

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