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Se former en cours de vie active

L’environnement professionnel est décisif

Cécile Brousse (Insee), Coralie Perez (Centre d’Économie de la Sorbonne-Céreq), Patrick Pommier (Dares)

Résumé

En 2006, en métropole, 44 % des salariés déclarent avoir suivi une ou plusieurs formations au cours des 12 derniers mois, que ce soit dans un but professionnel ou personnel. Le plus souvent, c’est à l’initiative de l’employeur. En moyenne, les salariés du public accèdent plus fréquemment à la formation que ceux du privé : respectivement 53 % et 41 %. Dans le secteur privé, les salariés en bénéficient d’autant plus que l’entreprise est grande. Les travailleurs indépendants (28 %) et les chômeurs (32 %) suivent de telles formations, mais beaucoup moins souvent que les salariés. Parmi les salariés, ce sont les cadres qui en bénéficient le plus et, parmi les travailleurs indépendants, les professions libérales (six fois sur dix). Un quart des actifs ayant un emploi auraient souhaité suivre une formation mais l’occasion ne leur en a pas été donnée. Paradoxalement, ce sont ceux qui en ont le plus bénéficié qui déclarent en avoir le plus manqué.

Sommaire

Encadré

Publication

Se former pour être plus à l'aise ou plus efficace dans son travail

Être plus à l’aise ou plus efficace dans son travail, tel est le premier objectif de l’entrée en formation. C’est ce que déclarent 77 % des salariés et 85 % des indépendants. Ce qui est visé à travers la formation est l’acquisition de nouvelles compétences et le fait de se maintenir à niveau dans son emploi. Obtenir un autre emploi est, en revanche, un objectif secondaire. Seuls 5 % des salariés en formation le citent comme motif principal. De même, suivre une formation pour des motifs extraprofessionnels (essentiellement le développement personnel) est une pratique assez rare. Les actifs en emploi qui suivent une formation ne sont que 7 % à mentionner cette préoccupation.

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Les formations souvent à l’initiative de l’employeur... et à sa charge

Le plus souvent, c’est l’employeur qui est à l’origine du départ en formation des salariés,  et le plus souvent c’est lui qui finance. Ainsi, six formations sur dix suivies pour des motifs professionnels le sont à l’initiative de l’employeur. C’est une pratique plus fréquente dans le privé (69 % des formation suivies) que dans le public (53 %). La moitié des salariés concernés déclarent alors qu’ils n’auraient pu se soustraire à cette demande, soit parce que la formation était obligatoire pour des exigences légales ou règlementaires (22 %), soit parce qu’elle était imposée par l’employeur (33 %).

Huit fois sur dix, l’employeur est le financeur principal des formations suivies pour des motifs professionnels (tableau 1). Les formations dont l’objectif déclaré est l’acquisition de nouvelles compétences (39 % des formations à visée professionnelle) ont l’employeur pour seul financeur huit fois sur dix. Les formations dont l’objectif est l’obtention d’un diplôme ou d’une certification sont plus rares. Elles ne représentent que 1 % des formations à visée professionnelle, et là encore l’employeur est le plus souvent le seul financeur.

Plus d’une formation sur cinq à visée professionnelle est suivie, en partie ou en totalité, en dehors du temps de travail : il s’agit notamment de formations ayant pour objectif l’acquisition de nouvelles compétences ou l’obtention d’un diplôme ou d’un autre emploi. Lorsque la démarche conduisant à la formation est engagée par le salarié indépendamment de son entreprise, il en est souvent le principal financeur. Une fois sur deux, les salariés estiment que la formation suivie aurait produit des connaissances utiles dans des activités ou secteurs autres que ceux dans lesquels ils exercent : la moitié des formations professionnelles seraient ainsi « transférables » en cas de changement d’activité.

Tableau 1 - L’employeur, principal financeur de la formation pour motif professionnel des salariés
Lecture : 89 % des formations pour motif professionnel suivies à la demande de l’employeur ont été financées par ce dernier.
1. OPCA : organisme collecteur paritaire agréé.
2. Fongecif : Fonds de gestion du congé individuel de formation.
Champ : formations suivies par des salariés ou indépendants à la date de l’enquête, France métropolitaine.
Source : enquête complémentaire à l’enquête Emploi sur la formation continue, 2006, Insee.
en %
Financement L’employeur en est à l’origine Le salarié en est à l’origine Le salarié a effectué une démarche personnelle indépendante de l’entreprise Ensemble des salariés
L’employeur, un OPCA1, le Fongecif2 89 80 19 83
La personne elle-même ou sa famille 1 4 67 6
État, région, collectivité locale 5 8 7 6
Autres 5 8 7 5

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Le changement dans l’entreprise incite à la formation

Un contexte de changement est favorable au suivi d’une formation. Ainsi, les salariés et non-salariés sont deux fois plus nombreux à avoir suivi une formation lorsqu’un changement technique ou organisationnel est intervenu dans leur environnement professionnel pendant l’année écoulée (graphique 1). L’introduction de nouvelles technologies suscite en effet un besoin accru de formation et les réorganisations entraînent des changements de postes.

Graphique 1 - Principales caractéristiques des salariés et des indépendants accédant davantage que la moyenne à une formation

Graphique 1 - Principales caractéristiques des salariés et des indépendants accédant davantage que la moyenne à une formation

Source : enquête complémentaire à l’enquête Emploi sur la formation continue, 2006, Insee.

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Une pratique plus répandue  dans les grandes entreprises et le secteur public  

Plus l’entreprise est grande, plus les salariés accèdent à la formation continue : ainsi, dans le secteur privé, 53 % des salariés en bénéficient dans les entreprises de plus de 1 000 salariés, mais seulement 29 % dans les  entreprises de moins de 10 salariés. Par ailleurs, les salariés employés dans l’administration publique, les secteurs de l’énergie, de l’action sociale et de la santé accèdent largement à la formation continue. À l’opposé, les salariés sont moins fréquemment formés  dans la construction, le commerce, l’hôtellerie et la restauration. Quant aux non-salariés, c’est dans le secteur de la santé qu’ils sont les plus nombreux à se former.

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Pour les salariés, comme pour les indépendants, la durée des formations est courte

Les salariés et les indépendants suivent des formations dont la durée est majoritairement courte. Ainsi, un dixième des formations suivies durent au plus trois heures, et un peu plus de la moitié ne dépassent pas 20 heures. Leur objectif principal est en effet d’être plus à l’aise ou plus efficaces dans leur travail, à l’inverse des chômeurs dont l’objectif principal est d’apprendre ou trouver un nouveau métier (voir encadré).

Les trois quarts des formations des salariés prennent la forme de cours et de stages (tableau 2). Toutefois, les formations s’adaptent aux contextes et aux contraintes professionnelles. Ainsi, les formations en situation de travail (en doublon, rotation sur poste) sont plus fréquentes dans le privé (19 %) que dans le public (14 %). Les travailleurs indépendants, quant à eux, recourent plus fréquemment à l’autoformation  que les salariés : respectivement 14 % et 7 % des formations. Cette modalité d’apprentissage est en effet plus souple que la formation avec un intervenant extérieur. Elle  est donc plus adaptée aux modalités de travail des indépendants. Enfin, 2 % des formations sont des formations en alternance, essentiellement des contrats de qualification et contrats de professionnalisation.

Tableau 2 - Caractéristiques des formations suivies par les actifs en 2006
ns : non significatif
Lecture : 42 % des formations suivies par des salariés du secteur public ont duré plus de 20 heures.
Champ : formations suivies par des salariés ou indépendants à la date de l’enquête, ou par des personnes au chômage à la veille de la formation, France métropolitaine. Le calcul de la durée est effectué pour les formations hors alternance.
Source : enquête complémentaire à l’enquête Emploi sur la formation continue, 2006, Insee.
en %
Salariés du public Salariés du privé Indépendants Chômeurs
Répartition selon la durée
Inférieure ou égale à 3 heures 11 8 14 3 (ns)
Comprise entre 3 et 20 heures 47 49 43 18
Supérieure à 20 heures 42 43 43 79
Répartition selon le type
Stages, cours 78 71 75 74
Formation en situation de travail 14 19 11 10
Autoformation 7 8 14 14
Alternance 1 (ns) 2 - 2

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Un accès plus fréquent pour les cadres et les professions libérales, ainsi que pour les personnes en début de carrière

Parmi les  salariés, ce sont les cadres qui recourent le plus à la formation continue : six cadres sur dix ont suivi une formation dans les douze derniers mois, contre trois ouvriers sur dix. Les écarts sont encore plus marqués parmi les indépendants : 60 % des membres des professions libérales accèdent à la formation continue, contre 20 % des agriculteurs.  

La formation accompagne l’entrée dans la vie active. Ainsi, près des deux tiers des salariés entrés sur le marché du travail au cours des cinq dernières années ont suivi une ou plusieurs sessions de formation, contre un tiers des salariés ayant plus de 30 années d’expérience professionnelle. Là encore, le contraste est plus marqué chez les non-salariés : 51 % de formés chez ceux qui travaillent depuis moins de 5 ans, 19 % chez les plus expérimentés.

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Moins de formations suivies que de demandes exprimées

Près d’un quart des salariés déclarent avoir eu un besoin ou un souhait de formation non satisfait dans les 12 derniers mois : 26 % des salariés du public et 21 % des salariés du privé ; alors que ce n’est le cas que de 16 % des indépendants. Ce besoin ou cette envie apparaît plus souvent lorsque la personne veut changer d’emploi ou bien doit faire face à des changements techniques ou organisationnels. Paradoxalement,  ce sont ceux qui ont suivi le plus de formations qui déclarent en avoir le plus manqué. Ainsi, les membres des professions libérales ou les infirmières qui accèdent souvent à la formation continue déclarent plus fréquemment en avoir manqué que les artisans, commerçants et chefs d’entreprise. Il en est de même chez les salariés, où les cadres et les membres des professions intermédiaires se déclarent toujours plus insatisfaits que les employés et les ouvriers, qu’ils aient ou non participé à une formation en 2006 (tableau 3). Parmi ceux qui auraient souhaité se former en 2006, 61 % des salariés et seulement 26 % des indépendants ont effectué une démarche pour concrétiser ce souhait. Les autres n’ont pas engagé de démarche, le plus souvent faute de temps ou parce qu’ils anticipaient que leur demande serait refusée. Lorsqu’une démarche n’a pas abouti, c’est souvent en raison de la charge de travail du demandeur, d’une mauvaise organisation de la formation, d’un manque de place ou d’un désaccord avec l’employeur, par exemple sur la prise en charge du coût.

Tableau 3 - Existence d’un besoin ou d’une envie de formation non satisfaits au cours des douze derniers mois
Lecture : parmi les salariés n’ayant suivi aucune formation au cours des 12 derniers mois et souhaitant changer d’emploi, 36 % déclarent un besoin ou une envie de formation non satisfaits au cours de cette période.
Champ : salariés et indépendants de 18 à 65 ans ayant terminé leurs études depuis un an au moins, France métropolitaine.
Source : enquête complémentaire à l’enquête Emploi sur la formation continue, 2006, Insee.
en %
Besoins en formation non satisfaits
N'ont suivi aucune formation Ont suivi au moins une formation
Salariés Indépendants Salariés Indépendants
Ensemble 22 12 27 26
Souhait d’avoir un autre emploi
Oui 36 42 42 74
Non 16 12 25 25
Changement technique au cours des 12 derniers mois
Au moins un 25 27 30 33
Aucun 16 12 24 23
Catégorie socioprofessionnelle
Agriculteurs exploitants - 9 - 24
Artisans, commerçants et chefs d'entreprise - 13 - 16
Cadres et professions intellectuelles supérieures 25 10 28 35
Professions intermédiaires 22 22 31 42
Employés 18 - 26 -
Ouvriers 15 - 18 -
Diplôme
Diplôme supérieur à BAC +2 25 16 32 31
BAC +2 26 15 32 25
Baccalauréat ou équivalent 23 11 28 33
CAP/BEP 17 13 24 20
BEPC 16 17 19 6
Aucun diplôme ou certificat d’études 12 7 15 19

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Une connaissance lacunaire des droits individuels à la formation professionnelle

En 2006, 41 % des personnes interrogées disent avoir « entendu parler » du congé individuel de formation (CIF), introduit en 1983 ; 39 % connaissent la validation des acquis de l’expérience (VAE), apparue en 2002, et 33 % le droit individuel à la formation (DIF), institué par la loi du 4 mai 2004 sur la formation professionnelle. Le niveau d’information est toutefois nettement meilleur parmi les personnes ayant accédé à une formation dans l’année précédant l’enquête : 56 % pour le CIF, 55 % pour la VAE, 47 % pour le DIF. Les salariés, a fortiori du secteur public, sont en moyenne mieux informés que les personnes au chômage à la date de l’enquête.

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Encadré

Les formations suivies par les chômeurs : moins nombreuses, mais plus denses que celles des actifs ayant un emploi

Un tiers des personnes au chômage au moment de l’enquête ont déclaré avoir suivi au moins une formation dans les douze derniers mois. Toutefois, certaines d’entre elles avaient un emploi au moment où elles ont suivi leur formation.

Moins fréquentes que celles des salariés, les formations suivies par des chômeurs sont en revanche plus longues : les trois quarts dépassent 20 heures, et la moitié 100 heures, contre respectivement 45 % et 13 % de l’ensemble des formations. Elles sont aussi plus souvent certifiantes : 37 % d’entre elles, contre 16 % pour les formations suivies par les salariés. De plus, quand elles sont certifiantes,  57 % conduisent à un diplôme d’État ou à un titre reconnu ou homologué par l’État quand elles sont suivies par des chômeurs, 26 % quand elles sont suivies par des salariés. Pour une majorité (57 %) des formations suivies par des chômeurs, la personne s’en attribue l’initiative ; 33 % déclarent que c’est un organisme d’aide à la recherche d’emploi qui est à l’origine de la formation, l’ANPE dans 70 % des cas. Parmi les personnes ayant été orientées vers la formation par un tel organisme, seule une sur dix dit avoir ressenti que cette formation lui était imposée.

L’objectif assigné aux formations entreprises par des personnes au chômage est le plus souvent d’apprendre un nouveau métier (28 %) ou d’être mieux préparé à la recherche d’emploi (26 %) (tableau). Certaines personnes qui étaient au chômage à l’entrée en formation ont retrouvé un emploi à la date de l’enquête. Celles-ci invoquent plus fréquemment l’objectif « d’apprendre un nouveau métier », en particulier dans le secteur privé (43 %), que celles qui sont toujours au chômage (21 %). Lorsque l’objectif déclaré est l’apprentissage d’un nouveau métier, la proportion de formations très longues (400 heures et plus) est importante soit 41 %, contre  21 % lorsqu’il s’agit de se préparer à la recherche d’un emploi.

Les personnes au chômage au moment de l’enquête font état, plus souvent que celles en emploi, de besoins ou de souhaits de formation non satisfaits soit 33 %, contre 22 % des salariés et 16 % des indépendants. Cet écart est encore plus marqué pour les personnes ayant accédé à la formation : 36 % des chômeurs font alors état de besoins non satisfaits, contre 18 % pour les salariés en emploi. Par ailleurs, les personnes ayant refusé une formation qui leur était proposée sont assez rares : 4 % parmi les chômeurs à la date de l’enquête, comme dans l’ensemble de la population.

Tableau - Les objectifs des formations suivies par les chômeurs* en 2006
* la situation de chômeur à l’entrée en formation est établie selon les déclarations des personnes interrogées. La situation à la date de l’enquête repose sur la définition du BIT. Une seule réponse était possible.
Lecture : parmi les formations entreprises alors que la personne était au chômage, 26 % avaient pour objectif une meilleure préparation à la recherche d’emploi ; concernant les formations suivies par les seules personnes étant aussi au chômage à la date de l’enquête, 28 % avaient ce même objectif.
Champ : formations entreprises par des personnes au chômage à la veille de la formation, France métropolitaine.
Source : enquête complémentaire à l’enquête Emploi sur la formation continue, 2006, Insee.
en %
Être mieux préparé à la recherche d’emploi Remise à niveau Apprendre un nouveau métier Se perfectionner Créer une entreprise Développement personnel Autres objectifs Total
Formations suivies en tant que chômeurs 26 7 28 16 6 4 13 100
dont : encore au chômage au moment de l’enquête 28 10 21 22 2 4 13 100
salariés du secteur privé à la date de l’enquête 27 6 43 14 1 3 6 100

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Insee Première N° 1234 - mai 2009

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