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Projections régionales de population à l’horizon 2030

Fortes croissances au Sud et à l’Ouest

Olivier Léon, Pascal Godefroy, pôle Emploi-Population, Insee

Résumé

D’ici 2030, en supposant le maintien des tendances démographiques récentes, la population de France métropolitaine continuerait de se concentrer vers le Sud et l’Ouest du pays. La population de certaines régions du Nord-Est baisserait. Dans la moitié des régions, les décès dépasseraient les naissances. Ce contexte renforcerait l’impact des migrations sur les évolutions démographiques. Avec l’arrivée aux grands âges des générations nombreuses du baby-boom, l’âge moyen augmenterait dans toutes les régions, de même que la part des personnes de 60 ans et plus. L’Île-de-France serait la moins touchée par ce vieillissement. Les régions où la croissance démographique serait la plus faible seraient également celles où la population de moins de 20 ans et celle de 20 à 59 ans diminueraient le plus.

Sommaire

Publication

Forte croissance de population dans le sud et sur la façade atlantique

En 2030, selon un scénario central qui prolonge les tendances récentes en matière de fécondité, de mortalité et de migrations externes , la France métropolitaine compterait 67,2 millions d’habitants, soit 10,7 % de plus qu’en 2005. Toutefois, de fortes disparités distingueraient des régions méridionales et occidentales en forte croissance de certaines régions du quart nord-est dont la population baisserait par rapport à la situation actuelle.

Ainsi, le Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées et Provence - Alpes - Côte d’Azur continueraient à être les régions à plus forte croissance démographique, avec Rhône-Alpes, les Pays de la Loire et l’Aquitaine (tableau 1).

À l’inverse, au cours de la période 2005-2030, huit régions amorceraient une phase de décroissance de population (graphique 1). La Champagne-Ardenne, déjà dans cette situation, pourrait être rejointe par la Lorraine vers 2010, par la Bourgogne et l’Auvergne vers 2015, puis le Nord - Pas-de-Calais vers 2020. Pour les deux régions normandes, cette inflexion interviendrait vers 2025 et gagnerait la Picardie ensuite.

Sur l’ensemble de la période, la population baisserait en Champagne-Ardenne et, malgré un regain récent, en Auvergne, Bourgogne et Lorraine. En Auvergne et Bourgogne, la baisse est très légère par rapport à 2005 et dépend étroitement des hypothèses retenues dans le scénario central : certains scénarios alternatifs conduisent à une légère hausse. Pour les autres, la baisse serait plus prononcée.

Pour la majorité des régions, les inflexions récentes en matière de fécondité et de migrations rehaussent l’évolution projetée pour 2030 par rapport aux précédentes projections datant de 2001. Elles retardent de même la date du retournement démographique projeté dans huit régions. Ainsi, selon l’ancien scénario central, fondé sur des tendances antérieures à 1999, les populations lorraine et champardennaise décroissaient de 9 % et 7,3 % ; selon le nouveau scénario central, ces baisses se limiteraient à 2,6 % et 5,5 %.

Graphique 1 - Évolution des populations régionales entre 2005 et 2030 selon le scénario central de projection

Graphique 1 - Évolution des populations régionales entre 2005 et 2030 selon le scénario central de projection

Source : Insee, modèle OMPHALE.

Tableau 1 - Évolution de la population entre 2005 et 2030 selon le scénario retenu
Lecture : selon le scénario central, la population de la France métropolitaine atteindrait 67,2 millions d’habitants au 1er janvier 2030, en progression de 10,7 % par rapport à 2005. Cette progresion serait de 13,6 % selon un scénario « fécondité haute » et de 7,9 % selon un scénario « fécondité basse ». Cette même progession atteindrait respectivement 11,6 % et 9,6 % selon des scénarios « espérance de vie haute » et « espérance de vie basse ». Elle ne serait en revanche que de 5,8 % en l’absence de migrations entre la France métropolitaine et l’étranger. Le scénario sans migrations exclut les migrations y compris entre régions.
Source : Insee, modèle OMPHALE.
Population 2030 (milliers) Scénario central Évolution 2005-2030 selon différentes variantes (en %)
Scénario central Fécondité haute Fécondité basse Espérance de vie haute Espérance de vie basse Sans migrations
Languedoc-Roussillon 3 301 32,2 35,7 28,7 33,2 30,9 – 0,1
Midi-Pyrénées 3 327 21,8 25,1 18,6 22,8 20,6 – 0,9
Provence - Alpes - Côte d’Azur 5 611 18,3 21,3 15,3 19,3 17,1 1,7
Rhône-Alpes 6 943 16,8 19,9 13,6 17,6 15,7 8,4
Pays de la Loire 3 949 16,6 19,5 13,8 17,6 15,5 7,7
Aquitaine 3 563 16,0 19,0 13,0 17,0 14,7 – 1,9
Alsace 2 065 14,4 17,4 11,3 15,1 13,3 5,7
Bretagne 3 471 14,1 16,8 11,3 15,0 12,8 2,6
Corse 313 13,8 16,7 10,9 14,8 12,5 – 5,3
Poitou-Charentes 1 868 9,8 12,4 7,2 10,9 8,5 – 2,1
Île-de-France 12 409 9,2 12,2 6,3 9,9 8,4 15,3
Centre 2 652 6,5 9,0 4,0 7,5 5,3 2,8
Franche-Comté 1 189 4,0 6,5 1,4 4,8 2,9 5,8
Picardie 1 930 2,8 5,4 0,3 3,6 1,7 8,7
Haute-Normandie 1 852 2,6 5,2 0,0 3,4 1,5 7,4
Basse-Normandie 1 480 2,5 4,9 0,1 3,4 1,3 3,6
Limousin 738 2,0 4,5 – 0,5 3,1 0,7 – 8,8
Nord - Pas-de-Calais 4 063 0,7 3,4 – 1,9 1,5 – 0,3 10,7
Auvergne 1 329 – 0,1 2,4 – 2,6 1,0 – 1,3 – 4,4
Bourgogne 1 618 – 0,5 1,9 – 2,8 0,5 – 1,7 – 1,4
Lorraine 2 272 – 2,6 – 0,1 – 5,2 – 1,8 – 3,7 2,4
Champagne-Ardenne 1 261 – 5,5 – 3,1 – 7,8 – 4,6 – 6,5 4,2
France métropolitaine 67 204 10,7 13,6 7,9 11,6 9,6 5,8

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Des décès plus nombreux que les naissances dans la moitié des régions

L’évolution de la population résulte du solde des naissances et des décès (solde naturel) et du solde des entrées et sorties (solde migratoire). En France métropolitaine, la composante naturelle contribue, en 2005, pour près des trois quarts à la croissance de la population. D’ici 2030, le solde naturel devrait, tout en restant positif, progressivement diminuer, notamment en raison de l’arrivée aux grands âges des générations nombreuses du baby- boom.

À l’échelle régionale, le solde naturel diminuerait partout ; dans certains cas, les décès dépasseraient même les naissances. Ainsi, alors que deux régions (Limousin et Auvergne) sont en déficit naturel en 2005, onze devraient l’être en 2030. La Corse, le Poitou-Charentes, la Bourgogne et l’Aquitaine connaîtraient cette situation vers 2010. La Champagne-Ardenne, le Centre, la Basse-Normandie, la Lorraine et la Bretagne les rejoindraient autour de 2020.

Dans certaines de ces régions, la population croîtrait néanmoins tout au long de la période 2005-2030, grâce à une forte attractivité. C’est le cas de l’Aquitaine, la Bretagne et la Corse, dont la croissance démographique serait entièrement due à l’excédent migratoire après 2020.

À l’inverse,  la croissance en Île-de-France, Picardie et Franche-Comté serait entièrement imputable à un excédent naturel qui l’emporterait sur le déficit migratoire.

Enfin, l’Alsace et les cinq régions à plus forte croissance bénéficieraient de l’addition des excédents naturel et migratoire.

Les migrations modifient donc sensiblement les équilibres démographiques entre régions. Selon un scénario qui simule l’absence de flux migratoires entre 2005 et 2030 (tableau 1), l’Île-de-France et le Nord - Pas-de-Calais seraient les régions dont le nombre d’habitants progresserait le plus, grâce à une population jeune et féconde.  Au contraire, les populations du Languedoc-Roussillon et de Midi-Pyrénées, en forte croissance selon le scénario central, baisseraient en l’absence de migrations.

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Une augmentation de l’âge moyen dans toutes les régions

Le vieillissement est un changement démographique inéluctable à l’horizon 2030, en raison de l’arrivée aux grands âges des générations nombreuses nées pendant les Trente Glorieuses.

Selon le scénario central, l’âge moyen en France métropolitaine passerait ainsi de 39,0 ans en 2005 à 42,6 ans en 2030 (tableau 2). L’Île-de-France, région la plus jeune en 2005, le resterait en 2030 et serait la seule à conserver un âge moyen en deçà de 40 ans. Tout en restant une région jeune, le Nord - Pas-de-Calais connaîtrait un vieillissement plus prononcé, avec un âge moyen projeté de 40,9 ans ; il serait talonné par Rhône-Alpes (41,6 ans).

Le Limousin, région de loin la plus âgée en 2005, verrait, grâce à un vieillissement plus modéré, la Corse et la Bourgogne se rapprocher fortement. C’est toutefois en Basse-Normandie et en Champagne-Ardenne que le vieillissement serait le plus marqué (+ 5,2 ans).

Tableau 2 - Âge moyen et structure des populations par âge (scénario central de projection)
Source : Insee, modèle OMPHALE.
Âge moyen en 2005 Structure par âge en 2005 (en %) Âge moyen en 2030 Structure par âge en 2030 (en %) Âge moyen en 2030 sans migrations
Moins de 20 ans 20-59 ans Plus de 60 ans Dont plus de 80 ans Moins de 20 ans 20-59 ans Plus de 60 ans Dont plus de 80 ans
Languedoc-Roussillon 40,7 23,5 52,4 24,1 5,3 43,6 21,8 46,7 31,5 7,4 44,4
Midi-Pyrénées 40,9 22,8 53,3 23,8 5,5 43,6 21,6 47,3 31,1 7,5 45,1
Provence - Alpes - Côte d’Azur 40,5 23,7 52,5 23,8 5,4 43,6 21,8 47,1 31,1 7,9 44,2
Rhône-Alpes 38,2 25,8 54,3 19,9 4,1 41,6 23,8 48,5 27,7 6,9 42,9
Pays de la Loire 38,9 25,6 53,3 21,1 4,7 43,1 23,0 46,3 30,7 7,5 42,4
Aquitaine 41,1 22,7 53,3 24,0 5,5 44,8 20,7 46,2 33,1 8,1 45,3
Alsace 38,0 25,1 56,2 18,8 3,5 42,3 21,8 50,1 28,1 5,9 43,7
Bretagne 40,0 24,4 52,7 22,8 4,9 44,0 21,9 45,8 32,3 7,6 43,0
Corse 41,5 21,8 53,4 24,8 5,3 46,0 18,4 47,2 34,4 8,4 46,7
Poitou-Charentes 41,6 22,7 52,3 25,1 5,8 45,8 20,2 44,6 35,2 8,8 44,9
Île-de-France 36,6 26,1 57,4 16,5 3,6 39,2 24,8 52,7 22,5 5,9 42,3
Centre 40,2 24,3 53,0 22,8 5,2 44,5 21,5 45,6 32,9 8,3 43,5
Franche-Comté 39,0 25,1 53,9 21,0 4,4 43,4 22,3 46,9 30,8 7,7 43,0
Picardie 37,6 26,9 54,6 18,5 3,8 42,3 23,3 47,7 29,0 6,5 41,6
Haute-Normandie 38,0 26,3 54,5 19,2 4,1 43,0 22,4 47,7 29,9 7,2 42,3
Basse-Normandie 39,8 24,9 52,7 22,4 4,9 44,9 21,1 45,1 33,8 8,2 43,0
Limousin 43,5 20,2 52,0 27,9 7,0 46,5 19,0 45,0 36,0 9,5 46,8
Nord - Pas-de-Calais 36,7 27,9 54,4 17,7 3,7 40,9 24,4 49,4 26,1 5,9 40,7
Auvergne 41,7 21,9 53,2 24,9 5,7 45,9 19,8 45,2 35,0 9,1 45,5
Bourgogne 41,1 23,2 52,6 24,1 5,6 46,0 19,9 44,8 35,3 9,0 44,5
Lorraine 38,9 24,7 54,9 20,4 4,0 43,8 21,1 48,1 30,8 7,1 43,7
Champagne-Ardenne 38,9 25,1 54,4 20,5 4,5 44,1 21,2 47,2 31,7 7,8 43,1
France métropolitaine 39,0 24,9 54,3 20,8 4,5 42,6 22,6 48,1 29,3 7,2 43,2

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La part des personnes de 60 ans et plus augmenterait partout

Le vieillissement se traduira par des évolutions prononcées de la population des tranches d’âge caractérisant les grandes étapes du cycle de vie. Ainsi, en France métropolitaine, le nombre de personnes de 60 ans et plus progresserait de 56 % : 19,7 millions en 2030, contre 12,6 millions en 2005. Les personnes nées entre 1945 et 1975 forment en effet des classes d’âge très fournies qui, vers 2030, composeront la majorité des personnes de 60 ans et plus. Elles vivraient alors une sorte d’apogée démographique : avec la disparition progressive de ces générations lors des décennies suivantes, leur poids démographique pourrait en effet diminuer.

À l’échelle régionale, la croissance serait la plus forte en Languedoc-Roussillon (+ 73 %), mais aussi en Alsace (+ 71 %) et en Pays de la Loire (+ 69 %) (graphique 2).

Les personnes âgées de 80 ans et plus (tableau 2) constitueraient aussi une part croissante de la population métropolitaine en 2030 (7,2 % contre 4,5 % actuellement). En progression de 75 %, leur nombre dépasserait 4,8 millions. Le Limousin conserverait la part la plus élevée de France métropolitaine (9,5 %), devant la Bourgogne et l’Auvergne (plus de 9 %). Cependant, c’est en Alsace et en Rhône-Alpes que les effectifs progresseraient le plus : le nombre de personnes de 80 ans et plus y serait presque doublé par rapport à 2005.

Graphique 2 - Le vieillissement de la population selon les régions

Graphique 2 - Le vieillissement de la population selon les régions

Source : Insee, modèle OMPHALE.

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De fortes disparités régionales pour les jeunes et les actifs

Avec un peu plus de 15 millions d’individus, le nombre des personnes de moins de 20 ans devrait rester stable sur la période. La population des 20-59 ans, en légère baisse (2 %), passerait de 32,9 à 32,3 millions.

Ainsi, en 2030, le nombre de personnes de moins de 20 ans serait de 23 % inférieur à celui des 60 ans et plus, alors qu’il lui est supérieur de 20 % en 2005. De même, on compterait 164 personnes de 20 à 59 ans pour 100 personnes de 60 ans et plus contre 261 en 2005.

Ces inflexions seraient encore plus marquées dans certaines régions. La diminution de la population de moins de 20 ans et de 20 à 59 ans serait la plus forte là où la croissance de la population totale est la plus faible. Pour la tranche d’âge de 20 à 59 ans, qui contient l’essentiel des ressources en main-d’œuvre, la baisse projetée des effectifs atteindrait 15 % en Auvergne, Bourgogne et Lorraine, 18 %  en Champagne-Ardenne. Pour les moins de 20 ans, la baisse projetée serait de 15 % en Bourgogne, 17 % en Lorraine et 20 % en Champagne-Ardenne.

À l’inverse, les régions où la croissance de population serait la plus forte sont également celles où la population de moins de 20 ans augmenterait le plus (+ 23 % en Languedoc-Roussillon et + 15 % en Midi-Pyrénées).

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L’Île-de-France garderait une part plus forte de jeunes

En 2005, treize régions comptent plus de personnes de moins de 20 ans que de  60 ans et plus. En 2030, seule l’Île-de-France garderait cette caractéristique, grâce à sa fécondité mais aussi à un profil migratoire singulier. L’Île-de-France accueille des étudiants et des jeunes actifs, mais dès 30 ans les flux migratoires s’inversent et les départs s’intensifient à l’âge de la retraite. Un excédent migratoire sur des populations jeunes combiné à un déficit sur des populations plus âgées contribue ainsi à limiter le vieillissement, en réduisant de plus de trois ans l’âge moyen en 2030 par rapport à un scénario sans migrations (tableau 2).

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Insee Première N° 1111 - décembre 2006

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